V. Princes réels des maisons de Valois, Anjou et Bourbon
1332. Catherine de Valois, fille de l' impératrice Catherine de Courtenay et de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel ; elle même impératrice titulaire de C. P.; seconde femme en 1313 de Philippe d' Anjou-Tarente, prince de Morée, depuis 1307, cessionnaire des droits de la maison de Bourgogne en 1320-1321, réunit le domaine utile de la principauté à la suzeraineté, et devint ainsi princesse réelle
(1) C'est à ces différents que se réfère une lettre de Jean XXII. Comtn. et ewpédit. de la France et de Venise, Mélanges, t. ÎII, p. 47.
(2) Du Cange, Hist. de C. P., t. II, p. 189 Cf. Buchon, Eech. et Mat, t. I, p. 256.
(3) Du Cange, t. II, p. 190; cf. Buchon, t. I, p. 58, 69. Du Cange ne fixe pas la date de cette seconde vente faite à Pbilippe de Tarente. Elle eut lieu vraisemblablement en 1321.
(4) Comm. et expéd. etc., Mélanges, t. III, p. 54, 55. Cf. p. 101-102.
d' Achaïe par le traité qu'elle conclut au mois de décembre 1332, avec son beaufrère Jean d' Anjou, comte de Gravina. A la suite de ce traité, elle alla s' établir à Patras (1), pour surveiller ses intérêts et ceux de son fils, avec le concours, comme bailes, de Bertrand de Baux, seigneur de Courtheson, et du célèbre Nicolas Acciaiuoli, seigneur de Corinthe. Elle mourut à Naples, au mois d'octobre 1346.
Mari, le 30 juillet 1313: Philippe I. er d' Anjou-Tarente, fils du roi Charles II d' Anjou, prince de Morée, à qui elle apporta, par son mariage, le titre impérial et le rang de Philippe II, comme empereur de C. P. Il mourut à Naples, avant sa femme, le 26 décembre 1332.
Enfants: Robert II, qui suit, et autres enfants précédemment enumérés. Voy. p. 14-15.
1346. Robert II d' Anjou-Tarente, fils aîné de l'empereur Philippe II d' Anjou- Tarente et de sa seconde femme l'impératrice Catherine de Valois, despote de Romanie, prince d' Achaïe et de Tarente, comte titulaire de Céphalonie, du vivant de sa mère (2), devint, à la mort de cette princesse, empereur de C. P. (3) titre qu'il porta jusqu'à sa mort, survenue à Naples le 10 septembre 1364 (4). Il eut à défendre quelquefois les intérêt de ses sujets de Morée contre Venise (5). N' ayant pas d'enfants, il légua cette principauté à sa femme, qui lui survécut, en laissant la suzeraineté à son frère Philippe III, avec le titre d'empereur et la principauté de Tarente.
Femme: On avait d'abord pensé à le marier avec Constance d'Aragon, reine de Chypre, veuve d' Henri II (6). Le 9 sept. 1347, il épousa à Naples Marie de Bourbon, fille de Louis I. er de Bourbon, et de Marie de Hainaut, veuve de Guy de Lusignan, prince de Galilée, fils aine du roi Hugues IV de Lusignan, dont elle avait eu Hugues de Lusignan, prince de Galilée, sénateur de Rome, compétiteur momentané du roi Pierre I. er son oncle à la couronne de Chypre. Marie de Bourbon, à qui on avait assuré comme douaire Calamata, Vostîtza et Clarentza, succéda à la seigneurie entière d' Achaïe en 1364, à la mort de son mari.
1364. Marie de Bourbon, déjà dame de Calamata, Vostitza et Clarentza (7), succéda, comme il vient d'être dit, à l'empereur Robert II d' Anjou-Tarente, son mari, dans la principauté d' Achaïe, de concert avec son fils Hugues de Lusignan,
prince de Galilée (8). Ils demeurèrent assez longtemps l' un et Y autre tantôt à Pa-
(1) Cf. Nicéph. Grégoras, cité par Du Cange, Hist. de C. P., t. II, p. 21*7.
