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DANSE DE LA PAIX

« Voici comment les hostilités surgirent. Loha avait dit : Qu'il y ait guerre !

« Loha entra dans les outils, qui d'instruments de paix se changèrent en armes offensives. Il se fit tranchant de hache, se fît pointe de flèche.

u II entra dans ce que nous mangions, dans ce que nous buvions, tous ceux qui burent ou mangèrent furent emplis de fureur, et les femmes, amies de la paix pourtant, attisèrent le feu au lieu de l'éteindre.

« L'amour, l'amitié firent place à la haine et la discorde; une grande guerre s'ensuivit.

« Maintenant Loha a eu ce qu'il voulait, la terre s'est engraissée de sang. Assez maintenant!

« Que s'émoussent les armes, et que s'éteigne la colère! Que reviennent l'amour et l'amitié!

« [iOha, veuille maintenant tourner tes pas ailleurs, et toi, Déesse du Croit, regarde-nous avec faveur et fais que notre peuple prospère et multiplie! »

Le prêtre alors asperge l'assistance avec une boue bénite, mélange d'eau consacrée et d'une terre prise dans une fourmilière ou dans une termitière.

Sitôt le traité conclu, les combattants de la veille se précipitent à la danse de la Paix, gigotent, sautent et tressautent avec un entrain qui, s'exaltant jusqu'à la frénésie, emporte les dernières rancunes, les ressentiments mal effacés. La réconciliation est réputée donner au cœur la joie la plus intense qui se puissa éprouver au monde. Cette extase, Loha Ta inspirée, il serait impie de la réprimer, irrespectueux de la modérer. Après s'être démené pendant trois à quatre heures, on n'a pas trop de quinze jours pour se remettre de la fatigue.

Pour le Khond, homme conscient de sa noble destinée, iî n*est plus belle occupation que la guerre et l'agricul-

3u0 LES KOLARIENS DU BENGALE.

ture. Il méprise toutes les industries qui se pratiquent par assis, tous les métiers dans lesquels on vieillit à son aise. La charrue le repose des combats, et les combats le restaurent après les labeurs de la charrue. Chez ce peuple singulier, la guerre ne coupe pas court aux relations entre familles et tribus ennemies, aux galanteries et aux demandes en mariage. Même les noces ne sont pas renvoyées à la conclusion de la paix ; les belligérants suspendent les massacres pour se rencontrer à des fêtes et réjouissances où ils se traitent avec courtoisie et s'amusent, semble-t-il, avec une parfaite insouciance, pour s'entr'égorger le lendemain avec autant de férocité que de bonne humeur. Cruels, ils le sont, mais non pas méchants; ils ont le meurtre gai. Ce qu'il faut attribuer à la bonne foi parfaite avec laquelle ils attribuent la mort et la victoire à l'intervention immédiate et personnelle de leurs divinités, seules tenues pour responsables.

Assurément, les tribus khondes comprennent la guerre autrement que nous. Ils en font l'accomplissement d'un rite religieux et d'un devoir moral, grâce auquel la population masculine prend du ton et du nerf, grâce auquel les dieux se gorgent du sang, du précieux sang humain, dont ils se montrent si souvent altérés.

Semblablement, les anciens Mexicains s'envoyaient de temps à autre un message : « Nos dieux ont faim. Venez, les amis, et entre-tuons-nous pour leur donner à manger. » Ainsi, en i454, lors de la grande famine, les prêtres se plaignirent, au nom des Immortels, que les prisonniers, procurés par les expéditions lointaines, arrivaient trop fatigués et amaigris pour être appétissants aux dieux. En conséquence, les libres républiques d'une part, et les trois royaumes d*aùtre part, convinrent qu'ils entretien-

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