LACTATION PROLONGÉE
Les nourrices, émules des kangouroutes, portent le nourrisson dans leur capuche, ou dans une de leurs bottes, jusqu'à la septième année, les allaitant toute cette période. Elles ne le sèvrent jamais ; aussi leurs mamelles s'allongent jusqu'à, devenir hideuses. On a vu de grands garçons, Ûandrins de quinze ans, ne pas se gêner pour teter leur mère, au retour de la chasse, en attendant que le souper fftt prêt. Dans cette lactation prolongée, il y a le désir et le moyen d'assurer à l'enfant quelque nourriture au milieu des disettes réitérées, il y a aussi un signe de tendresse et d'affection. Ainsi nous lisons dans les légendes tatares :
« Le héros Kosy enfourcha le cheval Bourchoun et fit sa prière. Sa mère pleurait : Arrive à bon port ! Et découvrant ses seins : Bois-y encore, et de ta mère il te souviendrai
11 est des Esquimaudes qui vont plus loin dans leurs démonstrations aff'ectueuses, et qui, poussant la complaisance aussi loin que maman chatte et maman ourse, lèchent le poupard pour le nettoyer, le pourléchent de haut en bas ; tendresse bestiale qui nous froisse dans notre vanité d'espèce supérieure. Elles ne verraient pas la moindre ironie dans « l'enfantine » qu'on chante à Cologne, versiculets qu'un littérateur de l'école naturaliste traduirait sans embarras :
Wer soll de Windle wasche, Ler muss den Dreck wegfrasse*!^.,
. 1. Radlo£P, Volkslitteratmr der Tûrkiaohen Staemme Sài Sibériens* Il « Ml,.et IV, 344.
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L'etîslence des sociétés comme celle des individus dépend, disions-nous, des alimenls mis à leur dispositioh-; selon que cette quantité augmente, la population s'accroît* Mais si la nourriture devient insuffisante, manifestement insuffisante, force est de se débarrasser des bouches inutiles, non-valeurs sociales. La a vivende » est retranchée à ceux qui ont la moindre vie devant eux; le droit d& vivre est la possibilité de vivre. Dans ces conditions, lé meurtre des enfants a pour triste complément celui des vieillards ; on abandonne ceux-ci, on expose ceux-là. Telle est la règle contre laquelle ces malheureuses sociétés se débattent comme elles peuvent, Quand il faut choisir, les unes perdent les enfants et même des femmes pour sauver les vieillards, chez les autres tous les vieillards y passent avant qu'il soit touché à une tête blonde. Le plus souvent, les grands-parents réclament comme un droit, ou comme une faveur, d'être immolés aux lieu et place des petits. Qu'il nous suffise d'avoir énoncé la loi, sans l'appuyer par les exemples qu'en pourraient donner nos ancêtres et de nombreux primitifs. Maudirait-on la cruauté de ces hordes et peuplades qui* ne sont pas arrivées à être humaines? Combien souvent elles préféreraient se montrer compatissantes...- si elles en avaient le moyen ! Il va de soi que la plupart du temps, les malades sont assimilés aux vieillards,. puisqu'ils* vivent comme eux sur la masse qui ne dispose que de courtes rations.
Tant que l'on conserve quelque espoir, on s'empresse autour du malade. Les femmes en chœur psalmodient leur Aya Aya, car eUes connaissent la puissance des incantations. La matrone met sous le chevet une pierre de deux à trois kilogrammes, dont le poids est proportionnel à la gravité de la maladie; Chaque matin elle la pèse en