Vyàdhat chasseur
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comme à regret quelques racines et de pauvres légumes; La terre ne manquerait pas à fertiliser et assainir : cepeQ<« dant/ aux moissons certaines, ils préfèrent le gibier incer* tain. De temps à autre, ils incendient un coin de forêt, grattent la surface avec une houe de rien, ou avec un bâton pointu. Dans le sol ainsi fouillé, ils déposent des semen-' ces qu'ils ont mendiées, ou obtenues comme salaire de leurs petits travaux et services; mais ils n'auraient su les prélever sur la récolte précédente, encore moins les acheter, car argent ni monnaie ne sont pas de leur com^ pétence. Les grains mûrs, une bande d'amis va en faire cueillette; la horde envahit un champ, pille et gaspille. Après la saison d'abondance, les familles se dispersent à la recherche de baies et racines, à la chasse du cerf tacheté, du chat sauvage, des serpents et insectes qu'ils sont habiles à surprendre, prompts à croquer. Ils recueillent de la cire et du miel qu'ils vont échanger chez les voisins.
La plupart des petites compagnies se mettent sous la conduite d'un chef qui fonctionne comme arbitre et apaise les disputes. On le salue en laissant tomber la tête contre la poitrine, et il fait le geste de la relever en la prenant entre les mains.
Volontiers bûcherons, ils manient avec adresse la hache et la serpe, éclaircissent les taillis, équarrissent le bois, travaux qu'ils préfèrent à tous autres. Quand la faim presse, les hommes et les femmes se séparent; ces dernières vont dans les villages todas et badagas mendier mets avariés, déchets divers, jusqu'à l'eau dans laquelle a cuit le riz; en retour, elles se chargent de petits ouvrages, comme moudre et vanner les grains. Les maris et les garçons s'enfoncent dans la jungle, séjour de prédilection, refuge dans l'adversité, premier et dernier asile. Tout en
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chapardant par-ci par-là, ils exercent l'office de bouffons, cbnjureurs de tigres, sorciers et diseurs de bonne aventure, ressemblant en cela à nos Tsiganes qui vivent aussi des produits de leurs petites industries et surtout de maraude, vagabondant de village en village, de forêt en forêt. Des Gouroumbas, craints autant que méprisés, le nom est venu à signifier méfait, méchef et maléfice :
Le pauvre Suisse qu'on rapine, Voudrait bien que Ton décidât, Si Rapinat vient de rapine, Ou rapine de Rapinat.
. Cruelle envers tant d'autres Primitifs, la civilisation n'a point été mauvaise à ces pauvres Gouroumbas. Elle transforme ce chasseur en bûcheron, 6t ce bûcheron en charpentier; le mendiant passe gagne-petit, puis domestique. Ils vont s'engager dans la plaine, où une vie plus aisée et des mœurs plus douces lès forment et dégrossissent. Les employeurs se montrent satisfaits de leur service. Sauf que la physionomie typique ne change pas d'une génération à l'autre, que les membres restent quelque temps assez grêles, — l'ossature se modifiant moins vite que la chair, — on les reconnaîtrait à peine. Plus de ventre en marmite, plus de salive découlant des lèvres, plus d'yeux injectés, ni de bouche béante. Quelques-uns se sont habillés, ont remplacé par des ornements plus coûteux les graines rouges, les bracelets en fer mal forgé, les chèvillets de laiton ou de paille tressée. On s'émerveiJle de voir un travail plus régulier, une nourriture plus abondante et saine transformer si promptement l'extérieur de ces hommes et jusqu'à leur physiologie.
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Au pied des Niigherris, presque perdus dans les hautes herbes du marécage, grouillent les Iroulas, plus noirs ^, chétifs et malsains même que les Gouroumbas, avec lesquels on pourrait facilement les confondre, sauf que ces malheureux ne s'adonnent à aucune culture, si misérable soit-elle. Ils fabriquent des nattes d'osier, des paniers de bambou, des corbeilles de jonc, qu'ils vendent dans la plaine, échangent pour du menu grain, du sel et du poivre long ; ils cueillent des baies et des fruits, mangent des racines, attrapent des insectes et reptiles, des œufs, des petits oiseaux : — ils n'ont pas même d'arcs et de flèches. Pendant deux ou trois mois les pousses du bambou sont leur grande ressource; rat, chat ou renard, tout ce qu'ils peuvent mettre sous la dent est de bonne prise, même la charogne. La jungle impose son caractère à tout ce qui y vit, à tout ce qui en vit; aussi les tienton pour vils entre les vils, pour misérables entre les misérables.
