INVOCATION
Autre observation :
(c 11 se faisait tard. Nous devisions encore dans la but le quand éclata un cri retentissant. Rapides comme la pen* sée, mes InoUs sautèrent de leurs sièges, se jetèrent sur les longs couteaux qui se trouvaient par là, les fourrèrent dans une cacbette. A peine avaient-ils repris place qu'un angakok se glissa en rampant par l'étroite entrée. Se traînant sur les genoux, il tâtait devant lui, et tout aveuglé par une tignasse qui lui ravalait les yeux et le visage, il fouillait dans le garde-manger. N'y trouvant pas ce qu'il chercbait, il tourna tête sur queue, se retira sans desserrer les dents. Je demandai :
« — Et s'il avait trouvé un couteau ?
. «: — Un couteau? il s'en serait donné quelque part. Ils ont de ces idées-là. Ça les prend de temps en temps. »
Quand le novice a tout à fait dépouillé le vieil bomme, fait de son corps le temple d'un esprit ^ ou de plusieurs, car il en peut béberger légion, il appelle par son nom le génie de son cboix, le somme de prendre cbez lui domicile. Si par dix fois il le conjurait inutilement, il renoncerait au métier, car sans tornac il n'y a ni propbétie ni miracle. Ce n'est pas à dire qu'il eût perdu tout son temps et sa peine. Les études, la forte discipline par lesquelles il a passé, lui vaudront toujours respect et influence. Et voici comment s'obtient l'inspiration.
L'esprit invoqué fait rencontrer à son protégé un animal démonique : fouine, loutre ou blaireau*, pour qu'il lé tue, l'écorcbe et revête sa dépouille, grâce à laquelle il obtient la faculté de « courir », à l'instar de nos garous et yersipelles. Il s'appropriera, comme un trésor, la langue de la bête, en fera sa « médecine », son grigri personnel.