LES COMBATS
Des entrées.
Le premier des princes qui arrivèrent pour ces nopces à Turin fut M. le duc de Nemours, et bien que S. A. ne le rcceut pas comme un estranger, suppléant par le tesmoignage d’une particulière affection aux difficultés de l’apparence publique , n’est que cet accueil ne mérite pas d’estre ignoré. Jo ne parle pas de ce que le général des postes avec plusieurs carrosses et beaucoup d’autres gentilshommes luy allèrent très-loing au devant ; mais bien de ce que S. A. et trois do ses enfans, MM. le prince de Piémont, le grand prince de Castille et le prince Thomas, accompagnés de trente chevaliers principaux de la cour, vinrent en chelites ou traineaux, et suivis du reste des courtisans à cheval, le rencontrèrent environ un quart de lieue loing de la ville. Après les premiers complimens que ces rencontres demandent, et les carrosses que S. A. fait à ceux qui lui appartiennent de si près, un de ses escuycrs offrit de sa part à M. le duc de Nemours un cha-
(i) Iv reproduis cette rare plaquette d’aprùs l’exemplaire conservé ît la Bibliothèque de l'Arsenal, sous le numéro, H. 3I6K,
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peau couvert de canetilles d’or, avec plumes de diverses couleurs, un balandran de toile d’argent bandé de clinquant d’or, et une chelitedes plus belles, tirée d’un cheval très-harnaché. On mit en file toutes ces chefites peintes et différentes l’une de l’autre par les divers oiseaux qu’elles représenloient et les parties du devant, cygne, phénix, autruches, griffons, paons, aigles, faulcons et autres de cette espèce, dont la variété étoit encore plus agréable que celle des harnois et des crinières des chevaux qui les tiroient. Dès que ces princes et leurs troupes furent montés en leure traîneaux, ils partirent ensemble d’une telle vitesse qu’on eut dit que ces chelites estoient les vrays oiseaux qu’elles représenloient qui rasoient la terre à lire d’aile, ou bien que c’estoient autant de petits navires qui se donnoient la chasse en une mer blanchissante d’escume, car le vent qui s’entonnoit aux balandrans en faisoit flotter les plumes, et les écharpes, et la neige que les chevaux faisoient soulever ne démentoient point la ressemblance ny des voiles, ny des ondes. Allant, ou plustôt volant en cette sorte, on peut juger s’ils lardèrent beaucoup d’arriver à la porte Susine par où ils entrèrent, et parce qu’elle commence une grande rue droite un pou en pente, nommée le grand Doiré, qui s’en va rendre à la place du chasteau , ils la parcoururent toute presque en un moment, laissant au peuple qui leur faisoit jour et aux dames qui les regardoient des fenêtres, avec le plaisir de les voir aller si vite le regret que ce contentement ne duroit pas. Enfin ils vont descendre au palais, où M. le duc de Nemours alla baiser les mains à M. le cardinal de Savoie et aux infantes; de là ils vont à un bal de la ville, où nous les laisserons entrer pour voir arriver les autres.
S. A. ayant despêché un de ses escuyers avec bon nombre de carrosses pour recevoir aux confins de ses Estais MM. le prince et le duc de Mantoue, elle envoya après son grand-matlre à Cliivas, qui est deux postes loing de Turin, avec quelques gentilshommes de sa chambre et de sa bouche et des officiers de sa maison pour servir ces princes qui n’arrivèrent pas plustost'à Chivas que S. A. n’en eut la nouvelle. Soudain elle y va par le Pô, accompagnée de MM. les princes, ses deux aînés, de M. le duc de Nemours et de ses principaux courtisans. Ayant visité ces princes estrangers et demeuré deux heures
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avec eux, elle revint coucher à Turin avec sa troupe ce jour même.
Le jour suivant, MM. les duc et prince de Mantoue partent de Chivas accompagnés non seulement de la noblesse de Mantoue et de Montferrat, mais encore de la fleur de la noblesse de la Lombardie, des princes de la Mirande, des comtes de la Novellara, des comtes Alfonso Gonzaga, Francesco Mar- '' tinengo, Fabio Visconti; des marquis Hercolo Gonzago, Vincinzo Guerrero, et autres au nombre de dix marquis, b^nte comtes et cent gentilshommes. Desjà ils s’approchoient de la ville lorsque S. A. pour les aller recevoir sortit en cette ordonnance : vingt-quatre estaffiers de MM. nos princes, habillés de velours rouge couvert de broderies de toiles d’or, menoient en main autant de chevaux ayant tous les harnois en broderie d’or et de perles, et les impériales de brocadel en broderies d’or aussy. Ceux-cy estoient suivis de vingt pages vêtus de velours noir aux bas attachés : après venoit toute la cour qui estoit de trois cents gentilshommes principaux de l’Estat, tous fort bien en point, la plupart aux habits en broderie, enseignes et cordons de pierreries, masses de hayrons, beaux chevaux bien harnachés, grand nombre d’estaflSers et de pages vêtus diversement et richement. Des deux costés marchaient les deux gardes des arquebusiers et des Suisses avec morions dorés, halebardes, arquebuses et espées dorées, vestus d’escarlate garny de passements or et soye, portant pennaches de la livrée. Après ces gentilshommes vendent les principaux officiers de la maison, les chevaliers de l’Ordre, et .puis d’un rang M. de Nemours à main gauche de M. le prince Thomas; au suivant, nos deux princes ainés et puis S. A. toute seule, mais suivie de cinquante gentilshommes savoyards, archers de sa garde, ayant casaques de velours noir, avec les croix blanches et les banderoles de lance noires. A ceux-cy se joignoit l’autre compagnie des gardes à cheval des Piémontois armés à cru d’armes blanches et noires aux pennaches de la mesme livrée. En cet ordre S. A. et sa cour sortirent de la ville et passèrent par une plaine qui respond à la citadelle où estoient rangés en bataille 10,000 hommes de pied et 18 compagnies de cheval des ordonnances de S. A. avec leur général le prince de Messeran. Mais à peine ils avoient fait un
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mille qu’ils rencontrèrent MM. les duc et prince do Mantoue. Les deux cours estant jointes ensemble et les compliments faicls, MM. les duc et prince de Mantoue et les principaux de leur cour montèrent sur les chevaux qu’on avoit menés en main et tinrent ce rang ; M. le prince de Mantoue au milieu de nos princes aînés, et M. le duc de Mantoue à main droite de S. A. Ils s’en reviennent vers la ville et passèrent par cette place d’armes : alors le bruit.des tambours, le son des trompettes, les arquebusades des escarmouches, les canonades do la citadelle, les coups de pistolet de la cavallerie nous desrobèrenl l’ouye , et la fumée le jour qui commençoit à faillir et manqua tout-à-fait quand les cours entrèrent par la porte Susine. Aussy se trouvèrent en ceste porte tous les pages de la chambre de S. A. et ceux de nos princes, vestus de velours rouge garny de toile d’or, sans cape et sans chapeau, avec des flambeaux allumés, ceux de M. de Nemours vestus de velours noir, et bas attachés, et tous les autres qui trouvoieni des flambeaux prests en entrant. Ils passent par les rues de la grand Doire, si bien esclairés que chascun pouvoit observer toutes choses. Les dames voyoient facilement les chevaliers à la lueur des flambeaux de la rue et les chevaliers aisément les dames par les lumières qui estoient aux fenêtres.
Les acclamations du peuple, les musiques vocales et instrumentales sur tous les carrefours, les canonades et arquebusades de la place réitérées, les feux artificiels du chasteau donnèrent à nos oreilles autant de plaisir par leur confusion que nos yeux en recevoient par l’ordre de tout le reste. Les cours arrivèrent au chasteau où tous ces princes mirent pied à terre. S. A. accompagna M. le duc de Mantoue au corps du logis qui lui estoit préparé, et ces deux souverains seuls, ayant licencié leurs courtisans, passèrent tous deux par la gallerie du chasteau, suivis d’assez loingde M. le prince de Mantoue, de nos trois princes et do M. le duc de Nemours. Après ils passèrent par le quartier préparé pour M. le prince de Man* toue et de là au palais des infantes, où M. le cardinal de Savoie vint rencontrer à la porte de la première salle MM. les duc et prince de Mantoue, lesquels allèrent faire leurs complimens avec les infantes que nous passerons sous silence pour dire la venue de M. le cardinal d’Est et de son nepveu, M. le prince de Modène.
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Ils estoient desjà arrivés à Alexandrie quand S. A. leur despescha son général des postes et cent chevaux de poste, tous au coussinet de velours violet en broderie de soye, menés par des courriers, vestus d’habits violet, garnis de passements d’argent, pour le service de ces deux princes qui vinrent en poste vers Ast. A deux milles de là ils furent rencontrés par un chevalier principal accompagné de toute la noblesse de l’Astesan; le mesme avec sa suite les accompagna jusqu’à Quiers.
S. A. avec nos trois princes et M. de Nemours et le prince de la Mirande, puis M. le cardinal de Savoie accompagné de tous les évesques de cet Estât allèrent en carrosse visiter M. le cardinal d’Est et M. le prince de Modène son nepveu, et s’estant arrestés avec eux environ deux heures, S. A. et les autres revinrent à Turin.
Le jour suivant, qui fut le 12 de mars, l’oncle et le nepveu partirent de Quiers pour venir à Turin qui est loing environ deux lieues. Ils sont rencontrés et receus avec mesme ordre, mesme cour, mèsmes gens de guerre et même allégresse que MM. les duc et prince de Mantoue l’avoient esté deux jours auparavant.
Ils tinrent ce rang : M. le cardinal d’Est au milieu de M. le cardinal de Savoie et de S. A., et M. le prince de Mantoue au milieu de nos deux princes aînés, devant lesquels alloient M. le prince Thomas à la main droite de M. le duc de Nemours. Ils conduisent à leurs logis, qui estoit le sénat nouveau, l’oncle et le nepveu, lesquels allèrent bientost par un corridor au palais visiter les infantes, et furent ce soir-là mesme visités en leurs chambres par MM. le prince et duc de Mantoue.
Arrivée de MM. les cardinaux Aldobrandin et S. Cesareo à Turin.
Durant ce temps M. 1e cardinal Aldobrandin qui a traité le mariage de l’infante Isabelle et do M. le prince de Modene, s’estoit mis en chemin pour se trouver aux nopces selon la promesse qu’il en avoit faite à S. A. Mais n’ayant pu passer
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par les grandes neiges qui lui firent rebrousser chemin, et voulant néanmoins satisfaire en quelque façon à ce qu’il avoit promis, il vint environ quinze jours après toutes les magnificences, menant avec soy M. le cardinal de S. Cesareo, son nepveu. Ils furent rencontrés un demy mille loing de Turin de M. le cardinal de Savoie, de S. A., de M. le prince Thomas, de M. le duc de Nemours, de tout le clergé et de tout les gentilshommes qui se trouvoient alors à Turin, dont le nombre estoit fort grand, encore que nos deux princes aisnés, qui estoient allés accompagner l’infante leur sœur, en eussent mené une bonne partie à Modene, où M. le cardinal d’Est et M. le prince de Mantoue estoient partis afin de préparer l’entrée à MM. nos deux princes aisnés qui dévoient aller de Modene à Venise, et de là à Mantoue. Et M. le prince de Mantoue estant revenu quérir l’infante aisnée, et presser S. A. de venir à Mantoue selon ce qu’elle avoit promis à M. son père, il se trouva à l’arrivée de MM. les cardinaux Aldobrandin et S. Cesareo, qui furent conduits par toutes ces altesses et leurs cours au palais de Raconis, où ils logèrent.