(2) Du Cange, Hist. de C. P., t. II, p. 230-231. Dans une lettre du 10 février 1346, antérieure par conséquent à la mort de sa mère, il se qualifie : Robert us, Dei gratta, Bornante despotus, Achaye et Tarenti princeps. Muller, Diplomi Toscani, p. 116.
(3) Du Cange, Hist., t. II, p. 230.
(4) Du Cange, Hist., t. II, p. 262.
(5) Predelli, Commemor., t. II, p. 204, 206, 215, etc. Cf. t. III, p. 19, 23, etc.
(6) Hist. de Chyp., t. III, p. 716, n. 1.
(7) Cf. Du Cange, Hist. de C. P, t. II, p. 263-265.
(8) Du Cange, Hist., t. II, p. 267. Du Cange ajoute que « V impératrice Marie et Hugues de » Chypre, prince de Galilée, son fils, jouirent de la principauté d' Achaïe, tant qu'ils vécurent ».
tras, tantôt en d' autres villes de la principauté. Le 4 mars 1370, par un acte dressé à Naples, Marie de Bourbon, sans renoncer au titre d'impératrice, et en se réservant la baronnie de Calaïuata, abandona d' accord avec son fils Hugues, tous les droits qu' elle avait sur la Morée à Y empereur Philippe III d' Anjou-Tarente, son beau frère (1). On ne sait si cet abandon, dont l'acte authentique n'est point connu, fut bien maintenu par les parties. Marie de Bourbon, après avoir perdu son fils Hugues de Lusignan, en 1383, mourut elle même à Naples en l'année 1387.
Le testament qu'elle avait dicté en cette viile, entre les mois de février et d'avril de la même année 1387, en qualité d'impératrice de C. P. pour instituer comme légataire universel son neveu Louis II duc de Bourbon, grand chambrier de France (2), ne fait nulle mention de l' Achaïe, ce qui expliquerait en le confirmant l' abandon de 1370. Néanmoins Cabaret d' Orville, secrétaire du prince, affirme que son maitre conserva des vues sur cette principauté comme sur le royaume de Chypre ; il dit même que les barons de Morée, avec lesquels le duc s' était mis en rapport, lui avaient promis fidélité, et que Chateaumorand avait rapporté des chartes scellées dans les quelles les Moréotes le reconnaissaient formellement pour seigneur (3). Mais le duc de Bourbon ruourut (19 avril 1401) sans être plus avancé eji cette affaire qu' Amédée de Piémont, son paisible compétiteur, qui continuait à porter le titre de prince d' Achaïe.
1370. Philippe III d' Anjou-Tarente, fils cadet de Philippe II, prince de Tarente, empereur de C. P. suzerain de Morée depuis 1364 (4), date de la mort de son frère Robert II, devint prince immédiat de l' Achaïe en 1370, par suite de la cession que lui consentirent sa belle soeur l' impératrice Marie de Bourbon et son neveu Hugues de Lusignan. Il fit administrer la principauté par des bailes et mourut à Naples, sans laisser d'enfants, le 25 novembre 1373. Ses droits, transmis à son jeune neveu Jacques de Baux, ne furent pas tout d'abord respectés par les feudataires.
Femme, v. 1353 : Marie d' Anjou, veuve du duc de Duras, Charles d' Anjou, morte dans sa 38. e année le 20 mai 1366.
Buchon le pense également [Rech., t. I, p. 258, 286) ; il est difficile de l'admettre cependant, si la renonciation du 4 mars 1370, dont il va être question, est bien certaine, comme la suite des faits autorise à le croire.
il) « En 1370, Hugues et sa mère, par contrat signé à Naples le 4 mars, firent à Philippe » moyennant une forte somme d'argent, abandon de leurs droits sur le Péloponèse, sauf la seule » baronnie de Kalamata. Depuis cette date ils n'intervinrent plus dans les affaires de la pénin- » suie ». M. Schlumberger, p. 305. Je pense que le savant auteur de la Numismatique de l'Orient latin a recueilli ce renseignement important dans les travaux de M. Charles Hopf; et la façon précise dont la renonciation de Marie de Bourbon y est énoncée, de môme que l'enchaînement des faits ultérieurs, autorise à croire que M. Hopf avait vu la pièce môme à Naples. Il eut été bien utile de la donner en entier.
