‹ Les primitifs; études d'ethnologie comparéeChapitre 148 sur 149 · LA TRAGEDIE, PUIS LA FARCE · texte numérisé non relu

LA TRAGEDIE, PUIS LA FARCE

à califourchon sur les épaules des seigneurs zémin- (lars. Après les émotions de la mériah immolée, après le spectacle des égorgements, après les pleurs et les cris, après tant de sang répandu, il faut de larges rires, des esclaffements bruyants et sonores. L'âme surmenée ne reprend son équilibre qu'en passant par une agitation en sens contraire. C'est ainsi que la folle bande arrive jusqu'à la chapelle sacrée au dieu Terme, où l'on enterre la tête du taureau . Le lendemain des saturnales, il n'y paraît plus, et chacun de vaquer à ses occupations accoutumées.

Ainsi les mériahs pouvaient, hier encore, être observées sur place, débris vivant d'une religion préhistorique. Les évolutions par lesquelles l'humanité a. passé dans le temps se répètent dans Icspace. Dans les replis et recoins du labyrinthe que forment les montagnes et les vallées du Khondistan, avec la multiplicité des climats et des expositions, sous l'action des vents secs ou humides, la llore intellectuelle des périodes antérieures se retrouve éparse, mais assez complète. Les siècles se survivent, se pénétrant les uns les autres. La petite goutte de rosée, la plus j)otite, reflète tout un paysage. Notre individu, de mince durée pourtant, peut assister à la longue procession des âges, se faire coiitomj)orain des temps écoulés et des pé riodes futures : — il n'y a qu'à voir et regarder autour, il n'y a qu'à comprendre.

Ces Khonds, ces Todas et Badagas, ces Apaches, ces Esquimaux, on les dédaigne comme n'étant que peuples enfants, on les méprise comme n'ayant que rudiments d'intelligence et de moralité. Mois c'est pi'écisémcmt par leur intelligence enfantines et leur moralité rudimentaire qu'ils devi-aient exciter l'intérêt. Les grands hommes, les sages et avancés, ne rei)résentent que leur personnalité ; les individus sui)érieurs ne sauraient nous enseigner autant (jue les faibles et les humbles

Page 1