‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 262 sur 264 · FÊTE DES SEMAILLES · texte numérisé non relu

FÊTE DES SEMAILLES

rer dans son clos. On met à part le sang et les entrailles, sur lesquels débris on casse des cruches et on déverse des victuailles à pleines marmites.

■' Le lendemain, les laboureurs se rangent devant les grains mis en tas, et, dans le monceau chacun plonge le fer de sa charrue, afin de lui communiquer des vertus pro* lifiques. S'annonce alors par de bruyants claquements de fouet un djanni, appelé Pot Radj,' du même nom que le Faune qu'il est censé représenter. Il apporte un chevreau, la « victime de l'araire », hari mériah, l'égorgé en un tour de main, mélange sa chair avec celle du taureau tué la veille, met cette viande dans un panier. Du milieu des laboureurs surgit alors un homme nu, qui saute sur la corbeille, s'en empare et s'esquive. La foule se précipite après. A grandes enjambées et avec de bruyantes vociférations on fait le tour du village, tandis que le coureur jette à droite et à gauche les morceaux qu'il déchire entre les dents; il appelle à la curée les démons, auxquels, de leur côté, les paysans font largesse de brebis et poulets. Sabré dégainé, les Païks veillent à ce que nul étranger ne dérobe la moindre bouchée, car il suffirait d'une bribe pour escamoter les mérites du coûteux sacrifice." Ce n'est pas fout. Au retour de l'expédition, la multitude s'empare du premier taureau qu'elle rencontre, l'abat, et tous les ayants droit eu prennent leur part.

Pendant les deux premiers jours, les offrandes- ont été présentées au nom delà communauté, mais, aux troisième et quatrième, les particuliers sont libres de capter par des présents, faits en leur propre et pirivé nom, les faveurs spéciales de Tari et de telles autres divinités champêtres qu'ils jugent opportun. On ne s'y épargne point et il n'est pas rare de voir une grosse bourgade sacrifier quatre à

cinq douzaines de bœufs, des brebis par centaines, dont on empile les tîntes en deux monceaux. £t alors les femmes qui ont fait des vœux, de dépouiller leur mince costume, et entourées d'amies, de courir nues par les places et par les chemins. Elles sautent et dansent, agitent des ramées, brandissent des feuillages. Les unes veulent être rendues fécondes en même temps que la Terre, et les autres remerciont la déesse qui les a rendues mères.

Remarquons en passant, et sans entrer plus avant dans la matière, que les rites agricoles marquent une certaine prédilection pour la nudité des célébrants. Ainsi, aux environs de Madras, une fête annuelle rassemble des myriades de pèlerins, qui égorgent des troupeaux entiers, et quand Tair est épaissi par les vapeurs du sang, ils se déshabillent, processionnent en secouant des rameaux verts, puis vont se baigner. — De même, les Bodoles slaves sont promenées par les champs, vêtues seulement de frondes et de fleurs, — Une légende de Tchamba, près Âmrétsir, raconte que Tean se refusait obstinément à couler dans un canal que l'on venait de creuser. Les sages décidèrent que, pour mettre en mouvement l'artère d'irrigation, il était indispensable que la plus belle et la plus vertueuse princesse de la maison régnante consentit à se faire couper le cou. La généreuse fille accepta de grand cœur. Mais ce ne fut là qtie son moindre mérite, il lui fallut aussi se résoudre à courir nue dans le lit du canal, en spectacle à la foule assemblée. Yingt-cinq siècles plus tard, le seigneur de Goventry n'en demanda pas tant à l'illustre Lady Godiva. Mais revenons à nos Khonds.

Au cinquième et dernier jour, grande procession des fidèles se rendant, musique en tête, au temple de Pot Radj

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