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Amélie, proscrits comme princes français, de i8i3 à i8i5 avaient passé là deux ans loin du monde; c’est même à Orléans-House qu’ils apprirent la nouvelle de la bataille de Waterloo, et quelques-uns des grands arbres qui ombragent aujourd'hui les pelouses avaient été plantés par le Roi. Le duc d’Aumale, possesseur d'une fortune considérable comme héritier du dernier des Condé, devait asseoir sa vie dans l’exil, devenir un centre, s’entourer de tout ce qu’il aimait et qui pouvait lui rendre la vie plus douce par l’étude et par le culte de belles choses. 11 acheta donc Orléans-House, qui appartenait à lord Kilmorey.
Nombre de Français, qui avaient conservé pour la famille soit le dévouement politique, soit simplement l’inébranlable respect qu’on ne peut s'empêcher de professer à son égard, n’ont jamais passé le détroit sans aller s’inscrire à Twickenham.
Décrire l’habitation du duc d’Aumale, c’est
dire ses goûts et ses habitudes j ils se reflètent avec fidélité dans tout ce qui l’entoure^ et il est difficile à un Français de notre génération de parcourir les salles de cette résidence sans qu’un monde de pensées l’assiège, et sans que les souvenirs reviennent en foule à son esprit.
A la première visite, on voit que le maître de la maison est un éclectique en art et en littérature; il a des toiles de l’école italienne, des espagnols, des flamands et des français; un nombre considérable de miniatures historiques. Fragonard est représenté là par une très-curieuse collection de quarante-deux portraits des princes et princesses de la branche royale de Bourbon et de la famille de Condé. Cette suite provient directement du château de Chantilly. Une autre collection intéressante, au point de vue historique, est celle spéciale au vainqueur de Rocroy. C’est un passage de l’histoire de France qui se déroule devant les yeux. Au
270 LES PRINCES D’ORLÉANS, milieu des nombreux portraits de Condé et de l’histoire des combats qu’il a soutenus, racontés avec le pinceau, le visiteur peut toucher de ses mains le drapeau du régiment Royal-Liégeois pris à la bataille de Rocroy, et les guidons de l’armée du prince.
Les dessins de maîtres sont très-nombreux et de toutes les écoles; la gravure tient une grande place; et on peut dire qu’il y a là, sans parti pris spécial, un échantillon de toutes les formes que l’art peut revêtir pour flatter les yeux, élever l’âme et toucher le cœur. Émaux de Petitot et de Limousin, miniatures exquises, manuscrits précieux, autographes de François T', de Rabelais, de Montaigne, de Brantôme, de Condé, de Corneille, de Racine, figurent dans cette collection, où l’on voit aussi les corrections autographes de Bossuet sur la copie manuscrite de la Défense de la Déclaration du clergé de France. C’est là un ensemble qui tente l’amateur et le ravit.
La période romantique de i83o, cette efflorescence admirable à laquelle ont assisté les princes et pour laquelle ils se sont tant passionnés J est spécialement représentée à Orléans- House. L’histoire de l’art à notre époque ne sera pas complète si on ne visite pas cette demeure. La galerie Maison est entrée là achetée d’un bloc ; et pendant vingt ans d’exil, chaque année, aux feux des enchères, le prince a disputé les plus belles toiles aux amateurs.
A côté de la bibliothèque, à laquelle on arrive par un couloir orné des verrières d’Écouen, attribuées à Bernard de Palissy, se trouve le cabinet du prince. Ce cabinet est en France, car tout y parle du pays. Là sont conservés comme des reliques les armes d’Afrique, le képi et les épaulettes de lieutenant général; des souvenirs de famille couvrent les murs.
La bibliothèque est célèbre ; le point de départ de la formation est l’achat de la col-
lection Cigogne. Depuis^ chaque jour, une pièce rare, un incunable, un Aide, un Elzevir, disputé dans les ventes, est venu prendre place sur les rayons. Le prince fait soigneusement son catalogue raisonné, qui sera une œuvre importante. Le 21 mai 1862, comme nous l’avons dit, l’exposition spéciale, faite pour la visite à\i Fine-Arts Club, a réuni un choix d’objets d’art de toute nature tiré des collections du duc d’Aumale.
