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Les princesses artistes

A ces époques privilégiées où l'amour du beau se répandait dans tous les mondes et surtout à la cour, lorsque d'illustres amateurs cherchaient à rivaliser avec les artistes, il s'est rencontré plus d'une fois des princesses et même des reines qui, prises d'une noble envie, ont voulu s'initier quelque peu aux secrets de l'art. De nos jours aussi, nous avons vu d'aimables et entreprenantes personnes, du plus haut rang et issues de sang royal, manier le pinceau, tenir le crayon, saisir le burin ou l'ébauchoir. Ces princesses contemporaines ont laissé leurs

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œuvres circuler dans un petit groupe d'intimes; elles ont recueilli les applaudissements de leurs familiers; subissant même les exigences des temps nouveaux, elles n'ont pas craint d'affronter par moments la publicité, et, qu'elles aient ou non dissimulé leur signature, elles ont fini par laisser reproduire leurs œuvres et par prendre part à quelques-unes de nos expositions.

Il n'est certes pas d'aussi agréable fantaisie pour toutes celles qui sont nées à côté du trône, que de se laisser aller à la passion de la peinture, de la gravure ou du dessin, quel que soit le point où cette passion peut conduire. Une princesse est toute préparée par son éducation au sentiment de l'art. Il lui a été facile de s'entretenir avec les maîtres, de connaître leurs jugements et de recevoir leurs conseils. Parfois, un artiste célèbre a reçu la mission de donner des leçons aux enfants d'un roi. Une petite princesse qui s'exer-

çait à peine, a eu sa main guidée par un grand peintre qui lui a enseigné à retracer avec goût une image et à rendre agréablement les impressions qu'elle recevait de la nature. Comme ces débuts, comme cette première instruction étaient pour elle chose aisée! Comme elle devait prendre plaisir à triompher des obstacles qui auraient pu la rebuter!

Sans doute, il n'a pas été donné aux princesses qui devenaient artistes, de produire des chefs-d'œuvre comparables à ceux des grands maîtres dont elles aimaient le talent.

Elles n'ont pas enrichi nos musées de morceaux qui étonnent. On dit qu'une reine peut tout ce qu'elle veuf, lorsqu'une petite fille vient à naître dans un palais, on est porté à croire que les fées bienfaisantes se réunissent autour de son berceau pour la doter; il n'est pourtant pas d'exemple qu'un enfant de famille régnante ait reçu le génie de l'art.

Les princesses qui avaient obéi à

leur inclination, et chez lesquelles se révélaient des qualités naturelles, devaient atteindre seulement à une certaine habileté d'expression.

Mais quel précieux passe-temps a été, avant tout, pour elles la pratique des arts, au milieu des ennuis, de la vie oisive des cours, au lendemain des fêtes fastueuses et des solennités où rétiquette n'est plus qu'un tourment I Quand elles se sont retirées dans leur atelier, dans leur cabinet de travail, elles se sont abandonnées à ce facile et doux enchantement qui se mêle à la création d'une œuvre, et elles ont oublié les intrigues, le bruit, les agitations inséparables de la grandeur.

Quelques-unes de ces princesses étaient, notez-le bien, des natures artistes, des âmes ouvertes au sentiment. Quand elles poursuivaient une idée, quand leurs doigts fixaient une impression ou un souvenir, elles étaient les proches parentes de ces femmes gracieuses qui ont eu, à

côté du rang suprême, le loisir d'aimer les lettres, de composer des romans ou de s'essayer à la poésie.

Elles se sont honorées en recherchant des distractions délicates, et elles ont honoré l'art , en y consacrant une part de leur existence.

On raconte qu'un souverain a ramassé le pinceau qu'avait laissé tomber un illustre peintre; elles ont fait mieux, elles ont gardé, pour s'en servir , l'outil que quelque artiste leur avait abandonné. Elles méritaient bien de goûter les satisfactions que l'art prodigue à tous ses adeptes. Ne nous plaignons pas si Ton a un peu exagéré leur talent, et sans vouloir imiter les éloges que leurs courtisans leur ont adressés, gardons-nous de mettre par trop en doute la gloire aimable et légère qu'elles ont acquise, et qu'il ne faut pas leur disputer.

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