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LA MAISON DE BOURBON

Dans la Maison de France,, les reines et les princesses ont commencé à aimer les arts, au temps des Valois, et lorsque l'Italie nous conviait à admirer tant de chefs-d'œuvre.

Cet amour devint de plus en plus vif, à mesure que la famille royale avait plus de puissance. Le goût du dessin s'était introduit chez les Bourbons ; on peut citer certaines périodes où dauphins et dauphines, fils de France, enfants légitimés, tous apprenaient également à dessiner, et même à graver, d'après des tableaux de l'école italienne ou d'après des vues d'Israël Silvestre.

En 1754, en plein règne de Louis XV, le garde du Cabinet des

estampes reçut l'ordre de former un recueil qui devait comprendre les dessins de la famille royale. C'était déjà une collection importante, qu'il était utile de conserver et de léguer aux héritiers des Bourbons. Pour n'être point trop exclusif, et pour faire honneur aux souverains étrangers, le Roi commanda de recueillir les œuvres de ces derniers, dans le même volume. Des dessins de Louis XV enfant, devaient même y trouver place; en 1770, le garde du Cabinet, Joli, reçut d'un avocat au Parlement qui les tenait de l'abbé Pérot, instituteur de Sa Majesté, cinq croquis à La plume, faits par le Roi, à l'âge de sept ans — et représentant deux chiens et des maisonnettes.

Quelle est la reine de France, la princesse qui, la première, s'est exercée à une œuvre d'art? On aimerait à s'arrêter à des hypothèses. Peutêtre, à la cour de François lor ou de Henri II, quand la mode descravons

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était en faveur, a-t-on vu quelque haute dame qui tenait de près au Roi, esquisser des portraits à trois couleurs. Quoi qu'il y ait à dire ou à supposer, il faut s'en tenir à des preuves convaincantes. On trouve, tout au moins, en dépassant le xvie siècle, à s'attacher à un grand nom, celui de Marie de Médicis. Il n'est pas de figure plus éclatante, pour qui veut commencer l'histoire des princesses artistes, sans remonter à des temps obscurs et à des origines lointaines.

Comme Marie de Médicis posait un jour pour Philippe de Champaigne, qu'elle venait d'occuper aux travaux du palais du Luxembourg, elle lui fit présent d'une estampe qui était son œuvre. Elle l'avait signée:

Maria MediciF. MDCXXVIL Cette gravure était faite naturellement pour être placée dans le recueil royal du Cabinet des estampes, et c'est le sort qui lui fut réservé.

On lit, au bas de cette pièce, ces

mots qui équivalent à un témoignage d'authenticité : « La planche de cette estampe a été gravée par la reine Marie de Médicis, qui la donna à M. Champaigne, dans le temps qu'il la peignait, lequel Champaigne a écrit derrière la planche ce qui suit : (( Ce vendredi, 22 de février 1627, la reyne mère Marie de Médicis m'-a trouvé digne de ce rare présent fait de sa propre main. — champaigne.»

Cette estampe royale représente la Reine elle-même, dans la fleur de ses seize ans; on dirait une jeune fille de l'école lombarde. C'est un joli portrait en buste; Marie de Médicis porte des cheveux nattés formant une légère inflexion sur les tempes, et recouverts d'une sorte de coiffure à la romaine. Cette gravure fut sans doute exécutée par la Reine, d'après quelque portrait d'un artiste florentin : elle conserve pour nous un aspect archaïque ; les tailles sont noires, épaisses, surtout sur le cou et la joue. La Reine a mené à

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bien son œuvre, et pourtant, elle y a laissé un peu de lourdeur, bien qu'elle ait certainement rendu avec charme l'original.

On a attribué à Marie de Médicis quelques autres gravures sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister, l'attribution ayant été contestée.

Lorsque Rubens a peint son enfance et son éducation, dans une de ses grandes toiles allégoriques, il a placé aux pieds de la Reine des instruments de peinture, de sculpture et de musique. La Reine fit donner par Vouer des leçons de peinture à Louis XIII, et Ton sait que le Roi apprit à se servir aisément du pastel et des crayons; il s'amusait à faire, à la façon des Du Monstiers, les portraits de ses plus intimes courtisans.

