H. DG. LXV
A Monseigneur le comte Philippe Saint-Martin d’Aglié, grand-maître de Savoie, sur-intendant des Finances, chevalier de l’Annonciade, etc. ( 1 ).
Monseigneur,
Le soin que V. E. m’a donné depuis longtemps de l’instruire exactement de ce qui se passe de considérable dans la République des Lettres, m’oblige de luy faire maintenant une relation fidèle de l’Assemblée des Savants sur le sujet du mariage de leurs A. R. C’est un mystère dont la Gazette, ny le Journal des Savants ne sauroient lui fournir dos connaissances, puisque, quelque nombreuse qu’ait esté cette assemblée, et quoyque les personnes qui l’ont composée soient venues de divers endroits du monde, elle s’est faite avec si peu de bruit, que je ne crois pas qu’il y ait personne qui s’en soitapperceu, que moi qui y fus receu par grâce, parce que j’avais eu quelque part aux cérémonies des premières nopces de S. A. R. Ce fut après avoir offert mes respects à l’incomparable Princesse qui fait le sujet de vos joyes, que j'appris qu’on se préparoit pour cette assemblée générale, et le désir que j’eus
(1) Nous publions cette pièce aujourd’hui très-rare et qui est vraiment curieuse comme morceau du littérature émiuemment précieuse. Nous l’avous trouvée dans un recueil de pièces & la Bibliothèque Hazarinc, in-folio, coté S7é, A. 10. Les initiales C. F. M. caclicut à peine le nom do l’autour, qui n'est autre que le P. Claude-François Ménestrier, ce jésuite lyonnais (16.t1-170.'5) qui a laissé de si curieux ouvrages sur le blason, les emblèmes, les ballet-s. Cette pièce est mentionnée sous le numéro XLV dans le catalogue des oeuvres du P. Ménestrier, dressé par M. Allul dans l'ouvrage qu’il a consacré à ce savant jésuite, et qui a été publié à Lyon en 1858.
d’y apprendre les sentiments des savants me fit glisser parmy eux, sans autre titre que celuy de la curiosité, qui me semblait assez raisonnable en cette occasion.
Quoyque ce soit une assemblée de savants, je me persuade aizément qu’elle n’a rien de si galand que ce qu’on fera dans le Valentin. H suffit de scavoir que V. E. a la conduite de toutes ces festes, pour apprendre qu’on ne scauroit rien faire de plus juste, ny de plus ingénieux. Si j’addressois celle relation à une personne moins éclairée que n’est V. E., il l’auroit fallu accompagner d’un commentaire ; mais comme il luy seroit superflu, estant aussi instruite qu’elle est de tous les mystères des Muses et des assemblées savantes , quelque long qu’il put estre, il serait trop court pour ceux qui n’ont jamais eu d’accez auprès d’elles, ce n’est pas aussi pour eux que j’ay écrit. Il me suffit d’avoir donné des marques publiques de ma soumission et de ma reconnaissance envers leurs Altesses fioyales, et d’apprendre à tout le monde que je suis constamment.
Monseigneur
de V. E.
Le très-obéissant et très-obligé serviteur,
L’Assemblée des Sçavants el les présents des Muses pour les nopces de Charles-Emmanuel II , duc de Savoie, roi de Chypre, etc., avec Marie- Jeanne-Baptiste de Savoye , princesse de Nemours.
A peine le bruit des nouvelles nopces d’Alpin et de Nemorine fut répandu par l’Europe, que les sçavants de tous les siècles résolurent de faire une assemblée générale pour délibérer sur le sujet de cette feste, et sur le cboix des présents qu’on devoit faire aux nouveaux mariez. La Renommée qui avait publié les Emfyressemens du Parnasse aux premières nopces d’Alpin se chargea du soin de cette convocation, et l’Amour et les Désirs luy donnèrent toutes leurs aisles, affin qu’elle fut plus prompte dans une affaire qui devoit eslre pressée. Elle ne tarda guere de l’exécuter, et de l’advis de Minerve que l’on voulut qui présidât à l’assemblée parcequ’elle n’est pas moins sage que sçavantc, on fit choix de 1a place de Bellecourt pour le lieu de la délibération. Les vieux poètes y firent quelques oppositions, et les Muscs mesmes en protestèrent, parce qu’elles vouloient que ce fut sur le Parnasse. Mais Minerve les appaisa en leur disant que la Grèce estoit depuis trop de siècles le théâtre de la barbarie, et que si elle avoit esté autrefois celui de la politesse et des belles lettres, elle n’estoitplus à présent que le siégé de l’ignorance; qu’Athenes, qu’elle avoit tant chérie autrefois, n’estoit plus que des mazures qu’on cherchoit parmi les herbes, et qu’il n’y
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rostoit plus aucun vestige du Lycée, de l’Académie, ny de l’Aréopage ; qu’elle avoit eu depuis un autre Athènes, qui n’avoit pas esté moins célèbre; qu’elle y avoit eu un temple, dressé aux frais de soixante nations, et qui avoit servi de théâtre aux combats les plus fameux de la poésie et de l’éloquence; que c’estoit le lieu ordinaire ou logeoient les Dieux dans leurs passages, et que puisque Nemorine, dont il s’agissoit en cette occasion, y avoit choisi sa demeure parmi les Vestales, durant le séjour qu’elle avoit fait dans la ville de Plancus, il n’y avoit plus rien à délibérer sur ce point.
Tout le monde acquiesça aux raisons de la Deesse et la place de Bellecourt fut ainsi destinée à l’assemblée.
Là des orines et des tilleux Couronnent deux longues allées,
Et font deux berceaux merveilleux De leurs branches entremeslées.
Ces arbres de nouveau d'un beau verd revestus.
Pour défier les vents dont ils sont combattus Portent leurs testes jusqu'aux nues,
Et sur deux vastes promenoirs Font en deux voûtes suspendues Deux sombres pavillons de leurs ombrages noirs.
Là de toutes les nations Viennent des gens de toute sorte Tous riches en inventions Et suivis d’une belle escorte.
On y void aborder tant de faiseurs de vers De sonnets, de rondeaux et d’ouvrages divers Que toute la place en est pleine ;
Après eux faiseurs de romans.
Assez sujets à la migraine,
Viennent, accompagnez d’une troupe d’amans.
On y void autheurs de tournois ( I )
De carrousels et de devises.
Qui sont gens de mise et de poids En de pareilles entreprises.
(I) Le P. Ménestrier a public uii Traité dit Tournois et autres spectacles publics. Ljon, 1669 et 1671.
Près d’eux s’avance en foule un tas de blasonneurs Arbitres souverains des rangs et des honneurs.
Qui s’érigent en hérauts d’armes Et d’un jargon mal entendu Semblent plutôt faire des charmes Que vouloir déchiffrer les quartiers d’un Escu.
Les inventeurs ingénieux Des ballets et des mascarades Se viennent placer auprès d’eux Avec les faiseurs de boutades (1);
Et les entrepreneurs de mille grands desseins Pour faire un plus grand corps grossissent leurs essains Des faiseurs de feux d’artifice ;
Les autheurs nouveaux de portraits
Y viennnent offrir leur service
Et des comédiens chargez de leurs extraits.
Des compilateurs de fatras,
D’ouwages en diverses langues,
Y viennent chargez sous le bras De billets doux et de harangues.
On y void arriver de cent climats divers Des gens d’ inscriptions, d’emblèmes, de revers Et de légendes de médailles (2) ;
Et parmi ces gens de sçavoir Se glissent des gens d’antiquailles A dessein d’estre ouïs et de se faire voir.
Il n’est pas jusqu’aux gazetiers Et compositeurs de nouvelles Qui ne remplissent leurs quartiers Avec des gens à bagatelles.
Des renverseurs de noms y courent sur leurs pas.
Gens à ronger leurs doits cent fois dans un repas
(t) Notre aateur a également com|M)sé, outre un Traili du Blason, un Traité des Ballets ancieiu et modernes (1683;.
(3) 11 a encore publié en 16»3 l’Histoire de Louis XIV par les médailles, devises, jetons, emblèmes, etc.
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Pour attraper une anagrame.
Et qui, pour y trouver du sens,
Usent de papier une rame.
Et trouvent à la fin qu’ils ont perdu le temps.
Minerve n’y voulut souffrir Sy médecins, ny gens d’école,
Ny qu’aucun autre y vint s’offrir De la cabale de Bariole.
Elle en exclud aussi tous esprits chicaneurs,
Qui disputent du pas, du rang et des honneurs Dans de pareilles conjonctures ;
Et voulut sans plus différer.
Après avoir pris ses mesures.
Que chacun d’eux s'assit pour y délibérer.
On ne fît que quatre rangs dans l’assemblée. Tous les poètes se mirent ensemble, de quelque nation qu’ils fussent, parce qu’ils sont tous amis depuis la paix. On en remarqua mesme quelques-uns qui affectoient de se mettre les uns près des autres, et do renouveller leurs anciennes connoissances. Virgile se mit entre Homère et Tliéocrite, qui l’avoit servi ' autrefois. Térence s’alla seoir près de Menandre, et Horace près de Pindare pour qui il a toujours en vue une vénération singulière.
