GLOIRE AU FER
verts, comme un mouton de sa laine» Derechef Ambali guérit les égratignures,
« Et dit : — « Il est peu séant de se battre de la « sorte. Au pays des Indous, allez chercher du fer, « forgez-le en haches et pointes de flèche, courbez « en arc le bambou, ornez vos tètes de plumes, cui- « rassez-vous de peaux et toiles, allez à la bataille .
« La bataille aiguise les esprits, afl'ermit les cœurs» « Par suite, vous aurez des tissus, du sel et du sucre. <c Et vous apprendrez à connaître d'autres hommes « et d'autres manières. »
« Les fils et les petits-fîls d'Ainbali allèrent donc à la bataille, mais presque tous y restèrent. Les survivants revinrent et dirent : — « Mère, nous t'avons « obéi ; mais que de morts I Devant le tranchant du « fer, il est impossible de subsister. »
<c Et Ambali Baylie de répondre : « Il est vrai, « dans le fer n'entra goutte de pitié. Mais, vous « autres, chaufTez-le au feu de la forge, battez-le « avec un marteau et modifiez la barbelurc de vos « flèches ! »
4L Ce qu'ils firent, et, depuis, le fer ne fait plus
f)érir tous ceux qu'il frappe. Nonobstant, il défend es limites sacrées, protège notreavoir et nos droits. »
Après une pause, le prêtre crie à Tun des groupes : « Aux armes ! aux armes ! Je vais de l'avant; marchez ! »
Guidée par Thommc du Dieu, une bande pousse jusqu'à la frontière de la tribu qu'on a résolu d'attaquer. Une flèche est lancée par delà les limites'; les hommes bondissent après. D'un arbre qui croît sur le sol ennemi, les messagers coupent un rameau, remportent. Symboles parlants, et qu'on peut dire universels, puisqu'on les trouve chez des populations aussi dissemblables que les Moundroucous de l'Amérique Méridionale, les Nagas et les Romains (i). De retour au sanctuaire, le djanni entoure
<i; Spix und Martius.
cette branche de peaux ot de chiiTons; à deux branchilles simulant les bras il attache des armes; pui» il abat, devant Tautel, le mannequin représentant Tennemi et accoutré en guerrier.
« O Dieu de Lumière, et toutes autres divinités, témoignez que nous avons exécuté toutes les prescriptions ordonnées.
« Donc, Dieu de la Guerre, abstienS'toi de nous visiter sous forme de tigres, de fièvres et autres fléaux !
« En toute justice, la victoire nous est due.
« Ecoutez, o dieux ! nous demandons, non point d'être garantis de la mort, mais de n'être point estropiés.
« Couvrez-nous de gloire, ô dieux ! et n'oubliez point que nous sommes les neveux des héros, vos illustres amis ! »
Ces préparatifs te^^linës, il reste à notifier la déclaration de guerre, car la loyauté exige que Tennemi ait le temps de s'armer, de prendre toutes mesures défensives, d'accomplir les cérémonies qui captent la faveur des Immortels, et par suite le succès. Chaque côté promet à Déméter une victime humaine, et k Mars-Apollon larges lampées du sang des boucs et des poulets.
Le chef du village dépèche de jeunes messagers qui courent aux endroits désignés. Brandissant un arc et des flèches, ils font savoir aux hommes de l'autre tribu qu'on les attend en tel endroit, au soleil levé. Les interpellés répondent par des remerciements et des félicitations, récompensent les hérauts comme s'ils eussent été porteurs d'une heureuse nouvelle.
Au jour indiqué, les guerriers se présentent au rendez-vous dans leur plus bel accoutrement, lavés