Si l'on veut chercher encore la trace du sentiment des arts dans la descendance directe de Marie de Médicis, on trouvera que la fille de Gaston d'Orléans, Mademoiselle, la grande Mademoiselle , reçut quel-

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ques leçons de Mignard, pendant que celui-ci était élève de Vouet. Mignard avait alors vingt-cinq ans.

Mademoiselle, nature inquiète et fougueuse, n'était point portée cependant à prendre goût à la peinture ou au dessin. On sait qu'elle a écrit des mémoires, et, à ce compte, on pourrait plutôt imaginer qu'elle avait en elle le génie de l'historien.

C'est de la Régence que semble dater la passion de l'art chez les grands et qu'elle arrive chez eux à son plus haut degré. Le Régent est graveur et illustre de son burin Daphnis et Chloé ; il est peintre, il exécute quelques tableaux, entre autres une Antigone, et Coypel lui dit un jour, en habile courtisan :

« Tous les peintres doivent s'estimer heureux que vous soyez un si grand seigneur, car si vous étiez un homme du commun, vous les surpasseriez tous. »

Plus d'un amateur de qualité suit l'exemple de Philippe d'Orléans;

Louis de Bourbon, comte de Clermont et prince du sang, s'exerce à reproduire ou à composer de petits sujets, figures ou paysages, qu'il termine d'un trait bref et un peu superficiel. Un autre membre de la même famille , Louis-Charles de Bourbon, comte d'Eu, grave une jolie petite pièce, une Moissonneuse.

Le goût des arts s'introduit enfin dans la branche des Condé, où il sera représenté par plusieurs prin cesses.

Vers la fin du règne de Louis XIV, quelques grandes dames avaient pris la palette et les pinceaux. Il convient de citer, entre autres, Louise Hollandine, sœur de la duchesse de Hanovre, qui, après une vie assez dissipée, se livra toute à la piété et devint abbesse de Maubuisson. La duchesse d'Orléans, seconde femme de Monsieur et mère du Régent, a parlé d'elle dans ses lettres, Madame nous apprend qu'elle peignait, à l'âge de soixante-dix-sept ans, un

très beau tableau pour sa sœur/' rélectrice de Brunswick. Ce tableau était le Veau d'or, d'après Poussin.

Une des filles du Régent, celle qui devint abbesse de Chelles, avait peint quelques toiles et modelé des portraits en cire, d'après Benoist.

Quand elle eut renoncé au monde, elle peignit des sujets religieux : elle suivaitainsil'exemple qu'avait donné l'abbesse de Maubuisson: la peinture, semble-t-il, s'accommodait souvent, à ce moment, avec la religion.

Voici mieux, enfin, voici une reine de France qui prend le pinceau, se donne un maître de peinture et de dessin, et compose des tableaux dans une des salles du palais de Versailles. Marie Leczinska, lorsqu'elle vivait avec son père Stanislas, dépossédé du trône de Pologne, avait appris la musique et le dessin. On sait qu'elle avait toutes les qualités des princesses pauvres , si elle ne pouvait prétendre à la beauté. Son carac-

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tère était doux et égal et son esprit cultivé.

Stanislas aimait les arts : devenu duc de Lorraine, il prodigua à Nancy ces merveilleux embellissements qui perpétuent son souvenir.

Marie Leczinska tenait de lui ; elle avait adopté ses goûts. Lorsqu'elle se vit abandonnée par le Roi, plus jeune qu'elle et passionné pour les plaisirs, elle se résigna à son sort, s'entoura d'un cercle de personnes dévouées, et, pour se distraire et se consoler, elle se mit à la peinture.

Marie Leczinska travaillait assez régulièrement et avec conscience ; mais elle ne devait guère révéler de qualités d'artiste. La peinture était avant tout, pour elle, une occupation. Elle avait, dans les petits appartements du palais, son cabinet d'études qu'elle avait fait arranger à son goût et qui s'appelle aujourd'hui la Bibliothèque blanche. Si nous voulons savoir comment procédait Marie Leczinska, nous n'a-

vons qu'à relire un passage des Mémoires de madame Campan.