Sept cent trente-huit pièces de tout genre, depuis les tableaux de grands maîtres jusqu’aux tapisseries, gemmes, armes historiques et reliures précieuses, ont figuré dans cette exposition.
Ces collections, qui d’ordinaire tiennent tant au cœur des amateurs, ont cela de plus ici qu’elles expliquent d’elles-mêmes la vie du prince dans l’exil ; elles représentent les longues heures de méditation, le travail assidu, le loisir artistiquement rempli.
Voilà pour le côté intellectuel; mais la vie anglaise offre beaucoup de ressources à ceux qui sont doués d’une grande activité physiquCj et le duc d’Aumale a vite organisé son existence au point de vue du sport et de l’hygiène. 11 se lève dès le jour^ monte beaucoup à cheval; il a aussi une chasse dans le comté de Worcester^ à Wood-Norton, où il a développé l’habitation primitive de manière à pouvoir loger des hôtes et vivre de la vie du chasseur. “Il est infatigable à cet 'exercice; cavalier vigoureux et veneur expert^ il a trouvé dans cette existence un dérivatif nécessaire.
Sa vie s’est partagée entre les voyages, les déplacements dans les îles des trois Royaumes et la résidence à Orléans-House et à Londres. Les princes se sont beaucoup répandus dans la société anglaise, et ils y ont vite acquis l’estime et la sympathie de tous. Ils ont fait à Londres ce qu’ils faisaient en France ; étroitement mêlés au mouve-
ment intellectuel du pays, ils se sont efforcés de se pénétrer de l’esprit des institutions politiques, du génie du caractère anglais, de ses ressources, et des qualités sérieuses qui font que ce grand peuple résiste encore à la crise qui, peu à peu, arrive à menacer toutes les autres nations de l’Europe.
De fréquents voyages à Bruxelles et à Bade, ces deux boulevards de Paris, ont été bien souvent l’occasion pour les princes de grouper autour d’eux des Français, indépendants ou dévoués, qui leur créaient pour quelques jours l’illusion du pays. C’est à Bade surtout que les artistes, les hommes de lettres et les amateurs de courses, membres du Jockey ou célébrités parisiennes, revoyaient chaque année les deux générations de princes qui venaient chercher là un écho de Paris, et aussi ce théâtre français, dont ils avaient vu les beaux jours avec Dumas, Hugo et Alfred de Vigny, dont ils savaient par cœur le répertoire.
La Suisse avait encore un attrait particulier pour le duc d’Aumale, qui avait conduit à Lausanne son fils^ le prince de Condé, afin de lui faire achever ses études et de le présenter aux examens qui confèrent le grade d'officier dans l’armée fédérale. Ceux quij dans ces différentes résidences^ ont pu approcher les princes , ont constaté que parmi tous les fils du roi Louis-Philippe, le duc d’Aumale est peut-être celui qui a le moins changé moralement et physiquement.
L’Académie française, en appelant récemment le duc à siéger parmi les quarante^ a évidemment suivi une tradition toute française et à laquelle elle a rarement failli : elle veut que l’illustration du rang s’allie au culte des lettreSj et qu’un prince ait souci d’une des branches qui ont le plus distingué le pays et fait longtemps sa gloire. Si on compare l’œuvre du duc d’Aumale à celle d’un littérateur de profession, il n’y a nul doute que
276 LES PRINCES D’ORLÉANS, son bagage soit moins sérieux que celui de tel ou tel maître qui attend encore Tim- . mortalité relative j mais la tradition dont nous parlons est soutenue et justifiée par un ensemble d’écrits qui ont leur prix. Ce fut encore une ressource dans l’exil que ce travail littéraire; mais ceux qui suivent de près le prince dans sa vie de chaque jour assurent que s’il travaillCj ils ignorent à quelle heure il se recueille et comment, au milieu des occupations multiples qui ont pour but de donner satisfaction à ses goûts divers, il peut suivre une idée, la mûrir longuement, et produire une œ^uvre. Sa facilité de travail étonne les mieux doués; d’ailleurs, cette qualité se retrouve aussi à un haut degré chez le duc de Montpensier.