On prit garde que Lucilius, Perse et Juvenal s’cstoient mis en un coin, où ils railloient entre eux sur la mine, l’air et la posture de tous ceux de la compagnie. Ils avoient derrière eux un tas de poètes burlesques. Bernia, Caporal et Merlin Cocaye y estoient les plus apparens, et Scarron montroit son nez derrière eux avec un visage assez enjoué, quoy qu’il fit encor le malade. Un peu plus avant Martial disoit le petit mot, et Loredan, qui estoit derrière lui, relevait toutes ses pointes et les tournoit assez agréablement à sa façon. Sur tout on prenoit plaisir à voir Lycophron, Simmias, Rhodien, qui se tiroient les cheveux et se froltoient la teste de temps en temps pour ajuster des anagrames , des acrostiches , des ovales, des triangles, et des pyramides en vers. Marot, Jo-
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delle, Baïf el Voiture n’estoient pas moins empressez à trouver les retours de leurs ballades, et les chûtes de leurs rondeaux.
A côté des poêles, sur une autre ligne, estoient tous les autheurs d’emblèmes, de devises, de blasons et de hiéroglyphes. Les premiers estoient presque tous Flamans, Hollandois ou Allemands. Il y avoit plus d’Italiens parmi les seconds que d’aucune autre nation. Il n’y avoit guère que des François parmi les troisièmes, à la reserve de quelques Anglois ; mais en eschange il y avoit derrière eux grand nombre de généalogistes Espagnols, Allemans et Italiens, gens accoutusmez à tirer de la coste de Charlemagne et de celle de Frideric les familles de leurs pays, et à donner de vieux noms romains à des gens de nouvelle impression. Les quatrièmes estoient presque tous Espagnols ; mais ils avoient en teste des Egyptiens et quelques Grecs, et un peu plus bas des Mores et des Arabes, qui se disoient grands faiseurs de chifres, d’arabesques et de livrées.
Vis-à-vis des poètes estoient les faiseurs de romans, qui sont des poètes en prose. Ils regardoient tous Héliodore comme leur maistre, et Theagene el Chariclée comme les originaux et les modelles de leurs héros et de leurs héroïnes. Derrière eux estoient Jean Lorris, Guillaume de Meun, et tous les aulheurs des romans de quatre siècles, aussi extravagants en leurs mines qu’ils sembloient ridicules en leurs habits.
• Enfin, dans le quatrième corps estoient tous les faiseurs d’appareils, de machines, de théâtres, d’arcs-de-triomphe, de portiques, de feux d’artifice, de ballets, de carrjouzels, de mascarades, et de semblables entreprises, chacun avec des rouleaux en main, où estoient les esquisses de divers desseins et des projets de diverses rejouissances
Après qu’ils furent tous placez. Minerve fit un beau discours à l’assemblée, pour leur expliquer le dessein qu’elle avait de contribuer à l’appareil de nopces d’ Alpin et de Nemorinc, et la nécessité qu’il y avoit de choisir des présents dignes de l’espoux et de l’espouse : sur quoi elle demanda ensuite l’advis de ce qu’on avoit à faire. Hesiode et de Nonnus furent les deux premiers qui se levèrent, parce que l’un avoit esté présent aux nopces de Thetis et de Néree , et
l’autre à celles de Cadtnus et d’Hartnonie, d’Aristée et d’Autonoë, et dirent l’un et l’autre qu’il falloit penser à composer des epithalaines et voir à qui l’on donnerait la commission.
Les poètes grecs n’oserent pas se déclarer parce que leur langue est étrangère en ce pays et ils craignirent de passer pour barbares, quelque attiques qu’ils pussent estre. Les latins furent plus hardis , et l’on vit d’abord Catulle , Slace, Properce, Tibulle et Ovide qui commençoient de vouloir offrir leurs services à Minerve pour ce sujet , quand Claudien se leva et se mit à reciter sept ou huit vers qui sembloient faits à ce dessein quoyqu’il les eut composez pour Honorius et Marie.
Ligures, favete, campi,
Veneti, favete, montes,
Subitisque serosetis Vestiat Alpinus apex,
Et rubeant pruinœ.
Athesis strepat choreis,
Calamisque flexuosus Leve Mincius susurret,
Et Padus electriferis Admoduletur alnis.
Surtout il ne fut personne qui n’admirast l’esprit de ce poète, quand ayant seulement changé un mot à ces vers suivants, il se mit à dire
Procul audiant Sicambri Fuit unde semen aulce,
Ubi plena laurearum Imperio fœta domus Geminaque parte ductum CcBsareum flumineo Stemma recurrit ortu.
On trouva sa pensée tout à fait juste à cause de la descendance de cette maison du sang de Saxe et de l’Empereur Othon, et il ne fut personne qui n’applaudit à la rencontre heureuse
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des trois derniers vers, qui exprimoient parfaitement bien l’alliance d’Alpin et de Nemorine sortis d’une mesme tige, ce qui fut cause qu’il eut toutes les voix pour composer l’epitbalame. Slace faillit à crever de dépit en cette occasion où il attendoit de se signaler, et il ne put se tenir de dire à la compagnie qu’on avoit besoin de se basler dans de semblables compositions, que Claudi«n estoit trop lent, et que pour luy il s’offroit à faire la piece en deux ou trois heures, comme il avoit fait celle de Stella et de Violantille. Mais Claudien respondit sans s’emouvoir, comme il est d’un naturel assez doux, qu’il n’avoit pas toujours esté aussi lent qu’on le disoit, et qu’on savoit assez qu’il n’avoit gueres mis de temps à composer l’epithalame de Palladius et de Celerine. Vous avez craint, luy dit Properce, que la postérité n’en doutât, et vous avez fait sagement de débuter par ces deux vers :
Carmina per thalamum, quamvis festina, negare,
NeC l'o/w» gtnero, nec potxii so(vro.
Ausone 6t encore plus de bruit que Stace, parce qu’il estoit plus rude que luy, et parce que son idyle de l’Amour cruciBé lui avoit acquis quelque réputation. On remarqua qu’il n’osa jamais alléguer son epithalame des vers rapiécés de Vjrgile, parce qu’il est si libre, que les Muses qui sont vierges en ont toujours eu de l’horreur. Sidonius n’osa pas se déclarer, quoy qu’il eut fait l’epithalame de Polemius et d’Araneola, parce qu’il vit qu’il n’estoit pas d’un siecle assez poly pour y prétendre. Catulle qui avoit attendu de se lever des derniers, quoy qu’il fut des plus anciens, futeeluy qui fit plus de bruit, parce qu’il avoit feit les epithalames de Julie et de Manlius, de Pelée et de Thetis, et se flatloit d’estre le plus docte et le plus galand des poètes, et d’avoir mérité ce titre au jugement des plus savans hommes du monde. Voyant que Claudien l’emportoit il ne put se tenir de dire qu’il avoit fasciné le monde par sa cadence affectée, qu’il avoit crû jusqu’alors qu’il n’y eut qu’Arcade et Honorius qui le luy eussent voulu preferer pour rendre flatterie pour flatterie, mais qu’il commençeit à connoistre que l’epitaphe qu’ils luy avoient fait
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dresser avoit imposé à bien des gens, et qu’il auroit sujet de faire mettre à l'advenir sous toutes ses statues ce qu'on lisoit sous celle qu’il avoit à Rome : Inter coeteras ingéniés aries prœgloriosissimo poëtarum. Minerve qui voyoit qu’on s’échauffoit sur ce choix appaisa tout ce tumulte, et pria la compagnie de penser à d’autres choses puisque c’estoit là un point déterminé. A peine eut-elle obtenu des poètes latins qu’ils se lùssent, qu’une troupe de poêles françois se leva, non pas de ceux du dernier siècle, qui sont un peu plus reservez que ceux des siècles precedens, mais de vieux faiseurs de triolets, de ballades, de rondeaux, de virelays, de chants royaux et de semblables sortes de poésies, qui demandèrent d’estre employez dans une si belle occasion ; mais du Bellay qui n’avoit jamais pu souffrir ces extravagances rimées, qu’il releguoit aux Jeux floraux de Tolose et au Puy de Rouen, et qu’il appeloit des Epiceries qui corrompent le goust de notre langue, dit qu’il valloil mieux faire un epilhalame françois, ou des epigrammes, à condition qu’on n’en chargeai pas ceux qui en un dizain sont contents de n'avoir rien dit qui vaille auo; neuf premiers vers, pourveu qu'au dizième il y ait le petit mot pour rire. Il s’attendoit qu’on le chargeroit de cet epilhalame parce qu’il avoit déjà fait celuy du mariage du duc Emmanuel- Philibert avec Marguerite de France, et il sembloit n’eslre en peine que de chercher trois filles pour le chanter, n’en trouvant pas dans ce siècle d’aussi sçavantes que Camille, Lucrèce et Diane, qui chantèrent le premier, et qui sçavoient diverses langues, particulièrement la grecque et la latine : quand Marbœuf, qui avoit fait quantité de vers au mariage de Viclor-Amé et de feiie Madame Royale, cria à pleine teste que c’estoit à luy à faire parler les Muses françoi^s, et alleguoit qu’il avoit eu pour récompense de ce prince un fort beau et riche miroir. Motin, qui n’avoit guere esté de ses amis quand il vivoit, luy dit hautement qu’il lui conseilloit de se défaire de ce meuble, et d’en faire présent aux Muses, qui dévoient s’ajuster pour ceste feste, parce qu’il n’y verroit plus que des rides et des cheveux gris, qui luy feroient peur \ qu’il n’estoit pas assez galand pour le siècle, et que cinquante ans défiguraient bien un visage.
Les poêles italiens se reserverent pour l’assemblée qu’on
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devoit faire au Valentin, et il n’en fut aucun d’eux qui ne se flatast d’avoir bonne part à cette solennité, particuliérement le cavalier Marin, Chiabrera, Guarini, Braida, Mortolo, et l’AchiHini, qui ont desja travaillé autrefois pour de pareilles réjouissances.
