LA BATAILLE
et parfumés comme pour la noce ; ils ont tressé leur
chevelure, piqué dans leur chignon des plumes qui
se balancent au vent, hautes et fières autant que fut
jamais panache sur chevalier casqué. Les femmes
arrivent avec des cruches d'eau et des corbeilles
^'aliments, car la mêlée sera rude et pourra durer
plusieurs jours. Prennent place comme spectateurs
'^s vieillards, auxquels l'âge ne permet plus d'en-
^**^r dans la lice ; ayant participé à maintes de ces
'''^^«s, ils conseilleront et encourageront fils et nc-
^^\ix, bi4Ngnal de la mêlée est donné par le parti
^ &res8eur, 1|M «u milieu du champ jette un drap
^^^^ge, — on fera à fc terre un manteau sanglant. — •
*^^ 8 djanni^ frappent d ans li«Miûi : Une, deux, trois...
^^ lez-y gaiement !
La bataille est une succession de combBte^im»- *-^r8, coupés de repos et de repas, entremêlés de ^^ lis et dialogues, à la façon des héros d'Homère. T*^s spectateurs jouissent des passes d'armes ; on . ^^ait une représentation de gladiateurs; c'est un •■^Vi, mais un terrible jeu. Lés horions de tomber ^^ grêle ; les guerriers, autant de bûcherons au tra- ^^il dans un taillis d'hommes. Su{>erbes coups de ^^che, charmantes feintes, élégantsécarts, gracieuses tuasses et ripostes, beaux donnés et beaux rendus I *^es femmes d'applaudir, les femmes dont la pré- *^ence est tenue pour indispensable. Kpouses, sœurs ^t mères, essuient la sueur qui découle des fronts sanglants, rafraîchissent les lèvres altérées, massent les membres fatigués; des mains caressantes apaisent les poitrines que l'effort fait palpiter.
Sur Je premier qui tombe sans vie, prémices de la bataille, tous se précipitent pour tremper leur hache dans son sang ; en quelques instants, son corps est chapelé. Qui a la chance de tuer son opposant, sans
avoir été blessé lui-même, tranche le bras droit du mort et le porte au prêtre, pour qu'il en gratifie Loha. A la vêprée, on voit souvent «n petit tas de bras sur Tautel : une trentaine d'hommes ont péri d'un côté, une vingtaine de l'autre ; davantage ont été blessés. On ne s'en tient pas toujours là, et, quand les choses se font grandement, on recommence le lendemain et jours suivants, jusqu'à ce que tout un parti soit hors de combat.
C'est, en effet, moins une bataille qu'un tournoi, qu'une joute en champ clos. Chevaliers plutôt que soldats, les Khonds ignorent la tactique, négligent les marches, contremarches et' mouvements tournants, mais ne se ménagent, ne s'éparghent point ; se tuent en famille, moins ennemis que rivaux.
Toutefois, les plus réjouissantes choses fînissent par lasser, les plus jolies par durer trop longtemps. Les premières pour en avoir assez sont les femmes, exposées à perdre l'un par l'autre et leur propre père et le père de leurs enfants. Prises, comme le veut la loi, dans un clan autre que celui de leur nouvelle famille, plus d'une assiste au duel entre son frère et son mari, les admirant également, tremblant également pour leurs jours. Comme les Sabines d'autrefois, elles interviendront pour réconcilier. Elles communiquent librement avec les deux camps, comme font aussi, dans les montagnes d'Assam, les Katchou Nagasses, qui, quelque guerre que se livrent leurs maris, n'interrompent pas leurs petites visites et affaires quotidiennes. La neutralité est reconnue de celles qui voient s'entre-tuer époux et pères, frères et amis d'enfance ; on ne trouve pas mal qu'ai] lendemain d'une bataille elles mélangent les regrets et les pleurs. A elles de s'entremettre et de se concerter pour la paix, et, au moment pro*