Arrivée de M. Vambassadeur de France.
Presqu’en mesme temps arrivèrent à Turin divers ambassadeurs pour la conjouissance de ces mariages, entr’autres celuy de France qui fut rencontré un mille loing de la ville de M. le marquis de Gallin, colonel des gardes, accompagné de plusieurs gentilshommes de la chambre de S. A. et de cinquante autres Savoyards, et fut reçu ledit ambassadeur avec grand nombre de carrosses , bien logé et la garde de MM. nos princes posée à son logis.
Des mariages et des despenses.
S. A. ayant résolu de faire en mesme temps ces deux mariages, en différa celui de l’infante aisnée pour attendre que
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l’autre de la seconde fut conclu, mais soit que M. le duc de Mantoue appréhendai les accidents qui arrivent souvent aux délais des grandes affaires, ou qu’il ne voulut pas que le mariage de son fils se fit en caresme, il despescha vers S. A. le signore Carlo Gonzaga, son cousin, pour faire que les espousailles s’achevassent en carnaval. Pour cet office, cet ambassadeur ayant apporté la procuration nécessaire de ses maîtres, M. le duc de Nemours, qui d’ailleurs en fust prié par S. A., espousa au nom de M. le prince de Mantoue, dont en cette action il fut procureur, l’infante aisnée de Savoie, et ce, le dernier jour de carnaval ; mais un jour après l’entrée de MM. les duc et prince de Mantoue à Turin, qui fut le dixième de mars, pour confirmer le mariage en face de l’Eglise, les espoux vinrent du palais des infantes à l’église S. Jehan, accompagnés de cette sorte : les trompettes, tambours, fifres et violons marchoienl devant, suivis des pages de S. A. et do ceux de nos princes; après venoient les deux cours de Mantoue et de Savoie qui passèrent au milieu des gardes, des arquebusiers et des Suisses, lesquels marchoient en ordre; après eux venoient six hérauts, quatre maîtres d’hostel et le grand maître, avec tous leurs basions; après marchoit le roy d’armes de l’ordre de l’Annonciade, suivi de tous les chevaliers du mesme ordre, qui alloient devant tous les princes, les infantes et les dames de la cour, et enfin suivoient les gardes du corps. Ils passèrent ainsi par diverses chambres du palais et par un corridor qui se vient rendre en cette église métropolitaine, tapissée de tapis de toiles d’or, ornée de fort beaux tableaux, et comme parée devant l’autel d’un grand nombre de carreaux de toile d’argent, couverts de broderies d’or avec clinquant, houppes et boutons d’or et d’argent, le dais et le drap du pied de mesme. Je ne parle pas des riches habits et des enseignes qu’avoient là les dames et les courtisans, et moins veux-je parler de la pierrerie que portoient les infantes et les princes, aymant beaucoup mieux qu’on me soupçonne ignorer par mon silence que d’estre estimé menteur pour en dire seulement la moitié. A la fin de la messe, l’archevêque de Turin, qui l’a dit, ayant mis un crespe incarnat sur la teste des espoux, après les autres cérémonies requises, leur donna la bénédiction. Cela fait on repasse par le mesme corridor
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avec mesme ordre qu’on estoit venu, prenant le chemin de la grande salle du chasteaus où tous ces princes et princesses dînèrent ensemble, servis en cérémonie, et parcequ’il y avoit plusieurs chœurs de musique, leur diversité suivit celle du service, et sur la fin ils chantèrent tous ensemble. Au 46° de mars on célébra le mariage de l’infante Isabelle avec le prince de Modena, en la mesme esglise, avec la mesme pompe et le mesme ordre qu’on avoit fait celuy de l’aisnée, n’y ayant rien de plus ny de moins, si ce n’est qu’en ce dernier la compagnie estoit augmentée de toute la cour de Modena. S. A. a donné à chascune de ses filles 200,000 escus de dot et -50,000 escus de bagues ou de coffres, qui font en tout
500.000 escus, sans compter ce que leur donna le roy d’Espagne. La despense qu’a faite S. A. pour ces nopces re* vient à 500,000 escus aussy. Le compte s’en peut faire en gros. Le parti de Milan où sont comprises les livrées des gardes, des cstaGBers et des pages, les habits des princes et des princesses, et de leurs dames, avec un carrosse qui coûte
42.000 ducatons, est de 200,000 escus; lesbalets et les combats coûtent 50,000 ; l’achapt des chevaux, des tapisseries et de la lingerie 50,000; les bastimens 400,000, ou les présens, ou la despense de bouche et de lumières, ou rembarquement de l’infante Isabelle. Cet article est aisé à croire à qui sçait que dans dk-sept jours on a despandu 45,000 escus en confitures ou en flambeaux. Quant à celuy des bàtimens, je crois qu’il dépasse 400,000 escus, car on a renouvelé trois palais, basti tous les portiques et les galeries de la place du cbasteau et refait la galerie, et tout cela en l’espace de trois mois, avec une telle rigueur d’hiver que les ouvriers ne pouvoient travailler sans porter le feu d’une main et la matière de l’autre qui se fut gelée autrement; et S. A. l’ayant entrepris contre toute opinion et la difficulté de la saison, l’a fait réussir en cette brièveté de temps contre toute apparence. Par le compte que je viens de faire on voit que ces nopces coûtent un million d’or à S. A., mais elles ne coustent guère moins aux particuliers de ses Estats. Encore n’y comprens-ja pas les peintures, tableaux et portraits; les sculptures et statues de marbre, de bronze, de jaspe et de porfire ; le cabinet plein de livres imprimés et manuscrits, d’horloges, chefs-
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d’œuvres, instruments de mathématiques dont S. A. en mesme temps orna sa galerie, et entretint plusieurs mois pour cet effet tous les plus rares sculpteurs et peintres d’Italie qui travaillèrent aussy à l’embellissement de la grande salle du chasteau, autour de laquelle, en seize grands tableaux, sont fi', gurés tous les Estats divers de S. A., non pas en topographie, mais par des figures convenables à la province représentée.
Autant en est-il des lambris, car on voit, au milieu du platfonds, un grand tableau qui représente ritalie avec ses fleuves et ses villes, non pas en mappemonde, mais par d’autres peintures qui font entendre les Eslats représentés; elle a devant Boy les Muses festoyantes en réjouissance de ces nopces auxquelles tous les autres tableaux ont le mesme rapport. Comme on peut le voir en celuy de la Concorde qui embrasse la Paix , où est peint Lycurgue avec un faisceau de veines qui dénote l’union. Et au tableau de l’aigle qui emporte une perle, sous-entendus M. le prince de Mantoue et l’infante ainée, l’un par ses armes, l’autre par son nom. Toutes les autres peintures, derises, sentences, emblèmes, ont la mesme intention en tant qu’elles se réfèrent à ces mariages. Et en elles, comme au reste, plusieurs mains différentes se sont bien employées à l’exécution ; mais S. A. a toujours esté le seul esprit mouvant qui animoit tant d’actions diverses, ayant fourni à tous les frais par les générosités de son âme, et à toutes les inventions par la fertilité de son esprit.
Des cartels, combats et ballets.
Si les cartels sont comme les tonnerres des combats, estant les bruits qui les annoncent, et si ces combats sont comme les foudres des cartels, estant les effets qui les accomplissent, l’ordre des temps voudroit qu’ils fussent escrits immédiatement l’un après l’autre. Mais puisque cette suite a esté changée, et que le premier cartel en ces nopces a produit le dernier combat, je tiendray le mesme fil en.escrivant première-
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ment les cartels, et commenceray par celuy de M. le duc de Nemours. Il l’erivoya en ccsle cour un jour avant son arrivée à Turin, et le fit ainsi publier quelques jours après en un bal Huit pages bien veslus, presque tous de mesme taille, entrèrent avec deux grands flambeaux allumés chacun et donnèrent un ballet fort beau, jusqu’à faire des passages avec les flambeaux, tantost les haussant, tantost les baissant, ores les avançant, ores les retirant avec le temps et la cadance, si juste qu’on eut dit qu’il y avoit un autre ballet en l’air des lumières qui représentoient en quelque façon le bal réglé des astres, dont parlent les anciens. Le ballet finy, voyla entrer une Gloire captive, non pas en son char triomphal, tant parce qu’elle estoit prisonnière, comme parce que le bal se faisoit en une salle haute, où le char ne pouvoit monter; mais à pied avec une couronne d’or en teste, une de palmes à la main gauche, une de lauriers en la droite, vestue de toile d’argent parsemée de fleurs d’or. Comme elle fut au milieu du bal, elle chanta ces vers :
Moy, souverain bien des cœurs et des esprits.
Des belles actions et le but et le prix,
Des vertus la lumière ;
Moy que la peur redoute et le triomphe suit.
Que le renom célèbre et la valeur poursuit,
Me voicy prisonnière.
Guerriers, ne pensez plus d'aller à mes autels,
Ny par la mort d’autruy de vous rendre immortels.
Quel heur qu’il vous arrive;
Je suis tant occupée au nom d’Alimédor Que pour luy seulement ayant une aile d’or,
Pour vous je suis captive.
Vous ne trouverez point de combat opportun.
Car s’opposer à luy et mourir c'est tout un.
Le vaincre est impossible;
Et tout l’honneur que doit prétendre un cœur humain. C’est, en se deffendant, de mourir de la main De ce prince invincible.
Aussy le seul renom d’estre son ennemy Fait que les champions revivent à demy
Par le bras gui les dompte;
Et le mal qu’il ne sçait leur faire en combattant Cest qu’il ne peut jamais leur donner à l’instant Le trespas et la honte.
Venez donc à la mort avec l’ambition De recevoir l'honneur par la réflexion Qui provient de sa gloire;
Puisque vostre défaite aura plus de lauriers Que n’ont jamais acquis tous les autres guerriers Avecque leur victoire.
Les ayant chantés, elle les présenta avec ces autres, faits sur le mesme sujet :
Quella, che ornata il sen, cinta le chiome,
Et di mirti et d’allori;
Et di splaglie et d’honori,
Gloria vitrice gia, donne leggiadre Orgogliosa s’assise
Né bei vostri occhi, e à vostri amori arrise.
Quella per cui fur dôme,
0 amant i cavalier, l’armi possenti De morti, e de viventi :
Hor fatta prigianera Di mia destra guerrera ;
Vinta, mi rande vincitor amante,
In guerrero sambiante;
Deh ! voi che pur scorgeta Fatto amor belliuso Fatto Marte amoroso,
Guerrieri, e dame al mio peter cedete :
Che, chi d’Alimedor la forza assale,
Cedertdo vinto e al vincitor eguale.
Soudain un grand bruit de trompettes et de tambours fit retentir les salles de bal, où entra un héraut vestu d’une cotte d’armes des maisons paternelle et maternelle des tenants , et après quelque silence, il lut ce cartel à haute voix.
