OFFICE DES MORTS
« Que les mille et huit péchés de Mada retombent sur Bassava ! Sur Bassava tous les péchés de ses parents ! Sur Bassava tous les péchés de ses ancêtres. ! »
Et le chœur :
« Que toutes nos iniquités tombent aux pieds du Buffle, et qu'il les foule sous son dur sabot ! Sur Bassava tous les péchés de Mada ! Qu'ils disparaissent» qu'ils disparaissent et qu'on ne les voie plus ! »
Et tous de se jeter sur le veau qu'ils poussent, frappent et pourchassent : « Loin ! loin d'ici ! loin I bien loin ! » et l'animal, étourdi par le bruit et les coups, détale affolé, court à la forêt. Maintenant que les péchés de Mada courent la brousse, emportés par le Bassava qu'on ne reverra plus, la morte a passé sainte, et l'assistance entonne la litanie de ses vertus :
c( Mada baisait le pied de son père, le genou de sa mère. »
Le cbœur avec conviction :
« Ce qui est un acte méritoire !
« Mada se prosternait devant la lune.
(( Mada ouvrait ses mains devant le soleil, tt Mada a protégé le bœuf qu'on poursuivait.
« Mada a donné asile à la vache pourchassée.
« Mada donnait du riz à sac plein.
« Mada donnait du beurre, un beurre abondant comme la pluie. »
« Acte méritoire, acte méritoire !»
248 MONTICOLRS DES NIL6HERRIS.
Puis une femme se lève, célèbre les hautes qualités de la morte. Elle parle d'abondance, les commères Tinterronipent, complètent le panégyrique : — « Toujours bonne mère... — Oui, oui! — Que d'aumônes elle a distribuées!... — Oui, oui ! « L'émotion gagne la foule assemblée, les voix s'entrecoupent de sanglots; les vieilles se désolent, les enfants hurlent. Tout ce monde évente et émouche le visage pâli, offre à la défunte les dernières douceurs : tabac, bétel, poivre, sucre dorge.
Mais il se fait tard, il faut en fmir. Les célébrants réclament le silence, et tendant les bras vers le septentrion :
« Ouvre-toi, grande bouche du sépulcre !
« Mada passera le fleuve qui sépare le monde des vivants et le monde des morts !
i< Sur le pont, passe, ô Mada, et que le fil ne casse pasi
« Devant Mada, ferme, ô dragon, ton effrayante gueule !
« Que les rocs ne barrent point à Mada le séjour des bienheureux !
« Que les piliers incandescents ne lui brûlent pas les mains !
« Qu'elle ne soit point arrêtée par la muraille d'or aux colonnes d'argent!
« Huis éternels, devant Mada, élevez, élevez vos linteaux ! M
Un homme approche, tenant une torche enflammée qu'il applique au bûcher en détournant la tête.
Le lendemain, les parents se rasent barbe et cheveux, rassemblent les cendres, les portent au ruisseau, et recouvrent de grosses pierres les os non brûlés. Les gens de peu reçoivent alors la permission de fouiller le foyer pour retirer les bijoux en débris.