« La Reine, dit madame Campan, aimait Fart de la peinture et croyait savoir dessiner et peindre; elle avait un maître de dessin qui passait toutes ses journées dans son cabinet. Elle entreprit de peindre quatre grands tableaux chinois , dont elle voulait orner un salon intérieur , enrichi de porcelaines rares et de très beaux meubles de laque. Ce peintre était chargé de faire le paysage et le fond des tableaux, il traçait au crayon les personnages ; les figures et les bras étaient aussi confiés à son pinceau; elle ne s'était réservé que les draperies et les accessoires. La Reine, tous les matins, sur le trait indiqué* venait placer un peu de couleur rouge, bleue ou verte, que le maître préparait sur sa palette, et dont il garnissait chaque fois son pinceau, en répétant sans cesse : « Plus haut, plus bas, Madame; à droite, à

gauche!... Après une heure de travail, la messe à entendre, quelques autres devoirs de piété ou de tamille appelaient Sa Majesté, et le peintre mettait des ombres aux vêtements peints par elle ; enlevant les couches de peinture ou elle en avait trop placé, il terminait les petites figures. L'entreprise finie, le salon intérieur fut décoré de l'ouvrage de la Reine, et l'entière confiance de cette vertueuse princesse que cet ouvrage était celui de ses mains, fut telle que, léguant ce cabinet à madame la comtesse de Noailles, sa dame d'honneur, les tableaux et tous les meubles dont il était décoré, elle ajouta à l'article de ce legs : « Les tableaux de mon )) cabinet étant mon propre ouvrage, » j'espère que madame la comtessede )) Noailles les conservera par amour » pour moi. » Madame de iNoailles, depuis maréchale de Mouchy, fit construire un pavillon de plus à son hôtel du faubourg Saint-Germain

pour y placer dignement le legs de Ja Reine, et fit graver, en lettres d'or, sur la porte d'entrée, l'innocent mensonge de cette bonne princesse. »

D'autres renseignements nous sont apportés par l'abbé Proyart qui s'est fait l'historiographe de la Reine. Les mémoires de madame Campan sont bien préférables à cette histoire composée par un prêtre qui parle de Marie Leczinska, comme s'il s'agissait de madame de Chantai; mais les détails que nous livre l'abbé Proyart ont leur valeur pour l'histoire intime de l'excellente et vertueuse reine de France.

L'abbé raconte d'abord que Marie Leczinska avait une merveilleuse dextérité pour tous les ouvrages de main qui conviennent à son sexe.

« Son cabinet, dit-il, était orné d'un meuble complet qu'elle avait fait elle-même. » Au sortir de son dîner, après avoir donné quelques audiences, elle aimait à se retirer

dans son appartement où elle s'amusait à jouer de quelque instrument et à peindre au pastel. Elle avait encore une autre distraction, si l'on s'en rapporte à l'abbé Proyart ; elle aimait à faire usage « d'une petite et fort jolie imprimerie. » Elle fit même présent un jour au Dauphin qui l'avait raillée sur cette imprimerie clandestine, d'une collection d'ouvrages sortis de ses presses. Revenons aux tableaux de la Reine , que l'abbé semble avoir vus. C'étaient des sujets de dévotion dont elle faisait présent à des communautés ou à des personnes pieuses. Elle en avait formé une collection, « un cabinet entier que son testament réserva à unedame d'honneur » Cettehéritière n'est autre évidemment que la comtesse de Noailles, dont nous a parlé madame Campan.

Que sont devenus ces tableaux de Marie Leczinska ? Si la Reine a donné à des églises ou à des cou-

vents quelques tableaux religieux , il est probable qu'elle ne les avait pas signés. Au musée de Versailles, nous retrouvons une copie d'après un tableau d'Oudry, qui appartient au Louvre. Cette toile est bel et bien signée Marie Lecpnska, reine de France, fecit ij53. Cette signature fait toute la valeur du tableau.

Au Cabinet des estampes, on peut relever une gravure, en fac-similé, exécutée d'après une copie de la Reine qui avait reproduit, une tête de vierge de Vien. Cette gravure est de François, graveur du roi de Pologne, duc de Lorraine. François est l'inventeur d'une manière de graver qui imitait le maniement du crayon. Il rendait, avec la plus grande exactitude, la physionomie d'un dessin, aux crayons de couleurs, au bistre ou à la sanguine.