A l'instar des Gouroumbas, ils se produisent comme bouffons, bateleurs et comédiens, et on les paye en jus de palmier qu'ils boivent avec excès. Dans leurs représentations, ils mettent en action certains épisodes obscènes, et particulièrement les aventures du Krichna Govinda séjournant parmi les bergères. 11 n'en a pas fallu davantage pour qu'on les enrôlât parmi les Vichnouïtes, en opposition aux Badagas qui professent le sivaîsme.
Pour toute vêture, les Iroulas s'entortillent un chiffon autour des reins; à défaut d'étoffes, les femmes recourent ou recouraient à quelque feuillage, ce qui ne les empêche de tenir aux ornements. Avec de la paille, ils tressent leurs
L froula, noirceur, obscurité, (grossièreté, barbarie. Dictionnaire tamoul.
VÉRACITÉ DES IROULAS. 223
cheveux en coiffure fantastique ; encore avec de la paille, ils adaptent aux oreilles, au cou, aux poignets et chevilles, des gourdes sèches, contenant des noisettes et petits cailloux qui tintinnent au rythme de leurs mouvements.
Nus comme la Vérité, ou à peu près, ils semblent incapables de mentir, incapables de déguiser leurs sentiments; et la déclaration de ces misérables est mieux crue que toutes les affirmations d'un Hindou, que tous les serments d'un Brahmane. Les théoriciens du Progrès expliquent-ils le pourquoi et le comment de cette anomalie ?
Contrairement à ce qui se passe ailleurs, les veuves, fort recherchées par les jeunes gens, se remarient plus facilement que les veufs. Les parents se montrent affectionnés à leur progéniture, laquelle le leur rend bien. Les enfants prennent le nom d'un grand-parent; souvent ils attendent sa mort pour se faire appeler comme lui.
Très attachés à leur genre de vie, à leur race et au sol qui les a vus naître, — où le patriotisme va-t-il se nicher? — les Iroulas tiennent à dormir leur dernier sommeil en famille. Qui meurt à l'étranger demande à être déposé dans une fosse à part, espérant qu'un ami recueillera pieusement ses os, ira les réunir aux autres, dans l'ossuaire de la tribu, tout au milieu de la forêt native.
Ainsi s'étagent sur les flancs des Montagnes Bleues diverses populations caractérisées par leur habitat, leurs occupations et leur nourriture. En haut les Todas, exclusivement bergers et galactophages, — puis les Badagas, agriculteurs, qui ont aussi des troupeaux et ne dédaignent pas la chasse. — Viennent ensuite les Cotas, petits ouvriers et artisans, et enfin les sylvicoles, Couroum-
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bas et Irouias, essentiellement chasseurs, mais vagabonds aussi, voleurs et artistes, mendiants et sorciers.
Et leurs demeures?
Les Iroulas gîtent dans la jungle, en des bauges; s'abritent dans une caverne ou sous une saillie de rocher; se font des paillotes et gourbis.
Les Gouroumbas se logent un peu mieux. Ce qu'ils appellent un village, nous le dirions à peine un hangar. Une chaumine, longue de dix à douze mètres, haute de cinq pieds environ; les parois, des bambous entrelacés de broussailles. Gomme porte, une ouverture qu'on ferme la nuit par une claie ou quelque fagot. Sous le toit commun, chaque famille jouit d'un carré où l'on s'accroupit, car il n'y a pas la place de s'étendre. Pour batterie de cuisine, une demi-douzaine de plats et de gourdes. Faire bouillir le riz, luxe tout récent ; naguère encore, on le grillait sur une pierre rougie.
L'habitation toda, déjà plus civilisée, peut passer pour luxueuse en comparaison. Ghaque famille a la sienne, toujours ombragée par des arbres séculaires, se composant essentiellement d'un toit en paille, de forme ogivale, percé d'une ouverture pour le passage de la fumée. L'espace abrité, large de cinq à six mètres carrés, haut de sept pieds à la partie centrale, doit suffire à cinq ou six personnes; lesquelles entrent et sortent par un trou de ratière, ras le sol. Gette habitation est nommée mand ou parc, d'après l'enclos à côté, où les ani-