Giovan Paolo Lomazzo, tout aveugle qu’il estait, attendoit d’avoir la conduite des machines de l’appareil, parce qu'il avoit dédié son beau traité de la peinture au grand Charles- Emmanuel ; mais Palladio et Serlio luy en voulurent disputer la gloire comme meilleurs architectes que luy, quand ils apprirent de Minerve qu’on ne vouJoit point d’appareil particulier pour ceste feste, puisque Nemorine elle-mesmc en avoit fait tout l’ornement , et que ce leur seroit bien assez d’estre employez à dresser les logés et les lices du carrousel qu’on feroit au Valentin, et des autres festes qui lui suivroient.
Quand les faiseurs de devises ouïrent parler du carrousel, ils se levèrent tous en tumulte pour s’offrir à faire celles des cavaliers qui composeroient les quadrilles. Paul Jove crut qu’on n’oseroit pas lui contester cet avantage, puisqu’il estoit reconnu universellement de tous pour premier maître de cet art; mais Borgagli luy dit, que quoy qu’on luy en dût les principes, il avoit porté plus avant que luy, et qu’il en feroit de plus justes. Aresi vouloit s’avancer pour faire valoir ses Imprese sacre, mais Ferro, qui conservoit encore du ressentiment contre luy, dit tout haut qu’il ne s’agissoit pas icy de prescher, et le renvoya à son bréviaire et à sa bible pour y chercher les mots de ses devises, quand celuy-cy le menaça de sa penna reaffüata, faisant mine de ne pas beaucoup craindre ses ombres et ses apparences dont il le vouloit encore noircir. Ambroise et Boissiére craignirent que la faction françoise ne fut pas assez forte pour eux contre les Italiens, quoyque Malleville leur offrit le secours de quelques devises redoublées ; mais lors qu’on y pensoit le moins le sort tomba sur Maurice Seue, Lyonnois, à qui tout le monde donna sa voix, non seulement parce que l’assemblée se tenoit dans son païs, mais encore parce qu’il estait originaire du Piedmont, dont
Alpin est le souverain, et qu’il avoit esté le premier'qui eut écrit ses amours en vers et en devises pour Délié, et le premier qui en avoit fait de françoises , estimant que notre lan-
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gue n’estoit pas moins belle que l’italienne et l’espagnole pour exprimer de pareils sentimens. On luy voulut contester ce point, mais Minerve prononça en sa faveur, parce que la devise de feiie Madame Royale estoit en langue françoise, et estoit au jugement des sçavants une des plus justes que l’on put faire.
Comme on estoit en contestation pour les devises, Luckius, qui a recueilli la plupart des médailles des derniers princes; Jacques de’ Bie, qui a fait la France métallique, et Tristan, qui nous a laissé des commentaires historiques sur les médailles antiques, proposèrent d’en faire quelques-unes qui servissent à la postérité de marque de cette alliance. Ursinus, Oeco, Augustin, Goltzius, Savot, Strada et Erizzo furent du mesme advis, et chacun s’offrit à en trouver les revers dans les médailles qu'ils ont expliquées ; Goltzius vouloit que l’on y mit le revers où l’on void un laurier au milieu de deux aigles, [tour montrer l’origine et la grandeur de celte famille royale dont les deux espoux sont sortis, et ce type, dit cet antiquaire, ne convient pas mal aux trois vers que Claudien a alléguez ;
Ubi plena kturearum Imperia fœta dornus Vix numéral iriumphos.
J’aimerois mieux, dit Augustin, à l’exemple de celle de Caracalla et de Geta, y mettre les portraits des deux espoux avec cette legende ; Ætemitas imperii; et moy, dit Ursinus, jlestime plus l’autre legende de la mesme médaillé où l’on lit Félicitas sœuli.
Le revers d’une médaille d’Hadrien, dit Occo, est plus rare et plus propre que ceux là ; cet empereur y donne la main à Sabine, et le Grand Pontife les marie, tandis que trois petits amours voltigent audessus de leurs testes. J’en ay trouvé un plus rare, dit Tristan, qui est d’une médaillé de l’empereur Tetricus. C’est un temple dont la face a quatre colonnes, et sur la porte on void cinq ronds qui sont autant de symboles du monde dont ce nombre et cette figure sont les plus justes
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expressions. Vous avez raison, dit Nicomachus Gerasenus, qui a fait cent reflexions sur les nombres ; le quinaire est mystérieux. Il l’est plus que vous ne pensez en cette occasion, ré^ pliqua Tristan, puisque la princesse dont il s’agit est dans la cinquième génération depuis que la branche de Nemours est séparée de la tige de Savoye. Nemorine est fille de Charles- Amédée, petite fille de Henry, qui estoit fils de Jacques, et Jacques de Philippe. Est-ce là tout votre mystère, dit Plutarque? J'y en découvre un autre, qui n’est pas moins advenant ; c’est que les anciens ont donné le nom de Mariage au nombre de cinq, parce qu’il est composé du premier nombre pair, qui est femelle, et du premier nombre impair, qui est masle, et qu’au lieu que le pair ne peut produire que le pair, le pair et l’impair unis en produisent de toutes sortes. Il n’est pas temps do s’arrester à ces reflexions mystérieuses, dit Minerve, il faut penser aux presens que nous devons faire à Alpin et à Nemorine. Et s’adressant aux Muses ; C’est à vous, mes filles, leur dit-elle, à y penser. Cherchez tout ce qu’il y a jamais eu de plus galand pour ce sujet, car il ne faut rien de commun pour des souverains qui sortent du sang des Dieux. Il seroit bon, luy répondit Uranie, de consulter l’assemblée sur ce point et de prendre les advis sur une affaire de cette importance. Vous donnez dans ma pensée, dit Minerve, et je veux que leur jugement nous détermine sur ce choix.
Je serois d’advis, dit Martian Capello, qui crût avoir droit de parler le premier parce qu’il avoit assisté aux nopces de Mercure et de Philologie, que tous les arts liberaux travaillassent à ces présens, afin qu’ils fussent dignes de l’epoux et de l’epouse. 11 faut pour ce sujet que la Grammaire s’occupe à faire des chiffres, qui sont maintenant à la mode, et qui ont presque banni les armoiries de tous les endroits où elles estoient. Les quatre lettres de la devise de Savoye, avec celles des noms d’Alpin et de Nemorine ont de quoy exercer l’addresse de tous les entrelasseurs de lettres. Que la Musique compose des airs, et s’il luy faut des paroles, Boisrobert, qui est en possession d’estre le grand chansonnier de France, les pourra bien composer. La Peinture peut s’exercer à faire des tableaux allégoriques, dont Philostrate et Vigenere pourront fournir les dessins.
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Ce sont là des enigmes a déchiffrer, dit Apulée, et non pas des presens à faire. Vos nopces de Mercure et de Philologie, où vous avez fait ces pauvres arts si liberaux qu’ils ont tout donné, ne doivent pas icy servir de réglé. Ce ne sont pas icy des nopces de lycée et d’academie, où il faille parler grec et latin , et mettre tous les arts en frais. On n’a prié à celte assemblée ny dipnosophistes ny phylosophes. On n’y veut rien de si profond, il n’y faut que de la politesse et de la galanterie, mais de la plus spirituelle. Ainsi j’aymerois mieux que l’on Gt servir à ces nopces les presens qu’on Gt à Psyché que vous avez vous mesme décrits si ingénieusement. Jupiter, qui osta la couronne de l’éternité à sa fille pour la donner à cette amante, ne pourroit-il pas prendre dans le ciel les deux couronnes qui y brillent pour les mettre sur les testes d’Alpin et de Nemorine? Junon, qui donna un noeud d’or à cette nouvelle espouse, en devroit donner do diamants à ces nouveaux mariez; Mercure remeltroit sa baguette ou son sceptre d’or à Alpin; Apollon lui donneroit son laurier et Vulcain travailleroit à des carrosses pour Nemorine.
Ces presens sont dignes des Dieux, dit Catulle, mais il n’y a qu’eux qui les puissent faire, et il s’agit icy des presens des Muscs, qui ne sont pas du rang de Jupiter ni de Junon. On ne donna que des Geurs aux nopces de Pelée et de Thetis, et je serois d’advis que l’on en donnât des guirlandes à Nemorine, qui est la fleur des nymphes, comme son époux est la fleur des princes.
Toute l’assemblée applaudit au sentiment de ce poëte, et Minerve ne put s’emp^her d’en témoigner de la joie et de la complaisance, parce qu’elle estoit bien ayse qu’il revint un peu de son emportement sur la préférence qu’on avoit donnée à Claudien pour le fait de l’epithalamc .
Les Muses partirent aussitôt pour aller faire ces couronnes, et Minerve qui vouloit que toute l’assemblée sortit satisfaite proposa de flaire un ballet qui fût dansé par les plus lestes de la troupe, tandis que les autres Iravailleroienl à la décoration, aux machines, aux vers, aux récits, à la musique, aux habits et à tout le reste de l’appareil.
Chacun jelta les yeux sur Lucien pour la conduite de cette piece, parce qu’il estoit le plus heureux de toute la troupe en
semblables inventions, et qu’il entendoit les réglés des ballets, dont il a fait autrefois un dialogue. Il vous sera aysé, luy dit Aristophane, de vous ‘acquitter de cette charge, et do satisfaire tout le monde, puisqu’il n’est rien de plus libre que cette sorte de représentations, qui ne sont sujettes à aucunes réglés. C’est là votre erreur, luy dit Lucien, mais Libanius et moy sommes bien d’autre sentiment, et ce que nous en avons écrit suffit pour détromper le monde sur ce point. J’auray pour juges de ma piece un prince qui a infiniment de l’esprit, des ministres qui sont sçavants, et toute une cour des plus galantes et des plus spirituelles de l’Europe. Ainsi je voudrois que mes intentions puissent égaler les desseins ingénieux de tant de ballets qui s’y sont dansez.