Il a reproduit en bistre la copie de la Reine ; on peut supposer qu'il en a déguisé les faiblesses et affirmé les qualités.

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La Reine n'était point seule à cultiver les arts, à côté de Louis XV.

Madame de Pompadour, on le sait, gravait de charmants, sujets que Boucher revoyait et auxquels il ajoutait les grâces de son talent et la fermeté qui leur manquait. Singulier rapprochement, la reine de la main gauche et la véritable souveraine suivaient toutes deux le même penchant, et la favorite, il faut en convenir, triomphait de l'épouse.

L'amour que Marie Leczinska professait pour la peinture l'engagea à faire donner des leçons à ses filles. Une femme artiste, oubliée aujourd'hui, Madeleine Basseporte, peintre en titre du Jardin du Roi, enseigna à Mesdames de France à dessiner et à colorier des fleurs.

Mesdames Henriette, Adélaïde, Victoire, peignaient avec assez de facilité. Madame Guiard, nommée peintre de ces deux dernières princesses, jeta parfois un regard bien-

veillant sur quelques-unes de leurs compositions. Ce fut, en somme, une sortedetradition artistique constituée dans la famille de Louis XV, tradition qui se transmit plus tard à deux petites-filles de Marie Leczinska , Madame Louise - Marie- Thérèse de Parme, fille de Madame Infante, et Madame Clotilde, sœur de Louis XVI, qui devint princesse de Piémont.

Madame Louise a signé Ludovica Maria feeit, anno 1762, un petit paysage qui fut donné à la bibliothèque du Roi, par la comtesse de Baschi, femme de l'ambassadeur de Venise. Celle-ci tenait de la princesse, elle-même, ce dessin qu'elle avait reçu comme une marque de distinction. Quant à Madame Clotilde, avant de partir pour le Piémont, elle vint visiter, le 12 octobre 1773, les collections du Cabinet des estampes, avec Mademoiselle de Condé qui dessinait à la sanguine et au crayon et peignait

de charmants paysages. Madame Clotilde ne s'arracha qu'à grand' peine à la contemplation desœuvres de tout genre qui passaient devant ses yeux à la bibliothèque du Roi Elle ne put se dispenser de faire hommage à son tour, pour l'album de dessins royaux, d'un croquis à la plume représentant la vue lointaine d'un château, bâti au milieu d'un lac et auquel on arrive par un pont de bois.

Sous la Révolution, il était difficile aux princesses de la Maison de France de se livrer en paix aux études que l'amour des arts leur avait inspirées Au milieu des bouleversements de la société, adieu les pures jouissances de l'esprit, adieu la peinture et le dessin !

Les membres de la famille des Bourbons, qui avaient échappé à la Terreur, avaient émigré. Mesdames Adélaïde et Victoire s'étaient réfugiées en Italie et elles vivaient à Rome ou à Naples où madame Vi-

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gée-Lebrun qui émigrait, elle aussi, en emportant ses pinceaux, devait les rencontrer. A Turin, Mesdames avaient retrouvé Madame Clotilde de Piémont — la sœur de Louis XVI. Depuis la mort du roi de France, elleavait renoncé au monde.

Madame Vigée Lebrun, qui Ta vue à Turin, nous raconte dans ses Mémoires, dans quel état elle l'avait trouvée. Cette princesse s'était fait couper les cheveux ; elle avait sur la tête un petit bonnet, le plus simple du monde. Elle avait beaucoup maigri, elle dont l'embonpoint réellement prodigieux lui avait valu le surnom de Gros-Madame, et se désintéressant de tout, elleavait refusé à madame Vigée de se laisser peindre par elle.

