‹ Les primitiis: Études d'ethnologie comparéeChapitre 88 sur 264 · NOELS · texte numérisé non relu

NOELS

rines ? N'avons-nous pas lu dans les Lettres à Emilie que Flore est réveillée par Zéphyre ?

A leur Coleda, les Serbes font brûler une bûche de chêne, l'arrosent de vin, la frappent en faisant voler les étincelles, et crient : « Autant d'étincelles, autant de chèvres et brebis ! Autant d'étincelles, autant de cochons et de veaux! Autant d'étincelles, autant de réussites et bénédictions^! »

Nous avons sous les yeux une gravure* représentant une fête anglo-saxonne aux temps de Hengist et Horsa. La cérémonie esquimale s'y retrouve en ses éléments essentiels. On danse autour d'un billot flambant, le Yule log, au-dessus duquel rôtissent les porcs dont on va se régaler. Hertha, et à ses côtés deux garçons affublés en corbeaux à large bec, Hertha, arrive sur un char que traînent de robustes gaillards mufles en ours. Suit le cortège : loups, sangliers, renards, cerfs auxquels les chasseurs font fête; l'hypocras et l'hydromel coulent à tirelarigot. De ces fêtes à nos carnavals, aux mascarades du Moyen- Age, la transition est facile.

Variante kolioutche :

Les officiants font leur entrée, s'annonçant comme chasseurs et gibier; les premiers tout nus, mais armés de poignards en cuivre, à lame brillante, les autres accoutrés en phoques à peau luisante et tachetée, en poissons et volatiles, en loups et chiens fièrement panachés. Us tournent autour d'un grand feu allumé au milieu de la salle. Des

1 Schwenck, Mythologie der Slaven* 2. Diaprés un tableau de Corbould.

il2 LES INOÏTS OCCIDENTAUX.

souris, des oiseaux empaillés avec soin sont suspendus, à des ficelles ^. Surgit une sourde et lente cantilène :

Hi yangah yangeh, Hahayangah^

indéfiniment répétée, qui, semblant venir des profondeurs de Tespace, se rapproche, s'avive et s'accentue en éclats de tonnerre, puis s'arrête brusquement. Un rideau se lève. Parait un chamane, cheveux flottants, figure masquée en mufle, manteau accoutré d'affiquets bizarres, de colifichets fantasques. Gravement il se dirige vers le foyer, les spectateurs lui faisant place avec respect : il traverse le cercle des chanteurs et chasseurs, contemple longuement la flamme avec son masque aveugle. Soudain, il se met à courir dans le sens du soleil. Les chasseurs le saluent de cris sauvages, brandissent leurs poignards, et se lancent à sa poursuite comme une meute. L'autre détale, file. comme le vent. Il pressent les coups envoyés à son adresse, les esquive avec une admirable agilité; son masque ne l'empêche pas de tourner et virer, de sauter à droite, de bondir à gauche. Tout en fuyant, il saisit un tison qui, lancé au toit, retombe sur le sol et fait jaillir de vives étincelles.

Qu'est-ce que cela signifie ?

Que traqué par ses persécuteurs, le gibier oublie ses dangers pour reproduire son espèce; exploit que toute l'assistance fête par des acclamations. Ce n'est pas tout de tuer le gibier, il faut encore que le gibier se reproduise, que la race ne s'éteigne pas. Aussi les Esquimaux, quand

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