SORCIERS ET FRIPONS
les exterminer, mais les maudits échappèrent dans les bois. Redoutés de tous, ils ont tout à redouter; leur vie est en danger perpétuel. A chaque instant, une bande irritée peut les assaillir, impatiente de venger quelque prétendu méfait. Nul d'entre eux qui n'ait été maltraité, quelque peu lapidé. Autant de sévices, autant de titres d'honneur; ils sont flattés qu'on leur attribue un pouvoir qu'ils voudraient bien posséder. Comme les sorciers normands, ils « aiment mieux passer pour exercer une industrie de fripons, que de laisser croire qu'ils font un métier de dupes*. » Flattés de la mauvaise réputation dont ils jouissent, ils s'offrent à dénouer ce qu'ils passent pour avoir noué, à retirer les sorts qu'on les accuse d'avoir jetés. — Le froment est niellé et les troupeaux ontlaclavelle? La tête est endolorie et l'estomac embarrassé? Un de ces coquins survient, offre d'évincer le démon — comme cela se trouve... il est de ses amis particuliers! — il chassera Belzébuth par Belzébulh. — Les insectes ravagent les emblavures ? Le remède est tout trouvé : qu'un Couroumba se mette à quatre pattes et beugle comme un veau.
Chaque village tient à sa solde deux ou trois de ces drôles qui manigancent les exorcismes, braillent les incantations, et, suivant qu'ils en sont requis, conduisent le premier araire, jettent la première semence, scient la première gerbe, frappent le premier coup de fléau, cuisent la première fouace.
« ... La famille entière assistait à l'inauguration des labours, à laquelle présidaient deux ou trois Couroumbas. L'un posa sur le terrain une pierre qu'il couvrit de fleurs