On n’a jamais rien Vu de plus juste n’y de mieux conduit, dit Libanius, que les ballets de la Cour du Soleil, des Temples de la Paix, du Caprice, du Triomphe d’Amour, de Promethée, des Genies, de la Force d’Amour, de Cornus, du Jugement de Pâris, de l’Aveuglement, d’Hercule victorieux, des Hesperides, de l’Education d’Achille, du Tabac, du Printemps victorieux, de l’Hiver, des Théâtres de la Gloire, des Applaudissemens d’Hercule et de l’Amour, des Conquerans libres et captifs, du Gris-de-Lin , des Bacchanales antiques et modernes, de la Perle, et des Roses de Chypre, dansez depuis une quarantaine d’années dans cette cour avec tout le succez et tout l’appareil qu’on peut desirer en de pareilles représentations. C’est ce qui me fait craindre, dit Lucien, que je ne sois trop vieux maintenant pour cette entreprise . 11 est vray, reprit Longinus, qu’on pourra dire que ce ballet sera l’ouvrage d’un homme qui a vieilli, mais qui a vieilli dans les belles choses, comme l’Odyssée est l’ouvrage d’un vieux poète, mais du vieux Homère. Ne perdons plus le temps en complimens, dit Minerve. Il est temps de commencer. Donnez moy donc le sujet, luy répliqua Lucien. He bien, j’en suis contente, ajouta-t-elle. Ne savez-vous pas que la devise de la maison de Nemours, sortie de celle de Savoye, consiste en ces mots. Suivant sa voye. Car c’est cette devise que je voudrois que vous prissiez pour sujet, avec cette circonstance particulière, qu’Alpin est le premier des souverains de Savoye qui se soit allié dans sa famille, d’où il m’est venu en pensée de prendre pour l’argument de
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ce ballet cette proposition : Que chaque chose suivant sa voye retourne à son principe. Voila de quoy vous exercer agréablement, tandis que nous penserons à d’autres choses.
Combien y voulez-vous de parties, luy demanda Lucien. Il en faut deux, dit Minerve, puisque ce sont des nopces, et de secondes nopces que nous célébrons. Il y eut contestation pour le nombre des entrées. Eustrophus vouloit qu’il n’y en eut que cinq en chaque partie, et alleguoit que ce nombre estoit le premier des nombres parfaicts, parce qu’il esloil composé du premier pair et du premier impair, du nombre humain et du divin, que c’esloit le nombre de la sagesse, et qu’il ne falloil pas s’eslonner que Nemorine en fut l’expression , puisqu’elle estoit au cinquième degré de la branche de Nemours.
Cassiodore se déclara pour le nombre de six, et Jordanus l’appuya avec Boëce, parce qu’il est le premier nombre parfait, et que les anciens luy donnèrent le nom d’once. Le nombre de sept eut encore plus de partisans. Tous les cabalislcs dirent merveille en sa faveur, et Camille Camillis s’echaufa à force de le soustenir pour l’honneur de son lheatre qui est la cabale du septénaire. Paolo Lomazzo cria comme un aveugle pour le faire recevoir et juslitlerson dessein du Temple de la Peinture, où il a proposé sept inaistres comme les modèles de l’art, et exprimé leurs qualitez par rapport aux métaux et aux plantes
Quelques Athéniens furent pour le nombre de huit en mémoire de Thesée qu’ils honoroient d’un culte particulier le huitième jour du huitième mois. Les musiciens grossirent leur parti à cause de leurs octaves, et quelques poètes italiens se joignirent à eux pour maintenir l’honneur de leurs huitains. Ce qui fit rire quelques Espagnols, qui les appelèrent poëtas de ochanos, poètes de deux maravedis. Cela u’empescha pas que quelques arithméticiens ne se déclarassent encore pour eux, parce que huit est le premier cubique formé d’un nombre pair, et le double du premier quarré, qui représente la fermeté et l’immobilité.
Enfin le nombre de neuf l’emporta, parce qu’il est sacré aux Muses, et parce qu’il est le dernier des nombres dans la progression simple, et qu’il est tellement parfait qu’en le pro-
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duisant à l’infini on trouve toujours neuf partout en retranchant les zéros.
Deux fois neuf font <8 : or huit et 1 font 9. Etant trois fois multipliés il fait 27 : 7 et 2 font neuf. Quatre fois, 36 : 6 et 3 font 9. Cinq fois, 46 : 5 et 4 font aussi 9. Six fois, 64 : 5 et 4 font 9. Treize fois font 108 : osiez le zéro, 1 et 8 font 9. Quatorze fois font 117 : 7 et 1 et 1 font 9. Ainsi de tous les autres à l’infini. Cependant, pour accorder tous les partis, Minene voulut que. tous les nombres fissent ensemble une entrée du ballet, afin qu'ils soient toujours en estai de s’unir quand le bien public le demande, et ordonna à Lucien de faire des entrées de trois, de quatre, de cinq, de six, de sept, de huit, et de neuf.
Aristophane, quia toùjours l’esprit badin, demanda aussi qu’il lui fut permis d’y insérer une entrée de sa façon. N’estce point pour vos grénoliilles ou pour vos nuées, luy dit Minerve? Non, déesse, luy répliqua-t-il, c’est pour une entrée de lutins, parce que ce sont les secondes nopces d’Alpin, et qu’il ne faut pas perdre la coustume qu’on a de faire du tintamarre en de pareilles occasions. Sa pensée fit rire la compagnie, qui voulut qu’on la suivit. A ce compte, dit Lucien, les ballets seront doresnavant des bouts rimez, si on y détermine les entrées, les nombres et les figures à ceux qui les doivent composer; cependant je lascherai d’obéir, et voicy ce que j’ay desja imaginé sur ce sujet pendant les contestations que l’on a faites sur les nombres. Comme on connoissoit la facilité de son esprit, personne ne fut surpris qu’il eut sitôt fait son dessein.
Il faut, dit-il, pour la première partie, que le theatre fasse voir un ciel ouvert, où paroissent les douze Signes dans la disposition que j’ay conceiie. Sur le milieu, la Vierge paraîtra assise sur le Taureau, et tiendra la Balance en main pour représenter la puissance et l’authorité -de Nemorine qui règne dans la ville du Taureau. Elle aura à chacun de ses coslés un des Jumeaux, l’un assis sur le Bellier et l’autre sur le Capricorne, l’un aura l’Ecrevisse sous ses pieds et l’autre le Scorpion. Le Sagittaire sera d’autre part sur le Lyon, pour représenter la valeur d’Alpin qui a des lyons pour les supports de ses armes. Auprès de lui le Verseur d’eau, qui est le sym-
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boip de la libéralité, sera dans un char tiré par les deux Poissons qui le porteront par le liquide de l’air et qu’il régira avec le nœud d’amour qui les lie.
Ce seront ces cinq personnages qui feront l’ouverture da ballet, par un récit où ils diront que chaque chose suivant sa voye retourne à son principe.
Les neufs Sphères, qui sont les modèles des harmonies, feront le concert des entrées de ballet, puisqu’aussi bien l’on a vi)ulu que je m’en tinsse au nombre de neuf pour ces entrées.
I.a première sera l’entrée de sept, où l’on verra le Soleil au milieu des six autres Planètes, dont chacune suivant sa voye, retourne en son temps au point dont elle estoit partie. Je commence par le nombre de sept, dit-il, parce qu’il est consacré à Minerve, qui neantmoins a paru si réservée dans cette contestation des nombres, qu’elle n’a point voulu qu’on eust egard au sien pour laisser une pleine liberté à l’assemblée.
La seconde sera celle de cinq, où le Temps annoncera les quatre Saisons qui se succèdent les unes aux autres et dont chacune suivant sa voye reprend chaque année son tour.
La troisième sera de treize, et ce seront les douze Mois avec l’Année qui la composeront.
La quatrième sera de vingt-six, divisée en deux bandes, l’une du Jour avec ses douze Heures, et l’autre de la Nuit avec les siennes. Douze Indiennes vestues de blanc, et chargées de quantités de perles, feront les heures du Jour, et douze Mores vestues de noir, couvertes de paillettes d’or, celles de la Nuit.
La cinquième sera de quatre, et ce seront les Elemens qui composent tous les mixtes, et qui en font la resolution.
Dans la sixième, je voudrais que la Guerre suivant sa voye ramenast la Paix; le Travail, le Repos; le Siècle de fer, le Siecle d’or, et la Tempeste, la Sérénité, et ce sera l’entrée de huit.
Pour celle de trais qui sera la septième, Promethée, sous la forme d’un géant d’une grandeur démesurée, viendra avec un flambeau allumé en main, suivi de deux vautours qui lui bequeteront le cœur, et ce cœur se renouvellera incessamment pour enseigner que le remords des crimes que l’on a
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commis, suivant sa voye, retourne toùjours, et que la douleur le rend immortel.
Dans la huitième, il sortira du cœur de ce géant une troupe d'Esprits vitaux vestus de couleur de sang et aussi légers que les vents. Âpres une infinité de détours d’une danse précipitée, ils rentreront dans ce cœur, pour exprimer la circulation du sang et le retour du sang de Nemours à sa source par cette derniere alliance, puisque cette famille, suivant sa voye, est retournée à son principe pour accomplir sa devise.
