ANTOINE- MARIE-PHI LIPPE- LOUIS
Louis d’Orléans, duc de Montpensier, est le dernier fils du roi Louis-Philippe. Pendant que ses frères servaient déjà leur pays en Afrique, le plus jeune restait auprès du Roi, qui avait pour lui une tendresse particulière et fondait de grandes espérances sur son dernier-né. Los témoins de sa jeunesse racontent qu’il avait pris, au contact de son père, les manières, le geste et jusqu’à la voix du Ro^.
Louis- Philippe voulut cependant que Louis d’Orléans fût soumis au même régime d’éducation que les autres princes, et lui fit suivre les cours du collège Henri IV. En 1842, à l’âge de dix-huit ans, il passa ses examens pour l’École polytechnique, et
LES PRINCES D’ORLÉANS, fut nommé sous-lieutenant au 3 ' régiment d’artillerie. L’année suivante, le 17 décembre 1843, il changea de régiment, et
passa au 4* d’artillerie comme capitaine commandant la 7* batterie. En février 1844, le maréchal Bugeaud, alors gouverneur général de l’Algérie, entreprit l’expédition contre Biskara : le duc venait d’avoir vingt ans; il voulait suivre ses frères et marcher sur leurs traces; il passa donc en Afrique, où le maréchal lui donna une mission spéciale. Après avoir reconnu le défilé de l’Elkantara, comme officier d’artillerie, il devait faire exécuter les travaux nécessaires pour le passage des pièces de campagne. Un mois plus tard, son rôle devenait plus effectif. Placé sous les ordres du duc * d’Aumale, la colonne dont il faisait partie se trouva engagée contre un fort parti des tribus arabes de l’Aurès, guidées et
soutenues par les réguliers d’ Abd-el-Kader.
Chargé d’abord. de l’artillerie, il dirigea ses
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DUC DE MONTPENSIER. 293 pièces, pendant sept heures que dura le combat, contre un fort que les Arabes avaient construit au-dessus de la gorge de rOued-el-Abiad ; le soir, le duc d’Aumale et lui se mirent à la tête de la réserve, et se lançant à l’assaut de la position difficile et escarpée, l’enlevèrent avec un grand entrain. Le duc de Montpensier, qui jusquelà n’avait eu à faire que des reconnaissances, et qui cette fois avait réellement fait ses premières armes, montra un très-grand sang-froid, et, s’exposant comme le dernier des soldats, reçut même une légère blessure près de l’œil gauche. C’est à cette occasion qu’il fut nommé chevalier de la Légion d’honneur.
Vers cette époque, le Roi ayant résolu de faire visite à la reine d’Angleterre, emmena avec lui son plus jeune fils, qui venait de rentrer en France avec le grade de chef d’escadron. Mais les expéditions dans l’intérieur de l’Afrique devenaient incessantes;
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Montpensier, comme ses frères, avait pris goût à la vie des camps; il repartit pour l’Afrique en mars iSqS, et le 14 mai, dans un combat livré aux Kabyles de l’Ouarensenis, il se distingua de telle façon que sa réputation militaire fut tout à fait établie. Il était alors lieutenant-colonel,
A la suite de cette seconde expédition, autorisé par le Roi à faire un voyage dans le Levant, il s’embarqua sur le Gomer, visita la régence de l’unis, Alexandrie, le Caire, Memphis, Rhodes, Smyrne et Athènes. L’un des grands attraits de ce voyage, qui devait ouvrir de nouveaux horizons à l’esprit du jeune prince, fut l’occasion qu’il eut de connaître Méhémet-Ali et Ibrahim- Pacha. Méhémet-Ali, une des plus curieuses figures de ce temps-ci, sorte de Louis XI enté sur un cardinal de Retz musulman, attirait alors l’attention du monde entier. Celui que M. de Lamartine avait appelé un aventurier incarnait en lui
r Égypte; il en était à la fois le seul propriétaire, le seul agriculteur^ le seul marchand; il avait battu les Turcs avec une armée de fellahs auxquels il avait communiqué la flamme qui l’animait^ et, ajoutant à l’Égypte la Nubie, l’Arabie, la Syrie, en avait fait un empire deux fois grand comme la France.
