PRÉFACE
Tout un volume de critique sur des cri tiques ! Et dire que les critiques qui me liront critiqueront encore ma critiquô^Il existe à Paris une société que des plaisants ont nommée Société d'autopsie mutuelle, sous prétexte que ceux qui en font partie s'enga gent à se laisser après leur mort impitoyablement disséquer par les survivants. Est-ce que par hasard il existerait, parmi les écrivains, une association semblable dont le mot d'ordre serait : Mes frères, critiquons-nous lés uns les autres?
Libre aux railleurs de le dire ! Pour moi
je crois fermement que Messieurs nos critiques (je parle de ceux qui nous renseignent sur nos contemporains) méritent autant d'être étudiés que ceux mêmes qu'ils étudient.
D'abord, ce sont des bienfaiteurs publics.
Je ne plaisante pas. Qui donc, sans leur aide, pourrait se retrouver dans Teffroyable entassement des livres que chaque année jette sur le marché? Savez- vous bien qu'ils se chiffrent par dizaines de mille ? Vrais cicérones brevetés, les critiques dirigent les pas et les regards hésitants du lecteur à travers ces milliers d'œuvres nouvelles; ils ont l'office de fmre pour lui un premier triage; ils sont chargés de le mener droit à ce qui vaut la peine d'être tiré du tas. Il ne manque pas d'honnêtes gens qui n'ont pas vu ni lu, qui ne verront ni ne liront la comédie du jour et qui seraient pourtant bien aises d'en parler dans le monde. Or comment juger par procuration et se prononcer sur parole, si les critiques ne se trouvaient là pour fournir des