‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 100 sur 264 · DOUCEUR HABITUELLE · texte numérisé non relu

DOUCEUR HABITUELLE

réussissait ou non, puis battait en retraite. Pareilles attrapades n'étaient point fréquentes, puisque le père Veniani ne vit pas une seule rixe à Ounalaska, pendant dix ans de séjour, et que Ross ne put faire comprendre aux Baffmois, qui manquent d'armes de guerre, ce que nous entendons par les batailles et les combats. Dans toute la Boothia Félix, on ne connaissait qu'un seul cas de meurtre ; personne ne frayait avec son auteur, chacun l'évitait. Pacifiques à l'excès, ils se soumettront à qui voudra les commander, — il leur est pourtant très désagréable d'obéir, — mais de lutter et se quereller, encore plus. Si quelque jeunesse avance son opinion d'une façon plus tranchée qu'il ne conviendrait, les anciens, fussent-ils d'un avis contraire, passent la chose en plaisanterie, ou demandent : « Explique tes raisons. Peut-être sais-tu du nouveau? » — Ces naïfs osent à peine engager une affaire d'achat ou de vente pour leur propre compte ; modestes h l'excès, ils ne peuvent, sans malaise, s'entendre louer, et rougissent jusqu'aux oreilles si on les complimente devant un ami; par contre, des reproches devant un étranger les mettront en fureur. Avec toute leur patience, ils ont parfois des revirements subits, d'abominables colères :

M Charley revint bredouille. Sa femme arriva pour décharger le bateau; elle pataugeait dans la boue, sa charge sur les épaules, quand Charley, sans motif apparent, d'un coup vigoureux, lui déchargea son harpon dans le dos; heureusement que la pointe s'arrêta dans l'épaisseur des habits. L'autre se retourna sans mot dire, dégagea le harpon, et reprit sa marche. Quand ils s'en prennent à leurs épouses, ils saisissent le premier objet qui leur tombe sous la main : couteau, pierre ou hache, et le lancent sur leur moitié, — ils en font autant à leurs chiens.

128 LES INOÏTS OCCIDENTAUX.

Quoique souvent maltraitée, la femme est Tobjet d'une affection réelle et constante* ».

Explique qui pourra ces contradictions et ces inégalités de caractère. Cook, un des premiers, loua leur bienveillance. Cartwright, qui avait vécu de longues années chez les Labradoriens, ne pouvait assez vanter leur courage et leur endurance, leur tendresse et leur bonté.

« Jugez de leur probité. Nous avions déchargé tout un attirail : bois, charbon, goudron, huiles, marmites, cordes, filins, lances, harpons, tous objets qui pour les Esquimaux représentaient des trésors; ils nV touchèrent pas, bien que toute cette marchandise restât à l'abandon, sans aucune garde ou surveillance*. »

« Assailli par une tempête, le capitaine d'un bateau, qui avait des marchandises à transporter par delà le détroit de Bering, jetait ses matelots par-dessus bord, l'un après l'autre, sans qu'ils y trouvassent rien à redire. Ne s'étaient-ils pas engagés d'honneur à remettre la cargaison à bon port^? »

Tout individu qui recueille du bois flotté, ou quelque laîs de naufrage, n'a qu'à mettre sa trouvaille au-dessus de la haute mer et à la fixer par un caillou, il peutlalaisser dehors tant qu'il lui plaira.Qu'on découvre une cache de viande, on n'y touchera pas, quelle que soit la disette au logis. Les Weddas de Ceylan, incultes parmi les incultes, ont le même respect pour les provisions qu'ils trouvent accrochées à un arbre.

Honnêteté et véracité sont sœurs. L'Aléout, incapable de mentir, accablerait de son dédain l'homme qu'il sur-

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