HABITATION
faiblesse et la débilité des jeunes générations, les épidémies qui les emportent. Par contre, c'est avec enthousiasme qu'ils acceptèrent les liqueurs fortes, le premier présent que la civilisation fasse aux barbares. Quant au tabac, chacun lui voua et lui conserve une passion désordonnée : pour quelques filaments de l'herbe magique, dont ils avalent la fumée pour n'en rien perdre, hommes et femmes donnaient tout : leur nourriture et jusqu'à leur liberté.
L'habitation a l'importance d'un organe physiologique chez les Esquimaux, qui ont à se défendre contre un climat meurtrier. Nous changeons de vêtements selon la saison; eux ont l'habitation d'hiver et l'habitation d'été. La plus petite, la moins soignée, est la demeure estivale, la barabore, installée le plus souvent auprès d'une rivière poissonneuse; elle peut ne consister qu'en une paillotte, un auvent, un bateau renversé. Type général, une tente conique ou pyramidale, appuyant sur une muraille basse, en terre et cailloux. Les Aléouts creusent un trou assez profond, appliquent contre les parois des perches qui se rejoignent par le sommet; ils les treiliissent et les recouvrent d'une couche épaisse de terre, laquelle ne tarde pas à se couvrir de gazon, l'herbe faisant manteau. Une maison se confond avec les broussailles environnantes, le village fait de loin l'effet de tombes dans un cimetière ^ Plusieurs n'ont pour ouverture qu'un trou ménagé au faite : cheminée, porte et fenêtre, tout enssmble. On entre par le toit, et on se glisse en bas par un baliveau
1» Lanff^dorf, KittlUx.
66 LES INOÏTS OCCIDENTAUX.
entaillé de coches. Où Therbe est trop rare, où Ton manque de bois, on construit la maison d'hiver avec de la neige et de la glace reHées par des côtes de baleine; l'entrée est une allée souterraine assez étroite, dans laquelle Tair prend la température intermédiaire à celles dû dedans et du dehors ; une toison d'ours fait portière. Les gaz viciés s'échappent -^ au moins en partie — par une ouverture abritée sous des intestins de phoque, nettoyés, huilés, solidement cousus, ayant la transparence du verre dépoli. Sur le pourtour intérieur, des bancs étroits et bas, servant de lits. Mobilier : une ou deux lampes, deux ou trois chaudrons, quelques plats qui doivent leur netteté à la langue des chiens. Ces cabanes sont chaudes à la condition que les habitants y soient entassés et pressés les uns contre les autres ; il en est qui ont une largeur de 7 à 10 mètres, une longueur de 30, parfois même de 100, mais elles abritent alors une tribu, et jusqu'à plusieurs centaines de personnes. Ces grands terriers connus sous divers noms*, et plus particulièrement sous celui de hachim, sont des maisons communes que possèdent la plupart des Hyperboréens, et que l'on retrouve un peu partout*. Nous les prenons pour des phalanstères primitifs, plus ou moins analogues aux ruches et guêpiers, aux castorières, fourmilières, termitières et « républiques » d'oiseaux. Les polypiers humains font pendant aux colonies animales; partout on voit les bandes sauvages terrer ensemble comme des familles de rats, glomérer dans une caverne comme chauves-souris, percher sur les mêmes arbres comme corbeaux et corneilles.
1. Kagsse, kagge, karrigi, kachim^ kogim, dont on a fait casine ou cassinCt iglous^ oulaaSt iourte, etc.