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« Le prince Alimedor aux chevaliers de Piémont et de toute rilalie. Vous, qui parmy les délices de la fortune espérez les victoires par la trempe do vos armes et la présence de vos dames, cessez de .relever vos courages dans les faibles appas de ceste vaine espérance, puisque c’est moy qui arrive ; moy, dis-je, qui en pourpoint et esloigné de la beauté qui m’enflamme, n’apporte pour toutes armes que le souvenir, duquel si je ressens la douleur par ma constance vous en esprouverez le pouvoir à votre dommage. Mais puisque cet agréable secours me provient de celle qui me liant le coeur m’a deslié le bras, je vous défie i toutes sortes de combats, tant à cheval qu’à pied, pour graver dans vos poitrines ce que je m’appreste à maintenir , qui est que nul ne se peut dire constant qu’il ne soit absent de sa dame. Et ne désirant autre advantagc sur vous que celuy que les effets sont accoustumés de m’acquérir sur tout le monde, je donnerai à votre prince la liberté de prescrire votre défaite, en contestant par excès de courtoisie, ou plutôt, pour récompenser l’audace de ceux qui s’oseront attaquer à moy, qu’il leur soit permis de se glorifier partout d’en avoir esté vaincus. »
Articles des combats à pied et à cheval. — Des courses à camp ouvert : 1 . Nul n’entrera au camp sans livrée , ny sans devise et qu’il ne soit gentilhomme. — S. Les assaillants se pourront promener au camp et courir selon l’ordre qu’ils seront entrés. — 3. Ils courront trois lances qui leur seront données par le tenant, lequel pourra prendre un ou deux qui l’assistent. — 4. Qui rompt en la leste, gaigne trois coups; du col au demy escu, deux ; du demy escu au bout, un ; de là en bas, il perd la course. — 5. Par suite les plus hauts coups gagnent. — 6. Une atteinte en la teste vaut un coup. — 7. Qui perd la lame ou la bride, ou l’estrier ou l’esperon, perd la course. — 8. Qui perd les arçons, perd un coup acquis ou'à acquérir. — 9. Qui tombe de cheval, perd le prix. — 40. Les coups pareils, les meilleures lances gagnent.
Les prix généraux. — Il y a un prix pour le meilleur gendarme, un pour le plus galant, un pour la lance de dames, un pour les trois lances rompues, et le tenant ne peut gagner aucun de ces quatre.
Du pistolet. — 4 . Qui le laisse tomber devant , ou après
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avoir tiré, le perd tout à fait. — 2. Qui passe sans le tirer le perd de mesme. — 3. A qui le pistolet ne prend feu, perd dernier coup. — 4. Qui le tire plus loing que la distance d’un cheval, perd ce coup. — Les coups plus près tirés, et plus haut, s’ils sont droits, seront les meilleurs.
De l’espée à cheval. — 1 . On fera un seul combat à l’espée; et qui la laissera tomber la perdra tout à fait. — 2. Qui donne plus ou moins de cinq coups d’épée, est perdant. — 3. Qui la rompt en combattant ne perd ni ne gaigne.
De la masse. — Les articles de l’espée servent icy.
Des combats à pied. — Du dard : 1 . Qui ne donne de pointe, perd le prix. — 2. Qui donne aü-dessous des armes, le perd aussy. — De la picque ; 1 . Le tenant donnera toutes les picques. — 2. Qui rompra la moitié de l’escu en bas perdra la picque ; en haut gagnera un coup. — 3. Du col à la visière, se gagnent deux coups; de la visière eu haut, trois; au brassai, demy-coup. — 4. Picque tombée, picque perdue. — 5. Picque rompue en glissant, perdue aussy. — 6. Les coups au-dessous des armes font perdre le prix. — De la hache d’armes : Les articles de l’estoc servent icy. — Du tronçon de la lance. — 1. Le coup de pointe se rapporte aux coups de la picque. — 2. Le coup du tronçon se donnera sur la teste, et qui le donnera ailleurs le perdra. — De l’estoc ; 1 . Qui donne plus ou moins de cinq coups d’estoc, perd le prix. — 2. Qui le laisse tomber, le perd aussy.
Ijcs prix généraux. — Il y a un prix de la picque des dames , un autre des trois picques rompues , et le tenant ne peut gagner aucun de ceux-cy. — Les prix seront de cinq escus en haut. — Les cas incertains sont remis aux juges en tous combats, lesquels se feront ceste année, à Turin, le troisième jour des nopces des infantes de Savoie.
Ces articles sortirent en lumière tous faillis en l’ordre par l’erreur des imprimeurs qui n’observaient pas sur la minute les renvois que j’y avois notés, et si je n’en mis point contre ceux qui toucheroient les barrières au combat de la picque, c’est que le tenant n’en fit dresser aucune pour n’incommoder les courses à champ ouvert.
Suivent lés réponses au cartel cy-dessus, d’abord celle de M. le prince de Piémont sous le nom del principe Firoteo ;
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celle de M. le grand prieur de Castille sous le nom du prince Floridor ; celle du signore Torre, premier assaillant, sous le nom du cavalier Amblinibrio.
Publication des cartels de MM. les princes. — Le jour des espousailles de l’infante ainée, MM. le prince de Savoie et le grand prieur de Castille, ses frères, firent ainsi publier un cartel , sous les noms des princes Eromacbite et Archidinate. Trente chevaliers vestus de toques d’or et d’arçenl, incarnates et blanches, avec un grand nombre de pages, de trompettes et de tambours et d’eslafliers, vestus de soye de mesme livrée, introduiront un hérault, qui lut le cartel devant les infantes; puis estant sortis et montés à cheval, les chevaliers, les pages, les trompettes, suivis des estaffiers et des tambours à pied, accompagnèrent à cheval un grand char triomphal, fort richement élaboré. En la plus haute partie de ce char, tiré de six chevaux aislés , estoit la Renommée sur un globe ; ellb avoit à son costé droict la Victoire, au gauche le Temps enchaisné; plus bas, -on voyait assis quatre demy-dieux entendus par quatre princes do la maison de Savoie, Berolde, Amédéo IV, Amédée VI et Emmanuel-Philibert, tous si célèbres aux histoires chrestiennes, qu’elles nous en montrent peu de semblables, et vestus à l’antique avec tes manteaux et les couronnes ducales , tous reconnus par leurs devises.
Tandisque ce char ainsi disposé et accompagné comme j’ai déjà dit, alloit par toutes les rues de la ville, la Renommée chantoit ces vers :
Quella, cke vola e vaga
De la terra, e del mar gV immensi campi;
Et che d'auese lampi,
Immortalmente l'altrui glorie appaga,
Fama altéra son io, Fama superba :
A roi di Regia, et valorosa schieta Alata messagiera;
Messagiera ben degna
Di que’ famosi Heroi, che diero al mondo
Figli .yepoti di t^alor fecondo.
Le char s’arrestoit à tous les carrefours, où les trompettes
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sonnoient et puis les tambours; enfin le hérault lisoit ce cartel qu’il affichoit après : « Li principi Eromachite et Archidinate, habitatori délia Eocca délia Fortezza a chiunque del nome di cavaliero gius tamente si vanta. » Ce cartel eut diverses responses, portées les unes à la journée du Faquin, les autres à celle de la barrière. La première fut de S. A. :
« Il principe Cloridoro con la sua schiera. — Prencipi ben poco accorti e da folle speranza ingannati sete voi, se credete che nel regno d’amore non s’ammetta merito se non per propria virtude, ne si conosca pregio se non per forza d’armi. E che generoso cavaliero debba esser non men pronto in saggiamente amare,'Che in fortemente armeggiare : avenga, clie il vanto di valoroso amante non consiste gia nef testimonio di mentita operatione, ma nella fede di devota inclinatione. In amore conviens non apparentemente oprore, ma tacitaraente amore. E percio noi teraprati nel sudore dell’ armi di Marte et delle saette d’Amore, al grido di questre'vostre vane proposte. Siamo qui comparai per insegnarvi. 1. Che non vi e donna al monde, laquale sappi amar per merito o per virtu, ma solo per cappriccio e fantasia. — 2. Che il cavaliero perde titolo di valoroso, obligandosi a serviggio amoroso. — 3. Che in amore, chi non pretende non mérita, et che chi piu ama, piu brama. — 4. Che l’amore s’acquista con occhio, et con l’istesso si conserva; e pero cane senso eterno, ama l’apparente bellezza del corpo, et non la nascosta dell’ anime, di cui in ogni caso mancano le donne. — 5. Che in amore, l’intentione deir animo si manifesta nell’ esseutione del corpo, essendo questi casi duo signori, i quali del pari aflaticandosi hanno ancora a pretender il premio del pari, meritando con egual vicenda l’uno con l’altro, e l’uno per l’altro. — 6. Che le due vostre dame sieno le piu belle del monde, lo mostrerete con l’armi, le quali in paragone delle nostre, ben vi daranno a conoscere, quanto siano delle nostre mani il valore...» La seconde fut celle de M. le duc de Nemours, en françois, sous le nom de prince Alimédor; la troisième fut celle du prince Thomas, en italien, sous lo nom du prince Sprezzamore ; la quatrième fut celle du prince de Messeran, en italien, sous le nom du chevalier Andriarco ; la cinquième fut celle du marquis de Carail, en italien, sous le nom du chevalier Pri-
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mislas Ongaro ; la sixième celle du comte de Rovigliasco , aussi en ilalien. Ce cartel des tenants contenoit deux défis en un mesme jour, l'un du Faquin, l’autre de la barrière. Mais ayant différé le dernier, ils commencèrent par celuy du Faquin, dont nous allons parler.
Des courses au Faquin.
La place du chasteau de Turin est fort grande, commode pour toutes sortes de combats, jeux, Testes et passetemps publics, pour estre environnée de portiques où se retire le peuple, et de haultes galeries où se logent les dames. En front elle a la façade du chasteau qui luy sert comme d’un théâtre d’où les infantes et leurs dames d’un côté, les princes et les courtisans de l’autre voyent commodément tout ce qu’on y fait. La curiosité de voir ces courses y.avoit appelé tout le monde ; desjà les lieux étoient remplis; les trois juges de ce combat, qui ont esté de tous les autres, à savoir le prince de la Mirande, le comte de Francesco Martinengo et le marquis Bentivoglio, estoient en leur eschaffaud ; une grande toile peinte et tendue en l’air couvroit l’invention de nos deux princes aisnés qui estoient les tenants de ce combat ; les gardes de S. A. rangeoient le peuple ; le maistre de camp ordonnoit la place d’armes et parcoûroit les lices; enfin tout estoit préparé et rien ne manquoit aux courses que le courir seulement, lorsqu’au son de plusieurs trompettes, cette toile venant à s’abattre, descouvrit deux grands cbasteaux de la baulteur de deux picques, l’un de la Victoire et l’autre de la Gloire, tout peints de diverses devises et ornés de tours et de ^créneaux. Entre ces deux cbasteaux on vit paroistre une mer ondoyante fort bien représentée par la peinture, d’où sortit premièrement M. le marquis de Lullin, maistre de camp, qui Ta été en tous ces combats, avec six pages devant et six estafiers, tous habillés de velours noir et broderie de soye blanche et luy richement vestu et bien monté aux plumes et escharpe de la livrée du tenant, or et violet. Il estoit suivy de dix trompettes vestus de la livrée, après lesquels venoient deux chameaux chargés de lances, ayant une couverte chascun de
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velours cramoisy, brodée de toile d’argent où estoient au milieu les armoieries du tenant.
Après suivoient douze estalfiers esclaves, vestus à l’esclâ* vonne de tocque d’or violette, aux pennaches de la livrée, menant chascun un beau cheval, avec impériales et harnois recamés de cannetilles d’or et d’argent brodées de perles. Ensuite de ceux-cy estoient vingt-quatre pages vestus de toile d’or violette et de toile d’argent jaune avec lances et banderolles de la livrée, les caparaçons des chevaux de concert avec leurs habits.
