‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 44 sur 264 · RITS FUNÉRAIRES · texte numérisé non relu

RITS FUNÉRAIRES

renne, qu'on présume servir à festins dans Tautre monde. Si le défixnt appartient au vulgaire, on l'enterre purement et simplement, et les « affligés » se feront un devoir de manger à-son intention le renne, dont ils briseront les os... Pourquoi? Probablement pour que Tanimal ne renaisse pas sur terre et reste propriété du mort dans l'Hadès tchouktche. '

Quand des mœurs pareilles se sont perpétuées chez un peuple liaErdi, tant soit peu guerrier et pirate, les hommes tiendront à honneur de mourir sur le champ de bataille. Au besoin, ils prétexteront des duels pour se faire expédier par leurs intimes, à la façon des Scandinaves. Ils diront, comme les anciens Hellènes : Qui meurt jeune est aimé des dieux.

Les rits funéraires sont moins uniformes que toutes autres coutumes. La majeure partie des Esquimaux ensevelissent leurs cadavres sous un amas de pierres ou dans des crevasses de rochers; des Groenlandais et Labradoriens les jettent à la mer; leurs congénères d'Asie les brûlent, les enterrent ou les font manger aux bêtes. Chacun estime sa manière la meilleure. Mais il est de croyance générale que la mort n'est pas le terme de l'existence. Que les défunts exercent sur les vivants une action variée et généralement funeste. Qu'ils sont méchants pour la plu^ part, au moins à l'état de revenants. Qu'ils passent leur temps à souffrir le froid et la faim. On s'abstient autant que possible d'approcher leurs demeures, surtout si elles sont occupées depuis peu; mais le passant pieux dépose sur les tombes au moins une miette de nourriture. A la grande cérémonie d'adieu, les amis et connaissances apportent de la viande, dont chacun coupe deux morceaux, un pour lui, un autre pour le mort; ils tailladent une couverture : ^

52 LES INOÏTS ORIENTAUX.

ic Tiens, mange I Tiens, 'couyre-toi! » Le couteau dont on fait usage est dissimulé par les assistants, qui rangés en cercle se le passent par derrière, comme cela se pratique dans un de nos jeux innocents : le furet du b<ns joli. Et pendant que la lame circule, chacun parle au mort pour distraire son attention, chacun a quelque chose de particulier à lui dire.

En signe de deuil, la veuve itayenne modifie son costume, s'abstient de certains aliments, de diverses occupations. Elle se prive, par devoir rigoureux, de tout soin de propreté. Les amis se bouchent une narine avec un tampon d'herbes, qu'ils n'ôtent de plusieurs jours : naïf symbole : — « Nous ne respirons plus qu'à demi, nous sommes à demi morts de chagrin... « Ceux qui souffrent réellement se mettent en quête d'aventures périlleuses, pour absorber leurs regrets dans la fatigue physique, et noyer leur douleur dans l'excitation passionnée que procure le sentiment du danger.

A la Toussaint, à nos « messes du bout de l'an » correspondent là-bas les fêtes et anniversaires des morts que, suivant les cantons, on célèbre assez diversement; mais partout on danse, on saute, on joue des pantomimes qui ont la prétention d'être des biographies; on festoie aux dépens de la famille qui se démunit de tout pour bien faire les choses, distribuer largement de la victuaille et des fourrures. Ceux qui ne peuvent davantage ne donnent que des bagatelles, mais personne ne s'en retourne à vide.

 propos des silhouettes découvertes sur les fossiles dô Thayingen, on contestait aux peuples enfants la faculté do

GARTES ET DESSINS.- . 53

produire des dessins qui seraient supérieurs aux barbouillages d'écoliers.

À cette assertion aprioristique, il a été répondu par de nombreux exemples : les Bochimans , les Australiens, et tant d'autres. Nos Inoîts représentent assez correctement des scènes de chasse et de pêche, des ours, phoques et baleines '. Cailloux pointus, mauvais couteaux, ivoires d'une dureté extrême, cornes raboteuses, os de courbure irrégulière, combien ingrate la matière, combien rebelles les instruments! Rink a fait illustrer son volume de Contes Inoils par un artiste du crû, dont les dessins naïfs, mais très expressifs, pourraient passer pour de ces anciennes estampes que se disputent les amateurs. On recommande aux connaisseurs une collection de bois' gravés par des naturels.

Ces Esquimaux possèdent à un haut degré le sens de la forme et des proportions relatives; ils ont l'abstraction géométrique si facile, qu'ils ont dressé des cartes de leur pays assez exactes pour servir utilement aux explorateurs. Les plans de Noutchégak et autres localités, levés par Oustiakof, un de ces sauvages, ont passé longtemps pour être suffisamment corrects. Hall a orné son livre d'une planche de Rescue Harbour, œuvre de Goudjissi. Rey montra une de ses cartes marines à un indigène, qui la comprit fort bien, demanda un crayon, en traça une autre avec un plus grand nombre d'îles, — addition précieuse^. Ces talents ne laissent pas que de rehausser les Esquimaux, et de leur donner quelque importance dans

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