A ce mot de circulation de sang, il se fit un grand murmure dans l’assemblée, parce que tous les sçavants des siècles précédons n’avoient jamais oüy rien de semblable. Voicy un mystère nouveau, dit Eracastor, qui avoit esté admis dans la compagnie en qualité de poëte, et nos anatomistes ne s’en estoient pas apperreus, quelque exactitude qu’ils eussent eue dans leurs dissections. Je ne m’en estonne pas, répliqua Lucien, parce qn’ils n’ont disséqué de leurs temps que des corps morts, où celte circulation ne pouvoit pas être sensible, le mouvement ayant cessé par la mort des animaux. Mais comme j’ay toùjours esté curieux, je trouvay dernièrement Harnœus et Valœus, deux sçavans anglois, qui m’apprirent ce secret que tant de médecins avoient ignoré devant eux. Je vois bien que cette entrée donnera à parler à bien des gens, mais je l’addoucyrai d’un dialogue de ma façon, qui pourra suivre cette entrée, et j’y introduirai quatre vieux médecins, qui en raisonneront assez plaisamment.
Enfin, pour la derniere entrée de cette partie, puisqu’elle est la neufvieme, et qu’on a donné la preference à ce nombre, elle sera de neuf, et ce seront les neufs nombres progressifs qui la composeront afin que je m’acquitte de l’ordre que j’ay receu de notre deesse de leur donner place dans ce ballet.
Pour la seconde partie il faut que le theatre change de face, et eju’on y découvre une grande mer. Sur le milieu s’élèveront deux grands rochei'S, sur l’un desquels paroistra Neptune entouré des dieux marins, et sur l’autre Thetis avecque ses nymphes. Autour de ces deux écueils, neuf Tritons et neuf Syrenes feront les concerts, les uns de cornets, et les autres de violons. Apres quoy Neptune et Thetis feront un récit du flux et reflux qui se trouve dans chaque chose, où la nature suivant sa voye retourne enfin à son principe.
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Pour la première entrée, deux troupes de fleuves et de rivières sortiront du sein de la nier, et apres avoir roulé le monde, chacun suivant sa voye se viendra rendre dans l’Océan.
Pour la seconde, le vaisseau des Argonautes retournera de la cenqueste de la Toison d'Or, et apres avoir fait trois fois le tour des deux écueils, Neptune et Thetis le couronneront. Les Argonautes en descendront et danseront une pyrrhique en signe de rejouissance. Apres quoy ITris paroistra sur l’arcen-ciel, et des nues s’estant abaissées enlèveront ce vaisseau, qui estant arrivé dans le ciel jettera une pluye d’estoiles, et fera un feu d’artifice pour montrer son changement en constellation.
Pour la troisième entrée, Charon ramènera des enfers une troupe d’esprits querelleux, qui apres avoir inquiété le monde durant leur vie, le viennent encore troubler apres leur mort, et ce sera là le tintamarre qu’Aristophane a demandé.
Chacun admira l’esprit de Lucien d’avoir sceu si bien ajuster à son dessein une entrée si plaisante. Mais il promit d’en faire une autre de son invention, qui ne le seioit pas moins, apres qu’une troupe de rameurs, qui avoienl servi Christophe Colomb dans le tour du monde qu’il avoit foit, auroit dansé la quatrième.
A la cinquième, il faudra faire changer de face au theatre, adjoula-t-il, et faire voir les ruines de quelques villes, et de grandes forests qui ont succédé à leurs bastimens, tandis que des nymphes sortiront des troncs des arbres et des creux des rochers, et danseront un ballet rustique avec une troupe de bergers.
La sixième est celle, dit-il, que je veux apposera l’invention d’Aristophane : c’est la Mode, qui amènera celles de tout un siecle, et vous verrez, si je ne me trompe, le spectacle le plus bouffon et le plus extravagant du monde. C’est là que vous reconnoistrez que chacune de ces modes bizarres suivant sa voye retourne tost ou tard plusieurs fois dans un môme siecle.
La septième fera revoir le beau temps et la félicité des Alpes causée par cette nouvelle alliance, et la joie qui succAde à la douleur que la mort de Francelinde et de la mere d’Alpin avoit causée. Pour cela la Savoye, la Maurienne, le Cliablais, le Faucigny, la Tarentaisc et la Val d’Aoust reprendront leurs habits de feste, et danseront pour se réjouir.
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Dans la huit, le Po, qui a loûjours esté le roi des fleuves, fera sortir les deux Dores, l’Arc, le Fier, Laire, Laisse et toutes les autres rivières des estais d’ Alpin des antres où elles pleuroient, pour prendre pari à sa joye et renouveller leurs courses
Enfin, la neufviesme sera un essain de petits amours, qui apres avoir roulé par le monde avec leurs flambeaux allumez, pour mettre le feu partout, s’iront rendre dans la sphère du feu céleste, avec toutes les estincelles qu’ils avoient semées en divers endroits du monde.
Le grand ballet qui doit achever tout l’ouvrage fera voir un grand palais soutenu d’autant de colomnes qu’il y a de familles souveraines dans l’Europe. Les cinq ordres y seront parfaitement observés pour garder ce nombre mystérieux, qui a eu le nom de Mariage, comme j’ay appris aujourd’huy. Entre les espaces de ces colomnes seront d’un coslé les statues de tous les héros que ces familles ont produits, et dans l'autre costé celles de toutes les héroïnes. Les frises seront décorées des écussons de toutes ces mesmes familles, grouppez et liez d’autant de nœuds d’amour les uns aux autres. Après quoy paroitront de deux en deux tous les comtes et tous les ducs de Savoye avec leurs épousés, dont toutes les vertus sont réunies dans Alpin et Nemorine.
Chacun suivant sa voie a trouvé dans l’espoux Un sang digne du trône et des charmes si doux Qu'ils s’estiment heureux de servir à sa gloire. L’espouse de leurs cœurs a receu tous les vœux, Et pour luy conserver les fruits de sa victoire L’amour les a liez du plus beau de ses nœuds.
Comme il achevoit, les Muses revinrent avec tes couronnes do fleurs qu’elles avoient préparées. Uranie avoit fait la sienne de toutes les fleurs qui out quelque rapport avec les astres, ou en leurs couleurs ou en leurs figures ou en leurs inclinanalions, parce qu’elle vouloit, disoit-elle, que la couronne do ces deux amans fut un jour mise dans le ciel comme celle d’Ariadne, et que la métamorphosé en serdl d’autant plus
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aisée qu’il y aurait plus de rapports entre ces fleurs et les astres. Elle y avoit mis quelques Tournesols des plus petits qui peuvent entrer dans tes couronnes; V Aster atticus; l’Espagoutte, qui a la figure d’une estoile, dont elle a aussi le nom ; les Pensées, qui sont les fleurs de Jupiter; la Frelillaire que les Grecs ont nommé Hesperit du nom de la belle estoile , et le Lotus que les Egyptiens dedioient au Soleil, et dont ils se servoient pour faire les couronnes qu’ils mettoient sur les statues. Elle chaînes Milanius et Âratus de ce présent, afin qu’ils l’accompagnassent de quelques vers semblables à ceux qu’ils ont faits pour les constellations.
Polymnie avoit fait la sienne des fleurs qui portent les noms des rois, à dessein, disoit-eller de leur faire porter doresnavant les chiffres d’Alpin et de Nemorine, et ce fut Virgile qu’elle chargea de sa guirlande, le priant de l’accompagner d'une eclogue de sa façon. Clio, qui est la Muse des héros, choisit pour sa couronne toutes les fleurs qui ont quelque rapport avec le cœur. Il y avoit des Lys, dont la bulbe à la forme d’un cœur et le nom de cœur de Lys, des Roses et des Peones dont les feuilles sont autant de cœurs, et ce fut Stace qu’elle prit pour porter son présent, parce qu’il estoit, disoitelle, le plus hardi et le plus enflé des poètes. Erato, qui a le nom de l’Amour, n’avoit choisi que les fleurs qui font les métamorphoses de quelques romans, et voulut qu’Ovide fit ce présent de sa part aux nouveaux mariez.
Calliope choisit l’Amaranthe, le Stecas, et les autres fleurs immortelles dont la couleur ne change point ni les feuilles ne sont point sujettes à tomber, et elle en chargea Catulle, afin qu’il fit son compliment. Euterpe prit les fleurs des forest pour Nemorine, et sa guirlande n’avait presque que des Pervenches, du Chevrefeuil, des Lysets et des Digitales qu’elle mit entre les mains du cavalier Marin, afin qu’il les accompagnast de quelques rimes bocageres. Therpsichore au contraire ne voulut que des fleurs royales et victorieuses pour Alpin. Elle prit les Lys d’eau, dont la racine a le nom de la massue d’Hercule, des Martagons, la Hasche royale, les deux Lysimachies et la Gentiane qui portent les noms de deux monarques, et Lucien fut celuy des poè'tes qu’elle prit pour présenter sa guirlande. Melpomene apporta une couronne mesiée de fleurs
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de toutes sortes, n’ayant pris soin que des couleurs qu’elle avait admirablement arrangées et unies les unes avec les autres. Horace, comme poète meslé, fut celuy qu’elle pria de l’accompagner d’une ode alcaïque. Enfin Thalie n’avoit fait la sienne que de Roses de Damas, d’Afrique, de Jéricho, de Hollande, de mille-feuilles et de Provins, et voulut que ce fut Ausone qui la portast, à cause de son idyle des Roses.
Ainsi finit l’assemblée de ce jour, et Minerve ayant chargé ceux qui dévoient travailler sur le sujet de cette Teste de se rendre au plustôt au mesme lieu pour rendre compte de leurs commissions, les poètes partirent avec leurs couronnes, et Maurice Seue les suivit pour présenter ses devises.