(2) Hist. de Chypre, t. II, p. 407.
(3) « Ceux de Morée n'attendaient que lui ... et Chateaumorand avoit apporté le scellé ». Edit. Chazaud, p. 290. Cf. Hist. de Chypre, t. II, p. 407, n. 1370.
(4) En 1365, suzerain seulement de l' Achaïe, il recevait et prenait peut ôtre le titre de prince d' Acha'ie,en môme temps que ceux de prince de Tareute et d'empereur. Muller, Doc. Toscani, p. 124.
VL Maisons de Baux et de Brunswick. Ordre de V Hôpital. Amédée de
Piémont-Acfiaïe. Pierre de Saint Eccupéry.
1373. Jacques de Baux, fils de François de Baux, duc d' Andria et de Marguérite de Valois, fille de Y impératrice Catherine de Valois, succéda légalement, encore mineur, à son oncle Philippe III, dans son titre d' empereur comme dans ses droits sur les principautés de Tarente et de Morée (1). Mais les barons de Morée, peut être en raison du jeune âge de r héritier, reconnurent pour leur souveraine, en 1374, la reine Jeanne de Napies, mariée à Jacques d' Aragon.
La proclamation de Jeanne ne déposséda pas néanmoins Jacques de Baux de toute autorité en Morée, puis qu'avant la mort de ce prince, survenue à Tarente peu après le 15 juillet 1383, Pierre de Saint Exupéry put se faire reconnaître en Achaïe comme gouverneur général de la principauté en son nom. Jacques mourut en 1387, après avoir institué comme son héritier au trône de C. P. et à la principauté d' Achaïe Louis I. er duc d'Anjou, frère de Charles V, roi de France.
Femme, en 1382 : Agnès d' Anjou- Duras, veuve depuis 1375 de Can délia Scala, seigneur de Vérone, morte sans enfants le 15 juillet 1388.
1376. Othon de Bruns wick-Grûbenhagen, fils aine de Henri Le Grec, duc de Brunswick-Grùbenhagen, quatrième mari de la reine Jeanne de Naplés, reçut de sa femme les principautés de Tarente et de Morée. Ne pouvant occuper cette dernière province comme il l'eut désiré, il ne voulut pas la conserver. L'année même de son mariage, il y appela pour la défendre les chevaliers de Rhodes, se proposant de la leur céder plus tard. Le grand maitre Jean Fernandez de Hérédia repoussa d' abord les Turcs et reprit Patras ; mais battu en 1377, il resta 3 ans prisonnier en Albanie (2). Son absence ne changea pas les projets d' Othon, qui dès l'an
1374. Jeanne L*", reine de Naples, proclamée Princesse d' Achaïe par les barons du pays, nonobstant les protestations de François de Baux en faveur de son fils Jacques. La reine, mariée alors (1364) à Jacques d'Aragon, fils et héritier de T ancien prince d' Achaïe Jacques II de Majorque, se fit représenter en Morée pas un baile. Remariée en 4.* noces le 25 septembre 1376 à Othon de Brunswick-Grùbenhagen, elle donna les principautés de Tarente et d' Achaïe à ce nouvel époux, en se réservant le titre de Princesse d' Achaïe. Elle se qualifiait encore ainsi en 1378, à l'époque où Othon de Brunswick engagea définitivement la Morée à l' ordre de Rhodes.
Jeanne, battue et déposée par Charles III de Duras, fut mise à mort sur l' ordre de ce prince le 2 mai 1382.
