APRES LA MORT
rÊtre Suprême, est appelé le « Seigneur des Brises (i) ». Ceux dont l'excellence native fut prouvée par une activité hors ligne, vont s'associer aux autres Esprits qui demeurent par delà le firmament, sphère solide comme son nom l'indique, calotte circulaire cfrrr a la dureté et la couleur transparente de kr glace bleue, et qui tourne autour d'une montagne prodigieusement haute, un Mérou situé tout au fond des régions polaires. Les Esprits, qui ont appartenu aux hommesr heureux et intelligents par excellence, vont se mêler aux étoiles; car tous les astres furent des Inoïts. Quant au « moi » des lâches, ^uant à celui des méchants sorciers, la tempête les J}alaie et les pourchasse ; le vent apporte leurs gémissements. Ils peuvent s'obstiner dans leur déchéance, empirer letir misère, mais cela ne les mèoiera pas loin, car ils tombent alors dans la stupidité, perdent le sentiment et finalement l'existence ; l'air ^ont ils se composaient rentre en des substances xiouvelles.
Mais, ô Docteur Subtil, comment font vos bienheu- :**eux pour pérambuler les étoiles en même temps ^ue rÉlysée des abîmes marins ? Comment l'Ombre ^t l'Esprit peuvent-ils exister séparément ?
L'Hyperboréen balbutie : « Les pères nous ont enseigné ainsi. »— S'il eût étudié dans nos écoles, il pourrait demander :
— Est ce que votre mythologie ne montre pas Hercule présont h la fois dans l'Hadès et dans l'Olympe? Pourquoi tant de rigueur envers nos angakout? Pourquoi leur imposer une logique dont TOUS dispensez Homère et Virgile ?
(i) suie min un, Sille neîeijnk.
128 LES INOiTS OCCIDENTAUX.
Mieux que toute chose, le repos plaît aux Aléouts, un doux nonchaloir. Du haut de leurs rochers ou de leurs toits gazonnés, ils se plaisent à contempler la mer. On a dit qu'ils attendaient le lever deTaurore, pour so donner un bain de lumière. Toujours esl-il que, de grand matin déjà, hommes et femmes montent au poste d'observation. Pas de nuages, pas de vapeurs, pas de brouillards qui leur échappent; de leur direction, de leurs formes et nuances, ils déduisent le temps qu'il fera, le mouvement de la mer, la force et la nature des vagues. S'ils ont du loisir, ils restent des heures sans bouger ni faire signe, sans souffler mot. En dépit des brumes et des vents glacés, ces rêveurs indolents et mélancoliques connaissent le « kief » des Orientaux. La paresse n'est point leur vice, puisqu'ils fournissent avec patience et conscience un travail considérable, s'ils en ont compris la nécessité; mais ils prendront garde à ne dépenser en peine et en efforts que l'indispensable, préférant, comme le sage Salomon, « une seule poignée avec repos, à deux pleines poignées avec tracas et rongement d'esprit ».
Doués d'une endurance à toute épreuve, ils résistent au froid, à la faim, à la fatigue, avec un calme et une sérénité qui méritaient l'admiration et leur valurent le mépris. Tant qu'ils ne sont pas poussés à bout, — et alors leur i*age ne connaît aucune borne, et, s'ils ne peuvent se venger, se suicideront sans hésiter, — les Aléouts ont la forte patience du bœuf, la douceur affectueuse de la vache ; aussi n'a-t-on pas manqué de dire que leur patience, attribut bestial, dérive de l'insensibilité. La douleur serait bien vive et l'oppression bien dure qui provoqueraient une plainte ; la maladie n'arrache aucun soupir, aucun gémissement.