Après venoit un fort grand dauphin tout couvert d’escailles d’arçent oojbragées de couleur de mer, ayant une toile peinte de la mesme couleur qui traînoit à terre. Ce dauphin portoit en son dos un a. ..on (Amphion?) qui chanta ces vers sur une lyre :
Serenissimi Numi, hor che del cielo I luminosi errori
Versan in vostre pro gratie, a favori;
Hor, c’hornando la terra ogni suà stelo Di pereyrine spoglie,
Veste il mando de fiori, e l’crin di foglie.
Jo su’l squamoso corridor guizzante Marino cantatore,
Colpopolo natatore Vengo a voi fesleggianle :
Dritto essendo e’ honori aime si rare • E cielo, e terra, e mare.
Non loin du dauphin marchoient douze autres estaffiers, vestus comme les premiers : ils environnoient un grand char triomphal de la hauteur d’une picque de guerre, tiré de six chevaux marins, bardés de damas vert couvert d’escailles d’argent et 6guré de coquilles marines. Le char estoit d’une belle et riche structure, orné de chapiteaux, architraves, figures de relief , de dauphins et baleines ; une grande toile de couleur de mer, peinte en ondes d'argent, flottoit jusques en terre et couvrait toutes les roues. Sur la poupe du char et la partie la plus éminente estoit Neptune avec son trident,
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et les habits que luy donnent la fable. A ses pieds en une conque de mer esloit Vénus comme on la peint, naissante de l’escume, ayant en son coslé droit trois amours et au gauche les Grâces. Ce char arrivé devant les infantes, Neptune chanta ces vers ;
Questi de gV Indi ignoti Giovimtti Campion, régi guerreri,
Brumosi di mercar palme, e imperi Con armi entra i remori Confin dore la dora
L'augusta reggia del gran carlo infiora, ,
Su per i cainpi ondosi,
Trionfanti col braccio e col sembiante Sciolfer del regno mio la nave errante :
Quando io di si fatnosi Pegni riceo il gran seno,
Jor dédi ni man del mondo acquoso il freno,
E da l’humida Cozte,
Con le gracie adducendo e con gli amori,
Colei cm forma dier candidi himori,
Fei peregrine scorte,
Anco in stranière sponde
Ai gran re de la terra, lo re de l’onde.
Au madrigal de Neptune succède cestui-cy de Vénus :
Alhor che l’ali d’or Fama verace,
Sciolse di Gnido alporegrino stilo,
Nuntrà di guerra no nuntrà di peux,
Fervida gelosia fervido zelo,
Qui ritto a rîportar l’arco e la face Me, con la schiera mia dal tei'zo delà Masse, infanti, real, duci guerreri.
Perche hor nate d’amor, non d’armi alteri.
Sospetida il Tempo et- volo, il fil la Parca Allunghi : hor ami e goda , e goda, » ami,
D’amorosi desiri ogni aima carca.
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Arda e parti d'amor ; amor si brami Ser tutto in tulto, e sia la mente scarca Di tioiosi pensieri onde désami,
Su, su, tra vezzi e risse il cor siprenda,
E tra vezzi, e tra risse il cor si renda.
Di duo cori e duc aime; un cor, un’ aima,
Faccia un desio, una fede, o amate, o amanti :
Ne in 'tempesta d’amor bramala calma Sien rilrose parole, occhi vaganti;
Ma radoppiate gioie, e Intiera palma Al vincitor che vinto esser si vanti.
Goda su’l labro peregrina ascosa L’aima dal labro altrui poppa amorosa.
Hor che a bel nodo, e bella coppia avinta Spirale, o spirti dil mio regno ardori,
Gia di mille amoreti a ogn’ aima cinta Lieta si stempri in rugiadosi humori ;
E’a varia agone hor vincitrice, hor vinta,
Provi lutighi piacer, brevi dolori.
E pugni coraggioso un cor, con croce,
Nil campoiio di Marte, ma d'amore.
Après le char vonoient six parrains en bas attachés, les bandes de salin en broderies d’or, pourpoints de toile d’or, coulets de senteur, avec boutons et clinquant d’or, masses d’airons, et enseignes aux chapeaux, une grande escharpe de labis bleu aux passeniens et franges d’or, les basions riolés d’argent et de bleu. Enfin venoient les deux tenants, superbes en habit et plus en mine, relevés en contenance et non pas tant qu’en effet. Ils avoienl des bas attachés jaunes, les bandes canetilléos d'or, le fond violet, en broderie d’or, en teste une couronne de perles pour heaulme et un grand pennache de plumes de la livrée, que le vent faisoit ondoyer. Une mante de toile d’or descendoil jusques eu terre, couvrant la crouppe des chevaux. Ils avoient un dard en main, figurant ces rois des Indes, qui jadis sortis de leurs royaumes pour voir les loirvtains, furent par une bourrasque de mer réduits en grand
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péril, lorsque Neptune pour les sauver rappela les tempestes pour les voir aussi braves aux effets qu’en apparence, et les avoir conduits par le Pô, à un bord, pour les esprouver aux combats martiaux préparés pour ces nopces ; leurs chevaux estoient richement bardés à l’indienne, avec grands pennaches de leur livrée. Ayant tourné le camp suivis de deux escuyers, chascun ils se retirent en leurs chasteaux. Voilà soudain résonner un grand bruit de plusiéurs trompettes, qui par leurs chamades nous firent jetter la vue sur une escadrille de douze assaillants, dont les chefs estoient S. A. et M. le duc de Mantoue. Huit trompettes et vingt pages vestus de toile d’argent noire, avec leurs chevaux caparaçonnés de mesme et plumes à la livrée, entroient les premiers. Après venoit un char qui sans estre tiré alloit comme insensiblement par des ressorts, afin de ne faire paroitre son mouvement. Il représentoit un escueil sur lequel on voyoit l’Espérance languissante aux pieds du Désespoir.
Douze estaifiers vestus de la livrée, argent et noir, environnoient le char qui estoit suify de douze parrains habillés richement de blanc et do noir. Après ceux-cy venoient les assaillants, tous vestus de satin noir à grandes découpures et . doublé de toile d’argent avec peintures et dessins relevés en argent. Ils portoient pour cuirasse une coquille d’argent, rayée de noir, et pour cimier un navire, avec l’arbre droit et les atvtennes levées ; les plumes blanches et noires ; les caparaçons des chevaux de satin noir découpé, doublé de toile d’argent, avec franges et houpes argent et soye noire. Ceux-cy ayant tourné le camp, font porter aux juges la response au cartel, sous le nom du prince Cloridor.
Dès qu’ils furent campés, la seconde escadrille sortit. C’estoit celle de M. le duc de Nemours qui fit passer devant luy six trompettes vestus à l’anglaise, autant de pages, huit estaffiers, tous habillés de toque d’argent et d’or incarnate et bleue, avec les banderolles des lances et les pennaches de concert, quatre parrains fort richement vestus avec escharpe, plumes et basions de sa livrée. Après il venoit lui-mesme en teste de son escadrille de six assaillants avec pourpoints en forme de cuirasses attentées, rayées d’or, d'incarnat et de bleu, leurs mante, bas de soye et caparaçons des chevaux estoient de
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toile d’argent do la livrée," les cimiers incarnats, jaunes, blancs et bleus, couleurs que ce prince a portées en tous ces combats, lequel avoit en celui-cy un page près de luy qui portoit en son escu cette'devise ; deux couronnes, l’une de laurier, l’autre de palme, et ces mots : Nunca me faltan.
Ayant faict présenter aux juges la response jà mentionnée, la troisième escadrille parust. Le chef estoit M. le prince Thomas, de qui les actions sont telles qu’à peine ceux de son âge, qui n’arrive pas à douze ans, sont capables de penser à ce qu’il sçait faire, tant ses déportements en tout démentent son enfance. Il fit entrer huit trompettes, douze pages aux habits, banderolles, caparaçons de toile d’argent, incarnate et colombine, et les plumes de mesme concert, six parrains bien vestus, douze estaffiers habillés de ses livrées. Après venoienl huit assaillants dont ledit prince estoit chef, lequel estoit monté sur un petit cheval de reyne, et vestu comme armé, le corps d’une cuirasse d’argent rayée de six couleurs, les bandes des bas attachés estoient de toile d’argent en broderie d’or ; il avoit une mante de salin incarnat rayé d’argent, et les bas de soye et le caparaçon de mesme, les cimiers de ses couleurs. Geste escadrille ayant fait le tour du camp, on présente pour le chef sa response au cartel, sous le nom de prince Sprezzoihere.
Dès que ceux-cy furent campés, on commença les courses, auxquelles les tenants eurent des grands avantages sur les assaillants, comme estant des plus beaux et des meilleurs gendarmes qui portent lance. Ce combat icy dura deux jours, et au premier on n’eut loisir de faire que les entrées après lesquelles la nuit qui survint fit licencier le camp, et pour suppléer au défaut des courses, on fit beaucoup de feux d’artifice, entr’autres celuy d’un taureau vivant, qui estoit chargé de ces feux, et courut le camp tout enflammé avec saults, harts et gémissements estranges. Au second on acheva le jour et les* courses de lances par celles des flambeaux, lorsque chascun en prit un et deux en deux les chevaliers couroient à la foule. Après ils firent le tour du camp en ordre avec les mesmes flambeaux, et chascune escadrille accompagna son chef. J’oublie à dire que les tenants envoyèrent aux dames tous les prix qu’ils avoient gagnés. Mais pour distribuer les généraux
eu un ba], selon la coutume, S. A. convia au chasteau toutes les dames principales de la ville.
Ballets des quatre provinces.
Après souper l’on commença le bal afin d’entretenir les princes eptrangers, en attendant un ballet ou pour mieux dire huit ballets qpi sur la fin se réduisoient en un qui faisoit le neuvième. L’invention estoit des quatre provinces de ces Estais, soubs la conduite de quatre chefs qui se venoient resjouir et s’offrir à ces nopces. Chaque trouppe faisoit danser un ballet à douze pages vestus selon l’usage de la province qu’ejle représentoit, avec flambeaux allumés. La première estoit celle de S. A. qui menoit les chasseurs représentant la Savoye, au nom desquels Diane chautoit ces vers :
JVous sortons de ces monts d’où s’esclot la tempeste;
Ces monts, de la Lizière et du Bhône abreuvés,
Qui sur les éléments vont eslevant la teste Et produisent des cœurs encor plus eslevés.
La paix qui fit cesser et nos mains et nos âmes.
Nous a fait voir la cour des princes et des rois, niais las 1 le peu de foy de la cour et des dames Nous confina bientost au désert de nos bois.
Ces beautés prisent tant l’honneur d’estre cruelles Et mettent à tel point leurs divers chanjjements, Qu’elles refuseroient la qloire d’estre belles Sans la condition d’affliger leurs amants.
* Nous trouvons aux forêts moins froides les fontaines, Plus sensible le roc, le cerf moins décevant.
Moins durs sont les cailloux, tigres sont plus humaines, Moins légère la feuille et plus ferme le vent.
Là nous avons passé doucement quelques lustres. Chasseurs des animaux et chassés des beautés.
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Et venons maintenant à ces nopces illustres Pour offrir nos i^ouvoirs avec nos volontés.
Nous habitotis un bois de mille arbres antiques Dont la garde est commise à l’effort de nos cœurs;
De là doivent sortir les lances et les picques
Que les dieux par nos mains destinaient aux vainqueurs.
Cette auguste forest (ce disent les oracles)
Est fatale aux enfans de ces deux potentats.
Jusqu’à ce qu’ayant fait en guerre des miracles Ils bornent l’univers aux fins de leurs Estais.
