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LA MORT

Taguement. La Mort avance, la Mort approche. Elle gran*dit de minute en minute, glisse silencieuse sur la neige épaisse. Il compte ses pas... La voici, la Mort. Déjà elle soupèse le harpon dont il transperça maintes fois Tours et le phoque. Elle se redresse, lève le bras. Il attend, attend...

A la vue de cette hutte isolée, mystérieuse, des étrangers apprenant ce qui s'y passait, ont été saisis d'horreur et de compassion. Us ont éventré la muraille et qu'ont-ils vu? Un mort, les yeux grand ouverts sur l'infini. Ou bien un mourant qui d'une voix de reproche : — « Que faites- vous? Pourquoi me troubler? C'était assez de mourir une fois I »

Les Tchouktches, qu'on prend généralement pour un rameau du tronc ino!t, prétendent que c'est faiblesse et fausse compassion de ne pas faire brusquement sauter le pas à ceux qui s'en vont. Il vaut mieux en finir d'un coup que de savourer longtemps la mort dans sa tristesse, que d'être rongé par la douleur. Donc, ils vous expédient les gens de diverses manières. Mais ne les accusez pas d'y mettre de sensiblerie !

L'individu qui se permet d'être malade pendant plus de sept jours, est admonesté sérieusement par ses proches, qui, lui passant une corde au cou, se mettent à courir vivement autour de la maison. S'il tombe, tant pis! On le traînera par les ronces et les cailloux, hop, hop ! — Guéris ou crève! Après une demi-heure de ce traitement il est mort ou se déclare guéri. Si pourtant il hésite encore, on le pousse ou on le porte au cimetière, où il est incontinent lapidé ou piqué de manière à ne plus broncher* Sur ion oadavro on làclie dot chiens qui lo dévorent» et

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ces chiens seront manf^és à leur tour. Rien ne se perd, rien ne se perdra. Ces Tcbouktckes sont décidément plus forts que nos économistes libéraux, école Manchester.

Les braves — ils ne sont point rares — les braves qui se sentent déjà sur le déclin, convoquent les parents et amis à un repas d'adieu dont ils font gaiement les honneurs. Après le dernier service, les invités se retirent discrètement, le patron se couche sur le flanc, et reçoit un bon coup de lance, qu'un camarade veut bien lui octroyer; mais, le plus souvent, il s'adresse à un robuste gaillard qu'il paie et aposte exprès. .

Aux vieillards, aux gens afifaiblis, décidément inutiles, on demande s'ils n'en ont pas assez? Il est de leur devoir» il est de leur honneur, de répondre oui. Là-dessus on maçonne, au champ des morts, une fosse ovoïde qu'on remplit de mousse, et aux extrémités on roule des pierres grosses et pesantes qui fixent deux perches horizontales. Sur la pierre du chevet, on égorge un renne dont le sang se répand à flots sur la. mousse, et sur cette couche roiigie, tiède et douillette, le vieillard s'allonge. En un clin d'œil il se trouve ficelé aux perches, et on lui demande : — Es-tu prêt? Au point où en sont les choses, ce serait honte et sottise d'articuler une réponse négative, que d'ailleurs on ferait semblant de ne pas entendre. -^ (c Bonsoir les amis ! '> On lui bouche les narines avec une substance stupéfiante; on lui ouvre l'artère carotide, et au bras une grosse veine ; en un rien de temps il est saigné à blanc.

L'opération chirurgicale est ac&omplie par les notables, ou simplement par des femmes, selon la considération dont jouissait l'individu. Si on tient à des obsèques particiflièrement distinguées, le corps est brûU arec celui du

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