Seconde Journée. — Le Ballet et le Carrousel.
Monseigneur,
Voicy la relation de la seconde journée des sçavanls assemblez dans la place de Belle-Cour. Elle ne fut pas une conférence comme avoit esté la première, et l’on y délibéra rien ce jour là. On ne l’employa qu’à des réjouyssances et à des diverliseemens, parce que vous savez qu’il faut détendre l’esprit quelquefois et que les personnes d’estude ont besoin d’un peu de relâche. Ils ne furent aussi en cette rencontre que spectateurs du ballet que Lucien avoit dressé, et d’un superbe carrousel que l’on disoit estre de Pindare, qui pour avoir assisté tant de fois aux Jeux Olympiques et Pithiens et aux courses de l’Isthme de Nemée, est universellement reconnu pour le plus sçavant de ces exercices. Je n’ay rien à vous dire de particulier pour le ballet, sinon que l’harmonie et les pas y esloient aussi justes qu’on scauroit le souhaitter. Mais ce qui m’y ravit fut l’invention des habits qui n’estoient pas moins plants que magnifiques et propres au sujet. César Ripa, à ce qu’on me dit, en avait pris soin, avec cinq ou six poètes.
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et quelques faiseurs de romans qui s’entendent à ces sortes , de choses.
Dans la première entrée je remarquay que le Soleil esloit vestu d’un drap d’or frisé, figuré de quantité de petits soleils, avec les bords des tassettes et des gardemanches brodez du chilfre de Savoye enlassé dans des nœuds d’amour, et l’on me dit que c’estoit pour faire allusion au sens de cette devise F. E. R. T. Fortitudo ejus Rhodum tenuit, à cause du Colosse qu’il a eu autrefois dans la ville de Rhodes. La Lune au contraire portoit un habit de mouëre d’argent, semé de croissans en forme de boulerolles du l’ecusson d’Angrie qui est un quartier des armoiries de S. A. R. sortie de la maison de Saxe. Mars portoit un casque surmonté d’un meufle de lyon qui est le cimier de ces mesmes armoiries, et l’ecu marqué d’un aigle, qui fut le premier blason de cette famille. Mercure en portoit le vol ou les aisles à son chapeau et au bout de son caducée. Jupiter la couronne ; Vénus un habit semé de roses de Chypre pour représenter celles du collier, que Saturne avoit autour du col, avec quantité de lacs d’amour, parce que les anciens ont feint qu’il avoit esté lié. C’est de cette sorte qu’on avoit taché d’exprimer les marques de cette famille, pour rendre ce ballet fort agréable, et plus spirituel en mesme temps en toutes ses inventions.
J’observai pareillement, que dans l’entrée des Saisons, le Printemps represenloit le comte Verd ; dans celle des Siemens le Feu exprimoit le comte Rouge, et il n’en estdit guère qui n’eusl quelque application singulière à l’histoire. de vos princes.
Pour les airs et les figures, ils avoient tous quelque chose de propre au sujet. L’entrée des Planètes exprimoit par ses mouvemens et par la disposition des danseurs les mouvemens et la situation de ces astres. Ils commencèrent par des pirouettes qui representoient leur mouvement circulaire, et il y avoit des temps où l’air estoit précipité, d’autres où il estoit tremblant, pour les mouvemens du rapt et de trépidation. Quant aux figures, j’observay que les six Planètes estaient avancées de deux en deux, la Lune avec Venus faisoient la première ligne. Mercure et Mars la seconde, Jupiter et Saturne la troisième, et le Soleil dans le fond : comme si ces
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six pianotes eussent tenu l’horison, et les autres pianotes der> riere luy, comme s’il les en eut chassez. Il prit une autre fois le milieu, comme pour montrer le rang qu’il tient dans le ciel, et la dernière figure fut la mesme que la première, pour signifier selon mon sens, et selon le dessein de Lucien, que chaque chose suivant sa voie retourne à son principe. Je vis qu’on retint constamment cette méthode dans toutes les autres entrées. Ce qui m’agréa beaucoup en celle-cy, est qu’elle representoit pas des évolutions diverses les mouvemens des epycicles et les excentriques que les anciens astronomes ont attribué à ces planètes.
Dans l’entrée des Saisons, je remarquay qu’elles estoient vestucs de la manière dont on les peint ordinairement. Le Printemps avoit un habit de fleurs au naturel agréablement meslees sur un fond verd, et en divers endroits de cet habit les trois signes qui president à celte saison estoient brodez d’or fort délicatement. L’Esté avoit un habit d’une broderie à espics si bien tissus et si bien meslés qu’il n’y paroissoit autre chose, hors des figures de ces trois signes, qui estoient brochées par intervalles sur les aislerons des manches. L’Automne, sur un habit de couleur de vin avoit des pampres et des raisins excellcment représentez, avec une grande diversité de fruits, qui faisoient de belles nuances, meslez à des balances, des scorpions et des fléchés pour ses trois signes. L’Hiver portoit un habit blanc à papillotes pour représenter la neige. Il estoit greslé do perles en divers endroits cl fourré d’hermines do tous costez, et cette saison, qui est la plus pauvre et la plus rude parmi nous, me sembla la plus riche, et la plus délicatement vastUe. Comme j’en temoignois de l’estonnemenl, Athenée qui s’en prit garde se tourna vers moy, et me dit que c’estoil la saison des plaisirs et des divertissemens des Grands. Le Temps qui les conduisoil n’avoit rien d’extraordinaire en son habit, et quoy que l’on dise que le temps n’est jamais le mesme, je le vis tel que le dépeignent nos peintres et nos poêles.
Je ne vis rien de particulier dans l’action de la danse, que les alliances des Saisons les unes avec les autres ; dans la première passe le Printemps donnoit la main à l’Esté en signe d’amitié, et l’Automne à l’Hiver. Dans la seconde ils danseront
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affrontez les uns aux autres, dans la troisième dos contre dus, et dans la quatrième l’Hiver et le Printemps se donnoicnl la main, et l’Esté avec l’Automne. Je crois que cette diversité marquoil les divers progrez des saisons et leurs changemens, qui les font souvent anticiper ou retarder le temps qui leur est marqué. Du moins je me persuaday qu’il n’y avoit rien qui ne fust mystérieux dans cette fesle, parce qu’elle estoit un ouvrage des sçavans.
Les Elemens firent figure durant la première passe de l’air, mais durant toutes les autres ils se meslerent incessamment, jusqu’à ce que dans la derniere ils se remirent en figure pour la mesme raison que tous les autres reprenoiont à la derniere passe la figure qu’ils avoient tenue dès l’entrée, ainsi que je l’ay desja remarqué.
L’entrée du Jour, de la Nuit et des vingt-quatre Heures estoient de la maniéré dont Lucien l’avoit projettée, seulement chaque Heure avoit sur le sein une espece de montre dont la fleclie estoit sur l’heure qu’elle represenloif, et je ne sçay par quel artifice on avoit fait que les tymbres dont elles estoient coè'ffées sonnoient harmoniquement toutes les heures à la fin de chaque passe d’air qui cessoit et inferrompoit la danse.
L’Année entra en leste des douze Mois rangez trois à trois selon les saisons : Janvier, Février el Mars estoient les premiers; Avril, Mai et Juin, au second rang, qui estoient les plus galamment ajustez ; surtout ils avoient sur le sein des figuDis mystérieuses faites de tant de pierreries qu’on avoit peine d'en souffrir l’éclat. Je demanday à Tzeizes l’aisné, qui est une personne d’une érudition assez meslée, et qui estoit près de Julius Pollux, qui ne lui code gueres en ce point, mais qui est un peu plus grammairien, ce que signifioient ces mystères. TzeUes me répondit que ces trois mois paroissoient les plus galans de fous, parce qu’ils avoient plus de part à cette feste que les autres, puisque Avril est celuy de la naissance de Nemorine, Juin celuy de la naissance d’Alpin, el Mai celuy de leur mariage. Ne voyez-vous pas, me dit Pollux, que ce sont les chiffres d’Alpin et de Nemorine, enlassez à des nœuds d’amour, qui sont sur l’habit de May, avec ces mois italiens Non fian mai sciolti. Je croyois, luy dis-je simplement du mois de Mai qui estoit le seul que j’appercevois, que c’estoit
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le nom du mois, mais vous me faites remarquer une galanterie assez ingénieuse, qui m’auroit échappé sans vous. Ces chiffres, m’ajouta-t-il, sont de diamans comme vous voyez, et je crois que la devise fait allusion à la fermeté de ces pierreries. Pour Avril et Juin ils ont le theme celeste do la naissance d’Alpin et de Nemorine Bguré sur le devant de leurs habits. Après avoir remercié mes deux interprétés, je consideray la danse, dont on avoit desjà fait la premiers passe tandis que je m’enlretenois avec eux, et ma curiosité pour les figures des habits de ces trois mois me fit échapper le reste des singularités de cette entrée.
La Paix et la Guerre, la Tempeste et le Beau Temps, le Siecle de fer et le Siecle d’or, le Travail et leBepos, qui firent l’entrée de huit, n’avoient rien de particulier pour leurs habits, et ils estoient vestus de la maniéré dont Ripa les a décrits dans son Iconologie. L’entrée de Promethée et des Vautours et celle des Esprits estoient de la maniéré que Lucien les avoit conceuës. Mais cx-lle des Nombres n’estoit pas moins spirituelle que galante. Ils estoient vestus en Arabes, parce que cette nation a in\enté les chiffres dont nous nous servons. Ils estoient tous vestus de drap d’or, et je me persuaday que c’estoit à clause d’un nombre de ce nom qui a été fort en usage autrefois.