Les jeunes princes de la famille d'Orléans s'étaient aussi éloignés, peu de temps avant la fin lamentable de leur père. Madame de Genlis avait emmené avec elle, à Zug, Mademoiselle d'Orléans, Louise-

Adélaïde, er, pour occuper la jeune princesse, elle la faisait dessiner et peindre. « Nous n'avions pas de livres, dit-elle dans ses Mémoires, niais j'avais beaucoup d'extraits et nous en lisions tous les jours. Elle peignait trois heures, jouait autant de temps avec moi de la harpe et comme j'avais un piano, je lui en donnais des leçons. » Les princes d'Orléans ont presque tous aimé à dessiner quelques croquis, à colorier quelques compositions ; c'est une véritable hérédité de goûts de père en fils. On retrouve au Cabinet .des estampes une aquarelle de Louis , duc d'Orléans , premier prince du sang ; c'est le fils du Régent. Louis- Philippe-Joseph gravait à l'eau-forte ; on sait qu'il se plaisait aussi à composer des croquis satiriques. Louis-Philippe , alors duc de Chartres, s'est mis à dessiner pendant les années d'exil; Antoine- Philippe , duc de Montpensier, a signé, en i8o5, des vues

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des environs de Benham, en Angleterre. Quant à Louise-Adélaïde, Télève de madame de Genlis, elle ne paraît s'être occupée de peinture que d'une façon intermittente. Il faut arriver à la princesse Marie, pour trouver un véritable talent d'artiste dans la famille d'Orléans.

Après la Restauration, la passion des arts devait se montrer de nouveau dans la famille des Bourbons.

La duchesse de Berry avait reçu, à Naples, dans sa jeunesse, quelques leçons de dessin. Son mari, le duc de Berry, éprouvait un vif amour pour les arts et il avait lui-même fait plus d'un croquis en amateur.

La duchesse dessinait le paysage; le duc la décida à quitter le crayon pour le pinceau; il guidait sa main, surveillait ses ébauches et passait des heures entières à peindre auprès d'elle.

La duchesse de Berry aimait surtout à se livrer à la peinture ou au dessin, quand elle se trouvait à son

château de Rosny. Tous les étés, elle venait s'y reposer de l'étiquette de la cour. Elle vivait, avec une grande simplicité, dans ce domaine acheté en 1818, et qui avait appartenu à Sully. Emportant un album avec elle, elle dessinait des sites, des vues du parc, des coins de taillis, des pelouses et des pièces d'eau. Quelques croquis de la duchesse de Berry ont été lithographiés ; entre autres, deux vues du château de Rosny. La duchesse a rendu, non sans une certaine justesse d'observation, l'aspect du bâtiment, l'élégance de l'architecture et la beauté des jardins qui l'environnent. Mais ces œuvres n'offrent rien de bien original. Il semble que la duchesse, imagination impressionnable, nature romanesque, aurait dû chercher on ne sait quoi de plus caractéristique et de plus osé.

On peut supposer que la duchesse de Berry s'est représentée elle-même dans un de ces croquis de Rosny :

on y voit un groupe de jeunes femmes qui dessinent, au premier plan, la tête à demi enveloppée d'un grand chapeau de paille. Ces deux dessins sont signés : Marie-Caroline fecit

La Révolution de i83o survint; la duchesse, trompée par l'ardeur de son esprit, partit pour sa malheureuse expédition de Vendée et expia cruellement son erreur au château de Blaye. Enfermée dans la citadelle, livrée aux angoisses les plus douloureuses qu'une femme pût subir, elle dut saisir plus d'une fois le crayon, pour faire diversion aux réflexions qui la poursuivaient. De cette époque, date sans doute, une curieuse lithographie, signée C***, où la duchesse s'est représentée elle-même, regardant le buste de son fils.

La duchesse de Berry avait fait enseigner de bonne heure le dessin à sa fille Louise, qui devint plus tard duchesse de Parme, et à son rils Henri : elle avait dirigé ses en

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fants elle-même. Le comte de Chambord s'était mis avec plaisir à ce travail; en i83o, peu de temps avant la Révolution de Juillet, il exécutait une vue de Santa-Maria di Porto Salvo, à Naples. Ce dessin rappelle ceux de sa mère ; les épreuves sont signées Henri i83oet ont été tirées à Saint-Cloud « sur la presse de monseigneur le duc de Bordeaux. » Qui sait jusqu'à quel point ce croquis était l'œuvre du jeune prince âgé à peine de dix ans ? On peut l'attribuer en grande partie à la duchesse de Berry.