(1) Il aurait succédé à son oncle Philippe III dès Tannée 1370, suivant M. Buchon [Rech., t. I, p. 278); ce qui nous parait difficile d'admettre.
(2) Bosio, Stor. ord. geros., 1. III, t. II, p. 126-128.
1378, et peut être en 1377, engagea la principauté pour cinq ans à l'ordre de Rhodes (1).
1378-1382-1389. Les chevaliers de F Hôpital, nonobstant Téloignement de leur grand maitre, qui se prolongea depuis 1377 jusqu' en 1380 (2), furent ainsi durant cinq années seigneurs engagistes de Y Achaïe.
A peine délivré de sa captivité, le grand maitre Hérédia, voulut substituer à T engagement temporaire qui donnait aux chevaliers la faculté d' occuper la Morée la cession absolue de la principauté (3). G' était Y intérêt de la chrétienté et du pays même, par ce qu' eux seuls pouvaient le défendre. Le pape Clémente VII, très favorable au projet, chargea les cardinaux Pierre, prêtre du titre de S. Marc et Guillaume, diacre de Saint Ange, de négocier l' affaire avec la reine Marie de Bretagne, duchese d' Anjou, tutrice et régente du royame de Naples au nom de son fils Louis II d'Anjou, à qui Jacques de Baux avait légué en mourant l' Achaïe et son titre d'empereur. Une vente formelle de la principauté fut signée à cet effet vers Y année 1385, croyons nous (4). Ce traité émut enfin Amédée de Savoie, comte de Piémont, qui prenait le titre de Prince d' Achaïe, comme petit fils de Philippe de Savoie, mari d'Isabelle de Villehardouin, sans avoir encore rien entrepris cependant pour faire reconnaître ses droits en Morée. Il se plaignit au pape. Et Clément VII, voulant éviter de se prononcer sur des questions, encore en litige, révoqua le mandat donné aux cardinaux, et cassa la vente que nous croyons être de 1385, en tant qu' elle pouvait nuire aux droits prétendus par Amédée à la principauté dont il s' attribuait le titre (5). La bulle rendue à cet effet à Avignon, est du 11 avril 1387 (6).
D' autre part, Y ordre de Rhodes tenait pour valable la vente que lui avait consentie la reine Marie au nom de son fils, et le grand maitre ne pouvant encore aller personnellement dans la principauté, chargeait le chevalier Dominique d' Allemagne, commandeur de Naples, de s'y rendre en son nom, avec le titre de Procurateur général et défenseur de la principauté d' Achaïe. Mais la décision prise à cet égard
(1) Cf. Hopf, p. 470; Bosio. t. II, p. 129; Schlumberger, p. 306.
(2) Bosio, Stor. geros., t. II, p. 131 ; cf. Bibl. de V Ec. des Chartes, 1879, p. 526. Délivré de sa captivité et retiré à Avignon, Hérédia composa, vers Tannée 1393, un recueil historique dans lequel est inséré une rédaction de la Chronique de Morée continuée jusqu'à Tannée 1380. Ce précieux récit, retrouvé récemment en Espagne grâce aux investigations de M. de comte Riant, ne tardera pas à être publié. Revue des questions hist., oct. 1880, p. 638.
(3) « Johannes Ferdinandi, magister hospitalis S. Joannis Jerosolimitani, principatum ipsum nomine dicti Hospitalis emere cupiens, certum pretium dare obtulerat ». Guichenon, Pr., t. IV, p. IL« p. 126. Bulle du 11 avril 1387.
(4) La date de ce traité n'est donnée nulle part. Elle ne peut étro antérieure à 1385, puisque Pierre Aicelin de Montaigu fut créé cette année seulement cardinal de S. Marc (Ciaconius, t. II, col. 679). Mais la vente est certaine, le pape en avait vu l'instrument original même : « dictus Prin- » cipatus extitit litterarum ipsarum vigore praefato magistro venditus ». Guichenon, t. IV, p. II. •, p. 126. Bulle du 11 avril 1387.