C’est en i855 que deux études, l’une sur les Zouaves J l’autre sur les Chasseurs à pied, signées « de Mars », parurent dans la Revue des Deux Mondes, qui eut l'honneur.
pendant vingt ans, de représenter la protestation contre l’Empire. Déjà, dans l’entourage du duc, on connaissait ses recherches sur la Captivité du roi Jean et sur le Siège d’Alésia. En i86i, à propos d’un discours prononcé par le prince Napoléon, il écrivit cette brochure célèbre : Lettre sur l’ Histoire de France, qui fit à Paris une vraie sensation, et fit croire un instant à une rencontre entre l’hôte du Palais-Royal et le duc d’Au.
male. L’allure de cette lettre est des plus vives et indique un vrai tempérament littéraire. Dumineray et Beau, l'éditeur et l’imprimeur, furent condamnés à un an de prison et cinq .mille francs d’amende. En 1862, la maison Michel Lévy accepta de publier {Histoire des Princes de la maison de Çondé. Mais, devant la menace du gouvernement, on mit l’édition au pilon; il y eut jugement, et le volume ne put paraître que beaucoup plus tard. On conçoit que le prince, possesseur des documents les plus
ajS LES PRINCES D’ORLÉANS, précieux sur le sujet et des archives complètes de la maison de Condé, ait pu jeter une lumière sur cette période de Thistoire.
Selon la mode contemporaine, qui n’admet les faits et les tendances que justifiés par des preuves irrécusables, il a livré au public une chose définitive et vraiment nouvelle^ soutenue par des documents uniques. C’est, dans l’ensemble de l’œuvre, le travail le plus important.
Après cette rapide esquisse et cette indication des diverses tendances qui le caractérisent, la figure du duc d’Aumale et sa personnalité devront désormais se dessinerpour le lecteur. Nous arrivons à l’époque de la guerre fatale dont nous ressentons et ressentirons longtemps encore les cruelles conséquences. On connaît la demande collective d’abrogation des lois d’exil adressée au Corps législatif en 1870, et le sort qu’elle a subi; on sait la présence à Paris des duc d’Aumale,
prince de Joinville et duc de Chartres, le 6 septembre; l’entrevue avec quelques-uns des membres du Gouvernement de la défense nationale. La guerre déclarée, les premiers désastres connus, le duc réclame encore l’honneur de prendre son rang dans l’armée française, mais sa demande est repoussée. A partir de ce moment, il se fixe à Bruxelles, pour être le plus près possible de son pays et mieux suivre les mouvements.
La guerre est finie, nous avons traité, les événements se précipitent ; aux angoisses de la défaite succèdent les tristesses désespérantes de la lutte dans les rues; enfin l’Assemblée de Versailles rend les exilés à leur patrie, et après vingt-deux ans d’absence, ils revoient la France déchirée, meurtrie, diminuée. Le sang coule à flots, les partis sont en présence, la terre tremble sous les pas des proscrits, mais c’est la terre française; et le duc d’Aumale, réfugié
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aSo LES PRINCES D’ORLÉANS, dans la propriété d’un ami fidèle, arrive à Versailles avec le prince de Joinville.
Depuis cette époque^ le suffrage des électeurs a envoyé les princes à l’Assemblée nationale : on a vu là une manoeuvre politique et de sourdes intentionsj mais on ne peut nier le droit de chacun à chercher une consécration éclatante de sa qualité de citoyen. Le débat soulevé par l’entrée du duc à la Chambre^ après une restriction à laquelle il avait entendu poser des limites^ est encore présent à l’esprit de tous. Deux questions graves se présenteront quelque jour et solliciteront évidemment l’intervention du duc d’Aumale dans le débatj c’est, d'une part, l’organisation de l’armée, sur laquelle le prince doit avoir des idées trèsarrêtées, parce que ce sujet a été pendant toute sa vie l’objet de ses méditations; ensuite l’organisation de l’Algérie et la discussion du système à suivre pour améliorer le sort de la colonie. Sa connaissance spéciale.
les fonctions qu’il a remplies en 1847 font une loi au député d’émettre publiquement ses idées.
Une dernière décision lui a rendu son grade de général de division dans l’armée française.