La seconde estoit celle de M. le prince qui menoit les contadines du Piémont au nom desquelles trois amours chantoient ceux-cy :
Noi, che siam de pie di monti Contadine,
Peregrine ;
D’aurei por cinte le fronti,
Di bei gigli et margherite,
Colorite,
Guinte insieme in grappi d'oro Ammiriam l’alto lavoro.
Noi di questi aventurosi Misti fiori;
I misti amori.
Giam con canti armoniosi lutte liete ogn’ hor lodando :
E cantando
Dispiegam gioia infinita Ad honor di Marghereta.
Fior in terra, e gemma in mare Si pompeggia,
Si fiammeggia,
Calma ogn’ hor di beltà rare;
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Che del ilincio il gran partore,
Periarnore
S’empie il seno, e orna il crine Di me pompe peregrine.
La troisième estoit celle de M. le grand prince de Castille qui menoit les pescheurs de Nice pour qui un Espagnol chanta les vers suivants :
O que bien pareçen Damas los bayles
Y los lindos trajes De los Gazales.
Donde las marinas En las clams aguas.
Al tiempo que el alba Descubre sus rayos Ulmos en la mar Perlos y esmeraldas Margaritas vellas, Concas y corales
F los lindos trajes De los Gazales.
Y luego entendimos De Nereo el savio La mucha alegria Que a todos nos cave Partimos contentas A Turin nombrado Para ver la gloria Que quita pesares
Y dos lindos trages De los Gazales.
Al punto partîmes Con danças y bayles, Vailete.s alegres Con muy lindos Ayres A alcgrar las fiestas.
ÜH
Vi'enen mil lugares Al punto saldran Damas esperaUlas,
Y los lindos trajes De los Gazales.
La quatrième esloit celle de M. de Nemours qui menoit les païsans de la val d’Aouste et qui fit réciter ces vers :
Amour, de qui les traits font sentir leur douceur Partny les potentats et parinxj les rustiques,
Après s'estre rendu de nos cœurs possesseur,
S'est venu retirer en ces lieux magnifiques.
La pourpre, la grandeur qu’il avoit à mespris ■ Quand il se délectoit à notre humeur champestre Aujourd’hui dans Turin l’ont tellement espris Qu’il s’y tient comme esclave et non pas comme maistre. Charles, puisque ta cour le tire tout à soy,
Permets-nous, par pitié plutost que par mérite,
Qu’en laissant nos maisons nous demeurions chez toy Pour suyvre cet enfant qui demeure à ta suite,
La troupe des hommes avoit ses pages vestus en femmes et celte des femmes avoit les siens vestus en hommes. Ces huit troupes ayant donné chascune séparément son ballet avec autant de musiques diverses, en donnèrent puis un ensemble, et cpfin se séparant de nouveau, chascun prit une targue et un panier doré où estoient des œufs pleins d’eau de senteur dont ils se firent des charges en façon do caroseltes; le ballet estoit de cent quarante masqués compris les musiciens.
Cela fait on ouit soubdain les trompettes qui accompagnèrent le hérault, lequel venoit déclarer les vainqueurs des prix. 11 publia à haut te voix que le prix des trois lances estoit dû à M. le duc de Manloue, celuy de la lance dos dames à M. le prince son fils, celuy du plus galant à M. le prince Thomas, et celuy de la foule à M. le duc de Nemours. Ces prix qui estoient fort beaux leur estant portés, chascun d’eux sur l’heure donna le sien à la dame qu’il en vouloit obliger. Sur
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cela, la compagnie se rompit et les dames avant de se retirer allèrent en une chambre où S. A. avoit préparé une collation.
Je ne dis rien des seraos, ny de tant d’autres bats et ballets qu’on a fait à ces nopces, n’ayant dessein que de toucher en passant ceux qui servent aux combats, soit pour l'introduction des cartels et pour la distribution des prix, sinon que nous veuillons dire un mot du ballet à cheval , pour estre un demy combat et fort nouveau.
Il se fit en la place du chasteau, préparée comme on l’a vue en CO combat que j’ay décrit. On y vit entrer premièrement le maistre de camp avec ses pages et estafiiers, lequel introduisoit six trompettes, vestus de toque incarnate, blanche' et aultantde trombons, habillés en Tritons, qui venoient sur des grands chameaux déguisés en monstres marins : ils estoient suivis de douze cstalSers vestus de la livrée et d’aultant de pages. Au son des trompettes comparuicnt huit chevaliers cypriotes, vestus de toques d’argent de leur livrée, avec peniiaches et caparaçons de mesme, et au son ores des trompettes, ores des trombons, firent danser leurs chevaux avec tant de justesse aux passades, au.\ corbettes, on avant, on arrière, sur le ferme, et bref à tous les airs et manèges, que des baladins à pied n’eussent pas mieux gardé le temps et la mesure de la cadence.
Ayant commencé l’entrée au son des trompettes, ils firent les figures à celuy des trombons, et quand ce fut à faire les tresses, comme en passades, les trompettes sonnèrent de nouveau, et tous l’espée nue en la main s’entremêlèrent, frappant des espées l’une contre l’autre alternativement, de droite et revers. Ces huit estoient quatre gentilshommes, et ces quatre princes MM. nos deux aisnés, M. le prince de Modène et M. le duc de Nemours.
Leur invention estoit telle : cependant que ces huit s’esloient embarqués en Cypre pour aller en course, les pirates prenant le temps de leur absence, vinrent escumer le bord de ce royaume et prirent huit dames qui estoient allées faire quelques vœux au temple de Vénus, en faveur de ces huit chevaliers, leurs serviteurs, lesquels estant advertis du malheur à leur retour et ne sachant pas où ces corsaires a\oienl despaïsées et vendues comme esclaves ces dames.
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partirent de Cypre, errant par le monde inconnu pour les trouver. Le renom de ces nopces les ayant fait venir ici, sans parler ny présenter aucun vers, ils donnèrent un ballet à cheval, afin que si leurs maistresses les mesconnussent les voyant desguisés, elles connussent au moins les airs de leurs chevaux et le port de leur taille en cet exercice.
Je ne soay si l’on doit escrire au rang des combats celluy des animaux que S. A. fit mettre en une eslacade dressée en la place du chasteau, pour cet effest, en laquelle il y avoit un singe, une mule, un taureau, trente chiens, un sanglier, deux tigres et deux lions; car puisqu’ils ne se firent ny mal, ny menace seulement, ils méritent mieux d’estre compris aux articles de la paix qu’en ceux-là de la guerre. Et je serois obligé p£r mesme moyen à descrire ces cinquante duels, dont S. A. donna le camp qui fut un banquet à la chinoise au chasteau, où elle fit dresser cinquante petites tables, toutes bien servies, en chascune il y avoit une dame et un chevalier seulement; et n’est pas si mal concerté qu’ils n’eussent bien désiré que le souper eut duré davantage.
Le combat d la barrière de MM. les princes de Savoie.
Ils le soustinrent en une fort grande salle, où l’on fit dresser le superbe et riche palais de la Force, au sommet duquel se monstroit en perspective, par les lumières diversement rangées, un ciel resplendissant où résidoient tous les dieux de la fabuleuse antiquité, avec ce qu’elle leur attribue ; Jupiter avec la foudre en main et l’aigle sous les pieds, et ainsi des autres. A main droite de ce palais s’eslevoit un mont qui faisoit paroistre en son fesle le^mple de la Gloire, où dévoient estre conduits les vainqueurs. A la gauche paroissoient les Muses sur le mont Parnasse, au pied duquel estoit Apollon, en action de vouloir fuir. Plus bas s’estendoit couché le fleuve Pô, représenté par une grande statue d’un homme vieux, couronné de jonc, s’appuyant des bras sur un grand vase qui versoit l’eau dans un profond abîme où dévoient estre submergés les vaincus. lÀ se voyoit un grand ordre des colonnes dorées. Là ne manquoient pas corniches, frises, timpans, architraves, gra-
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dilles, talons, balustres, ny autres orncmensde l’architecture. Sur le frontispice qui estoit de bronze pendoit une lamine dorée où se lisoient ces paroles :
Fortitudinis arcem sereniss. DD. altab. et subalp. PP. im- I mortalitati dicatam PP. Erom. et Archid. armigeris in hastico agone strenue dimicantihus , qui hostes fugarint, victorias re~ portarint, triumphos egerint, apestam monent. Aux costés de la porte se rehaussoient en bosse deux escus où l’on voyoit les devises des deux tenants, l’un à main droite, d’un heaume sur lequel estoit une aigle et ces mots : Spes me pulcherritna nutrit; l’autre à gauche d’une cuirasse et ces mots : Fortis dum fartia claudo. Despuis les colorins de ces colonnes en hault, le palais estoit plein de lumières qui faisoient resplendir l’esclat de l’or et de l’argent. Bref, il estoit tel qu’on ne sçavoit s’il devoit plus ou à l’excellence de l’art, ou à la richesse de la matière, et si je ne descris bien ce ciel comme une chose feinte, c’est que mes yeux le creurent véritable en le regardant. En ceste salle richement tapissée, on voyoit trois eschalTaus où estoient en l’un les infantes et M. le duc de Mantoue, en l’autre les juges du combat, et au plus haut les dames de la ville.
Dès qu’on tira un grand rideau, qui couvroit tout ce palais de la Force, on ouyt une bonne musique vocale et instrumenmenlale des Muses qui chantèrent ce madrigal :
Noi, che fregiate il crin di verdi allori,
Siam immortai sirene Di Pindo e d’Hippocrene,
E de VEternita cogni canari :
Su corde d'oro e cetre di Zafj^i,
Cantiam di regni sposi in vm modi GU aventurori nodi.
Après lequel Apollon cesl autre :
lo, che d'eèumeo lyra
Saetlator divin, passa arccheggiando
Can nate lusinghiere
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De' mortali étemar l’opre guerrere :
Lasciato il sacro monte,
E d’Helciona il fonte Sù questi colli del’ augusta Dora Dolcemente accordando A nova cetra d’or^ voce d’argento,
Canto in nobil concento,
E gli amori e gli amanti Di giüvinetti Heroi, d’Itale infanti.
Soudain qu’Apollon eust fini de chanter, les portes de co palais s’ouvrirent lout-à-coup, d’où sortist un grand nombre do tambours et de fifres, tous vestus de toile d’or et d’argent, suivis du maistre de camp, somptueusement habillé, avec ses pages et ses estaffiers. Après luy venoient vingt-quatre pages, en bas attachés, incarnadins, les bandes de satin en- broderie d’argent, doublées de toiles d’or et le reste concert! . Us portoient chascun deux grands flambeaux allumés et marchoient devant douze parrains, tous superbement vestus de la mesme livrée, avec coulets d’Espagne, masses d’airons, enseignes, avec les escharpes et bas tous de concert. Après venoient MM. les princes les deux tenants sur le char triomphal de l’Honneur, riche et magnifique et d’estoffe et de façon, tout couvert de figures de bas-relief, de festons et de devises. Quatre lions bien représentés tiroient le char où estoit assis sur la plus haute partie l’Honneur, vestu des habits que luy donnent les anciens, mais d’estoffes riches, ayant des ailes d’argent, en la main gauche des couronnes de laurier, en la droite une d’or à l’impériale. Ce char estant arrivé au milieu du camp, l’Honneur chanta ce madrigal ;
Jo che sù l’ali de la Fama errante L’humane menti ho d’inalzar possanza;
. Percui soura se steffo altri s’avanza Si, che’n guerrier sembiante Generoso, e altéra
Calca del Tempio mio Testo sentiero, QueUio, che’n sen di déco campioni Heroi ;
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Honor eterno avampo ;
Questi hor su V carro tnio qui guido in campo Et e ben dritto in vero,
Che sia scorta l’ Honore A chi e vittoria il fin, duce il valore.