(5) « Juri, si dicto Amedeo in eodem principatu competebat ». Et plus loin: « in quantum >/ juri hujusmodi praejudicare possunt ». Guichenon, t. IV, p. IL», p. 126.
(6) Elle est dans Guichenon, t. IV, p. IL , p. 126. Cf. Du Cange, Hist. de C. P., t. II, p. 800; Datta, t. I, p. 270; Buchon, Mech. et Mater., t. I, p. 287.
par le grand maitre le 26 septembre 1389 (1), parait être demeurée sans effet, comme les actes précédents, car on voit les barons de Morée, en attendant le règlement des questions de légitimité débattues entre les prétendants à la principauté conserver le conseil de régence, qu' ils avaient institué sous la présidence de Pierre de S. Exupéry, vicaire général nommé par Y empereur Jacques de Baux lui même. Ils gouvernèrent ainsi le pays de 1383 à 1396, sans reconnaître ni le grand maitre de Rhodes ni le comte de Piémont.
Av. 1383. Pierre de Saint Exupéry, nommé dans les textes latins et italiens : Peines de Sancto Superano, Petro de San Superano, surnommé Bordo, ou Bordeaux, du lieu de sa naissance, l' un des chefs des compagnies Navarraises enrôlées par Jacques de Baux pour se défendre contre les Catalans et contre les Turcs. Il gouverna la Morée avec les barons et les> prélats du pays, au moins depuis l' année 1383, dans laquelle mourut l' empereur Jacques de Baux, jusqu* en 1396. Exupéry rappelle expressément l' origine de son autorité dans un traité conclu à Venise en 1391, dont il va être bientôt parlé. Il déclare dans cet acte avoir reçu sa commission et l'étendard du commandement des mains même de l'empereur défunt, Jacques de Baux, légitime héritier des princes de Tarente et d'Achaïe (2). Il y prend les divers titres de vicaire, recteur ou vicaire général d' Achaïe : generalis rector et gubernator principatus Achaïe (3). Les documents français contemporains le nomment le Vicaire (4). Il associait toujours les grands du pays à ses notifications publiques et faisait ainsi libeller ses protocoles : Petrus de Sancto Superano, vicarius et capitaneus generalis, prelati, barones, milites et nobiles ligii principatus AcJuzïe (5).
Sur ces entrefaites, le prince Amédée de Piémont, non content d' avoir protesté contre la vente consentie par le reine Marie de Bretagne, s' était décidé enfin à faire valoir les droits qu'il invoquait sur l' Achaïe d'une manière plus effective. Il se mit en rapport avec les barons du pays et leur demanda de le reconnaître comme prince d' Achaïe (6). Les chevaliers ne purent accéder à son désir (7) ; ils déclarèrent vouloir continuer à gouverner l' Achaïe au moyen du conseil fédératif existant, jusqu' à ce que le légitime héritier de l' empereur Jacques de Baux, souverain du pays, se fut manifesté d' une manière incontestable. Ce sont leurs paroles mêmes : Et sic tenebunt dictum principatum, donec apparebit verus et reclus successor et lieres, qui vere,
(1) Bosio, Stor. gerosol, t. II, p. 138.
(2) « Vigore et auctoritate commissionis sibi focte et vexilli sibi traditi per quondam illu- » strem et inclitum dominum Jacobum de Baucio, imperatorem C. P., verum et rectum dominum, » ex vera et recta linea descendente dicti principatus Achaye et Tarenti principem ». Datta, t. II, p. 271-2.
(3) Datta, t. II, p. 271; Buchon, Rech. y t. I, p. 292.
(4) Guicbenon, t. IV, p. 127; Bucbon, p. 296; Hopf, p. 229.
(5) Datta, t. II, p. 270.
(6) Datta, t. I, p. 270-276, 282, 291.