Le prince venait de se mêler au mouvement militaire comme un simple officier qui ne réclame que sa part des dangers d'une campagne; un tel voyage, exécuté dans des conditions exceptionnelles, était bien fait pour développer son intelligence et initier son esprit au mouvement général des idées de son temps.
M. Antoine de Latour, l’élégant traducteur de Silvio Pellico, à la fois historien et poète, et auquel on doit une belle série d’études sur l’Espagne, accompagnait le prince dans cette excursion. Il la raconta alors dans une suite de lettres au Journal des Débats.
Plus tard, ce voyage, « entrepris pour consoler le duc de n’avoir pu faire qu’une promenade au pas de charge dans l’Ouarensenisaulieu d’une campagne en Kabylie »,aété publié en un volume accompagné de cartes.
Méhémet-Ali, à l’époque où il reçut le fils du Roi, avait soixante-seize ans, et sa verte vieillesse promettait encore à l'Égypte une prospérité féconde; cette grande figure politique est dessinée avec beaucoup de relief dans les pages de M. de Latour.
A sa rentrée en France, Louis d’Orléans reçut la grand’ croix de la Légion d’honneur, et, le i 3 août 1846, fut nommé colonel du 5 * régiment d’artillerie. A la fin de la même année, le Roi l’appela au commandement de l’artillerie de Vincennes, avec le grade de maréchal de camp. C’est lorsqu’il exerçait ce commandement qu’il fonda, au collège d’Alger, une bourse, ou deux demibourses, en faveur des fils du sous-officier ou garde d’artillerie qui serait regardé
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comme le plus digne par une commission composée d’officiers de l’arme. C’était d’ailleurs une tradition; car ie duc d’Aumale^ de son côté, avait fondé une rente perpétuelle de trois cents francs destinée au plus ancien sous-officier des corps tenant garnison dans la province de Constantine.
Pendant que le duc de Montpensier exerçait son commandement à Vincennes, M. Bresson, ambassadeur de France à Madrid, négociait le mariage du dernier fils du Roi avec la sœur de la reine d’Espagne Isabelle II. On n’a point encore oublié en France le retentissement qu’eut alors cette alliance, considérée, sous le nom des « mariages espagnols », comme un des faits les plus considérables du règne de Louis-Philippe. Le gouvernement anglais montra un certain ressentiment à cette occasion; c’était pour la France une prépondérance dans les affaires de la Péninsule qui portait ombrage à la nation britannique.
Le duc se rendit à Madrid i la Reine sa belle-sœur lui accorda, à cette occasion, le collier de la Toison d’or. A leur retour en France, les deux époux habitèrent le palais des Tuileries.
L’année 1847 présente aucune péripétie, et nous arrivons à l’époque fatale, à la date du 24 février, qui termine la carrière officielle des princes et condamne tant de jeunesse, tant de force, tant de facultés actives, à un exil cruel qui ne cessera que vingt et un ans après.
Le duc de Montpensier, le jour où éclata la révolte, comprit de suite la portée du mouvement; il fut, dit-on, d’avis que le Roi devait abdiquer en faveur du comte de Paris. Quand Louis-Philippe abandonna la capitale, il l’accompagna jusqu’à Dreux; de Dieux il se rendit à Granville, et là, prenant le paquebot de Jersey, passa en Angleterre avec la famille royale. La
duchesse de Montpensier, qui- était alors grosse de sa fille Marie-Isabelle, devenue aujourd’hui la comtesse de Paris, avait été tout d’abord conduite dans une maison voisine des Tuileries. Le général Thierry, aide de camp du prince, l’accompagna jusqu’à Boulogne, et là veilla au soin de son embarquement pour l’Angleterre. Elle fut reçue à son arrivée sur le sol anglais par lé duc de Nemours et le personnel de l’ambassade de France. La jeune Espagnole avait déjà sa part des malheurs qui fondaient sur la famille royale de France; elle avait adopté notre pays comme une seconde patrie, et la révolution faisait aussi d’elle une exilée. Mais elle avait cependant un refuge auprès de sa sœur la reine d’Espagne; l’idée de se fixer dans la Péninsule se présentait tout naturellement à l’esprit; et pourtant ce parti n’était point aussi simple qu’on se l’imagine : le rôle du duc de Montpensier devenait secondaire, sa position délicate; de
3oo LES PRINCES D’ORLÉANS.
