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LA SOCIÉTÉ ET L*INDIVIDU

A la grande question qui, en ethnologie, se posé aux détours de route : « L'individu est-il antérieur à la société, ou la société est-elle antérieure à Tindividu? » la réponse semblait naguère des plus faciles, et Ton répétait couramment la leçon officielle : le premier individu se dédoubla en mâle et femelle, et du premier couple, cré^ superbe et vigoureux, intelligent et beau, naquit la première famille, laquelle s'élargît en tribu, puis en peuples et nations. La doctrine s'imposait par son apparente simplicité, semblait inspirée par le bon sens. Mais la géologie et la paléontologie aidant, on s'aperçut qu'il fallait reléguer parmi les contes de fées la théorie d'un homme surgissant au milieu du monde, à la manière d'un Robinson abordant son île déserte. En dehors de ses semblables, l'homme est homme, autant qu'une fourmi est fourmi indépendamment de sa fourmilière, autant qu'une abeille reste abeille quand elle n'a plus de ruche. Ce qui advient de l'homme isolé, on le voit dans les prisons cellulaires inventées par nos philanthropes. Donc, jusqu'à preuve du contraire, nous- supposerons que nos ancêtres débutèrent par la vie collective, qu'ils dépendaient de leur milieu autant et plus que nous. Contrairement à l'idée que l'individu est père de la société, nous supposons que la société a été mère de l'individu. La demeure commune nous parait avoir été le support matériel de la vie collective et le grand moyen des premières civilisations. Commune était l'habitation, et communes les femmes avec leurs enfants; les hommes chassaient même proie et la dévoraient ensemble à l'instar des loups; tous sentaient, pensaient et agissaient de concert. Tout nous porte à croire qu'à l'origine le collectivisme était à son maximum et l'individualisme au minimumi

68 LES INOÎtS OCCIDENTAUX.

N'abandonnons pas le sujet sans mentionner une obser vation importante qui s'y rattache : chez nos Hyperboréens, comme chez nombre de primitifs, tels que les Talars et la plupart des nègres, la construction des demeures est, en principe, l'affaire des femmes qui font toute la besogne, depuis les fondements jusqu'au faite, les maris n'intervenant que pour apporter les matériaux à pied d'œuvre. Le fait avait été souvent signalé, comme prouvant l'indolence insigne de ces mâles incultes, qui rejettent les gros ouvrages sur leurs compagnes plus faibles. Nous préférons y voir un argument en faveur de l'hypothèse que le premier architecte a été la femme. A la femme, pensons-nous, l'espèce est redevable de tout ce qui nous fait hommes. Chargée des enfants et du bagage, elle établit un couvert permanent pour abriter la petite famille ; le nid pour la couvée fut peut-être une fosse tapissée de mousse; à côté, elle dressa une perche avec de larges feuilles, étagées par le travers ; et quand elle magina d'attacher trois à quatre de ces perches par leurs sommets, la hutte fut inventée, la hutte, le premier « intérieur ». — Elle y déposa le brandon qu'elle ne quittait pas, et la hutte s'éclaira, la hutte se chauffa, la hutte abrita un foyer. — N'a-t-on pas dit Prométhée le « Père des hommes », pour faire entendre que l'humanité commence avec l'emploi du feu? Or, quelle qu'ait été l'origine du feu, il est certain que la femme a toujours été la gardienne et la conservatrice de cette source de vie. — Voici qu'un jour, à côté d'une biche que l'homme avait tuée, la femme vit un faon qui la regardait avec des yeux suppliants. Elle en eut pitié, le porta à son sein... Que de fois on voit de nos sauvagessôs en faire autant! Le petit animal s'attacha à ellei la luivit partouti C'est ainsi

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