HABILES CANOTIERS
^'^ois siècles, émîgrèrent à l'exti^émité nord-est de *Asie. Eux-mêmes se disent d'un grand pays, situé ^ l'ouest, qu'ils nomment Aliakhékhac, ou Tanduc ^ngouna, d'où ils se seraient avancés sur Ounimak ^tOunalaska (i). 11 est certain qu'ils sont étroitement apparentés aux tribus bordières de la côte américaine, Ahts et autres, jusqu'à l'île Reine- Charlotte (2). Il est vrai que, de proche en proche, tous ces non-civilisés tiennent étroitement les uns aux autres. Le type des Aléouts relève manifestement du type esquimau, bien que Rink les dise déjà mâtinés d'éléments étrangers. Cheveu droit et noir, plat et abondant, teint foncé. Courts et trapus, remarquablement robustes, ils portent, sans fatigue apparente, de lourds fardeaux pendant longues journées ; soixante livres sur le dos et cinquante kilomètres de marche ne les efTraient point. Leur vue est extraordinairement perçante. Les traits, fort accusés, portent l'empreinte de l'intelligence et de la réflexion. Les femmes sont plus avenantes que les hommes ; quelques-unes pourraient passer pour jolies, n*était la hideuse labrette. Dali déclare les Aléouts fort supérieurs aux Indiens du voisinage, physiquement et intellectuellement. La tète est cubique chez ceux-ci, pyramidale chez ceux-là. Mais sous rinfluence des disettes prolongées et des mauvais traitements infligés par les Russes, la race a perdu son ancienne solidité ; les organismes entamés résistent mal aux rhumatismes et maladies de poitrine. Les formes sont robustes, disions-nous, mais dépourvues d'élégance ; à ramer quinze ou vingt heures d'atfilée, les jambes se déforment ; le
(i; Venjarainof.
,2} Macdonald.
62 LES LNOÏTS ORIENTAUX.
corpâ se moule sur le sempiternel canot. De vrais ours marins : des mouvements lourds et lents, une attitude empruntée, une démarcfae des plus gauches, mais de l'adresse et de l'activité. Ils font preuve d'une étonnante habileté à conduire par la plus mauvaise mer leurs oumiaks et kayaks, dont on fait usage jusqu'en Californie, et leurs périlleuses baïdarkas(i) dont les Russes ont porté le modèle en Europe. Wiljaminof, les comparant à des cavaliers dont les jambes s'arquent à chevaucher constamment, les appelait «Cosaques de la mer, mon^ teurs de cavales marines ». Pour que pareil homme se montre à son avantage, il faut le voir manœuvrant le batelet de cuir qu'il a fabriqué lui-même (2), et brandissant le harpon dans les eaux agitées. Dès la plus tendre enfance il s'est familiarisé avec l'élément humide. Le Bédouin roule son nouveau-né dans le sable et l'expose au grand soleiJ, pour l'accoutumer à la chaleur (3) ; l'Aléoutinet, s'il lui prend fantaisie de vagir ou criailler, est k l'instant plongé à l'eau, fût-ce entre dos glaçons. A co régime, on ne garde qu'enfants sages, tranquilles et robustes, les plus faibles ne tardant pas à disparaître.
Les Aléouts se partagent en deux groupes, identiques de port, de mœurs et de caractère, mais quelque peu différents par le dialecte : les tribus qui habitent Atcha, Ounalaska, les Terres des Rats, des Renards et autres au sud de la presqu'île, puis les Koniagas, les Kadiaks et gen^ d'alentour. Et, sur le continent, les Koloutchcs de Sitka, les Kénès, Trhcrguetches, Médovtsènes et Malégnioules, ressemblant fort aux uns et aux autres. A tous, la civi-
(1) Baydiir, hidarra, hidarkd.
(2) Kitllitz.
3) Raïupendalil, Detilsche Rundsrh/iu. VI.