A ses pieds estoient les tenants armés d’armes argentées, au bas attachés incarnadins, les bandes et le fonds en broderie d’or trépoinlée d’argent, aux mains une hache d’arme dorée. Avant fait le tour du camp, ils descendirent do leur char et le firent encore une fois en mesme ordre, avec leurs picques de guerre, et s’arrestent enfin sur la porte de ce palais pour attendre les escadrilles des assaillants.
La première fut celle du prince de Masseran ; il fit aller devant quatre tambours, six pages vestus de ses couleurs.- Après venoit un beau char où estoit la Vertu , ayant en son costé droit la Valeur militaire et au gauche la Gloire; au milieu estoit l’Italie et plus bas la Renommée ; au hault la devise de l’assaillant qui estoit un arc-en-ciel et ces mots : Tanto e il poter d’una amorosa /«ce. Quatre parrains avec escharpes et pennaches de la livrée suivoient le char, et enfin venoit le prince de Masseran, suivi de six assaillants, tous avec chausses, armes, bas de soye et cimiers de la livrée; s’esUmt campé il fit présenter la response au cartel icy mentionné.
La seconde escadrille fut celle de M. le prince de Mantoue : entrèrent les tambours et les fifres vestus de blanc et de bleu. Après douze pages, avec flambeaux allumés, habillés en nayades, l’un desquels portoit la devise de son maistre. C’estoit une aigle qui laisse tomber une pierre (c’est ce que fait l’aigle où elle veut faire son nid) et ces mots : Hœc mihi forma sedes. Après suivoient six parrains tous bien vestus, l’un desquels estoit S. A. et l’autre M. le prince de Modène : les parrains estoient suivis de la belle Galathée, nymphe du Mincio, laquelle recita ces vers ;
Dal nobil Mincio ove amorosa fede Régna nei cor de i cavalieri amanti,
Si che di lor piu fidi, e piu costanti
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Nel gran regno d’amore il sol non vede.
Fida ancella di manto nor qui ne vegno Scorta di questi suoi campioni arditi,
Ch’al minacciar de gl’orgogliosi inviti Accesi son di generoso selegno Banque, dunque a voi soli il petto infiamma Colmo di vera fe nohile amore ?
Ardon questi non mena, e nel lor core Fa piu degna belta, piu bella ^tnma.
Ma poi che qui fede non han miei carmi , Siatemi testimon forti guerrieri;
E perprovar che i detti miei son veri, Faccian le vestre lingue, e parlin l’armi.
Après suivoit M. le prince de Mantoue en leste de quatre assaillants, portant armes dorées, où se voyoient figurées en esmail des aigles et des chiffres. Ils avoient des bas attachés bleus en broderies d’argent, un grand cimier de la livrée, fait en navire, avec plumes blanches de paon, des aigrettes et des fleurs d’or.
La troisième escadrille fut celle de M. le prince Thomas ; les tambours et les fifres alloient devant vestus de toques d’argent incarnates, suivis de vingt-quatre pages, habillés de la livrée, avec deux flambeaux allumés chascun, et l’un d’eux porloit sa devise qui estoit un escu blanc avec ces mots : Non semper inglorius. Ils esclairoient à six parrains habillés de satin incarnat, avec clinquant d’argent, l’escharpe et les pennaches de la livrée, après lesquels venoit une nue (c’estoit un char tiré par des ressorts) dans laquelle on oyoit la voix de la déesse Iris qui chanta ces vers devant les infantes :
lo figlia di Teumante,
Messagiera del sol; ch’apro, e disuelo Le bellezze del cielo,
Nuntia hor di peregrini aurei splendori,
Da quei celesti errori
Adduco in campo altero
In sambianza d'anior, marte guerrero.
APPENDICE
Oste voix cessa par un tonnerre qui rompit celte nue et fit paroislre l'Iris et le prince Thomas. Il estoit vestu d’armes argentées, csmaillées d’incarnat; ses bas attachés, mante et bas de saye incarnadins en broderie d’argent, son cimier de la livrée. De la rupture de cette nue, il sauta à terre avec une hache d’armes qu’il laissa, et prenant une pique, en teste de six assaillants armés et vestus comme lui, il tourna encore le camp, et un de ses parrains présenta la response au cartel.
La quatrième estoit celle de M. le duc de Nemours ; les tambours et fifres vestus de sa livrée alloient devant suivis de douze pages, portant deux flambeaux chascun, avec bas attachés et bandes de clinquant; ils alloient devant le char de l’Inconstance, dans lequel estoit la Constance debout, sur une base carrée, embrassant du bras gauche une colonne sur laquelle soullloient quatre vents, et tenant de la main droite un dard, la pointe sur la base. En la colonne estoit appendu un escu où l’on voyoit pour devise le MontGibel (1) et ces mots : .Stans ardet et audet. La Constance au milieu du camp chanta ces vers ;
Moy, qui de la Foy suis extraicte,
D’ Almédor ayant iappuy,
Je veux publier la deffaite De ceux qui s’attaquent à luy.
Il me fait marcher dessur l’onde Pour montrer sa fidélité,
FA que l’inconstance du monde Ne peut forcer sa fermeté.
Parmy les vaillants et les belles.
Amour, qui l’assiste en tous lieux, •
Luy fait dompter les plus cruelles Et Mars les plus audacieux.
Son front, qui jamais ne fut blesme De peur, de terreur, ny d’effroy,
Ferait peur à la force mesme S’il ne l’avoit toute avec soy.
(I) Moule Gihello, nom donué par les SicilicDS à l'Etna,
APPENDICE
St donque aux despens de sa vie Quelqu’un veut savoir sa valeur, De Rodomont suivant l'envie, Aussy suivroit-il son malheur.
Le char estoit suivi de quatre parrains habillés de la livrée, après lesquels venoit M. le duc de Nemours en teste de six assaillants, bien armés et vestus de ses couleurs, or, argent, incarnat et bleu , leurs cimiers de concert. Ayant tourné le camp, ils font présenter leur réponse au cartel.
La cinquième fut de six assaillants dont le chef estoit le marquis de Carail qui fit aller devant tambours et fifres vestus do ses couleurs, après lesquels venoient six pages vestus do mesme livrée, portant chascun un flambeau en une main et l’autre sur l’espaule en picque ; un autre page portoit en l’escu du chef sa devise d’une horloge solaire, avec ces mots : Mens immola manet. Après venoient deux parrains dont l’un présenta la response au cartel sous 1 e nom du cavalier Priraislao Ongaro, lequel conduisoit six assaillants vestus en bas attachés rouges, les bandes et' les bas de saye et les mantes en broderie d’or et d’argent, avec picques dorées et couvertes de flammes rouges.
Le dernier qui entra fut le comte de Rovigliose tout seul ; il envoya devant six tambours qui battoient à la moresque, après lesquels marchoient douze pages en habits d’esclaves, les chaisnes aux pieds, avec turbans en la teste et torches à la main, suivis de deux Bassas et de deux parrains, tous vestus de ses couleurs ; après lesquels venoit cet assaillant aux armes couleur de fer, imagées et rayées d’or, en bas attachés, les bandes et bas de saye couverts de demy-lunes, avec une grande mante à la persienne, portée aux deux extrémités par deux petits pages turcs, l’un more, l’autre blanc. Il avoit un grand cimier de diverses plumes avec une demy-lune de cristal sur le devant ; un page luy portoit sa devise qui estoit un petit amour monstrant une étoile et ces mots : Ideo aliger. Douze autres pages vestus de toque violette comme les premiers, avec flambeaux allumés, environnoient cet assaillant qui entra le bout de la picque sous le bras, la pointe en hault
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sur le devant, la main gauche sur l’estoc. Et quand il fut devant la porte du palais où estoient les tenants, il baissa sa visière, leur montra la pointe de la picque, en semblant de les menacer et de tirer son estoc hors du fourreau. Ayant tourné le camp, il fit présenter la response au cartel sous le nom de Idalcane. A voir du haut des théâtres tous ces assaillants en bataille et leurs picques dressées, on eut dit que c’estoit une expresse forest d’arbres de haulte futaye ; mais à considérer les différentes couleurs de ces armes, des habits et des cimiers, on eust jugé que c’estoit un pré tapissé de fleurs diverses. Dès aussitost qu’on ferma la barrière qui esloit ouverte pour les entrées, les tenants baissèrent la visière, les assaillants en firent aultant, et l’on commença le combat qui fut soustenu de MM. les deux princes aisnés, lesquels combattoient alternativement sans intermission, l’un après l’autre, toutes ces escadrilles.
Outre les prix ordinaires des assaillants contre les tenants, on avoit estably aux assaillants une peine honteuse pour ceux qui perdoient , et une récompense honorable pour ceux qui gagnoient la victoire ; car dès qu’un assaillant l’avoit perdue, on voyoit sortir du costé du Pô le char de Phaëton, tiré des chevaux du Soleil, où estoit la Témérité, laquelle venoit prendre le vaincu en chantant :
Vo\ temerari, audaci ;
Ch’ergendo al cielo il volo Cadeste col bosso suolo;
Ile novi fesonti ov’ei sis ascoso Del Po nel seno ondoso.
Elle le menoit vers le Pô dont les ondes estoient fort bien réprésentées par des lumières qui estoient soubs des flots de lame d’argent esmeue, et le faisoit précipiter dans un grand abisme. Au contraire, la Victoire en son char triomphal, tiré de quatre serpents, venoit prendre les victorieux et les accompagnoit au temple de la Gloire, en chantant ces veçs :
Campione aventuroso,
Nobil figlio di Marie; al eu» valore
APPfsNDICR
Hùt dona il preinio amore :
t'ieni, vient a goder l’korior prescritto A valorosa destra, a core invitto.
Le premier qu’elle accompagna ainsi fut M. le prince de Mantoue, et puis M. le duc de Nemours; fort peu d’autres vainquirent.
Le jour commençoil à poindre, lorsque tous ayant combattu contre les tenants, vainqueurs et vaincus ils se mirent ensemble, et s’estant divisés en deux troupes esgales, ils combattirent à la foule. Ce combat estant achevé, on ouyt du lieu plus éminent des palais où le ciel estoit représenté, la voix de Jupiter qui envoyoit l’Eternité vers les tenants et luy chantoit ces vers :
Ascendi U carro d'immortal Zaffiro Figlia di le medesma, 6 Eternitate,
• E ne lo smallo de le vie stellate Slampa al suon di hei carmi,
De gl'Itali campion le glorie e l’armi !
Et puis tous les Dieux ensemble, délivrant les sœurs de Pbaëten.en réjouissance de ces nopces, chantent ce madrigal :
Voi del incauto auriga aime sorelle Che transformate in lagrimose plante L’amoroso semblante :
A le pompe novelle
Ritornando in voi stesse, ite cantando Del P O SM l'auree rive,
Alti heroi, regie Infanti, e flamme vive.
Elles sortoient de l’escorce des arbres et chantoient ces vers ;
ffitalia aime famose, Regii amanti,
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Regie infanti.
Delle copie aventurose;
Hor che amor con l’aurea face,
Di vivace
Fiamma il cor lieto s’accende E da voi sue glorie attende.
