L ORTHODOXIE EN BAISSE
relativement, mais non pas absolument; que la tête d*un homme vaut plus qu'une dizaine de létes bovines, moins qu'une centaine. On pouvait donc s'arranger.
Longtemps l'immolation d'une personne constitua l'acte suprême des religions, le moyen d'acheter la faveur des pouvoirs célestes ou infernaux — autant qu'on peut les distinguer. Mais la foi faiblit à mesure qu'augmentèrent les connaissances. La pitié s'en mêla*. L'agriculteur découvrit que, pour avoir la pluie en son temps, il importait peu de verser sur l'autel du dieu des Nuages le sang d'un enfant ou d'un agneau ; et dès lors il préféra sacrifier le petit d'une brebis que son propre fils. Cependant il était encore loin de soupçonner que, sang ou pas de sang, il n'en pleuvait ni plus ni moins. Les représentants de la divinité durent prendre leur parti de la découverte intempestive et d'accepter les modifications qu'elle imposait. Ne pouvant autrement, ils se résignèrent, hélas! Dès qu'un prêtre accepta un taureau, dès qu'il laissa donner des béliers au lieu et place d'un honinie, la fiction se substitua à la réalité, l'orthodoxie s'en alla à vau-l'eau. Des substitutions, toujours plus hardies, marquèrent le déclin, mesurèrent la dégénéresceuce du dogme. A se laisser marchander, les dieux se virent floués et trichés; on rogna leur part jusqu'à ne plus laisser qu'une misère. Aux dieux indous, du temps qu'ils étaient encore cousins de Tari et de Loha, on sacrifiait aussi des mériahs, beaucoup de raériahs, mais avec le temps ou remplaça l'homme par le cheval, le cheval par le taureau, h* taureau par le bélier, le bélier par le chevreau, le chevreau par des i)onlets, les poulets i)arles fleurs, beaucoup de fleurs. « Troi) de fleurs ! » s'écriait Calchas. Jadis,
au Pouroucha Médha, on servait un magnînque banquet, eent quatre-vingt-cinq personnes (i)» pfiis une de moins : hommes et femmes, garçons et filles à la fleur de l'âge. Mais les réformes survenant, on attacha, comme par devant, les victimes au poteau; puis, au milieu des litanies en Thonneur dé Narayana immolé, le sacrificateur brandissait un couteau, tranchait les liens des captifs, puis, à la divinité afîriandée servait, quoi ? du beurre fondu, maigre régal ! De môme les Perses en arrivèrent à présenter au génie du Feu, non le taureau stipulé, mais un poil, un seul poil, montré de loin. Les Slaves substituèrent aux égorgements d*hommes l'ofTpande de simples jouets, de quelques odeurs. Les Chinois, toujours ingénieux, incinéraient des bonshommes en papier. Semblableinent, les Romains s'étaient engagés à fournir, tous les ans, un festin de trente hommes au Tibre ; ils lui servirent autant de mannequins en osier: Ils avaient promis des biches, qu'ils vinrent à remplacer par des brebis, mais en si)écifîant nettement qu'elles étaient appelées « biclies » (2). Ailleurs, au lieu de tètes humaines, on piqua aux lances des noix de coco, des têtes d'ail ou de pavot. Aux ft^tes carillonnées de nos villages, les marmots et jeunes rustres — dernière dérision — se régalent de pAtisseries figurées dont ils ignorent parfaitement l'origine. D'un terrible rituel innocent souvenir.
Les (Ijannis ne i)Ouvaient nier que leur Tari ne fût déjà coutuuiière de transactions. Elle avait déjà permis à la Fête des Semailles la substitution d'un buffle h un homme. Les I)êmélria(iues de Kalahandi fai-
(I) Yadjour-Vi'(Ia.
:m Fesiiis, lie Verhorum s'ujnificdlUme. Cervnria.