Le comte de Chambord a exécuté un peu plus tard, après la chute de la monarchie, un autre croquis qui porte pour titre : Aies amours, toujours, titre emprunté, on le devine, à la romance de Chateaubriand .

Le prince a représenté, dans ce dessin, une tête de grenadier de la garde royale, portant sur son bonnet à poil, une plaque semée de fleurs de lis. La duchesse de Berry

aimait à montrer cet essai de son fils aux fidèles qui venaient à Holyrood. Un député légitimiste, le vicomte de Conny, a raconté dans les journaux du temps qu'il était venu saluer dans cette résidence le jeune prince et que celui-ci lui avait dit : «Je vous donnerai un de mes dessins; c'est un grenadier de la garde. Qu'ils étaient beaux ces grenadiers ! Ils m'aimaient et je les aimais bien ! »

Ce sujet royaliste, œuvre de l'héritier du trône, eut un certain succès dans les salons du faubourg Saint- Germain, sous le règne de Louis- Philippe, et même au début deTEmpire. Il a beaucoup circulé dans quelques grandes familles : bien des douairières l'ont considéré avec émotion; bien des jeunes filles l'ont reproduit, les unes au crayon, les autres à l'aquarelle. Il est inutile d'ajouter qu'on a transporté plus d'une fois sur une broderie le profil de ce grenadier légitimiste. lia fait

partie des images populaires et symboliques, qu'on peut retrouver en feuilletant le livre des souvenirs de la Royauté.

La princesse Marie d'Orléans, fille du roi Louis-Philippe, est une sympathique figure et son nom est entouré d'une auréole mélancolique.

Au moment où elle tenait le ciseau du statuaire, elle appartenait à une maison régnante; et pourtant, cette princesse nous apparaît en tout comme une artiste; on pourrait s'imaginer, réellement, qu'elle avait embrassé la carrière des arts.

Elle se plaisait à vivre à l'écart, à s'enfermer dans son atelier de Neuilly. Nature délicate et réservée, on lui reprochait au Château de ne point se mêler aux conversations; au fond, elle était timide et aimait à s'absorber dans sa rêverie.

Lorsqu'elle mourut, en 1839, à vingt-six ans, elle avait passé, comme une vision idéale de l'art, dans sa famille qui devait être dou-

loureusement frappée par le deuil.

On se rappelle les vers qu'Alfred de Musset lui a consacrés, dans ses stances sur le i3 juillet :

Quand cet esprit charmant, quand ce naïf génie Qui courait à sa mère au doux nom de Marie, Sur son œuvre chéri penche son front rêveur, Et pour nous peindre Jeanne interrogeant son

[cœur.

A la fille des champs qui sauva la patrie. Prête sa piété, sa grâce et sa pudeur.

Alors ces nobles mains qui du travail lassées Ne prenaient de repos que le temps de prier, Ces mains riches d'aumône et pleines de pensées , Ces mains où tant de pleurs sont venus s'es-

[suyer,

Frissonnent tout â coup et retombent glacées; Le cercueil est à Pise ; on va nous l'envoyer.

Marie d'Orléans était mariée depuis deux ans avec le jeune duc de Wurtemberg, lorsqu'un mal qui ne pardonne pas, une affection de poitrine, l'atteignit à la suite de ses couches. Elle avait donné le jour à un fils; peu de temps après cette naissance, elle se sentait languir

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à Neuilly. Elle voulut partir pour l'Allemagne et aller à Fantaisie, maison de plaisance du duc de Wurtemberg, où elle aimait à séjourner.

Les médecins lui ordonnèrent de passer l'hiver en Italie. A son arrivée à Pise, elle avait encore eu le temps de faire quelques copies d'après des fresques; mais bientôt la maladie la retint impuissante. Dans son agonie, elle avait demandé un crayon pour dessiner. Elle s'écria :

« Mes mains sont trop raides, il faut que j'y renonce 1 » Elle mourut sans avoir abandonné la pensée de l'art.

Avant de savoir correctement dessiner, la princesse Marie avait annoncé ses dispositions, en crayonnant des croquis d'histoire, en composant des sujets empruntés à des ballades sentimentales ou héroïques.