L<*s figures qu’ils firent estoient celles de l’addition, soustraction, partition, et muitiplication, dont oiwoyoil assez bien les operations, à cause qu’ils avoient tous leur nombre marqué sur le sein, ce qui faisoit qu’estant joints diversement en lignes, ils composoient des nombres de plusieurs sortes, et s’estant rangez sur une ligne une fois je vis que la supputation alloit jusqu’à des centaines de millions. Ce fut là la première partie du ballet, qui à peine fut achevée qu’il s’éleva un doux murmure dans le quartier des gens d’érudition, qui estoil celuy où je m’eslois trouvé par rencontre ce jour là, parce qu’à vous dire mon adventure, j’entray cette fois dans l’assemblée en qualité de joueur d’instrument, quoyque je n’en aye ni l’adresse ni le sçavoir, mais mon nom m’y servit, et craignant d’estre reconnu parmy les gens d’appareils, d’emblèmes, de devises et de vers avec qui j’ay eu quelques habitudes, je me glissay adroitement derrière les gens d’érudition
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mesléo, qui né mepouvoientpassibien connoistre. Chacun disoit sa pensée sur le succez de cette première partie, et sur ces applications, mais comme j’estois un peu loin derrière eux, et qu’ils parloient grec pour la plupart, je n’eus pas toute la satisfaction que j’aurois eue si j’eusse esté un peu plus proche et aussi accoustumé à cette langue qu'à quelques autres. Ainsi, comme je n’entendis leurs sentimens que par pièces, et à demy mots, je ne vous en diray rien.
Apres qu’on eut concerté , il se lit un grand silence, et la seconde partie commença. Elle fut plus belle en machines que la première et plus diversiBée. Surtout j’aggreay infiniment une copie d’Echo, que formaient les dieux marins et les nymphes, en se répondant de leurs deux rochers, sur lesquels paroissoient Neptune et Tetis de la manière dont Lucien l’avoit ordonné.
Les fleuves et les rivières qui firent la première entrée estoient vestus d’un verd de mer, d’un bleu clair, d’un blanc d’eau, et d’un blanc plus délavé selon la qualité de leurs eaux. L’estoffe estoil de tabis ondé, ils avoient des couronnes de Jonc, de Glayeuls, de Lys d’eau et d’autres herbes qui naissent sur leurs bords. Ils portoienl leurs verres en main, dont ils se servoient à faire diverses figures et divers mouvemens. Ils tortilloient aussi en dansant pour représenter leurs lits qui vont ordinairement en serpentant.
L’entrée des Argonautes fut majestueuse , aussi estoientils tous vestus en héros à la grecque, avec l’epée et le bouclier dont ils se choquoient à divers temps et en cadence, avec une grâce incomparable. Leur feu d’artifice du vaisseau réussit parfaitement, quoy qu’on eut un peu douté de son succez, et que l’on eust délibéré si l’on s’exposeroit à faire une machine de cette importance,, avec le danger qu’il y avoit qu’elle ne gaslat cette entrée si elle venoit à avoir un mauvais effet.
Il faut que je vous advoiie que les Lutins et les Modes furent deux entras incomparables; elles firent pâmer de rire tous les assistans, aussi ne me souvient-il pas d’avoir jamais rien vu de plus extravagant en airs, en pas, en habits et on figures.
Toutes les autres furent majestueuses ; mais le grand ballet
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fut une assemblée de, héros et d'héroïnes qui me surprit si fort, que j’ay peine encore à revenir de ma surprise. La décoration estoit si magnifique et si riche , que ces fameux théâtres de Scaurus, de Marcellus et de Néron, que Pline nous a décrits, n’ont jamais rien eu de semblable. Il me faudroit faire un volume pour décrire cette entrée ; mais il me suffit de dire qu’elle estoit digne de la grandeur de ceux qui la cornposoient, et que je vis en un moment toute la gloire de huit ou neuf siècles excellement représentée. Berold estoit en teste de la troupe, comme chef de cette maison royale ; il est vray qu’estant le plus éloigné et le plus enfoncé sur la scene, je ne pus jamais voir distinctement quelle estoit l’héroïne qu’il avoil à son coslé. Il y en eut aussi quelques autres que je ne pus pas reconnoistre, ny satisfaire le désir que j’avois d’apprendre un mystère dont l'histoire ne nous dit rien. Ce fut en cette seule occasion que je fus marri d’avoir pris le poste où j’estois , parce que si je me fusse trouvé dans le quartier des historiens j’en aurois sans doute tiré quelques ^laircissemens. J’y admiray cette succession de souverains qui n’a jamais esté interrompue ; j’y vis toutes les vertus unies en ces héroïnes , et toutes les grandes familles de l’Europe alliées à celle de leurs Altesses Royales pour qui se faisoit cette feste.
Ce divertissement fut-il à peine achevé , que sans nous donner le loisir de nous reconnoître, un bruit soudain de tambours, de trompettes et de lymbales nous appela à un autre spectacle. C’estoit le carrousel, que Pindare avoit dressé, et pour lequel il avoit amené de son pays tous les victorieux des Jeux Olympiques, Isthmiens, Pythiens et Neméens, dont il a célébré les noms et les actions dans ses odes. Ils venoient, à ce que di.soit ce poëte, rendre la pareille à vos princes, afin que chaque chose , suivant sa voye, retournast à son principe; parce que, disoil-il, c’estoient les seigneurs de Savoye qui avoient porté à Constantinople l’usage des tournois , à l’occasion des nopces d’Anne de Savoye avec Andronic Paleologue, empereur d’Orient.
fixante petits Mores, vestus de diverses livrées et chargez de toutes les pièces de la barrière, la dressèrent en un moment, et apres, en attendent que les quadrilles fissent leurs com-
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parses, ils 6rent avec leurs zagayes une espece de combat tout a fait divertissant, lequel estant fini, ils aborderont les deux costez de la barrière, tenant leurs zagayes droites.
En mesme temps, des quatre grands pavillons dressez sur les angles de la barrière s’entendit un bruit de trompettes, do tymbales et de tambours, qui avoit je ne sçay quoy de fier et de gay tout ensemble. Aussi-tost que l’harmonie eut fini, la quadrille des Olympiques parut; elle avoit en teste quatre hérauts d’armes vestus à la grecque avec des baguettes en main ; douze trompettes et quatre tymballiers les suivoient montez sur des chevaux gays de la maniéré de celuy des armoiries de Saxe, sinon qu’ils avoient pour cimiers sur leurs testieres des aigles impériales, pour faire comme je le pense allusion à l’origine de la maison royale de vos souverains.
Huit pages venoient immédiatement apres et portoient les lances et les ecus des devises de leurs maistres, suivis de huit autres pages qui tenoient les dards à lancer, et de huit sauvages qui portoient les massues qu’on devoit rompre dans les passes. Une grande machine faite en forme de nuée marchoit apres, et porloit un aigle à deux testes avec ses ailes estendues, comme si elle eut voulu voler. Sur cette aigle estoit assis d'un costé Jupiter avec sa couronne à rayons, tenant la foudre d’une main et de l’autre un globe céleste. L’empereur Othon estoit assis de l’autre, avec l’espée et le globe impérial. Au dessous estoit écrit en grands caractères d’or :
Divisum imperium cum Jove Cœsar habet.
Après la machine suivoient seize pages de livrées avec les casques et les lances de tournois de leurs maistres, qui firent leurs comparses en bel ordre, avec des couronnes d’olivier, comme ou les donnoit aux Jeux Olympiques. Leurs habits estoient d’or semez d’aiglettes, tant à cause de Jupiter pour qpi les Jeux Olympiques avoient été instituez, que pour montrer l’origine de la maison royale de Savoye.
Hieron ds Syracuse avoit pour devise une riviere avec ce vers :
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Suivant sa voye, elle croîtra toujours.
Tous les cavaliers de cotte quadrille avoient affecté de prendre des devises qui fissent allusion à celle de la maison de Nemours.
Theron d’Agrigente : le signe de la Vierge et le soleil prest d’y entrer :
Suivant sa voye, il va dans sa maison..
Psaumus de Caraarine : une fusée :
Suivant sa voye, un beau feu la consume.
Agésilas de Syracuse : un vaisseau avec la boussole tournée vers le nord :
Suivant sa voye, on ne sauroit errer.
Agesidame de Locre ; un tournesol penché vers le soleil :
Suivant sa voye, on connoit son amour.
Xenophon de Corinthe : la lune en conjonction avec le soleil :
Suivant sa voye, elle va jusqu'à luy.
Epharmoste d’Opunte ; la belle esloile qui suit ou devance le soleil ;
Suivant sa voye, elle a plus de lumière.
Asopique d’Orchomene : une riviere qui entre dans l'Océan :
Suivant sa voye, elle entre dans son lit.
On connut par ces devises qu’ils avoient voulu se déclarer pour la grandeur de Nemorine, et qu’ils s’estoient attachez
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au retour qu’ils avoient fait à la source de sa famille par le moyen de celte alliance. Trente-deux esclaves mores menoient des chevaux de main pour le service de ces cavaliers.
Toute cette troupe estant sortie de son pavillon, qui estoit à une des avenues du camp, fit le tour de la carrière et se rangea sur quatre lignes à l’aisle droite.
Aussitôt que les Olympiques eurent pris leur place, les Pythiens sortirent de leurs pavillons, précédez de leurs hérauts d’armes et des quatre chevaux du soleil, sur lesquels esloient autant de trompettes , suivis de six cornets, et de quatre saqueboutes montez sur des dromedaires.
