‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 206 sur 264 · ALIMENTATION · texte numérisé non relu

ALIMENTATION

dent les vilains noirs : bouche large, lèvres épaisses, mâchoires prognathes, nez ridiculement aplati, narines écartées, front fuyant, cheveux crépus autant que laine de nègre.

Chasse et sauvagerie sont presque synonymes. Ces populations sont arriérées, en proportion de la part pour laquelle la chasse entre dans leurs moyens de subsistance ; d'autant plus sauvages qu'elles font moins d'agriculture. Le plateau n'est pourtant pas de trop mince couche végétale; ne manque pas non plus de pluies; mais les eaux ici se précipitent en torrents dévastateurs, et là croupissent dans les marais, corrompant l'air de leurs émanations pestilentielles. Le sol est mal exploité, mal cultivé. Aux plus misérables, qui vivent sur les produits spontanés de la brousse, toute viande est bonne : chiens, chevaux, iihacals, grenouilles, chair vivante, chair abattue, du frais ■bu du pourri, ils font profit de tout; du tigre au serpent, ■du crocodile aux insectes : tout passe au garde-manger. Ils ne peuvent qu'être un objet d'horreur pour les Indous, qui mourraient plutôt que de goûter à un filet de bœuf ou de vache, pour les Musulmans, qui ont le porc en €ibomination et qui expliquent le nom de Kolh par « tueurs ■de cochons », sobriquet dont les incriminés s'affectent médiocrement. Brahmanes et Musulmans font un crime aux nomades Birhors d'être anthropophages ; mais nous ne le leur reprocherons pas, leur cannibalisme étant inspiré par la piété filiale : les parents, à l'article de la mort, demandent comme une faveur que leur corps ne soit pas abandonné sur le chemin ou dans la forêt, mais trouve

asile dans reslomac de leurs enfants. Ceux-ci ne peuvent le refuser, mais, ils ne mettront aucune hâte malséante à jouir du repas funèbre.

De toute main ils acceptent toute mangeaille, disent de ces sauvages les dédaigneux Brahmanes, qui se croient de substance très raffinée, parce qu'ils ne touchent qu'à des aliments de choix, et encore faut-il qu'ils soient préparés dans leur famille. Par la différence d'alimentation, la loi des conquérants, personnifiée en Manou, comptait éterniser la distinction des castes, l'accentuer de siècle en siècle, constituer des races entièrement dissemblables et par les caractères intellectuels et moraux, et par les caractères physiques : l'aliment impur procréant des corps laids et râchitiques, des organismes stupides et dégradés, et l'aliment pur constituant dans l'homme la force et la beauté, la noblesse et l'intelligence. Le système était séduisant; il s'appuie sur une certaine expérience, et la physiologie de l'avenir fera, pensons-nous, de précieuses découvertes dans cet ordre de recherches. Toujours estil que ce principe fut, par la race dominante, proclamé vérité absolue, admis implicitement par les races subjuguées ou refoulées et par les tribus plus policées qui, habitant des demeures fixes, relativement confortables, s'étaient élevées jusqu'à l'usage de la charrue. Pour n'en citer qu'un exemple, les Ouraons, mi-sauvages, micivilisés, mangent tout et n'importe quoi pendant l'enfance et la première jeunesse, mais, à partir du mariage, les époux se font une chair sacrée, s'administrent, en manière de sacrement, le sel par lequel ils jurent, à l'exemple des Sonthals ; leur corps ainsi purifié ne sera plus entretenu que d'aliments purs, auxquels ne touche aucune main étrangère à la tribu. A l'Ouraonne il

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est enjoint de préparer le repas du mari, interdit de le partager; elle se contente des restes, suivant l'exemple donné par l'épouse brahmane. Chez la plupart des Kolhs, cependant, la femme s'assied à la môme table que le seigneur et maître, si table il y a. De leur côté, les Khonds s'abstiennent de la nourriture qu'auraient préparée des gens réputés de caste inférieure, prohibent les viandes du chien, du chat domestique, du serpent, des animaux de proie, tels que chacals, milans et vautours. Une fois sevrés, ils ne touchent plus à aucune espèce de lait.

Par suite d'une abstinence invétérée, la race indoue tient les liqueurs fortes en aversion ; les brahmanes regardent, du haut de leur sobriété rigoureuse, ces barbares qui prennent prétexte de toutes festivités pour boire le toddy avec délices, de toutes cérémonies pour se donner du vin de palmier sans mesure. Quand l'arbre du maouah* se couvre de sa riche moisson de fleurs parfumées, qui passent pour guérir la plupart des maladies, le Khondistan est en joie, les éléphants, tous les herbivores, et plusieurs oiseaux se régalent. Les hommes, pour accaparer la plus grosse part, sont obligés de faire garde jour et nuit. Il n'est alors chaumière qui ne distille des pétales une liqueur capiteuse^; il n'est Khond qui ne s'enivre royalement ; la Khonde se permet d'être « pompette ». Les soldats anglais s'accordent plus de latitude, trouvent à la liqueur une certaine ressemblance avec le whisky d'Irlande; ils se « soûlent glorieusement », en se bouchant toutefois le nez, à cause de l'odeur trop forte pour les Européens.

Voulant se retrancher derrière une barrière infranchis-

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