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LA BALEINE, UNE DIVINITÉ

Wsalîon russe infligea un coup terrible, la civilisation çtméricaine les emportera tout à fait(i)«

Autour des îles une riche végétation marine nourrit une faune variée ; les eaux courantes abondent en poissons, surtout en truites. Les Aléouts vivent de chasse et de pèche. Dans la lutte pour l'existence, ils ont pour grands rivaux Tours et le loup auxquels ils font une guerre acharnée ; ils traquent fouines, martes^ écureuils, castors, loutres et renards, s^attaquent aux morses et narvals (2). Tant que les eaux sont libres, ils y trouvent de quoi, gras ou maigre ; mais quand elles sont fortement gelées, leur ressource la moins aléatoire est de fouir après les racines dans les plaines et toundras. La saison la plus longue à passer est celle des « courtes rations », février-avril, après les grandes boustifailles de novembre-janvier.

Nulle chasse ne les passionne davantage que celle de la baleine. Ils harponnent l'énorme cétacé, le tuent et le dévorent, mais le révèrent. Ils font semblant de croire que, poussé par le sort, mi-contraint, mi-résigné, l'animal obéit aux enchantements, et met quelque bonne volonté à se laisser prendre. A l'ouverture de la saison, une cinquantaine d'hommes et de femmes se mettent dans leur plus bel attirail ot s'embarquent pour saluer au large la bande qu'on a signalée à l'horizon, pour la complimenter et lui faire fête. Car le « Roi des Océans » tient à l'étiquette, et pour le retenir dans nos parages il faut

(1) Erman.

(2) Monodon Monoreros,

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lui montrer qu'on est gens sachant vivre. Il tient à la morale et à la vertu, le baleineau; il veut que l'on respecte la décence et les bonnes mœurs, il évite les parages hantés par hordes lâches et dissolues, n'admet pas que les baleiniers, qui ont l'honneur de lui courir sus, se commettent avec des femmes pendant la saison de chasse ; môme il les punirait par un châtiment terrible, si leurs épouses trahissaient en leur absence la foi conjugale ; il les ferait périr par une mort cruelle, si leurs sœurs manquaient à la chasteté avant le mariage (i). Qu'un coup de vent fasse échouer une baleine, ils la reçoivent avec dos honneurs divins, ne peuvent trop la remercier de sa complaisance, se congratulent d'avoir été admis au privilège de manger sa chair sacrée. Ils s'avancent au son du tambourin, haranguent la divinité, la flattent et la complimentent, exécutent en • son honneur des danses solennelles : les profanes vêtus de leurs plus beaux costumes, et les baleiniers et sorciers tout nus, sauf qu'ils ont la figure masquée, comme aux grandes cérémonies. Ils jouent en spectacle la réception faite à la souveraine des Eaux par les animaux terrestres f2). Apres ces témoignages de respect et ces préliminaires de convenance, le tambour roule pour la dernière fois ; hommes, femmes, enfants et chiens se jettent sur l'énorme viande, l'attaquent des dents et du couteau, se gorgent à bouche que voux-tu ; — un morceau de soixante mille kilogrammes ! — ils piquent, trouent, forent, creusent, disparaissent dans Tintérieur; ils se feront jour à travers les côtes. Jamais Pantagruel ni Grand-

(i) Venjaminof.

(2) Dali.

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