plus, serait-il accepté par cette famille?
quelle serait son attitude? quelle part lui ferait-on? Le gouvernement français enfin, constitué pour le moment en république, ne verrait-il pas d’un œil jaloux cette hospitalité donnée à un fils du Roi?
Quoi qu’il en soit, après avoir passé quelque temps en Hollande, les deux époux s’embarquèrent pour l’Espagne et fixèrent leur résidence à Séville, au palais de San Telmo.
Cette habitation, située près de las Delicias, est une ancienne école de marine d’une architecture assez fantasque, d’un goût douteux, mais cependant d’une certaine allure; elle est entourée de beaux jardins qui croissent dans un des climats les plus beaux de l’Europe. Dès qu’il s’y fixa, le duc, condamné à une oisiveté relative, fit tous ses efforts pour embellir sa demeure, dans laquelle il réunit les essences d’arbres les plus rares, dirigea les irri-
DUC DE MONTPENSIER. 3Ôi gationSj restaura la constructiorij changea les dispositions intérieures^ et en peu de temps fit de San Telmo une charmante habitation, qui joignait au caractère des palais espagnols le confortable français. La végétation admirable, les embellissements de toute nature ajoutèrent un grand charme à cette demeure j l’art vint aussi lui donner un cachet particulier. La galerie de tableaux, très-riche en toiles de l’école espagnole, nous a même fourni des ressources dans notre étude sur un des peintres les plus originaux de l’école, don Francisco de Goya y Lucientes.
Séville, séjour très-doux et plein de charmes, était jusqu’alors un peu morne, et, comme mouvement social, la ville était vouée aux tertullias paisibles et nonchalantes et manquait de vie et d’animation.
Après une année de séjour du prince, tout s’était modifié; la promenade de las Dell-
3o2 les princes D’ORLÉANS.
ciaSj presque toujours déserte, ou fréquentée seulement par quelques cavaliers et de rares équipages, prit une vie nouvelle. Le nombre des voitures, au bout de quelques années, était devenu considérable; on se recevait, on créait un mouvement qui jusque-là n’avait point existé. Le prince, d’un abord facile, d’une nature aimable et vive, faisait un frappant contraste avec ces figures de l’aristocratie espagnole, très-hospitalières, mais d’un abord parfois austère; la fusion s’établit bien, et malgré le rang de la duchesse infante, sœur de Reine, cette cour en miniature, avec l’étiquette indispensable, mais qui n’avait point les inconvénients de l’austérité méticuleuse de la cour de Madrid, refléta quelque chose de la gaieté française et des instincts littéraires et artistiques de notre pays.
La situation du duc de Montpensier, que, dès août 1848, la Reine d’Espagne avait
DUC DE MONTPENSIER. 3o3 nommé grand cordon de l’ordre royal de Charles III, fut d’abord assez facile et assez douce. La duchesse sa femme j pleine des qualités les plus touchantes d’une mère de famille, resta à son foyer, donnant à ses enfants l’exemple des vertus domestiques.
L’agriculture, les beaux-arts, l’étude d’un pays nouveau plein de caractère, plein de ressources, la nécessité pour un prince français de suivre étroitement et le mouvement particulier à son pays, et le mouvement général des affaires publiques du monde; quelques excursions nécessaires dans le pays, des relations avec les hommes politiques, avec les savants et les artistes de l’Espagne, remplirent les premières années.
On peut dire que le prince resta complètement en dehors de la politique. Il ne donna de gage à aucun parti, mena une conduite prudente et difficilement désintéressée. La reine Isabelle, de son côté, il faut le reconnaître, traita le duc de Montpensier
3o4 les princes D’ORLÉANS, en prince et en parent; vers i 858 j elle le nomma capitaine général des armées espagnoles, l’assimilant ainsi aux plus grands dignitaires du pays. En octobre 1859, elle lui reconnut les honneurs dus aux infants d’Espagne, et le fit commandeur mayor d’Aragon dans l’ordre de Calatrava.