(7) Le refus résulte de la réponse môme que Saint Exupéry, de concert avec les prélats et les barons de Morée fit à la demande d 1 Amédée, qu'il qualifient seulement prince de Pignerol, le 2 février 1391. Datta, t. I, p. 272; t. II, p. 269; Cf. Bucbon, Rech., t. I, p. 292.
recte et de jure succedere débet in dicto principatu (1). Ils consentirent néammoins à recevoir le comte de Piémont en Morée à titre présomptif, mais ils mirent à son arrivée certaines conditions dont la principale était Y envoi de quelques hommes d' armes nécessaires à la défense du pays. Un traité fut signé à cet effet, à Venise, par les délégués respectifs du prince et des barons, le 5 juin, 1391, sur des bases qui auraient pu amener la reconnaissance définitive d' Amédée (2), si les événements d' Italie et la mort du comte de Savoie (Nov. 1391) dont le concours paraissait indispensable au comte de Piémont, ne lui eussent fait abandonner son projet d' expédition (3). Nul de ses successeurs ne chercha à le réaliser plus tard. Pierre de Saint Exupéry n' espérant plus rien des princes de Piémont, se tourna du côté des rois de Naples dont il rechercha la suzeraineté. Il gouverna l' Achaïe, en leur nom, au milieu d'événements et de guerres généralement malheureuses jusqu'en 1396, année dans la quelle Ladislas remplaça son titre de Vicaire par celui de Prince, en lui conférant en surcroît l' hérédité.
1396. Pierre de Saint Exupéry, déjà capitaine général et vicaire de Morée pour Ladislas, reçut en 1396 la principauté héréditaire de Y Achaïe comme fief relevant de la couronne da Naples (4). La république de Venise le reconnut en cette qualité dès le 10 juillet 1396 (5). C'est certainement de lui qu'il s'agit dans queldocuments de 1401, concernant les incursions des Turcs aux environs des villes vénitiennes de Coron et de Modon, récemment publiés par M. Sathas (6). Il mourut au mois de novembre 1402, ayant, outre le titré de Prince d 9 Achaïe, celui de gonfalonier de l'Eglise romaine en Achaïe.
Femme : Marie Zaccaria, fille de Centurione Zaccaria I. er , seigneur de Chalandritza et autres lieux, descendant des Zaccaria de Chio et de Phocée (7).
Enfants: N. N.
VIL Maison de Centurione Zaccaria.
1402. Marie Zaccaria, femme du prince Pierre de Saint Exupéry, lui succéda comme régente de la principauté, au nom de ses enfants mineurs, et porta le titre de Princesse d' Achaïe. En 1404, Ladislas, abusant peut être de son droit de suzeraineté, dépouilla ces enfants de la principauté et la donna à leur cousin Centurione Zaccaria II, que l' on croyait plus en état de la défendre.
1404. Centurione Zaccaria II, fils du connétable Andronic Asan Centurione
(1) Datta, t. II, p. 272.
(2) Datta, t. II, p. 270; Buchon, JRech., t. I, p. 293-295. Dès 1389, Amédée s'était assuré à Venise les moyens de se rendre en Morée. Convenzione con Amedeo di Savoia, principe d'Acata, pel suo passaggio in Morea. Predelli, Commemoriali, t. III, 203.
(3) Datta, t. I, p. 282, 291. Cf. Buchon, JRech. et Mater., t. I, p. 286-300.
(4) Cf. Hopf, p. 502; Schlumberger, p. 307.
(5) Schlumberger, p. 307.
(6) Doc. inédits sur Vkist. de Grèce, t. II, p. 30. fi) Hopf, p. 502.