Les gloires et les désastres de l'Empire avaient • frappé son imagination où s'étaient éveillées des inspirations patriotiques. Le buste de Napoléon Ier était placé dans son

cabinet de travail, elle lisait les récits de ses campagnes et, dans de nombreux dessins, elle retraçait ses souvenirs guerriers.

Louis-Philippe avait donné pour maître à ses enfants, Ary Scheffer.

Celui-ci dirigea la main de la princesse encore indécise et timide, et lui donna des leçons de peinture et de sculpture. Madame Marjolin, fille du peintre, possède un excellent dessin qu'Ary Scheffer a exécuté d'aprèsson élève, et où il nous a montré la princesse dans son application studieuse, vêtue de sa robe de travail. Quand Marie d'Orléans se décida pour la sculpture, le peintre de Marguerite avait formé son esprit et l'avait entraîné à la recherche de l'idéal qui était le sien.

Excellent maître, après tout, pour une princesse qu'Ary Scheffer. Il lui apportait, sinon l'exemple d'une exécution vigoureuse et d'un style pénétrant, du moins des idées nobles et élevées. Il pouvait éveiller son

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imagination, et lui donner des inspirations littéraires. Ary Scheffer n'était pas, au reste, un peintre de cour ; son enseignement était sérieux, et son esprit séduisait par ses tendances philosophiques.

Quelles sont les compositions qui nous restent de la princesse? La Jeanne d'Arc, du Musée de Versailles, est son morceau le plus populaire : statue élégante et correcte, noble et simple et où l'on retrouve une création de jeune fille. L'héroïne incline un peu la tête et baisse les yeux ; elle n'est point encore accoutumée à porter cette épée qu'elle serre avec un geste patriotique dans ses deux mains. Cette épée semble une grande croix plutôt que l'arme qui va délivrer Orléans et sauver la France. Jeanne d'Arc est pourtant bien résolue, dans sa vocation guerrière, et ses pieds chaussés de fer sont posés avec fermeté sur le soi de la patrie qu'elb doit reconquérir.

La figure de Jeanne paraît avoir vivement préoccupé Ja princesse Marie ; elle a représenté l'héroïque fille de Domremy dans une autre composition qui répond à une conception toute différente. Jeanne d'Arc est à cheval; elle vient de frapper un ennemi et de répandre le sang pour la première fois. Après cette action, elle est en proie à des sentiments opposés ; c'est un soldat anglais qu'elle a abattu, elle vient de se prouver à elle-même la force de son bras; mais, troublée par la vue de son adversaire expirant, elle se laisse aller à un mouvement de pitié, bien naturel et bien féminin.

Marie d'Orléans, dans sa défiance d'elle-même, aimait à garder et à cacher ses œuvres : seule, la statue de Jeanne, — il s'agit ici de celle qui se trouve à Versailles, — avait quitté son atelier. Elle avait exécuté d'autres morceaux importants, un Boyard mourant, une Péri, des bas-reliefs tirés du poème d'Ahas-

vérus ; elle avait dessiné des cartons de vitraux destinés à la chapelle de Saint-Saturnin, à Fontainebleau.

Ces vitraux, répondant à une idée toute filiale, représentaient Saint Philippe et Sainte Amélie, au milieu d'un chœur d'anges. Dans la chapelle Saint-Ferdinand se trouve une figure d'ange que la princesse avaittaillée, sansdestination précise, et qui fut placée sur le monument élevé au duc d'Orléans, après l'accident de la route de la Révolte.

Une infinité de croquis de la princesse Marie sont réunis dans les albums de la familie d'Orléans. On voit plusieurs de ses dessins dans l'église d'Eu. On connaît d'elle des sujets héroïques, un Paladin reproduit dans Y Autographe, et de nombreuses esquisses.

Voilà les débris qui conservent le nom de cette princesse. Ses débuts, ses efforts ne pouvaient passer inaperçus, à cause même de son rang.

Mais la critique lui fut favorable

pour son talent lui-même', on retrouverait dans les journaux de 1839 et chez les écrivains de ce temps de nombreux témoignages de cette bienveillance qui fut générale.