Les rapports personnels avec la Reine étaient faciles et doux; Isabelle II, douée de beaucoup d’esprit naturel, qui de tout temps a excellé à peindre d’un mot le caractère des personnes de son entourage, et appliquait volontiers au nom de chacun d’eux une de ces épithètes pittoresques qui sont tout un portrait, ne parlait plus à Madrid du duc de Montpensier qu’en l’appelant « el Rey de Sevilla » .
Mais il n’en fut pas toujours ainsi, et nous arrivons désormais aux époques troublées de la politique de la Péninsule. Un mouvement considérable d’opposition se dessinait contre Isabelle II : on attaquait d’abord en
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DUC DE MONTPENSIER. 3o5 elle la personne beaucoup plus que la dignité royale^ les changements incessants de ministère, la lutte passionnée des partis, des dissensions intestines et des fautes que nous n’avons point à juger désignaient la souveraine aux attaques de ses ennemis. Il se forma dès lors en Espagne un parti qui, s’il ne jeta pas les yeux sur la sœur de la Reine, opposa du moins à Isabelle II la duchesse de Montpensier.
Nous n’avons point à entrer dans les détails de ces conspirations de camarilla, quoique l’histoire, au point de vue de la chronique politique de l’Espagne, en puisse présenter un certain intérêt. Presque une année avant le mouvement révolutionnaire qui porte au pouvoir le général Prim et le maréchal Serrano, après la bataille du pont d’Alcolea, et la retraite de la reine d’Espagne en France (29 septembre 1869), le président du conseil des ministres, Gonzalez Bravo, invite le duc de Montpensier
3o6 LES PRINCES D’ORLÉANS, à quitter l’Espagne, sous le prétexte que le duc conspire, et qu’il peut, à un moment donné, devenir le drapeau d’un parti.
Il n’y a point à nier que certains hommes politiques de l’Espagne, par la force même des choses, jetant les yeux autour d’eux, n’aient pensé alors à faire de la sœur de la Reine son successeur au trône d’Espagne.
Le maréchal O’Donnell lui-même, le chef de rUnion libérale, s’est peut-être arrêté un instant à cette combinaison. Mais ce qui est certain, c’est que le duc de Montpensier, sans se désintéresser du mouvement, n’avait pas donné de gages aux partis. L’exil du prince aux îles Baléares lui rendait sa liberté d’action; il adressa à la Reine sa démission de capitaine général, celle de son titre d’infant, et lui renvoya les ordres dont elle l’avait décoré.
A partir de cette période (1869), l’existence du prince est tout à fait troublée; il existe désormais un parti montpensiériste
que le plus intéressé ne saurait dissoudre.
La république semble une utopie; la reine Isabelle détrônée, son fils, le prince des Asturies, est emporté dans la tourmente, et les candidatures les plus étranges sont mises en avant; — nous avons fait en ce genre la cruelle expérience des inventions les plus inattendues. — Cependant le prince ne manifeste point encore; il reconnaît le gouvernement provisoire, et demande l’autorisation de retourner à Séville, sa résidence habituelle.
Le parti existe, il prend un corps, il a ses organes, la propagande se développe; mais l’empereur des Français règne, et tant qu’il sera sur le trône de France, jamais un d’Orléans ne pourra ceindre la couronne d’Espagne. La révolution de 1869, comme celle de 1848, avait dépassé le but; elle pouvait détrôner la Reine et accepter la reconnaissance du prince des Asturies; mais la branche des Bourbons d’Espagne tout
3o8 LES PRINCES D’ORLÉANS, entière était en cause; la sœur de la Reine, toujours respectée dans son caractère et personnellement honorée, ne pouvait plus être en question comme souveraine. C’est alors que le parti modifia ses espérances, et il se forma aux Cortès un noyau plus ou moins fort, mais cependant appréciable, qui, en face des événements qui avaient brisé le trône des Bonaparte, pensait encore à offrir la couronne d’Espagne au duc de Montpensier.
