VOLEURS PAR PROFESSION
le moins possible, le peuple s'en tient volontiers à la fajnilie régnante. Les KJionds vénèrent un Dieu Terme, Chaque année, les clalis s'assemblent sur une montagne, .aspergent de sang le sommet, implorent 4u Dieu Soleil qu'il les maintienne tels qu'étaient leurs aïeux, le supplient de leur donner des enfants semblables à leurs pères. Tels quels, ils se trouvent parfaits.
Plusieurs tribus ont pris carrément, — honnêtement, ■allions-nous dire, -^ la profession du vol; elles ne s'en cachent point; leurs hommes brigandent sur les chemins et détroussent les gens en bonne conscience.
« Le pays nous appartenait. Des conquérants nous l'ont arraché. Les alléger, maintenant, de quelque bagatelle, où serait le mal? Nous aurons beau faire, nous ne rentrerons jamais dans notre bien ! »
Curieuse circonstance : certains s'engagent comme policiers et gendarmes, louent leurs services pour surveiller, sur les routes et le long des clôtures, les agissements de leurs pères, les allées et venues de leurs oncles, frères et cousins : ce qu'ils font sans faiblesse et avec une exacli-r tude irréprochable. Les familles se disjoignent, les membres tirent au hasard ; les uns pour braconner, les autres pour faire le métier de garde champêtre. Pourvu qu'ils gagnent leur vie, ils n'imaginent point qu'il y ait vertu à défendre la propriété, crime à l'attaquer; deux avocats plaidant, l'un pour la veuve, l'autre contre l'orphelin, n'y mettent pas plus de bonhomie. Pas de sot métier, pourvu
qu'il nourrisse son homme. Nul qui les blâme en un pays où les Brahmanes déclarent bonnes toutes les religions, pourvu qu*on les suive, ordonnent que chacun continue le métier de ses pères; voleurs et pillards pour commencera
Douanier ou contrebandier, il n'en chaut pas davantage au paysan de nos frontières, qui, pour une bouffée de tabac, donnerait l'économie politique et tous les économistes, la doctrine et les doctrinaires. Maraudeur et filou, il fait bon l'être, alors que jeune, souple, hardi, entreprenant, on est dans la plénitude des moyens physiques; mais il vaut mieux vaquer à la répression, se retirer dans les fonctions officielles, quand l'âge mûr vous fait moins agile et ingambe, plus prudent et avisé, et quand on connaît, pour les avoir pratiqués soi-même, les trucs et cautèles des coureurs de blocus. 11 est dans l'idéal, c'està-dire dans la destinée vraiment normale du brigand, de finir commissaire. Pourraient en témoigner les Arnautes, les Palikares, et l'illustre Vidocq. Ils se font la main à leurs risques et périls, et quand ils sont passés maîtres, l'administration les engage. C'est parmi les Bhils et les Poligars, les Koukies et Paharias que le gouvernement anglais recrute de préférence les bataillons de police *.
Les Bhils des monts Vindhya, de même que les Maravers de la province de Madoura dans le Tinevelly, se sont donné la double spécialité du policier et du truand; ils inquiètent les routes et les pacifient. Joseph Prudhomme leur emprunta le fameux sabre, avec lequel il défend nos institutions, et les détruit au besoin. Il sortait de leurs rangs, Jean Hiroux qui rabrouait un gendarme incivil : — « Hé ! le tricorne, respect à l'ancien ! De quoi donc vivrait la