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Marshall

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chassait dans les bois? Est-ce un débris de l'antique et universelle légende, qui déclare les hommes issus du chêne, de l'orme ou du sycomore, un souvenir de la tradition qui les appelle Yggdrasil, Tyeuse, Askr, le frêne, Vidhr, le saule, Reynir, le sorbier? qui les donne comme ayant germé d'une faîne, ou d'un pépin, d'un gland ou d'une noix? Veut-on mettre le petit Todel en rapport de sympathie avec les arbres, ces merveilleux colosses de végétation? veut-on qu'ils communiquent àTenfantelet : le usaln de sa grâce et de sa beauté, le « tek » de sa puissance et de sa longévité, le « maoûa » de sa grâce superbe et de son enivrant parfum?

Donner un nom, autre affaire importante. Le père enveloppe l'enfant dans son manteau, l'apporte à la grande étable ; sans entrer, se tenant à distance respectueuse, il salue le sanctuaire par un geste solennel, tire le petit de sa cachette qui l'abritait du malœil et des coups d'air, l'élève bien en face du hangar, où sont parqués les dieux du peuple, puis l'incline lentement, du front lui fait toucher la poussière. Tandis qu'il gît à terre, il prononce le nom, se met à prier : « Que descende la bénédiction sur nos enfants ! Que prospèrent les veaux, les vaches et le peuple entier I » Les noms masculins sont tous empruntés à des choses divines, telles que les étables et les fontaines. Quant aux filles, la mère leur attribue sans grand apparat l'appellation qui lui convient.

Les nourrissons sont sevrés lorsqu'ils ont trente-six mois révolus, pas avant; fréquemment, on les laisse teter jusque dans leur sixième année.

Descendons maintenant chez nos amis les agriculteurs. Le bambin badaga n'est guère mieux prisé qu'une « bé-

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bête », tant que la mère n'a pas avalé quelques pincées de cendre, et un morceau brûlé d'acorus calavms, lesquels ingrédients communiquent au lait nous ne savons quelles propriétés. Le marmot ingurgite de Vassa fœtida, et un scrupule de certain magma, réputé divin, qu'on trouve de loin en loin dans les entrailles d'un taureau; cette sécrétion ressemble assez à ces prétendues pierres de bézoar, auxquelles notre moyen âge attribuait de mirifiques vertus.

On a des jours fastes et des jours néfastes : les enfants qui naissent à la pleine ou à la nouvelle lune passent pour être venus à maie heure. On se débarrasse de la vache qui a vêlé un vendredi et de son veau.

Du vingtième au trentième jour, la famille reconnaît Tenfant. Les frères de la mère se réunissent, — de la mère, notez bien ; — le plus âgé le prend dans ses bras, lui perce les oreilles, le « nomine » à haute voix.

Grande fête le jour qu'on rase la tête du garçon pour la première fois.

Après le besoin purement animal du manger et du boire, nul n'est plus profondément ressenti que celui des émotions. Quant aux besoins intellectuels, ils ne surgissent qu'en dernier lieu. La douleur est plus facile à faire naître que le plaisir; dans le clavier des sensations, les touches de la souffrance sont plus accessibles, nombreuses et variées que toutes autres. Les peuples le savent bien, même les peuples enfants. L'homme primitif saisit avidement les occasions de se repaître des douleurs d'autrui, et, s'il ne peut faire autrement» des siennes propres. En

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conséquence, la justice n'a guère été jusqu'à présent qu'un système de peines et supplices. La religion, — prétexte à macérations et tortures, — regrettant que la vie terrestre n'eût pas assez de souffrances, a imaginé les tourments éternels. Les fêtes natales et nuptiales, elles aussi, n'ont point été exemptes de cruauté, et maintes fois on a pris occasion des obsèques pour verser le sang et infliger des douleurs. Celles que nous allons raconter chez les Todas et les Badagas comptent parmi les plus innocentes, mais sont bien calculées pour exciter l'émotion. Pourvu qu'on soit ému, peu importe, semblerait-il, que la sensation soit pgréable ou désagréable. Chez les Primitifs, la distinction entre le plaisir et la peine , la douleur et la joie, est moins marquée que chez nos civilisés. A leurs enterrements, nos monticoles chantent et dansent, dépensent toutes les provisions qu'ils peuvent avoir, passent du rire aux pleurs et des sanglots à la folle gaieté. Sontils réjouis? Sont-ils chagrins? Qui le sait? Ainsi les Todas se réunissent chez un ami, l'embrassent, une demi-douzaine à la fois, le font disparaître au milieu d'une pyramide qu'ils forment en collant leurs têtes contre la sienne, puis chantent, pleurnichent, geignent et crient. Un groupe hurle et se lamente : hi hi! hihi! Un. autre groupe lui répond par des intonations plus sourdes encore, Ihi! hi hi! Vous croiriez que l'homme qu'on visite est malade, qu'il va mourir ou s'en aller pour longtemps? Pas du tout, il revient de voyage, et on se réjouit de le revoir sain et sauf.