Aujourd’hui le duc, qui a revu Chantilly et y convie ses amis, s’est rendu acquéreur de l’hôtel Fould, dans le faubourg Saint- Honoré, et a ouvert ses salons. Une foule considérable s’y presse, composée d’hommes politiques, de généraux, d’anciens serviteurs de la famille, d’étrangers de distinction, de diplomates accrédités, et de députés des différents partis. D’autres vont chez le duc d’Aumale comme chez un citoyen auquel ils portent l’expression de leur sympathie personnelle après des malheurs non mérités,
La foule, avec l'instinct qui ne raisonne pas, croit que le vœu secret des princes est de ressaisir le pouvoir suprême, et d’assu-
282 LES PRINCES D’ORLÉANS, mer la plus haute responsabilité pour le bonheur du pays. Mais nous croyons qu’il n’y a pas d’Atlas pour retenir ce monde chancelant^ et qu’un génie organisateur ne saurait apaiser comme par enchantement tous les partis déchaînés. Il faut regarder plus haut.
Si c’est le vœu de la natioUj il y a là des forces vives. Si le pays entend se gouverner lui-même, il y a là encore des citoyens respectueux du vœu public, qui ne savent pas régner sur une nation malgré elle, et ont prouvé qu’ils ne savent pas déchirer la France de leurs propres mains.
La duchesse d’Aumale, Marie-Caroline- Auguste de Bourbon, fille du prince de Salerne, est morte récemment dans l’exil.
C’était une nature assez frêle qui, à force de volonté et pour vivre de la vie du duc, le suivait dans ses fatigues et s’associait à ses travaux. Pendant toute son existence, elle
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s’identifia avec son mari au point de recopier tous ses manuscrits et de lui servir de secrétaire dans ses travaux littéraires. Elle avait donné au duc plusieurs enfants qui successivement furent enlevés à la tendresse de leurs parents. Devenue débile^ épuisée, elle succomba, et sa mort a laissé une trace indélébile; le duc, malgré sa nature vivace et pleine d’énergie, ressent encore le coup qui l’a frappé.
D’une famille nombreuse, deux enfants seuls lui restaient : le prince de Coudé et le duc de Guise. Au dire de ceux qui l’ont connu, le jeune héritier du grand nom de Condé était doué d’une rare nature, passionné pour le travail et spécialement adonné à l’étude de l’histoire. Ce jeune homme donnait lés plus grandes espérances. Il était réfléchi pour son âge, calme, studieux, et animé de sentiments très-religieux. Dès qu’il eut atteint l’âge de vingt ans, il rêva les expéditions lointaines et eut
2S4 LES’PRINCES D’ORLÉANS, l’idée de visiter l’Australie. Il fut reçu dans cette terre nouvelle avec un véritable enthousiasme. C’était le premier prince français qui abordait dans ces parages^ et pendant son séjour la société de ces colonies florissantes s’anima d’une vie nouvelle.
Pris par les fièvres à la suite de fatigues excessives, il succomba à Sydney à l’âge de vingt et un ans.
D’une ‘constitution délicate ^ passionné pour l’étude, facile à contenter, très-simple dans ses goûts, et intéres.sé surtout par tout ce qui pouvait augmenter la somme de ses connaissances, le jeune Condé, dès l’âge de raison , avait manifesté un vif attrait pour la géographie. L’Australie surtout l’attirait, il en parlait toujours. Le 4 février 1866, il s’embarqua à bord du steamer le Mongolia pour accomplir un voyage dont l’itinéraire, tracé à l’avance, devait lui faire voir les principales contrées de l’Orient : l’Égypte, Ceylan, l’Australie,
la TasmaniCj la Nouvelle-Zélande^ Java, la Chine^ le Japon et l'Inde.
A Gibraltar, il prit à son bord son cousin le duc d’Alençon, qui se rendait aux Philippines pour prendre part à la petite expédition que les Espagnols préparaient alors. Le docteur Gingeot, qui l’accompagnait dans ce grand voyage, en a publié un récit intéressant dans le Correspondant, et c’est lui qu’il faut consulter pour connaître les tristes péripéties de cette fin prématurée du jeune prince.