Dans quelle mesure le prince lui-même est-il entré dans ces vues? quelle esf la portée réelle des négociations entamées avec l’ex-Reine ? Ceci est du domaine des conjectures, et nous n’avons nullement mission de tracer un programme politique.
La situation était devenue très-cruelle pour le duc de Montpensier, exposé désormais à toute la fureur des partis, et des manifestations, les unes hostiles, les autres sympathiques, vinrent rendre le séjour à
DUC DE MONTPENSIER. Sog Séville difficile et dangereux. En janvier 1870, alors que l’état des choses éloignait absolument la dynastie déchue, la candidature du prince aux Cortès fut mise en avant dans deux collèges électoraux ; à Oviedo et à Avila; elle échoua dans l’un et l’autre.
C’est ici que se place, dans la vie du prince, un événement très-dramatique, qui eut un caractère fatal et que personne ne fut maître de conjurer. Il existait alors en Espagne, à coté du trône, un frère du mari de la Reine, l’infant don Henrique, personnage d’un caractère singulier, mélange de qualités réelles et de défauts dangereux, sorte de réfractaire et d’indiscipliné qui avait naturellement rang de prince. La Reine lui avait conféré le grade de viceamiral dans la flotte espagnole. Dissipateur, violent, nature mal équilibrée, tour à tour partisan de la Reine ou son mortel ennemi, brusquement séparé du Roi après une
3io LES PRINCES D’ORLÉANS, aventure qui avait fait trop de bruit, puis bientôt ramené près de lui par le besoin; enrôlé enfin dans le parti avancé, don Henrique avait été regardé comme une utile recrue pour le parti de l’opposition. La bonté réelle d’Isabelle II n’eût pas demandé mieux que de rattacher à elle et à son mari ce frère prodigue. Don Henrique, qui avait vu dans le duc de Montpensier un prétendant, l’avait insulté plusieurs fois de telle sorte, qu’il semblait difficile à un homme de ne point demander raison de ces outrages. L’insulte avait été publique; cependant les deux adversaires, dont l’un était tout à fait passif, étaient toujours loin l’un de l’autre; un jour vint où le hasard les ayant réunis tous deux dans la même ville, l’infant renouvela son insulte. Le duc de Montpensier envoya le général Alaminos à l’infant, et la rencontre fut décidée.
Le combat eut lieu aux environs de Madrid, à l’endroit dit « las Ventas de Al-
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DUC DE MONTPENSIER. 3ii corcon ». L’arme choisie était le pistolet, et les conditions posées faisaient de cette lutte une guerre à outrance.
Don Henrique, que le sort avait favorisé, fit feu le premier; sa balle passa au-dessus de l’épaule du duc, qui, son tour venu, tira en l’air, espérant qu’il pourrait ainsi mettre fin au combat. Mais les armes furent rechargées, et la seconde balle de don Henrique effleura les cheveux du duc. Celui-ci riposta; et cette fois le projectile, portant sur le canon même du pistolet de l’infant, se brisa en morceaux et l’atteignit légèrement lui-même.
En vain le duc de Montpensier, après ces deux coups de feu échangés de part et d’autre, pressa-t-il les témoins de mettre fin à la rencontre; il fallut recommencer. A la troisième et dernière reprise, don Henrique, nature nerveuse et impressionnable, semblait agité et comme exaspéré par le sang-froid de son adversaire; il tira sans
3i2 les princes D’ORLÉANS, que son coup portât^ et la troisième balle du duc de Montpensier atteignit l’infant entre l’oeil droit et la tempe.
Don Henrique tomba comme une masse les bras étendus et la face contre terre; et son adversaire, sous le coup d’une violente émotion, fut pris de convulsions spasmodiques d’une telle force, que les docteurs, qui venaient de constater qu’ils ne pouvaient plus rien pour l’infant, durent pratiquer deux saignées abondantes pour éviter chez le duc la congestion cérébrale que semblait devoir amener une violente réaction.
