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LES MORTS ASSASSINS

C'est pour assurer le bonheur du défunt, el^ plus précieusement encore, le repos des su ni van ts, que la plupart des religions ont imaginé les rituels funéraires, qui bannissent râme« en des espaces dont elle ne pourra plus sortir qu'à des époques fixées, où elle devra rentrer à des moments déterminés. Puisqu'elle traîne après elle des vapeurs délétères, et les miasmes empoisonnés du sépulcre, puisqu'elle souffle la fièvre et les pestilences, pUisquVUe infecte même ceux qu'elle avait chéris, l'âme ne peut trouver mal qu'on lui impose mainte quarantaine, mainte lustration, avant d'approcher les vivants, qui aspirent Fair par les narines et dont la poitrine est fontaine de sang chaud.

Ce que les morts savent faire le mieux, c'est tuer. Par leur intermédiaire agissent les méchants sorciers et les maudits jeteurs de sorts. Les sorcières montent sur le toit des paillotes, y percent un trou, par lequel elles déroulent un fil, qui va toucher l'individu à maléficier. Par l'intermédiaire de ce fil elles sucent le sang, font couler le poison dans l'estomac (i), et les os se débiliter. Si la vie. si la santé vous sont chères, ne vous laissez pas rencontrer par la femme morte en couches, laquelle hante sa pierre tumulaire. Vêtue d'une longue chemise blanche, elle a figure noire et triste, dos barbouillé de suie et pieds retournés. Et gare au démon de Tépilepsie qui voltige au-dessus de Djeypour ! Des flammes lui sortent de la bouche- A minuit- lise blottit dans un recoin obscur, ou perche sur l'arête d'un toit, prêt à fondre sur le malavisé qui vaguerait par les rues. Les tigres ont abondance de gibier dans la jungle ; ils n'en sortiraient jamais

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l)our déchirer bœuf ou chevreau, encore moins pour dévorer un homme, n'était qu'un dieu leur donne commission expresse, ou qu*un sorcier rancuneux s est fait nilipa, ou garou, se glissant en leur peau bigarrée.

Pour échapper à Faction malfaisante de ces esprits et de leurs compères, on s'adresse aux prêtres, médiums officiels entre le monde des vivants et celui des morts, sorciers eux-mêmes, mais pour le bon motif. Leurs offices étant reconnus indispensables, la communauté leur alloue l'usufruit du « champ divin ». Leur existence pourrait sembler facile, n'était qu'elle se passe en une retraite qui serait désagréable à plusieurs; n'était qu'elle interdît de prendre rang au noble jeu des batailles, ne permet de partager le repas des laïques, de manger la nourriture qu'auraient préparée des mains profanes. Les amateurs ne sont pas nombreux, bien que l'industrie sacerdotale soit parfaitenxent libre et ouverte à tous, tant à l'entrée qu'à la sortie — sauf cependant en ce qui concerne le culte du Soleil, qu'on veut héréditaire en certaines familles. N'importe qui a le droit de se consacrer au service de toutes les autres divinités, après Tapprentissage de rigueur. L'aspirant se retire dans la forôt, où il se met « en rapport » avec les dénions qui emplissent les fourrés, avec les divinités qui foisonnent dans les halliers. Il laisse croître sa barbe et sa chevelure ; il les faut longues et broussailleuses, pour qu'il acquière le don de divination. Mais il ne sera pas accepté comme prophète avant d'avoir prouvé qu'il sait prédire l'avenir, précaution fort raisonnable, assurément. La divinité prend possession de sa personne en le faisant éternuer ; il se démène comme le pos-

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