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Ra^jpoutana, les Todas, etc

AVORTEMBNTS. 41

ses besoins dans l'autre monde, où, dit-on, la nourriture est moins parcimonieusement mesurée que dans le nôtre.

Loin d'être le fait de parents dénaturés, Tinfanticide passait donc pour un droit et même pour une nécessité à laquelle il eût été criminel de se soustraire. A plus forte raison, Tavortement n'était qu'un accident vulgaire. Parmi nombre de sauvages, il va de soi que la fille, tant qu'elle n'est pas mariée, n'a pas la permission d'avoir un enfant, à la subsistance duquel elle ne pourrait pourvoir. Si elle accouche tout de même, il faudra que les ayants droit expédient sa progéniture ; mais, si elle simplifîe la besogne, en se débarrassant du fruit avant maturité, tant mieux!

Pour en revenir à nos Esquimaudes, celles qui prévoient qu'elles ne pourront élever l'enfant recourent à l'avortement : avec un objet pesant ou un manche de fouet, elles se frappent et compriment, mais sans parvenir toujours à leurs fins, car elles paraissent faites, disent les obstétriciens, pour concevoir facilement et mener le fœtus à bien. Plusieurs se livrent sur elles-mêmes à une opération de haute chirurgie, au moyen d'une côte de phoque bien affilée ; elles enveloppent le tranchant avec un cuir qu'elles écartent ou remettent en place au moyen d'un fil. On ne dit pas combien en meurent ou restent estropiées.

Le malthusisme, dernier mot de l'économie officielle, — dernier mot aussi des pays qui s'en vont, — est pratiqué largement par ces primitifs qui ne permettent à une femme que deux à trois enfants vivants, et tuent ensuite ce qui, fille ou garçon, commet le crime de naître. Faisant elle-même l'office de bourreau, la mère étrangle le nouveau-né ou l'expose dans une des anfractuosités qui abondent entre la glace fixe de la côte et la glace flottante du large, triste berceau ! A marée montante, le flot saisit

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le misérable, et s'il n'est pas déjà mort de froid, le tue eh le roulant sur la plage, en le raclant contre les galets. '

Mais ces exécutions répugnent aux. mères, surtout quand l'enfant demande à vivre, et que soft œil s'est ouvert largement à la lumière du jour. Dé plus en plus, Topihion se prononce contre les infanticides, ne les permet qu'en cas de nécessité. Encore, dit-on qu'ils portent malheur aii village et que la nuit on entend les gémissements lamentables du pauvre innocent. Même croyance en Laponie, où des mères coupent la langue du petit avant de le jetek» dans la forêt *.

Qu'elles se fassent avorter ou qu'elles étranglent la' progéniture surabondante, elles ne sont pas mauvaises mères pour cela. Touchante est leur sollicitude, innombrables les soucis qu'elles se donnent pour les enfants^ après et même avant la naissance. La femme enceinte est dispensée de tout gros travail, — pourquoi nos civilisée ne vont-ils pas à cette école? — elle ne mange, que du gibier apporté par le mari, que du gibier qui n'a pas éti§ blessé aux entrailles'; deux prescriptions qui demandent commentaire. L'enfant, môme né en justes noces, courrait le risque de devenir bâtard, s'il était nourri d'autres aliments que ceux apportés ou présentés par son père, ce qui est une des pratiques dites de la couvade, et suffirait déjà à l'expliquer. Car le père, quand il veut reconnaître son enfant, est jaloux de le soigner et de le nourrir pour sa part. Là-bas on insiste beaucoup plus qu'on ne fait chez nous sur la corrélation qui existe entre l'organisme el l'aliment qui le constitue. L'animal ne doit pas avoir été blessé aux entrailles, de peur que, par sympathie, la femme

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