Du Mongolia il passa à bord du Bengal pour se rendre à Ceylan, puis de Ceylan s’embarqua sur le Bombay, qui le porta en Australie. Aux Indes, il s’était particulièrem.ent intéressé aux pratiques de la liturgie bouddhiste. Trouvant à chaque pas un nouveau sujet d’étude, il ne cessait de s’instruire et de se rendre compte de tout ce qui pouvait meubler son esprit et élargir ses horizons. A bord, il avait installé une bi-
aSô LES PRINCES D’ORLÉANS, bliothèque anglo-française composée de tous les livres spéciaux aux contrées à parcourir. La littérature y avait aussi sa place, et le temps de la navigation était employé en doctes entretiens avec M. Gingeot.
A Sydney, le bruit de son arrivée mit la colonie en rumeur-, ce fut à qui le recevrait avec plus de faste et de cordialité. Toujours modeste, il prétendait refuser tout ce qui pourrait donner à son voyage un caractère pour ainsi dire officiel; il restait à Thotel et restreignait autant qu’il le pouvait les réceptions et les honneurs qu’on prétendait lui rendre. Déjà à Ceylan, sa santé avait été un peu ébranlée; les officiers de terre et de mer, les magistrats, les simples particuliers le fêtaient à l’envi ; il devait bientôt être à bout de forces, mais il craignait de froisser ses hôtes. Passionné pour l’entomologie et l’histoire naturelle, — il en avait déjà donné la preuve en réunissant en Angleterre une collection à peu près complète des insectes
de la Grande-Bretagne, — il ne put résister au plaisir d’assister à une grande partie de pèche organisée en son honneur. Au retour, il sentit un léger mouvement de fièvre qui occasionna une nuit d’insomnie. Il était dans cette disposition quand un télégramme laconique, qu’il lut dans le bulletin de Sydney, lui apprit que l’ex-Reine des Français, sa grand’mère, était morte le 24 mars-, on était alors au 1 2 mai. Cette rapide et sèche mention d’un fait qui devait toucher si vivement son cœur détermina un nouvel accès de fièvre accompagné d’un violent mal de tête. Sans appétit, sans force et d’une agitation nerveuse qu’on ne pouvait apaiser, il prit le lit le jour même, et une fièvre typhoïde se déclara, très-intense et accompagnée bientôt de redoutables hémorrhagies.
Personne ne ftit maître de conjurer le péril; le médecin anglais appelé en consultation avec le docteur Gingeot reconnut que le moment suprême était venu. Le prince
288 LES PRINCES D’ORLÉANS, de Condé mourut en chrétien fervent à l’âge ^de vingt et un ans, laissant dans le deuil ces insulaires qui, dès le premier jour, avaient ressenti pour sa jeune personnalité la plus ^ vive sympathie.
La ville entière manifesta sa douleur; on fit à celui qui avait été le prince de Condé des funérailles dignes d'un fils de France, , et le docteur fut chargé de ramener en Angleterre au duc d’Aumale les restes de son malheureux fils.
Le 1 1 septembre, après cent deux jours de traversée sur un bâtiment à voiles, qui un instant avait été pris dans les glaces, tandis que partie de l’équipage était atteint de congélations partielles des membres, on débarqua enfin à Londres, et le duc d’Aumale reçut les restes mortels du jeune héritier du grand nom de Condé.
Le duc de Guise resta seul ; il avait reçu les premières leçons de son père, qui, jusqu’à ce que l’enfant fût devenu un adoles-
cent, consacra chaque jour quelques heures à son éducation historique et militaire.
Quoique d’une constitution frêle, le jeune prince, par les exercices du corps, par une hygiène bien entendue, l’escrime et le sport, est arrivé à posséder un tempérament robuste ; il suivait son père dans ces chasses où il faut que le corps lutte contre la fatigue et surmonte les obstacles. Le duc d’Aumale, qui est d’une résistance inouïe dans tous ces exercices, s’est appliqué à développer la force de son filsj et celui-ci, aujourd’hui, a doublé sa nature et l'a fortifiée.
Depuis sa rentrée en France, le duc de Guise, qui suit les cours du lycée Condorcet, se prépare à l’École polytechnique; il montre une intelligence très-ouverte, passe pour un camarade sûr et bienveillant à tous; il est doué d’un esprit vif et prompt à la repartie.
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