‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 235 sur 264 · LITURGIE DU FER · texte numérisé non relu

LITURGIE DU FER

la poitrine ensanglantée. Elle demanda : — Qu*avez-vous, lés enfants?

« Et les garçons de répondre : — Avec les gens de là-bas on s'est amusé avec des feuilles de glaïeul, on s*est chatouillé les c6tes.

« La mère pansa les plaies et dit : — Fi du glaïeul! laissez là le glaïeul, mes enfants!

' « Quelques jours après, les fils revinrent, tout hérissés de pointes épineuses; ils en étaient couverts, comme un mouton de sa laine. Derechef Ambali guérit les égratignures. . .

« Et dit : « Il est peu séant de se battre de la sorte. Au pays des Indous, allez chercher du fer, forgez-le en haches et pointes de flèche, courbez en arc le bambou, ornez vos têtes de plumes, cuirassez -vous de peaux , et toiles, allez à la bataille.

« La bataille aiguise les esprits, affermit les cœurs. Par suite, vous aurez des tissus, du sel et du sucre, et vous apprendrez à connaître d'autres hommes, d'autres manières. ».

u Les fils et les petits fils d'Ambali allèrent donc à la bataille» mais presque tous y restèrent. Les survivants revinrent et dirent : « Mère, nous t'avons obéi ; mais que de morts! Devant le terrible tranchant du fer, il est impossible de subsister. »

(c Et Ambali Baylie de répondre : « Il est vrai, dans le fer n'entra aucune goutte de pitié. Mais, vous autres, chauffez-le au feu de forge, battez-le avec un marteau et modifiez la barbelure de vos flèches ! »

« Ce qu'ils firent, et, depuis, le fer ne fait plus périr tous ceux qu'il frappe. Nonobstant, il défend les limites sacrées, protège notre avoir et nos droits. »

Après une pause, le prêtre crie à l'un des groupes : « Aux armes! aux armes! Je vais de l'avant; marchez! »

Guidée par l'homme du Dieu, une bande pousse jusqu'à la frontière de la tribu qu'on a résolu d'attaquer.

Une flèche est lancée par delà les limites; les hommes' bondissent après. D'un arbre qui croît sur le sol ennemi, les messagers coupent un rameau, l'emportent. Symboles parlants, et qu'on peut dire universels, puisqu'on les trouve chez des populations aussi dissemblables que les Nagas, les Romains et les Moundroucous de l'Amérique Méridionale ^ De retour au sanctuaire, le djanni entoure cette branche de peaux et de chiffons ; à deux branchilles simulant les bras il attache des armes ; puis il abat, devant l'autel, le mannequin représentant l'ennemi et accoutré en guerrier.

« Dieu de Lumière, et toutes autres divinités, témoignez que nous avons exécuté toutes les prescriptions ordonnées.

a Donc, Dieu de la Guerre, abstiens-toi de nous visiter sous forme de tigres, de fièvres et autres fiéaux !

« En toute justice, la victoire nous est due.

« Écoutez, ô dieux! nous demandons, non point d'être garantis de la mort, mais de n'être point estropiés.

Couvrez-nous de gloire, ô dieux! et n'oubliez point que nous sommes les neveux des héros, vos illustres amis! »'

Ces préparatifs terminés, il reste à notifier la déclaration de guerre, car la loyauté exige que l'ennemi ait le temps de s'armer, de prendre toutes mesures défensives, d'accomplir les cérémonies qui captent la faveur des Immortels, et par suite le succès. Chaque côté promet à Déméter une victime humaine, et à Mars- Apollon larges lampées du sang des boucs et des poulets.

Le chef du village dépêche de jeunes messagers qui courent aux endroits désignés. Brandissant iin arc et des

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