‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 133 sur 149 · SORCIER CONTRE SORCIER · texte numérisé non relu

SORCIER CONTRE SORCIER

sédé qu'il prétend être, hurle et vocifère, déraisonne de la façon la plus orthodoxe. Quand le besoin s en fait sentir, il se met en chasse de sorcières, en découvre et les dénonce, pour qu'on leur arrache les deux incisives de devant. Ce traitement les rendra impuissantes, incapables de prononcer leurs incantations avec la netteté voulue. Un débit imparfait irrite le démon qui fait retomber sur les maladroites le mal qu'elles invoquaient contre autrui. Les Arabes (i) avaient aussi connaissance de ce procédé simple et expéditif. Le prêtre, sorcier lui-même et anti-sorcier, selon les cas, calme la fureur des tigres, écarte la pestilence. Il trouve la pierre noire que hante la fièvre, l'arrose de sang, la dépose solennellement sous un certain arbre, l'enclôt dans une plantation d'euphorbes.

Autres exploits : il ramasse de vieux balais, marmites ébréchées, gourdes fêlées et corbeilles mal en point, tous objets que hantent volontiers les esprits en rupture de ban ; il les jette en endroit désert : au fond de la forêt, au bras d'un gibet, aux branches d'arbre mort. Il les avait enduits de sang ou d'eau-de-vie, et, quand les démons goulus se jettent sur Tappât, il les emprisonne dans une enceinte de poteaux auxquels il append des armes rouillées, clôture qu'ils n'oseront franchir (2).

Au djanni appartient de propitier les quatorze patrons nationaux et les onze divinités locales, sanfii oublier les dryades, les nymphes des rivières et des fontaines, les faunes et syl vains. Il en est qui vivent sur terre, d'autres en dessous; ces derniers sortent par les fissures du sol, pour se montrer ù leurs ado'

(i) Chronique de Tiihari.

(2) Dubois, Mœurs de l'Inde^

rateurs, et pour picorer dans les blés : les épis vides ou torris ont été grugés par eux (i). Sous un arbre exceptionnellement élevé habite le « Grand Père », ou Pitabaldi, assimilé à une pierre, que les fidèles viennent barbouiller de safran. Ce sont encore les djannis qui interprètent la volonté du Destin. Ils rendent des oracles en consultant les oscillations d'un pendule, ou encore en écrasant un œuf pour examiner les configurations du blanc et du jaune. Les Moundahs ont une sorte de Pâques, en laquelle fête chacun s'amuse à heurter son œuf contre celui du passant. Ceci à Timitation du grand SingBongà, qui avec un simple œuf de poule cassa les globes de fer que lui opposaient ses rivaux, les Asours, dieux forgerons. Partout les œufs sont fatidiques. Les Ouraonsen mangent avec recueillement sur remplacement de la hutte qu*ils vont construire, du village qu'ils vont fonder, emplacement qu'ils ont déjà " rendu propice en y jetant du riz.

Écarter les esprits malfaisants, pourvoir au bon îiugure, telles sont les occupations ordinaires du l)rétre ; les plus solennelles consistent à égorger les victimes dont le sang assouvira la soif des divinités, celle des mille et mille diablotins qui foisonnent dans la forêt et la campagne, dans l'air et les eaux, dans les creux de la terre. S'il paraît grand quand il saigne poules, chèvres et taureaux, l'homme divin paraît sublim<* quand il immole des victimes humaines. Tuer des enfants, tuer des adultes, tuer des jeunes filles, fonction auguste.

1) Dalloii, Macplicrson.

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