Miscellanea, Les princes de Morée etc. 4
Zaccaria, seigneur <T Arcadia (1), devenu baron de Chalandritza à la mort de Centurione I. er son père, fut investi de la principauté <T Achaïe par le roi Ladislas le 20 avril 1404. Il se rendit désagréable sans doute à la population et au roi Ladislas lui même, car ce prince pensait en 1406 à transférer la Morée au sire de Beyrouth, Janot de Lusignan, fils naturel du prince d' Antioche, frère du roi Pierre I. er de Lusignan, qui se trouvait alors en Europe (2). Ce dessein prit même quelque notoriété et les habitants de la Morée ne dissimulèrent pas la satisfaction qu' ils en éprouvaient. Il n'eut néanmoins aucune suite. La république de Venise sans aller jus qu'à l'approuver n'y faisait cependant aucune opposition ; et l' on voit même en 1405 qu' elle saisit l' occasion de témoigner à l' ambassadeur de Centurione le peu de cas qu' elle faisait de son maitre (3). Mais ses sentiments changèrent complètement par la suite. En 1407, 1408 et 1409 on voit la république en excellents termes avec le Prince d' Achaïe (4). Bien plus, en 1411, Centurione ayant consenti à abandonner aux Vénitiens le château de Zonchio, qui se trouvait dans le voisinage de Modon, avec quelques autres positions, il conquit leur amitié ; la république le prit sous sa protection, le déclara noble vénitien, lui et ses enfants, et leur donna l' entrée au grand conseil dès l'époque de leur majorité (5). Un de ses frères, Etienne Zaccaria, archevêque et baron de Patras, avait cédé la Seigneurie de la ville à la république en 1408 (6). La protection vénitienne ne put toutefois sauver Centurione. Attaqué et battu par Thomas Paléologue, frère du despote de Sparte, il perdit l' Achaïe, de 1428 à 1430 et ne conserva plus que le titre de prince avec la baronnie d' Arcadia. Il mourut en 1432.
Cette date marque la fin de la puissance des Latins en Morée. Les Grecs qui les remplacèrent s'y maintinrent encore 28 ans, jusqu'à la conquête turque, en 1460 (7).
Femme : Créûse de Tocco, fille de Léonard II de Tocco, seigneur do Zante.
Enfants (8): 1. Catherine Centurione Zaccaria, héritière titulaire de l' Achaïe, que Thomas Paléologue épousa en 1430, pour légitimer auprès des populations sa conquête de la principauté. Catherine mourut le 6 août 1462, et Paléologue le 12 mai 1465.
(1) Il était petit fils de Martin Zaccaria, seigneur de Chio.
(2) Sathas, Doc. sur Vhist. de la Grèce, t. I, p. 15. (S) Sathas, t. II, p. 133.
(4) Sathas, t. II, 168, 189, 193, 211, 229.
(5) Venise, 27 janv., 1410; Sathas, t. II, p. 39.
(6) Sathas, t. II, p. 30. En 1422, l'archevêque de Patras s'était rendu à Venise au nom du prince d' Achaïe son frère et en même temps que les envoyés des Despotes grecs de Mistra et Janina, pour renouveler les trêves existant avec la république. Sathas, t. II, p 127-128. Cf. 151.
(7) Schlumberger, p. 308.
(8) Le 11 octobre 1423, le Sénat de Venise donnait quelques ordres aux châtelains de Coron et de Modon à la suite d'une démarche de l'ambassadeur do Centurione: Magnifici domini Centurionis Zacharie, principis Achaïe, qui avait été chargé d'exprimer au Sénat le désir du prince de vivre comme bon fils et serviteur de la Seigneurie. Centurione recommandait & la bienveillance de la république sa personne, ses états et ses enfants filios. Sathas, Doc. sur la Grèce, t. II, p. 154.
DE MORÉE OU D* ACHaIe 27
2. Enfant naturel: Jean Asan, qui, emmené prisonnier par Thomas Paléologue lors de la chute de son père, parvint à s 1 évader et à se faire proclamer Prince d' Achaie, à ^Etos, en 1454, sous le nom de Centurione (t). Venise Y aurait facilement soutenu et reconnu (2). Mais ses succès durèrent peu et il fut obligé de se retires sur les terres de la Seigneurie. En 1456, il vivait à Modon d'une pension que lui servait la république (3). Il mourut après 1457.