‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 263 sur 264 · A BELLES DENTS · texte numérisé non relu

A BELLES DENTS

pour assister à un acte de haate liturgie, un vrai mystère.

Sous Tautel est caché un agneau que le prêtre officiant fait semblant de chercher. Il ne manque pas de le découvrir, fait claquer son fouet, — sans doute en imitation du tonnerre, — et du manche touche la bête, Tinsensibilise par des passes magnétiques. Dès que ses membres sont rigides, il met les quatre pieds sur une main, sautille et tourne autour de Tautel. Après quelques minutes de cette manœuvre, il dépose la victime sur la pierre. A ce moment, les assistants se jettent sur lui, le renversent, lui attachent les mains derrière le dos, puis le poussent dans une ronde. Tous y prennent part en criant. Les musiciens tambourinent à tour de bras. Excité, autant et plus que les autres, le djanni roulé des yeux, hérisse le poil. Son Dieu l'eiivahit; Pot Radj, incarné en sa personne, bondit sur Tagneau stupéfié, le saisit entre les dents, le secoue, Tattaque à la gorge, le fait expirer sous les morsures. 11 s'arrête alors, soufQe et reprend haleine, mais pour fouiller dans les entrailles déchirées, y plonger la tête à plusieurs reprises et la retirer dégouttante de sang. Satisfaits maintenant, les assistants s'emparent du cadavre lacéré et Tenterrent au pied de l'autel. Ils se rappel* lent alors que devant Tari sont empilés des grains et semences, des chairs et ossements, les têtes de nombreuses victimes. Et tous, à quelque caste qu'ils app8u*tiennent, de se précipiter sur le tas, de se disputer les débris, chacun pour son champ et son jardin. L'énergumène s'est enfui dans la jungle, ne reparaît de trois jours. Ce n'est encore que la scène avant-dernière.

Pour clore, les villageois portent en triomphe, autour de leurs cultures, l'image de la déesse et la tête du taureau premier immolé. D'ordre, de décence, rien : plus on

est fou, plus la Terre se met en joie et en vigueur. Feu croisé de mots piquants, de propos plus que lesles, de gestes obscènes, de moqueries et railleries. Aux .Lénées de Dionysos, les vignerons tenaient le haut bout: ici, les bergers mènent le charivari. Ils tiennent à dire leur mot sur les affaires du moment. Avec une verve endiablée, ils éclaboussent tout le monde et son père, prennent à partie, les notables, les autorités, n'épargnant même pas la déesse. De leur côté, les Asadis, danseuses et prostituées attachées au culte, assaillent les citoyens les plus graves et les plus respectables, houspillent brahmanes et lingayats, sautent à califourchon sur les épaules des zémindars. Après les émotions de la mériah immolée, après le spectacle des égorgemenls, après les pleurs et les cris, après tant de sang répandu, il faut de larges rires, des esclaffements bruyants et sonores, L'àme surmenée ne reprend son équilibre qu'en passant par une agitation en sens contraire. C'est ainsi que la folle bande arrive jusqu'à la chapelle sacrée au dieu Terme, où l'on enterre la tête du taureau. Le lendemain des saturnales, il n'y parait plus, et chacun de vaquer à ses occupations accoutumées.

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