‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 234 sur 264 · LE DIEU-COUTEAU · texte numérisé non relu

LE DIEU-COUTEAU

tailles entre Khonds et étrangers, mais non pas aux rixes qui peuvent éclater entre clans de même tribu. Loha, dieu du fer, s'est mué en un vieux couteau. Aux trois quarts enfoncé dans le sol, il émerge lentement quand une bataille se prépare, et rentre dans la lame quand assez de sang a été versé. Le prêtre surveille d'un œil attentif la hauteur du couteau, les mouvements de ce baromère délicat; car la divinité, si on tardait à la satisfaire, se vengerait en se faisant tigre dévorant, ou épidémie dévastatrice. Sur l'avis qu'en donne l'homme des autels, les anciens se rassemblent et délibèrent suivant les règles : « Loba s'est-il vraiment réveillé ? Est-il inquiet, pour sûr? Est -il en colère? Et contre qui se battre? »

Les guerriers apportent les armes et l'attirail militaire devant leur Mars-Apollon, auquel ils offrent un poulet au riz arrosé d'arrak, joli petit ordinaire que le dieu consomme; après quoi le djanni l'apostrophe :

« dieu! nous avons tardé à nous mettre sur le pied de guerre. Avons-nous oublié quelqu'une de tes prescriptions? Avons-nous attendu trop longtemps, pensant qu'il fallait laisser grandir nos jeunes gens, qu'il fallait nourrir notre monde?

« Quoi qu'il en soit, ton auguste volonté se manifeste par les déprédations du tigre, par les fièvres et les ophtalmies, les ulcères qui rongent et les rhumatismes qui afQigent.

« Nous obéissons^, Seigneur!

« Voici nos armes. Solides, elles lé sont déjà; fais-les aiguës et tranchantes. Dirige nos flèches, dirige les pierres de nos frondes.

« Élargis les blessures qu'elles feront aux ennemis : et si leurs blessures se ferment, que restent la faiblesse et l'impotence! Mais que nos blessures à nous guérissent aussi promptement que sèche le sang tombant à terre !

- « Que les armes hostiles soient fragiles comme les siliques de l'arbre karta, mais que nos haches, puissantes autant que les mâchoires de l'hyène, écrasent les os et broient les chairs !

« Que nos hommes de petite taille abattent des géants!

« Fais, 6 dieu! que dans la bataille nos épouses soient fières de porter le manger aux braves comme nous! Que les tribus étrangères, admiratrices de nos exploits, nous otlrent leurs filles!

« Aide-nous à piller les villages, à razzier les bœufs, à piller du tabac! Que nos femmes aient pour leur part des vases de cuivre! Joyeuses, elles les porteront à leurs parents.

« Assiste-nous, ô Dieu ! assiste aussi nos alliés, en retour des nombreux poulets, porcs, brebis et bœufs que nous t'avons offerts.

« Quelle est notre requête? Que tu tiennes la main à l'exécution des ordres par toi donnés. Que tu nous protèges comme tu as protégé les héros nos ancêtres.

« F^xauce, 6 dieu, exauce! Loba, divinité guerrière, que le fer reprenne en nos mains sa vertu primordiale ! Que nous devenions riches, grâce à son tranchant! Devenus riches, nous t'enrichirons, ô notre protecteur et ami ! »

Sur ce, les guerriers reprennent leurs armes fadées par le contact avec l'autel, et les brandissent au-dessus de leurs têtes. De nouveau le prêtre impose silence, récite la liturgie du Fer :

(( Au commencement, le Dieu de Lumière créa les mon* tagnes, créa les fleuves, créa les ruisseaux, créa les plaines, créa les forêts et les rochers, créa le gibier, créa les animaux domestiques. Après quoi il créa l'homme, et après l'homme le Fer.

« Mais l'homme ignorait encore les usages du Fer.

« Une femme, Ambali Baylie était son nom, vivait avec ses fils, deux guerriers... Un jour, ils parurent blessés et

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