La princesse Marie était populaire, dans le véritable sens du mot; elle était aimée des Parisiens, pour sa modestie et sa charité. Une réduction de sa statue de Jeanne d'Arc avait été mise en vente chez les marchands de bronze du Marais et des boulevards. On raconte que, lorsqu'on eut connaissance, à Paris, de la gravité de son état, les acheteurs se précipitèrent en foule chez ces marchands, pour avoir en toute hâte une copie de l'œuvre de la princesse. Et parmi ces acheteurs empressés, il y en avait qui demandaient anxieusement des nouvelles de Marie d'Orléans, et qui emportaient la statuette, en versant des larmes.

Ary SchefTer se trouvait dans la

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dernière période de la maladie de cœur qui l'a emporté, lorsqu'il apprit lamort de la princesse. Il voulut assister à la cérémonie, malgré les vives souffrances qu'il ressentait. Il suivit le convoi avec sa fille. Quelques jours après, il apprenait que sa royale élève lui léguait une partie de ses esquisses. C'était un dernier souvenir laissé au maître dont elle avait apprécié le talent et l'amitié.

La princesse Marie n'a pas été une exception dans sa famille ; son exemple a été suivi par sa sœur, la princesse Louise devenue reine des Belges, qui, jeune fille, écrivait à madame de Genlis des lettres accompagnées de croquis de fleurs.

Madame la comtesse de Paris tient de son père, le duc de Montpensier, le goût de la peinture à l'aquarelle, qu'elle a vue pratiquer si largement en Angleterre. Les journaux mondains nous ont parlé de la vente de charité qu'elle a présidée en 1887, à Londres, et où les amis de la fa-

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mille d'Orléans et les riches Anglais se sont disputé quelques œuvres de son pinceau.

Madame la duchesse de Chartres s'est exercée, à son tour, à des croquis faciles, dans lesquels on retrouve son goût pour la chasse et les courses. Elle a pris part à une exposition d'amateurs, ouverte sous la présidence du maréchal de Mac- Mahon Les visiteurs de cette galerie peuvent se rappeler une aquarelle représentant des pigeons morts.

Les lettrés, les curieux d'art aimeraient à voir, à juger de près les oeuvres des princesses qui échappent à la publicité ordinaire.

S'il est difficile de satisfaire à cette curiosité à propos de croquis réservés naturellement à quelques intimes, il est aisé, au moins, de retrouver quelques tableaux d'une autre princesse, fille du duc de Nemours, madame Blanche d'Orléans.

Entrez dans l'église Saint-Louis-

en-rile , église qui, par son nom, semble faite pour paraître encore le sanctuaire préféré des descendants des Bourbons ; vous apercevrez, dans une chapelle, un tableau représentant un épisode de la Cène :

« Saint Jean appuyant sa tête sur la poitrine du Christ ». C'est une composition traitée avec une interprétation toute moderne de la peinture religieuse, et exécutée dans une gamme de tons grissur fond or.

Un autre tableau, offert aux Carmélites de l'avenue de Saxe, représente sainte Thérèse en extase. Un ange apparaît devant la sainte et perce son cœur, à l'aide d'une lance qui porte le feu divin.

Madame la princesse Blanche nous apparaît surtout comme un peintre religieux. C'est une nature qui se plaît dans les rêves pieux d'un catholicisme fervent. Ses tableaux, où elle s'inspire des primitifs, sont pénétrés d'un sentiment naïf, d'une poésie archaïque, qui se

retrouve aussi bien dans le triptyque conservé à Saint-Germain-en- Laye, que dans la « Notre-Damedes-Neiges », offerte à l'église Sainte-Marie-Majeure, de Rome.

Les habitants de Plombières se souviennent du séjour de la princesse, et l'ont vue participer à un pèlerinage, qui attire chaque année les fidèles de cette région. On l'a aperçue aussi, se livrant à ses goûts artistiques, sur une plage de Bretagne, à Dinard, où le grand air est salutaire à sa santé, qui., dit-on, est assez délicate.

La princesse Blanche d'Orléans est la nièce de la princesse Marie, on ne doit pas l'oublier. Elle tient de celle-ci, par son caractère. Il semble, avecunecertaine logique, qu'on peut rattacher Tune à l'autre, par certains côtés, ces deux princesses artistes, tout en tenant compte des différences d'expression et de style qui caractérisent une nouvelle génération.

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