Enfin les assaillants et les tenants sortirent du camp avec le mesme ordre qu’il y estoient entrés. Mais soit que le contentement que nous recevions en ces combats hastât les heures et le cours du soleil, ou qu’il eust luy-mesme curiosité de les voir, il nous sembla qu’il s’estoit levé trop tost pour rendre inutiles tant de flambeaux et d’autres lumières qui se confondoient en la sienne.
Je no m’estonne pas de ce que MM. nos princes les tenants monstrèrcnt tant de grâce et d’adresse en ce combat, puis que l’une et l’autre leur sont ordinaires en tous leurs exercices , mais bien de ce que eux seuls ayant travaillé quinze jours auparavant, nuit et jour, à essayer des ballets et les danser, ou s’esprouver aux combats tgnt de pied que de cheval sans aucune relasche que quelques heures de repas et de repos , je m’estonne, dis-je, qu’après tout cela ils aient combattu quarante assaillants à la barrière, et que nonobstant ce travail qui dura toute une nuit et une partie du jour suivant, dans trois heures ils furent prests et frais à venir comme assaillants à tous les autres combats contenus au cartel de M. le duc de Nemours, que nous allons descrire.
Le combat général que soustiut M. le duc de ?(emours.
On sortist de ce tournoy, je diray à heure de diner, si le sommeil des combattants et des assistants ne l’eut rendue heure de se coucher. Toutefois ils. ne se reposèrent que bien peu, et moins que les autres. M. le duc de Nemours, qui s'estoit levé sur le midy, accompagné d’un bon nombre de trompettes, les alla faire sonner devant les chambres de toutes ces Altesses qu’il éveilla. De là il s’en vint à la place d’armes pour
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donner ordre au camp et à son entrée , en attendant les assaillants. En moins de rien les portiques furent pleins de peuple, les galeries chargées de gentilshommes et de dames, et LL. AA. au mesme lieu du chasteau dont elles avoient veu les courses au Faquin, et toutes les gardes en bas pour faire retirer la presse. Cependant que l’attente et le silence des spectateurs convièrent le tenant, qui estoit M. le duc de Nemours, à sortir de son invention fermée où il s’étoit retiré avec son équipage, le son des trompettes attira l’attention et les yeux de son costé et fit tomber* tout-à-coup une grande toile tendue en l’air qui lo couvroit. Voilà soubdain paroître deux grandes pyramides, deux tours peinturées, un bois de haute futaye au milieu duquel se monstroit le dôme d’un grand chasteau; la perspective estoit fort belle; l’on verra quel estoit le dessein, et si j’en décris curieusement l’invention, ce n’est pas que pour estre mienne j’y apporte plus do diligence; au contraire, la paresse de changer les termes dont je la donnay aux peintres et autres ouvriers me l’a fait mettre icy en ceux dont ils la reçeurent. Les pyramides estoient fort esgales en haulteur et faisoient par une raisonnable distance en ligne droite la porte à l’entrée do ce bois. Elles estoient toutes deux argentées, mais l’une couverte de flammes d’or et desdiée à la Gloire, dont parmy les Egyptiens elle est hiéroglyphique; l’autre surseinée de flammes rouges, desdiée à rire guerrière, à cause du feu dont la pyramide prend le nom. On voyoit deux devises en chascune ; en celle de la Gloire, une aigle qui ouvroit les ailes, et ces mots : Per tela, per ignés. Plus bas un cœur entrelacé dans un nœud de Savoye et ces mots ; Nec ferra, nec solvitur igné. En l’autre de l’Ire estoient peints trois nœuds de Savoye avèc ces paroles : At an O matan. Plus bas les armes offensives dont on devoit combattre et ces mots ; Non morlis, sed Martis et artis. Les tours aux costés des pyramides, qui estoient peintes de rouge et de noir, jeloient des flammes et de la fum^; c’estoient les fournaises de Vulcain où se forgeoient les armes du tenant à quoy servoit la forest. Et le chasteau de bois représentait celui de Mars, duquel premièrement sortist le maistre do camp avec son équipage ordinaire, luy bien monté, bien vestu, avec escharpes et plumes de la livrée du tenant. Il estoit suivi do
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huit trompettes, vestus de satin incarnadin rayé d’argent et les trompettes garnies de mesme, les manches de salin bleu à fleurs d'or et d'argent eb les plumes blanches et bleues. Ils alloient devant deux chameaux bardes de loille d’argent bleue, où estoienl les armoieries du tenant, chargés de lances, picques, haches d’armes, masses, dards, pistolets, tronçons de lances. Deux hommes do pied vestus de la livrée les conduisoient. Après venoienl six chevaux avec caparaçons de velours bleu à fond d’argent, bandés de clinquant et de franges d’or, avec les impériales de*velours incarnadin à fond d’argent, bandées comme les caparaçons, le tour garny de houppes d’or et d’argent , et les chevaux estoient menés en main par six estaffiers vestus comme Its trompettes. Ensuite venoient douze pages à cheval vestus comme les autres, ayant de plus des bottines argentées et portant chascun des armes de pied 'et de cheval différentes, les harnois de chevaux couverts de satin blanc et les pennaches des chanfreins incarnats, blancs, jaunes et bleus. Après venoient doux cavalerisses vestus de satin incarnadin rayé d’argent, ayant leurs plumes et celles de leurs chevaux comme les autres. Douze tambours et six fifres environnoienl le char triomphal de l’Ire, vestus de damas incarnadin à fond blanc, les manches bleues, les plumes de la mesme livrée et les bottines blanches.
Le char estoit de la hauteur de deux hommes, fait à plusieurs marches et degrés et vernissé de rouge avec des veines noires, semé de flammes d’or, et enrichy de corniches, de frises, de figures en bosse de rhinocéros et autres animaux iracondes. Au milieu estoit l’Ire, armée d’une cuirasse semée de flammes rouges, ayant le heaume en teste et pour cimier des flammes rouges sur une teste d’ours d’où sortoit du feu et de la fumée. Sa cotte d’armes estoit de satin rouge semée de flammes d’or. Elle avoit en la main droite une espée nue et en la gauche un flambeau allumé. Derrière elle estoit la Clémence endormie, assise sur un lion, ayant un dard en la main, la pointe en arrière, couronnée de palme et d’olivier et veslue à l’antique. Aux pieds de l’Ire estoient les trois Furies infernales; devant elle et sur la proue du char estoit la Terreur, vestue de changeant, ayant pour cimier une teste de lion, en la main droite un fouet, en la gauche un escu où
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estoit peinte la teste de Méduse. En tout cela l’invention mobile se rapportoit à la ferme, car les anciens disent que Mars allant à la guerre contre les Argines et les Thébains, envoya au devant l’Ire et la Terreur. En la poupe du char estoit appendu en haut un escu où estoit cette devise du tenant ; trois foudres, qui sortoient d’une nue, et ces paroles ; Qua data portarunt. Au devant ces mots estoient escrits : Pugnantibus ira; et au derrière ceux-cy : Clementia victis. Le char estoit tiré par deux tigres naturelles et vivantes qui avoient deux gouverneurs veslus de la livrée.
Après le char venoient deux escuyers vestus d’un pourpoint de satin bleu rayé d’argent, d’un collet blanc garny de passemens or et argent, et de chausses de velours incarnadin à fonds d’argent, garnies de passemens or et argent ; les bas de saye bleue, la bottine blanche et l’éperon doré avec les plumes de la livrée. Bien proche d’eux six parrains marchoient, ayant les pennaches, pourpoint et collet comme les escuyers , les bandes de chausse et clinquant d’or et argent , la fonds de satin bleu rayé d’argent , les bas attachés incarnadins , les basions argentés rayés d’incarnat et bleu , les harnois des chevaux noirs en broderie. Quand le char arriva au milieu, ayant à main droite les infantes et à main gauche les juges, l’Ire guerrière chanta ces vers :
Je ne suis pas ceste Ire extraite de l’offense.
Et qui des maux receus procure la vengence.
Car jamais nul mortel n'osa me faire tort; Mais ceste Ire guerrière eslevée en la Thrace, ScBur de l'Ambiçion, compagne de l’Audace, Ministre du Courage, instrument de la Mort.
Mais las ! Alimédor avecque sa clémence Tempère mes excès, règle ma violence.
En modérant la peine à ceux qu’il a sousmis : Car }wur se couronner d’une éternelle gloire,
Il gaigne dessus moi la dernière victoire Après quil a dompté ses autres ennemis.
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Kous qui scaurez bientost, mais à cotre dommage,
Ce que peut tant d’adresse acec tant de courage,
Au moins aux premiers coups ne t'ous estonez pas ; Mais voyant que le cœur déjà vous abandonne.
Je crains d’Alimédor qu’il vainque ou qu’il pardonne. Et de ses ennemis la fuite ou le trépas I
Après venoit le tenant tout seul, armé d’armes blanches. 11 avoit un grand pennache incarnat, blanc, jaune et bleu, et un lion d’or pour cimier. Il portoit une hache d’armes dorée à la main, la mante et le bas de saye de satin incarnadin à fleurs d’or et d’argent, couverts de passemens d’or, et les plumes du cheval de ses couleurs.
Comme il eut fait le tour du camp avec tout son équipage, il s’arresta sur l’entrée de la forest. Alors un assaillant parut, qui envoya devant quatre trompettes, six estaffiers et quatre pages, l’un desquels porloit celte devise ; deux lyons soubs un joug et ces mots : Sola forza d'amore; les pages esloient veslus de sa livrée et suivis d’un parrain qui présenta la response au cartel soubs le nom d’Arablinibrio. Après venoit cet assaillant, avec armes dorées, mante, caparaçons et cimier jaunes et bleus.
Cestuy-cy s’estant campé, un son plus grand de trompettes annonça l’entcée d’une autre escadrille qui marchoit ainsy : dix trompettes et vingt pages bien montés aboient devant, vestus de satin jaune, blanc et violet, avec caparaçons, banderolles et cimiers de concert. Un des pages portoit un escu où estoit la devise de M. le prince de Piémont, chef de cotte escadrille, c’estoit un navire agité des vents divers, dont l’cstendard montre le prédominant, et ces mots : Victorem indicat unum, faisant allusion à son nom qui est Victor. Ces pages esloient suivis de huit parrains, l’un desquels estoit M. le duc de Mantoue. Après les parrains venoit M. le prince de Piémont, armé d’armes violettes, parsemées.de soleils d’or. Il avoit pour cimier un soleil d’or et un amour comme s’il eut voulu dire en équivoque un sol amore, qu’il n’avoit qu’un amour; les plumes esloient violettes, jaunes et blanches; sa mante et son bas de saye de toile d’or de sa livrée, son cheval
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estoit bardé de fer, avec soleils d’or de concert avec scs armes, et le cimier de son cheval de ses couleurs. Il rnenoit six assaillants et fit présenter sa response au cartel soubs le nom du prince Pirotlheo.
Ayant ainsi tourné le camp, et sur un cheval qui alloit à cabrioles, huit trompettes vestus de toille d’argent colombine attirent les yeux vers une autre escadrille qui envoya devant vingt pages vestus de mesrae, bien montés, avec lances et banderoles de la livrée. Un d’eux portoit en l’escu de chef, qui estoit M. le grand prieur de Castille, ceste devise : un nœud de Savoie fait de laurier et ces mots : Vel fulmina temnit. Ils estaient suivis de six parrains, l’un desquels estoit M. le prince de Mantaue. Après venoit M. le grand prieur de Castille qui fit présenter 1a response au c.artel soubs le nom du prince Floridor. Six assaillants l’accompagnoient, tous armés comme luy d’armes argentées, portant mantes et bas de saye de toile d’argent colombine, en broderie d’argent, leurs cimiers et ceux do leurs chevaux de la livrée.
