‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 218 sur 264 · Grundomann, Kleine Missions Dibliothek · texte numérisé non relu

Grundomann, Kleine Missions Dibliothek

ges, dont elles se troussaient naguère dans la frétillante danse, dite du Coq et des Poules. L'ancien costume avait aussi ses avantages ; par moments, on le regrettait. Les fluctuations du marché ayant fait hausser Tarticle tissus et nouveautés, les belles déclarèrent net aux importeurs que, s'ils ne revenaient aux premiers prix, elles reprendraient l'ancienne mode, et, comme on les savait femmes de parole, elles obtinrent gain de cause.

Les cabanes sont toujours recouvertes de chaume, et même le code Manou ne permettait pas d'autre toiture. Elles affectent fréquemment la forme de ruche. Les parois consistent en clayons de bois enduits de boue, construction des plus primitives. L'habitation renseigne promptement et exactement sur la civilisation des gens et le ôonfort auxquels ils sont parvenus. Jugés à cette mesure, les Mags du Bengale ne seraient pas haut classés dans l'échelle sociale, bien qu'ils perchent en un poulailler à un ou deux étages, formé par des bambous attachés à des pieux; au rez-de-chaussée les cochons domestiques. Ne brilleraient pas non plus les Pandjas de Djeypour, qui, avec des bâtons enduits d'argile, enclosent des bauges dans lesquels ils entrent en rampant et se tordant. L'espace intérieur est trop étroit pour qu'un homme, même de petite taille, s'y étende de son long ou se tienne debout, le taudis n'ayant guère qu'un mètre de haut, nous dit-on. Père et mère, enfants et adultes, s'encaquent et s'empaquettent, cuisent à l'étuvée, émettant des transpirations qui nous épouvanteraient, mais qui ne troubleraient guère des Chinois*; s'il est vrai qu'ils se mettent

l. Journal des Miisions évangèliques. ..> '.

GARÇONNIÈRES. 3ia

à douze dans une chambre de vingt pieds carrés, pou^ manger, boire, travailler et dormir. Ne se distingueraient pas davantage par la somptuosité des demeures, les Dchouangs, qui, récemment encore, n'employaient que le silex pour armes et outils, n'avaient aucun mol pour le fer ou le métal. Les Dchouangs ou « Ceints de feuilles » couvrent aussi de ramures leurs huttes; elles occupent une superficie qu'on assure né pas dépasser cinq à six mètres carrés : pour nos fermiers, chenil médiocre, porcherie insuffisante. Encore se partagent-elles en deux compartiments : le garde-manger, le penum des pénates antiques, et le dortoir, oti mioches et filles dorment sous les yeux des parents. — Les garçons ? Ils couchent ailleurs. Dchouangs, Gonds, Ouraons, Koukis, Nagas, nombre d'aborigènes qui habitent depuis les Vindhyas jusqu'aux monts Garos et Khassias, construisent des baraques* que nous appellerons des « garçonnières ». Y habitent les éphèbes qui se brimadent pour faire appren-^ tissage d'homme ; y habitent aussi tous les adultes non mariés. C'est le plus beau, le spacieux bâtiment du village, le palladium et le sanctuaire de la tribu. On y garde les tambours, gongs, et tamtams, les reliques des ancêtres, les armes de prix, les trophées de chasse; c'est aussi le pry tanée où les étrangers et tous hôtes sont traités avec l'hospitalité généreuse qui distingue les peuples pauvres. Quant aux filles, le plus souvent, elles couchent sôus l'œil même des parents ; car elles sont une propriété de rapport, qui peut se vendre assez cher, si elle n'appelle les voleurs et ne s'enfuit avec eux. On les loge aussi chez des veuves. Les Khonds, Malers et Koupouirs ont deâ

I. Appelées dhangar basa^ djirgal, dchom herpa^ doum couriat mandar ghar,

« fiJleries* », — pour employer un terme emprunté au phalanstère de Pourier, des vestalats, — parfois attenant à la garçonnière ; le plus souvent, l'un et l'autre établissements occupent les extrémités du village. A la tête du bataillon féminin marche une virago, duègne intrépide et robuste, armée d'une longue gaule, pourchassant les garçons et les tenant à distance. On trouverait semblables institutions chez les Herrnhouters d'Allemagne, et en certaines communautés religieuses d'Amérique. Les jeunesses se visitent, se contrevisitent, entreprennent des expéditions, se donnent fêtes et banquets, dansent, content fleurette, — en attendant le mariage.

Ne pouvant pas épuiser tous les sujets, nous serons bref sur. le chapitre des institutions communales, tout intéressantes qu'elles seraient à étudier dans leur simplicité primitive.

