NOTICE SUR LES BEAUX-ARTS
8uU*e genre de peinture; c'est pourquoi on la choisit pour décorer les lieux exposés aux injures de l'air.
Pour peindre à fresque, trois choses sont nécessaires : l'esquisse, les cartons et l'enduit du mur.
On pose deux enduits l'un sur l'autre: le premier, qui touche à la pierre, doit être fait de gros sable de rivière et présenter une surface raboteuse, afin que le second enduit, composé de mortier, de chaux bien éteinte et de sablon de rivière, puisse s'y attacher. C'est sur ce second enduit qu'on travaille ; mais il faut qu'il ne soit posé qu'à mesure qu'on le peint; car, s'il était sec, la fresque serait manquée. Les couleurs se délaient avec de l'eau et ne doivent pas être épargnées, si l'on veut que la peinture reste longtemps belle. Les grands maî^ très ont laissé, pour la plupart, de magnifiques fresques ; toutefois, il est à regretter que ce genre de peinture ne puisse recevoir toutes sortes de couleurs ; car il 7 a des tons qu'ils ont dû renoncer à y exprimer.
L'esquisse est l'ébauche, le premier crayon de l'œuvre que le peintre médite. Dans la fresque, l'esquisse est ordinairement un tableau raccourci de ce que l'on veut exécuter en grand. Cette esquisse doit non-seulement retracer le sujet dans toutes ses parties, mais en indiquer les couleurs; et l'artiste est obligé de l'avoir sous les yeux, s'il veut donner à son œuvre l'hannonie qui seule en peut faire la beauté.
Les cartons, dans la peinture à fresque, sont composés de plusieurs feuilles de gros papier, attachées les unes aux autres. Sur ces cartons, le peintre dessine l'ouvrage qu'il peut faire en un jour ; et quand l'enduit sur lequel
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il doit travailler a pris le degré de solidité convemiMe Q y applique le carton et calque le dessin avec une pointe ; puis, quand toutes les lignes sont ainsi tracées sur la muraille, il commence à peindre.
Dans la peinture à Fhuile, toutes les couleurs sont broyées et détrempées dans de l'huile siccative* Cette sorte de peinture offre de grands avantages pour la délicatesse de l'exécution, le mélange des teintes^ la vivacité des tons. Elle permet d'ailleurs à l'artiste de consacrer plus de temps à son œuvre, de la mieux finir, de la retoucher et d'enlever ce qui lui déplaît, sans e&cer tout ce qu'il a fitit. On peignit d'abord à l'huile sur des planches, puis sur du cuivre, enfin sur de la toile ou du tafietas, et l'usage de la toile s'est perpétué jusqu'à nous.
La miniature se rapproche de la peinture en détrempe ; on peut y employer les mêmes couleurs délayées avec de l'eau et de la gomme. Cette sorte de peinture peut se faire sur du papier d'un grain très-fin on sur des bois préparés à cet effet ; mais l'ivoire est généralement préféré. Elle demande beaucoup de patience et de précautions. Il iàut ménager les teintes, ne leur donner de force que par des gradations insensibles, et ne retoucher jamais que le fond ne soit bien sec. La miniature s'achève à la pointe du pinceau, soit en pointillant seulement, soit en fiûsant des hachures très-menues et croisées ; aussi peut-on donner à ce genre de peinture plus de fini qu'à tout autre. La miniature se couvre ordinairement d'une glace qui la conserve et lui sert de vernis.
Du pointiilement de la miniature et de la manière plus
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haixlié de la détrempe, on a fsdt un autre genre qu'on nomme peinture mixte et qui est également propre aux grands et aux petits tableaux. On achève par le pointillement les parties les plus délicates, tandis que, par des touches plus larges, on donne à l'ouvrage un caractère de force et de liberté que le trop grand fini n'a point. Le Corrége a peint ainsi deux morceaux d'une merveilleuse beauté.
Le pastel est une peinture dans laquelle des crayons de diverses couleurs remplacent le pinceau. Pendant que ces couleurs, réduites en pâte (pasta)^ sont encore fraîches, on leur donne la forme de petits rouleaux faciles à manier et qu'on emploie ensuite à volonté. Le pastel est regardé comme le genre de peinture le moins difficile, parce qu'on peut quitter, reprendre et retoucher son ouvrage autant de fois qu'on le veut. On peint au pastel sur du papier ordinairement gris ou roux, collé sur un bois léger. On couvre cette peinture d'un verre qui empêche les couleurs de s'effacer, leur donne un vernis agréable à l'œil et en adoucit les teintes.
La mosaïque est une peinture composée de petites pierres de couleurs diverses. On voit à Rome et dans plusieurs villes d'Italie de beaux fragments de mosaïque d'origine fort ancienne. L'artiste qui veut faire une mosaSque est obligé d'avoir sous les yeux le tableau qu'il doit exécuter et les cartons de la grandeur exacte de l'ouvrage. Les petites pierres qu'il emploie sont placées, suivant leur nuance, dans des paniers ou des boîtes où il puise ; elles doivent avoir une surface plate et unie, mais eUes ne doivent être ni luisantes ni polies ; car, lors-
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qu'elles réfléchiraient la lumière, on n'en distinguerait plus la couleur. Après avoir calqué, â l'aide d'une pointe, ces cartons sur l'enduit préparé à cet effet, le peintre trempe les pierres dans un mortier liquide et les emploie selon leur forme et leur couleur. Ce genre de peinture doit durer autant que la muraille sur laquelle il est placé.
On nomme camaïeux les tableaux dans lesquels on ne se sert que de deux couleurs, ou de blanc et de noir seulement: ainsi, les peintures qui représentent des basreliefs de marbre ou de pierre sont des camaïeux. On appelle grisaille un tableau peint en gris, comme on en voit sur les vitraux de quelques anciennes églises.