Ceste escadrille estant entrée, qui fut la dernière, la place d’armes visitée par le maistre de camp et les armées offensives présentées par les parrains du tenant, on commença les courses du camp ouvert. Le premier assaillant court contre le tenant; ils rompent les trois lances, combattent à l’espée et puis à la masse : cela fait, ils mettent pied à terre, prennent une picque chascun sur l’espaule gauche, un dard en la main droite qu’ils se jettèrent l’un contre l’autre, et puis rompent leurs picques. Après ils prennent la hache d'armes cl puis les tronçons de lance qu’ils rompirent de pointa et do travers , et enfin ils combattirent à l’estoc.
Le tenant ayant achevé avec cet assaillant, MM. les princes combattirent l’un après l’autre à tous ces combats; mais ils rompirent leurs lances à camp ouvert, avec tant de furie qu’à la vérité s’estoit trop pour une seule image de la guerre. Après combattirent tous ceux de leur escadrille. El parce que les combats estant longs le jour manqua avant le temps et que le tenant voulut combattre contre tous les assaillants, on fut contraint de courre à camp ouvert à la lumière des flambeaux, jusqu’à deux heures de nuit, avec grand hasard des combattants et principalement de M. le duc do Nemours
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qui avoit à courre plua souvent. Dieu voulut qu’il n’y eut que le seul (langer sans l’effet et que l’on acheva heureusement ces combats, les plus beaux et les plus généreux qui se soient encore faits pour la rareté, la despence et l’adresse. Enfin ils firent tous la retraite du camp avec le mesme ordre dont ils estoient entrés, si ce n’est que le tenant se retira le dernier. A peine avoit-il laissé la place d’armes que l’on vit entrer une compagnie de gens de pied, tous canonniers pétardiers qui vont attaquer avec feux d’artifice la fournaise de Vulcain pour en ravir les armes, et ce avec (rainées, saucisses, pétards, espées et picques de feu ; et d’autre costé ces fournaises, qui représentoient en tout les forges des Cyclopes, se deffendoient avec grenades, roues, pots, bouts, pyramides, fusées, berceaux de flammes et autres inventions aussy agréables à voir que malaisées à représenter ; il n’eut servi de rien qu’il eut esté jour puisque la fumée eut esté capable de l’obscurcir comme une sombre nuit, et ne nuisoit pas qu il fut nuit, puis que les éclairs de ces feux et la lueur des flambeaux la rendoient claire comme le jour. L’air sembloit contraster avec le ciel, luy monstrant au lieu des estoiles des estincelles et pour astres errants des fusées; ou du moins on eut dit que les régions de l’air se confondoient ensemble, car la poussière eslevée montoil jusqu’à la suprême, et l’on voyoit en la basse cornettes nouvelles, estoiles tombantes, tonnerres esclatants, foudres précipités et nuages espaissis et percés de mille traits de flammes. Mais enfin toutes ces choses se passèrent en fumée.
Des courses à camp ouvert faites à Mirefleur.
Le combat dernier en temps ne l’est nullement en mérite, soit que la saison du printemps et le lieu de plaisance où il se fit rayent fait paroistre plus beau, ou (pie les ballets dont il fut introduit nous l’ayant rendu plus agréable, et tout cela ensemble approchant des combats des paladins que les Amadis racontent. Car le plaisir des sens fut plus divers qu’en nul des autres passe-temps qui se soient fait en ces nopces ;
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et pour laisser à part le moindre, qui est celuy du goût des festins, ores nos yeux contemploient les princes, les dames, les fleurs, la verdure, les canaux et le boccage , et tantost ils regardoient les chevaux, les chevaliers, les armes et les livrées ; maintenant l’ouye se plaisoit à l'harmonie des oiseaux, ores à celle des violons; tantost au murmure des eaux, tantost au son des trompettes ; bref l’aise que tant de variétés apportoienl en un mesme instant ne se peut bien exprimer en les descrivant l’une après l’autre, et nul ne les peut dire toutes ensemble. Aussy je crois que ces ballets eussent produit trop de mollesse aux hommes, si l’on ne les eut esVeillés par les combats qui les suivirent, et que ces combats eussent causé trop de terreur aux dames, si l’on ne les eut adoucis par les ballets qui précédèrent. Mais l’un de ces effets tempéra l’autre de telle façon, que chascun perdant l’excès de sa naturelle force, les contentemens demeurèrent aux bornes que la modération demande. On les receut à Mircfleur qui est une maison aux champs, je diroi belle de bastiment, si elle ne l’estoit tant d’assiette que les ornements de l’art demeurent comme effacés par les avantages de la nature. Là S. A. donna à diner à M.M. les cardinaux Aldobrandin et S. Cesareo, aux infantes, à MM. le prince de Mantoue, le prince Thomas et le duc de Nemours. Les deux princes aisnés, qui estoicnt allés accompagner l’infante Isabelle, leur sœur, ont bien regretté de ne s’estre pas trouvés à ce festin qui fut des plus remarquables qu’on aye vu pour l’invention du service ; car ce furent les déités des eaux et de la terre qui servoient à table, chascune conduisant une troupe qui dansoit un ballet. Tous ces princes estoient assis à table et seulement les nappes estoient mises, lorsque Mercure, comme messager des dieux, entra au milieu de la salle.- Puis voilà paroistre Gérés, vestue des habits que les poètes luy donnent, qui pour estre déesse des blés faisoit porter à sa troupe le pain sur les cadenas, dansant au son des violons à lent pas, mais estant arrivées à la table. Gérés se tenoit ferme en teste de ses nymphes, lesquelles, l’une à gauche et l’autre à droite, successivement yenoient présenter les cadenas, puis s’en retournant du mesme ordre dont elles estoient entrées, alloient commencer leur ballet au fond de la salle.
Geste trouppe estant sortie, Bacchus entra portant le vin
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et monté sur un tonneau qu'il enjamboit, et Gt le tour de la salle , estant environné de ses Bacchantes qui dansèrent fort bien leur ballet.
Ceux-cy Grent place à Thétis qui faisoit porter l’eau pour laver les mains par les Nayades nymphes des fontaines ; et cette troupe estant entrée avec l’ordre que celle de Gérés avoit tenu, après avoir dansé son ballet, sortit.
Soudain entre Flore,* déesse des fleurs, suivie de douze de sa troupe qui portoient les fleurs, les salades et toutes les entrées; après qu’elles eurent présenté leurs plats comme les autres et dansé leur ballet, entra Diane qui, comme déesse de la chasse, fit porter le second (service) par douze de ses < nymphes, lesquelles, ayant dansé leur ballet, se retirèrent.
Alors entra Pomone, déesse des fruits, qui tenant la méthode des premiers, fit porter et présenter par douze de sa troupe le fruit, et dansèrent ensemble un ballet.
Celuy-là finy, entra Vénus, qui pour estre déesse des délices fit porter les confitures par les Grâces et les amours. Les bassins présentés et le ballet dansé, Neptune entra, conduisant les fleuves qui portoient des autres fontaines artificielles, ét estoient précédés des Tritons, au son desquels ils dansèrent leur ballet.
Quand on eut achevé cestuy-cy, toutes ces déités s’assemblèrent et vinrent porter leurs présents à tous ceux qui estoient à table, en de beaux bassins pleins de gants et de peaux d’Espagne, de vases d’agate, d’ambre et de cristal , de bourses et de ceintures. Le plus mal partagé de la troupe fut S. A. qui pour avoir fait toute la dépense n’eut que le présent de Flore d’un bassin plein de fleurs. L’invention est de M. le duc de Nemours, aussi belle au dessein que rare pour la nouveauté, et je crois que la seule incommodité qu’on en receut, ce fut que ceux des festins perdirent leurs repas pour regarder les dances. Car en disnant, avant et après disner, les ballets s'entresuivirent toujours, et dès qu’ils furent finis on commença un bal auquel entra un nain qui présenta au lieu d’un cartel une requeste à S. A.
C’estoit un chevalier qui alloit errant par le monde, accompagné de trois autres, pour soustenir partout, contre tous et en tous combats à cheval, qu’il estoit unique en amour et sa
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maîtresse en beauté, et le renom de ces nopces l'ayant fait venir icy, où la valeur et les beautés sont en estime, il supplioit S. A. luy vouloir permettre qu’il delBat et combattit quatre de ses courtisans les plus amoureux et les plus braves. Sa requeste lui fut intérinée, et tous ceux de ceste cour en débat pour le désir que chascun avoit d’estre de la partie. Enfin, pour n’ofiFenser les uns ni les autres, on tira au sort les quatre que l’on, devoit opposer à ce chevalier errant et à sa troupe. Le camp leur estant accordé, au son de plusieurs trompettes on vit venir tous ces princes et princesses aux fenêtres qui regardent en un grand parterre où comparurent huit chevaliers vestus quatre d’une livrée, quatre d’une autre, se rapportant les habits au dessein qu’avoit eu M. le duc de Nemours, chef de tout ce combat. Il les avoit divisés en ceste sorte qu’estant, luy, il cavaliero delï ardente desio, il en avoit trois de son costé; et celuy qu’il choisit pour son adversaire, il cavaliero del puro contenta, avoit les trois autres. En ce parterre il y a un grand canal qui le divise en deux parties esgales en chascune desquelles restent quatre grandes allées. Et parce que les allées de la deénière partie se communiquent à celles du buisson, et qu’estant plus longues elles servoient mieux aux courres, ce fut en celles-cy que le combat se fit, en ceste sorte.
Après que le maistre de camp eut donné le lieu, et que les parrains des deux troupes eurent visité les armées et les armes, M. le duc de Nemours, au son de plusieurs trompettes qui sonnèrent la charge, sortit du bois, et dans la première allée des quatre dernières courut à camp ouvert contre son adversaire, qui sortit de l’autre costé du boccago. Ayant couru et rompu deux lances, ils vinrent aux pistolets et puis au combat de l’espée, et ces champions n’eurent pas plus tosl achevé leur combat, que ceux qui les assistoient en firent autant aux allées suivantes, où ils combattirent de rang. Mais dès que le dernier eut fini, ils recommencèrent de nouveau tous à la fois. Alors les éclats des lances qui voloient en l'air en mesme temps, les coups de pistolet, les cliquetis des armes et le chamaillis des espées nous firent voir une ressemblance de guerre plus expresse que celle que les autres combats. nous avoient représenté ; et d’autant plus s’approchoit-elle
APPENDICE
du vray quand lea quatre d’un party s’assemblèrent et combattirent ensemble à l’espée en toutes les allées leurs quatre ennemis jusqu’à ce que le soleil se couchast, qui par son absence cause le repos à tous les animaux, n’en voulut pas exclure nos champions, lesquels s’estant querellés pour l’amour, furent séparés par la nuit qui est toujours favorable aux amants. Tellement qu’on peut dire qu’un dieu les ayant engagés au combat, une déesse les en retira.
Voilà les Mémoires que j’ay donné si tard que j’ay pu à l’imprimeur et plutost pour satisfaire à la volonté d’autruy qu’à la mienne, qui ne fut jamais de publier des relations auxquelles on ne peut raconter la chose simplement, avec de la gloire ny autrement, sans blasme. Aussi ne les voulois-je garder que là où je tiens les choses perdues, et pour peu qu’elles plaisent à ceux qni les liront, ce sera toujours plus qu’à celuy qui les a faites.
FIN