Une Badagelle vient de trépasser. Suivons ses funérailles : la fête ne durera pas moins de trois jours. A l'entrée du village s'élève un eucalypte, arbre sacré,

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devant lequel on a dressé unô sorte d'aUtel, flanqué d'une pierre levée, haute de cinq pieds; le tout enclos par. un guilgal ou cercle de galets. Le cadavre, couché sur un lit à dais et orné de feuillage, est mis' à Tonihre du grand arbre, et Ton apporte des provisions de voyage : riz par corbeilles, lait par terrines. Des grains par poignées çont jetés au feu et distribués aux assistants; les pauvres et les étrangers en emportent des tistères pleines.

Nous sommes au matin de la première journée. Voici qu'apparaît une procession. En tête marchent des musi-7 cicns Cotas. Les parents et amis défilent, touchent du pied un angle de la bière. Tout poudreux eux-mêmes, ils aspergent la défunte de poussière, se prosternent eij gémissant. Les femmes se jettent sur leur ancienne compagne, l'apostrophent en pleurant, lui font jaillir de leur lait dan^ la bouche. Toutes les vaches de la famille suivent, pour que la morte se repaisse de leur vue une dernière fois, dise adieu à ce que le inonde a de meilleur et de. plus beau. En queue du cortège, des garçons tiennent leurs mains jointes, appuient contre leur front une serpe frais émoulue. Chacun s'arrête, laisse tomber quelque peu de terre sur la face de la. trépassée, salué profondément et se retire. Par ces couteaux ouverts sur le front ils s'offrent en sacrifice : nul doute que ce sinistre symbole ne ràp-» pelle une atroce ré'alité'du temps jadis. ' ■'^■

- Ces génuQexions et lamentations servent dé prélude à là M Braille » ou « Huchée ». Se donnant une apparence terrible, lançant leurs bras en avant, fermant les poings avec violence, se jetant à terre et se relevant soudainj. des hommes robustes font mine de lutter avec les démons qui sont censé entraîner l'àme du défunt. Les ravissÎBurs

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sont repoassés, les affligés font trêve aux sanglots et aux gémissements, et comme secoués par une étincelle électrique, balladent des bras, trémoussent des jambes. La danse, d*abord lente et incertaine, s*accélèreet s'accentue, dégénère en chahut, en cancan échevelé. Mainte spectatrice, tranquille jusque-là, s'affole et se précipite dans le tourbillon. Emporté par le délire, son vis-à-vis dépouille ses vêtements, les change pour ceux d'une femme, gesticule d'une façon obscène. Tout cela, nous explique-t-on, pour assister la défunte, lui communiquer des forces, lui en faire provision abondante. Elle en a, elle en aura grand besoin dans le grand voyage. D'abord, il lui faut se hisser jusqu'au pic du Kaylasa; ensuite, il lui faudra cheminer à travers marécages et précipices, effectuer le difficile passage du Fleuve de la Mort. Sur ce fleuve est tendu un mince fil; toute âme s'y aventure, avant de pénétrer jusqu'à sa dernière demeure. Gare qu'elle ne glisse et trébuche ! Nulle, non pas même la plus juste, la meilleure, n'est sûre de ne pas sombrer, de ne pas périr dans l'effrayante traversée*. Elle affrontera l'Orque et deux démons, Gueule en Boisseau et Bec de Corbel l'un qui avale, l'autre qui déchire. Avec les efforts et les poussées, en gigotant et se trémoussant, on aide la défunte à s accrocher au soleil, à gravir après lui, cahin caha, l'àpre côte du firmament.

Cette superstition nous parait absurde et fantastique ; — pourtant, elle n'est pas étrangère à l'Europe. Certains Valaques ne veulent point d'obsèques dans les heures matinales, précisément pour épargner à l'âme la rude montée jusqu'au zénith; ils craignent, sans doute, qu'elle ne

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