En peinture, on entend par le mot école la réunion des artistes qui ont appris leur art d'un même maître ou qui se sont attachés â suivre les principes donnés par le fondateur de cette école. Les grandes écoles ne portent pas le nom du maître, mais du pays que ce maître a illustré.
L'école byzantine, fondée à Byzance par des artistes grecs, ranima en Italie le goût des arts. Ces anciens peintres ont laissé peu de tableaux ; encore ces tableaux ne sont-ils pas signés. D'ailleurs, la peinture était alors dans l'enfance : on ne représentait que des figures longues et droites, assez semblables à des colonnes, ayant toutes la même attitude et la même physionomie, ou plutôt n'ayant aucune physionomie. Une grande ignorance des règles du dessin, de Tanatomie, de la perspective et du clair-obscur, se remarque dans les ouvrages sortis de cette école.
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Après l'école byzantine vient l'école italienne, qui, vu le grand nombre des artistes qu'elle a produits, se subdivise en école florentine, romaine, vénitienne, lombarde, bolonaise, génoise et napolitaine.
L'école florentine, la plus ancienne des écoles italiennes, se recommande par une imagination vive et féconde, par un pinceau hardi, correct et gracieux, par un style noble et souvent sublime. Cimabué en est le fondateur ; mais Léonard de Vinci et Michel- Ange en sont regardés comme les maîtres.
L'école romaine, qui remonte presque à la même époque que l'école florentine, se distingue par un charme poétique, des types d'une pureté et d'une suavité admirables, une touche élégante et facile en même temps que correcte et savante. Le Pérugin est le père de l'école romaine, Raphaël en est la gloire. Le seul reproche qu'on adresse aux peintres qui en sont sortis, c'est d'avoir négligé un peu trop le coloris.
L'école vénitienne, à la tête de laquelle figurent le Titien et Paul Véronèse, brille par un admirable coloris, une grande intelligence du clair-obscur, une touche gracieuse et spirituelle, une séduisante imitation de la nature. Mais si l'on reproche à l'école romaine de n'avoir pas assez étudié le coloris, dans lequel excelle l'école vénitienne, on peut reprocher à celle-ci d'avoir un peu négligé le dessin si correct chez les peintres romains.
L'école lombarde est flère à bon droit de son dessin pur, de son goût formé sur l'antique, de sa belle composition, de son pinceau léger et moelleux, de sa manière noble et gracieuse. Elle reconnaît le Corrége pour fondateur.
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Uécole bolonaise^ fondée par Francîa, ne produirit pas d'abord de grands artistes; mais les Carrache la rele- Tèrent ; et si elle n'atteignit point à la gloire des préo^ dentés, elle se distingua cependant par la scienoe de la composition, la pureté du dessin, la vérité du coloris et l'entente du clair-obscur. Le Dominiquin et le Guide, élèves des Carrache, contribuèrent à la célébrité de cette école.
L'école génoise, qui ne manque ni de hardiesse ni de grâce, ne produisit toutefois aucun de ces hommes éminents dont le nom fait époque dans l'histoire de l'art.
L'école napolitaine cite Salvator Bosa; mais ce grand artiste, qui enfanta des prodiges, eut une manière tout à fait à lui et ne put être imité par aucun autre peintre.
L'école espagnole, qu'on it souvent classée avec l'école napolitaine, a produit Ribera, Vélasqnez, Murillo. C^ dernier nom suffirait à l'iUustrer. Un dessin pur, des pensées élevées, une imagination brillante, une touche ferme, une remarquable imitation de la nature, quelque chose de fier, de poétique et de hardi, distinguent l'école espagnole.
L'école allemande a représenté les objets avec leurs imperfections, et non tels que l'artiste se plaît ordinairement à les voir ; elle a entendu assez bien le coloris ; mais son dessin est sec, ses figures manquent souvent d'expression, et ses draperies, de souplesse et de goût. Quelques maîtres de cette école cependant ne sont pas tombés dans les défauts que les connaisseurs reprochent à la peinture allemande en général Albert Durer est la gloire de cette école.
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L'éoole flamande est d^origine fort ancienne ; mais elle ne devint célèbre que vers le milieu da zrv® siècle, lorsque Jean Van-Eyck, «nmommé Jean de Bruges, inventa la peinture à l'huile, et ne brilla de tout son éclat que longtemps après, sous Rubens et Van Dick, qui s'élevèrent au rang des premiers peintres du monde. Un pinceau moelleux, une savante union des couleurs, une grande intelligence du clair-obscur, un fini précieux, beaucoup de grâce et de vérité, sont les caractères distinctifs de la peinture flamande.
L'école hollandaise se recommande par des qualités à peu près semblables ; mais elle a produit plus de paysagistes ou de peintres de petites scènes d'intérieur que de peintres d'histoire. L'artiste le plus célèbre qu'elle ait eu est Rembrandt, qui, comme Salvator Rosa, n'a pu encore être imité.
L'école française, par l'étude des maîtres de tous les pays, s'est formé une manière qu'il serait assez difficile de définir, mais qui n'en est pas moins devenue son style propre et original. Les grâces, l'élégance, l'esprit qui caractérisent cette nation s'y montrent toujours, et souvent le génie y brille. L'école française excelle surtout dans le genre noble et dans l'histoiro. Le Poussin et le Sueur sont ses deux plus grandes illustrations.
De toutes les écoles dont nous avons parlé, l'école françfdse est la seule qui puisse être aujourd'hui fîère de» artistes qu'elle compte dans son sein ; les antres n'ont plus que des souvenirs; car, après avoir jeté le plus vif édat en Italie, en Flandre, en Espagne, l'art y est tombé