Leurs pages esloient veslus do couleur d'aurore, et marchoient devant un colosse du Soleil, aux pieds duquel estoit estendu un grand dragon. Seize autres pages porloient des lances gayes, au mesmo ordre que les précédons, apres quoy parurent aussi-tôt :
Arcesilas le Cyreneen, qui avoit pour devise un grand sapin , avec ce vers italien :
Arriva sin al ciel l’altezza sua.
On reconnut aussitôt que c’estoit d’Alpin dont il parloil dans sa devise, et qu’il avoit pris pour cela un sapin pour corps, parce que c’est un arbre des Alpes.
Xenocrate d’Agrigente : une branche d’arbre pliée en couronne :
In se stessa tomando.
Pour la réunion de la branche de Nemours à la Couronne. Megacles, Athénien : une riviere qui entre dans la mer :
Dove entra, quindi usci.
Arislomene d’Egine : un tournesol :
Di lui seguendo l’orme,
A lui vive conforme.
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Telesicrate de Cyrene : une grenade ouverte :
Nel suo petto reale è tutta cuore.
Hippocleas de Thessalie : le signe du Belier, qui est le signe de la naissance de Nemorine, et qui ouvre le printemps, avec ce demy vers de Pétrarque : .
Il bel tempo rimena.
Thrasidée de Thebes : le soleil qui sort du signe du Belier, avec ce vers du mesme poète :
Ad albergar col Toro si ritorna.
Par où il faisoit allusion à l’entrée de la princesse dans Turin.
Midas d’Agrigente : un palmier qui enlasse les branches d’un autre palmier, avec ce vers imité de Bracciglini Nell’ amoroso sdegno :
Lega le mani ove ravuolge il cuore.
Trente-deux esclaves persans menoient les chevauz de main, et cette seconde troupe s’alla placer à l’opposite de celle des Olympiques, quand celle des Isthmiens parut.
Ses hérauts et ses trompettes estoient montez sur des licornes, et les pages vestus d’un beau verd de mer rayé d’argent portoient les lances et les écus. Huit Tritons portoient les massues, et la machine estoit un grand vaisseau semblable à celui des Argonautes. 11 estoit plein d’une troupe d’amours, qui faisoient un agréable chœur de musique avec des Sirenes qui l’accompagnoient d’un concert de luths et de theorbes. La Sybile de Virgile estoit sur la proue avec un rameau d’or en main, et l’on lisoit sur le bord ces vers du mesme poète, en lettres d’or :
Nunc se nobis ille aureus arbore ramus
Ostendit nemore in tanto.
Æn. VI.
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Les cavaliers estoient ;
Hérodote : une branche de laurier :
De taies ramas hazense coronar.
Pour la branche de Nemours.
Melisse de Thèbes : une branche de laurier pliée en couronne et liée :
Deve à este nudo su gloria.
Phylocidas d’Egine : une fleur de grenadier, qui se change en couronne :
Cine corom vistosa.
Pylheas : un pavot couronné :
Es su Essemia, no es Fortum.
Euthymene d’Egine : une fleur de grenadier :
El diadema al parecer Siente con ella nacer.
Slrepsiades de Thebes : un phœnix sur son bûcher : Etemiza su ardor.
Cleandre d’Egine : un arbre auquel un lierre est attaché :
Y no vivireis sin el,
Ni el podra vivir sin vos.
Dinis, une grenade au bout d’une branche de grenadier : Su e stirpe ilustra.
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Trente deux nains menoient des genesls d’Espagne apres eux. Leur livrée estoil verte, aurore et couleur de feu, et comme ils avoienl la plupart affecté de prendre des couronnes pour devises, les housses de leurs chevaux estoient toutes semées de couronnes, et les devises de leurs écus estoient entourées de guirlandes de fleurs agréablement diversifiées. Apres qu’ils eurent fait leur comparse, ils se placèrent vis-àvis les Olympiques.
La derniere troupe fut celle des Neméens, qui fut la plus galante et la mieux en ordre. Ils avoient aussi cherché toutes sortes d’inventions pour les trois autres quadrilles, à cause qu’ils se flattoient que le nom de Nemorine estant quasi le mesmo que le leur, ils auroient tout l’avantage de cette festc. Aussi ne se tromperenUils pas dans cette persuasion, puisqu’au sentiment de tout le monde ils furent les plus lestes et les plus adroits dans cette journée.
Leur équipage tenoit en quelque façon de l’equipage de chasse, mais d’une chasse galante. Ils avoient au lieu de trompettes douze veneurs montez fort à l’avantage sur de grands coursiers. Ils sonnèrent du cor à l’issue de leur pavillon, et precedoient huit pages vestus en Silvains, après lesquels Diane, comme deesse des bois, s’avança sur un grand char tiré par six lions, et sur le bord de ce char estoit écrit en grandes lettres d’or :
Astrorum decus et nemorum.
Huit Centaures et huit Satyres portoient les massues et les lances de course des cavaliers. Ils parurent enfin, ces héros, qui faisoient gloire de porter le nom de Nemorine, et tous les yeux se tournèrent sur eux avec une complaisance admirable.
Ces cavaliers estoient :
Chromius d’Etna, dont la devise estoit une couronne de chesne :
Nemorosœ gloria stirpis.
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• Timodeme d’Alhénes : deux siens de palme penchés l’un
contre l’autre ;
Sint una quod ttirpe sait.
Aristoclide d’Egine : la rose de Provins, qui entre dans plusieurs remèdes, avec ce bout de vers de Claudien dans le panégyrique d’Olybrius ; •
Miscetur Jecori virtus.
Le jeune Alcimide : le noeud d’amour, avec ces mots d’Horace en l’Art poétique.
Dtgnus deo vindice.
Timasarque d’Egine : le ciel semé d’esloiles, avec la boussole dont l’eguille est tournée contre le nord ;
Tôt inter quœritur u/k».
Le jeune Sogene ; deux flambeaux joints et allumez, avec ces mots de Virgile ;
Uno eodemque igné.
Aristagoras : un sapin :
Nemoruîn quœ maxima.
ViRG.
Tenedie : une de ces grandes couronnes de chesne que les anciens suspendoient aux portes des villes et sur les trônes :
E nemore ad solium.
Leurs chevaux avoient tous, au lieu d’aigrette, une branche
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de chesne dont les feuilles estoient d’argent émaillé de verd et les glands d’or, et leurs habits estoient de couleur de feu semés de feuilles de charme et d’yeux en broderie, pour exprimer que Nemorine estoit le charme des yeux. Les housses de leurs chevaux estoient au contraire semées do cœurs enfermez dans des couronnes de chesne, pour dire que tous leurs cœurs estoient dans les chaisnes de Nemorine, et que ces chaisnes leur estoient autant de couronnes.
S’ils eurent l’avantage dans les habits, et dans le reste de . leur équipage, ils ne l’eurent pas moins dans léurs courses. Ils emporteront les deux bagues, ils rompirent plus de lances que tous ceux des autres quadrilles, et ils firent des merveilles dans toutes leurs passes.
Enfin la nuit estant venue, les pages allumèrent tant de flambeaux, que la place de Bellecour sembloit un second firmament ; ce fut à la faveur de ces flambeaux que la feste se termina par une danse à cheval la plus juste et la plus agréable qu’on ait jamais viie.
Balla^Je pour le mariage de M. le duc de Savoye avec Mademoiselle, par M. deBenserade ( 1 ).
Duc, gui tenez un rang parmy les rois Et sur la Chipre avez de si beaux droits,
Tendre pucelle est pour vous don céleste;
Reine de Chipre, ainsi comme autrefois Estait Vénus, hormis que, pas modeste.
En a le charme et n'en a plus le reste.
Bien la devez recevoir à genoux.
Elle nous duit : Tel coq, telle poulette ;
Fleur de quinze ans, un peu maigre entre nous.
Mais elle aura bientôt gorge replette.
Que de trésors l vous les acquérez tous.
Pourriez-vous faire une meilleure emplette ?
Noce, à vous dire icy ce que j’en crois.
Aux uns est joye, aux autres peine et croix.
Quant à vous deux, c'est profit manifeste :
L’objet est pur dont t'ous avez fait choix ;
Quoiqu’en douceur nul ne le luy conteste,
Oncques n’ayez crainte qui vous moleste.
Amans agneaux deviennent maris loups :
En ce marché qui se fait aveuglette,
Fous ne serez ni chagrin, ni jaloux ;
Vous jouirez de fortune complète.
L'estoffe passe et satin et velous ;
Pourriez-vous faire une meilleure emplette ?
fl ) Il m’a paru intéresaaiil de relater encore cette pièce de vera, écrite par un des beaux esprits en renom du xvii* siècle, et dont la forme est assez piquante d'ailleurs pour mériter par elle seule les honneurs de la reproduction. Nous la prenons dans l’édition des oeuvres do Benserade publiée chez de Sercy, 1697, tome i, page 13-15.
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Déjà s’entend à régler ses emplois.
Chante, s’occupe au travail de ses dois.
Ne sçait que c’est de galant qui proteste, Ignore amour, n’a pour ses douces lois Veine qui tende à sa mine, en son geste ; Coquetterie est pour elle une peste;
Sans affecter d’ennuis et de dégoûts.
Ores se joue avecque sa cadette.
Ores s’amuse à de simples bijoux,
Et tant qu’on veut elle se tient seulette;
Ha n'est besoin de grille et de verroux.
Pourriez-vous faire une meilleure emplette ?