PREFACE
pendant des milliers d'années, vaut, en définitive, les milliards d'individus qui l'ont pratiqué. Plusieurs de ces supputations aboutiraient à d'énormes chiffrer., dignes de ceux que l'astronome et le géologue manient avec tant d'aisance. On s'est trop habitué à regarder dédaigneusement, du haut de la civilisation moderne, les mentalités du temps jadis, les manières de sentir, d'agir et de penser, qui caractérisent les collectivités humaines antérieures à la nôtre. Que de fois on les bafoue sans les connaître! On s'est imaginé que l'ethnologie des peuples inférieurs n'est qu'un amas de divagations, un fatras de niaiseries; — en effet, les préjugés paraissent doublement absurdes quand on n'en a pas la clef; — on a fini par croire qu'il n'y a d'intelligence que la nôtre, qu'il n'y a de moralité que celle qui s'accommode à nos formules. Nous avons des manuels d'histoire naturelle qui, divisant les espèces animales et végétales en deux catégories, les utiles et les nuisibles, affirment qu'en dehors de l'homme n'existe ni raison ni conscience. Ils reprochent à l'Ane sa stupidité, au requin sa voracité, et au tigre sa fureur. Mais qui sommes-nous donc pour le prendre de si haut vis-à-vis des faiblesses intellectuelles et morales de ceux qui nous ont précédés ? Qu'on veuille bien y prendre garde, ces erreurs qu'a traversées le genre humain, ces illusions par lesquelles il a passé, portent leur enseignement. Elles ne sont point des monstruosités, écloses dans le vide, par l'effet du hasard; des causes naturelles les ont produites en