Le corps de don Henrique, ramené à Madrid, pouvait devenir le prétexte d’une agitation dans la rue; le gouvernement donna l’ordre de le déposer à Carabancel.
Quant au duc de Montpensier, au lieu de rejoindre immédiatement sa famille à Séville, il dut s’arrêter à Madrid, où il fut soigné au palais de Vista-Hermosa.
Ceux qui avaient intérêt à attaquer le
DUC DE MONTPENSIER. .3i3 prince se firent une arme de cette malheureuse rencontre, et on oublia qu’il n’avait pas été maître de s’y soustraire.
Quelques mois après, la guerre contre la Prusse était déclarée, et cette épreuve, bien autrement douloureuse pour un prince français que toutes ces luttes politiques si violentes qu’elles fussent, détournèrent le duc de l’Espagne pour le laisser concentrer toutes ses pensées sur le grand drame dont la France était le théâtre. Il partagea le sort de ses frères et ne put que faire des vœux pour son pays.
En Espagne, l’avénement au trône du duc d’Aoste était un fait qui mettait, pour un instant, un terme à la compétition des partis; mais dès qu’il fut établi que la royauté d’Amédée, malgré les enthousiasmes qui avaient . semblé l’accueillir à son voyage dans le sud de la Péninsule, n’était pas exempte de soucis et d’incertitudes cruelles, on vit encore se dessiner dans les
3i4 les princes D’ORLÉANS.
Cortès un parti montpensiériste^ où la plupart des partisans étaient plus royalistes que le Roi.
Les difficultés incessantes qui entourent le souverain actuel de l’Espagne, les tentatives faites par les hommes politiques qui espèrent asseoir cette dynastie, font croire à un grand nombre que le pays est encore à la veille d’une révolution.
Le duc est actuellement à Paris, et ceux qui ont connu le jeune officier d’artillerie de 1846, mince, élégant, d’une allure cavalière, aux fines moustaches blondes, le reconnaîtraient difficilement dans le personnage puissant qui porte aujourd’hui la longue barbe et est devenu plus majestueux que svelte. Le portrait que nous donnons ici, fait cependant d’après des documents sérieux, retarde donc de quelques mois.
Le duc est essentiellement une nature aimable et facile; il avait autrefois dans le populaire une réputation de hauteur et de
DUC DE MONTPENSIER. 3i5 fierté qui est loin d’être justifiée; il est d’un abord extrêmement simple, d’un certain enjouement de caractère, et d’un commerce très-agréable. On le devine vite, et il se laisse facilement lire.
11 est d’une nature sédentaire, et le soin qu’entraîne l’éducation d’une nombreuse famille a contribué à développer ces goûts.
C’est surtout aux soins de l’agriculture, aux embellissements et à l’exploitation intelligente de la terre qu’il s’est voué pendant l’exil. Doué d’une rare faculté de compréhension et d’une facilité extraordinaire, il travaille comme en se jouant et s’assimile rapidement les choses les plus ardues.
La duchesse de Montpensier, sœur de la reine Isabelle, a toujours donné l’exemple de toutes les vertus domestiques. Mère d’une nombreuse famille, elle s’est vouée absolument aux siens, et son histoire ne saurait s’écrire. Sa position a été souvent difficile
3i6 LES PRINCES D’ORLÉANS, en Espagne, en raison des circonstances que nous avons exposées, et dans cet exil, qui devait au moins donner le repos au prince son mari, elle a - trouvé au contraire un long sujet d’inquiétudes.
Six enfants sont nés de ce mariage :
i^er^f/MÆni/-Marie-Henri-Charles, né le 3 o mai iSSg;
.4 «tome-Marie-Louis-Philippe- Jean-Florence, né le 23 février 1866;
ZoMiVMarie-Philippe-François de Paulë, né le 3 o avril 1867;
Marie-Isabelle-¥van(^d\SQ d’Assise, née le 2 1 septembre 1 848 (mariée au comte de Paris) ;
Marie-CAm/me-Antoinette, née le 29 octobre i 852 ;
Marie de las Aferceie^-Isabelle-Françoise - Antoine - Louise - F ernande , née le 24 juin 1860.