Le gouvernement que les tr'd)us indigènes se sont donné pourrait être rangé au même droit, et parmi les autoritaires et parmi les démocratiques. La démarcation n'est pas rigoureuse entre le pouvoir du chef et celui du peuple; le peuple se confond avec le chef et le chef avec le peuple. Tel chef se gère en autocrate, en Rey netto, tel autre en simple exécuteur de la volonté publique; l'un se pose en tyran, l'autre en despote éclairé, celui-ci en monarque constitutionnel, celui-là en roi d'Yvetot. Quoi qu'il en soit, la communauté est fort respectée par son chef, quand elle ast petite, d'autant plus qu'elle est petite. Cela s'explique.

1* Dhangartn basa»

l'individu et le corps POLITIQUK. 315

Dans les hordes composées de dix à cent familles, chaque adulte compte pour sa personne;' tout mâle forme à lui seul une fraction du public; ni sa voix ni ses bras ne sont à dédaigner; son opinion, ses désirs et sentiments seront toujours pris en considération dans les conseils du chef, les délibérations du sénat et de l'assemblée populaire. Mais que pèse, que peut peser une monade humaine dans les nations modernes, dans ces États monstres, composés dé dix, vingt, trente, cinquante ou cent millions d'àmeis ? [/individu, absorbé dans la masse, n'€st plus qu'un grain de sable, qu'une goutte dans l'étang.- Ce que perdent les particuliers est gagné par le pouvoir central, quelque nom qu'on lui attribue, monarque, protecteur? président, dx)g0 ou stathouder. Seul, le roi ou empereur compte vraiment en son État; il est un être réel, en face de ses sujets dont la valeur n'est qu'abstraite et conventionnelle. La cité barbare, peuplée de citoyens effectifs, constitue un orfçanisme vivant. Son mécanisme, composé essentiellement du peuple et de son chef, se complique bientôt d'un facteur intermédiaire : le Sénat, lequel se met à la remorque de celui-ci ou de celui-là. Les préférences de cet organe politique se tournent vers le chef qu'il s'applique à absorber, en attendant qu'il entreprenne le peuple. Selon les circonstances, le gouvernement se transformera en aristO'cratie militaire, oligarchie féodale,magma de gros censitaires, syndicat d'exploiteurs privilégiés de la fortune publique. Que viennent brocher par-dessus les sorciers^ prêtres et faiseurs de pluie, brouillant temporel et spirir tuel, parbrouillant les affaires d'en haut et d'ici-bas, la petite tribu sera bouleversée par les mêmes complications qui agitent et troublent les États faisant grande figure sur la scène du monde.

3i6 LES KOLABIENS DU BENGALE.

Nos Khonds tendaient à se grouper en nation. Déjà $e constituaient des confédérations formées de tribus qui se membraient et ^'articulaient^ contractaient ^es alliances offensives et défensives, obéissaient à un conseil suprême composé des chefs respectifs. Sitôt qu'elle fonctionne, pa* veille confédération oblige ses ennemis et rivaux à former xles combinaisons opposées, mais de même ordre. Après de vaillantes campagnes, après de terribles batailles, dans lesquelles gagnants et perdants se couvrent de gloire, les .vaincus sont rendus tributaires, et, pour les maintenir dans la soumission» les vainqueurs restent sous les armes, serrent les rangs, s'açtreignent ^ la ^léme discipline que pendant la bataille, et, après quelques générations, le groupe national a gagné de la cpnsistance et généralemeni jadopté la forme monarchique, EnKhpndie, le chef habite au centre jiu village, dans la maisonnette qu'ombrage le grand cotonnier planté par le prêtre. L'arbre est la demeure aérienne du saint patron, le temple de la divinité protectrice; .sa croissance et sa vigueur réagissent sur la population. dont il est, le symbole. Les indigènes sont notés pour l'attachement qu'ils portent à leurs chefs de clan, qu'ils n'ont aucune raison de redouter, aucune de jalouser. Patriarcale est l'idée qu'ils se font du pouvoir comme soutien de la justice, défenseur de la propriété, arbitre des conflits. Les différends sont portés devant le con- •seil des notables, qui prononcent l'arrêt, puis mangent du bon et boivent du meilleur aux dépens de la partie perdante. A la mort du cacique, ils acclament son successeur, le fils aîné le pl.us souvent, à moins qu'un frère ou tout autre individu xie soit jugé plus digne. Qu^nd les gouvernants ne se montrent pas trop au-dessous de leur tâche, le peuple que FiocOnnu n'attire point, et qui innove

Page 1