RITS FUNÉRAIRES
draient une gaerre constante, et que, à des intervalles et en des lieux déterminés par avance, on se battrait à la chevalière, en vue de faire, non des conquêtes, mais des prisonniers, qui assouviraient la faim des divinités.
Après avoir raconté comment vivent Kolhs et Khonds, et notamment comment ils se marient, comment ils tuent leurs filles, et de quelle manière ils s'entre-tuent dans leurs tournois, disons brièvement leurs coutumes funéraires et quelles idées ils se font de Texistence apr^s la mort.
La crémation, en grand honneur parmi ces tribus, de droit pour les chefs, patriarches et grands personnages, pratiquée pour la plupart des adultes mâles, est, sans exception, refusée au menu fretin des femmes et enfants. Interrogés sur cette diversité de traitement, les indigènes expliquent que la crémation comporte trop de dépenses et de cérémonies pour qu'on la prodigue. Le motif est plausible, mais faut-il s'en contenter? Que de fois les peuples tiennent pour sacrées des coutumes qu'ils se transmettent depuis temps immémorial, sans les comprendre! les ayant empruntées à d'ignorants prédécesseurs, ou à des voisins qui n'en savaient davantage. Pour être d'ordre pratique, la raison alléguée ne nous semble pas décisive ; c'est même à cause de ce caractère utilitaire que nous la tenons pour suspecte, dans un ordre de choses où le genre humain s'est rarement piqué de bon sens et de sobriété. Si les Khonds visent à l'économie quand il s'agit des femmes et des enfants, pourquoi poussent-ils à la dépense quand il y va des pères et des frères? La mort
est universellement considérée comme la porte du monde surnaturel; or, en matières d'imagination et de foi, on n'en appelle point à la science et au bon sens. Pour expliquer la mort, on s'est toujours adressé au rêve.
L'enterrement et la crémation relèvent de systèmes tout différents. Suivant l'antique théorie, la mort, dissociation de l'organisme, rend aux éléments ce qu'ils lui avaient prêté; l'Esprit — lumière et étincelle — s'envole avec la flamme dans les régions éthérées, vers le soleil, vers les astres distants. Honneur à ceux dont les restes sont déposés sur le bûcher! Autre le sort de ceux qu'on enterre; leur âme, ne contenant que des principes aqueux et terriens, finit avec l'existence actuelle ou ne la dépasse guère; elle est de nature inférieure et mortelle, par opposition à l'Esprit de nature divine. Les Mosinœques aussi, dans l'Asie Mineure, brûlaient les hommes après la mort, enterraient les femmes. Bonne et valable pour une antique peuplade que les Dix Mille ont traversée dans leur fameuse retraite, l'explication serait-elle insuffisante pour les Khonds, découverts récemment?
Les crémations, d'ailleurs, ne sont point identiques partout; elles comportent un rituel qui varie selon la caste et la qualité. Ici, les individus sont brûlés debout, attachés contre un arbre maouâh;là, couchés, avec la tête regardant au sud. Les cendres ayant été recueillies, ainsi que les os, ces tristes restes sont étalés sur une couche de riz — probablement pour les rendre innoxieux — et on les porte en procession par les rues du village, devant la demeure des parents et amis. Le mort salue, est salué à chaque porte ; on lui fait voir une dernière fois les arbres qu'il a plantés, les champs qu'il a cultivés; on le mène devant la garçonnière, où il a si souvent dansé. Chez les
.LE MORT ASSASSIN. 3o3
Ouraons, les ossements sont déposés sous une massive pierre qu'ombrage un tamarin ; chez les Khérias du Tcbota Nagpour, on les jette dans le fleuve qui les descendra dans la vallée qu'habitaient autrefois les ancêtres, avant qu'ils eussent été chassés par l'invasion arya.
C'est pour assurer le bonheur du défont, et, plus précieusement encore, le repos des survivants, que la plupart des religions ont imaginé les rituels funéraires, qui bannissent l'âme en des espaces dont elle ne pourra plus sortir qu'à des époques fixées, où elle devra rentrer à des moments déterminés. Puisqu'elle traîne après elle des vapeurs délétères, et les miasmes empoisonnés du sépulcre, puisqu'elle souffle la fièvre et les pestilences, puisqu'elle infecte même ceux qu'elle avait chéris, l'âme ne peut trouver mal qu'on lui impose mainte quarantaine, mainte lustratidn, avant qu'on lui permette d'approcher les vivants, qui aspirent l'air par les narines et dont la poitrine est une fontaine de sang chaud.
Ce que les morts savent faire* le mieux, c'est tuer. Par leur intermédiaire agissent les méchants sorciers, les maudits jeteurs de sorts. Les sorcières montent sur le toit des paillotes, y percent un trou, par lequel elles déroulent un fll, qui va toucher le corps de l'individu à maléflcier. Par l'intermédiaire de ce fil, elles sucent le sang, font couler le poison dans l'estomac ^, débilitent les os. Si la vie, si la santé vous sont chères, ne vous laissez pas rencontrer par la femme morte en couches, laquelle hante sa pierre tu-