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CHAPITRE XX

POPULATION, DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

Populations de In Russie. — La Russie d'Europe 100 millionsd"hab.)a une très faible densité(22) /pays rural, elle ne compte qu'une trentaine de villes dépassant 100.000 hab. Ses populations appartiennent maintenant presque en totalité au bloc russe Grands- Russiens, Blancs-Russiens, Petits-Russiens), à côté duquel vivent les Finnois de la région arctique, les Tatars du S et quelques millions de Juifs urbains.

A griculture, — La Russie est essentiellement agricole. Sans la sécheresse et la routine, la production des céréales .blé, seigle), de la betterave et du lin pourrait être beaucoup plus considérable L'élevage, principalement extensif, englobe quelques-uns des troupeaux les plus nombreux du monde [chevaux, bœufs, moutons, porcs). Les réserves forestières sont immenses. La pèche fluviale (esturgeon) est active.

Industrie. —Favorisée par quelques bassins houillers et par le pétrole du Caucase, la grande industrie (métallurgique, textile) était avant la guerre en plein progrès.

Voies de communication et ports. — Aux voies navi« gables, inutilisables en hiver, sest ajouté un réseau ferré de 60. 000 kpa qui a besoin encore d'être complété. Odessa et Pétrograd sont les principaux ports.

Commerce. — Le chiffre du commerce extérieur (près de 8 milliards en 1913; n'était pas en rapport avec le chiffre de la population, mais le commerce entre les différentes parties de l'Empire comportait des éléments considérables. L'exportation (produits alimentaires, matières premières) dépassait sensiblement l'importa tion (matières premières, produits fabriqués). L'Allemagne entrait pour 1/3 dans les relations commerciales.

1. — Populatioiis de la Russie. — Sur une superficie qui équivaut à près de la moitié de l'Europe, la lUissie ne compte môme pas le 1/4 dj la population eurof é nue Gela représente cependant un chiffre énorme : environ 100 mil lions d'hommes, plus de 2 fois la population de la Franc

Pour avoir la population de VEmpire russe, il faudrait ajouter à ce chiffre les 20 millions d'habitants de l'Asie centrale et de la Sibérie, ce qui donnerait environ 120 millions d'hommes.

A ne considérer que la population de la Russie d'Europe, on constate qu'elle a subi un accroissement énorme au cours du XIX^ siècle, passant de 45 millions à 130 millions entre 1815 et 1914. Bien que la mortalité fût élevée, la natalité était assez forte avant la guerre pour que la population augmentât de 2 millions par an.

Proportionnellement au chiffre global de la population, V émigraiion était moindre au début du xx^ siècle en Russie que dans plusieurs autres pays de l'Europe.

D'ailleurs, le principal flot de l'émigration ne quittait pas la terre russe, il se déversait vers les parties asiatiques de l'Empire, vers la Sibérie notamment (voir p. 428), Depuis quelques années, la Russie avait en outre une forte émigration transatlantique^ dirigée presque exclusivement vers les Etats-Unis, qui dans la période 1909-1913 ont reçu près d'un million d'immigrants de provenance russe.

La densité est faible : 22 hab. au km-; seules, la Suède et la Norvège ont, en Europe, une densité inférieure (fig. p. 398;. La Russie est encore un pays neuf en train de se peupler.

C'est dans les provinces les plus fertiles du tchernoziom (Podolie, Volhynie méridionale, Petite-Russie) que la densité est la plus forte, sans dépasser cependant 50. De là, elle diminue aussi bien vers le S et vers l'E, où les steppes salines ont 2 à 4 hab. au km-, que vers le N, où la forêt arctique compte moins d'un hab. au km^ et où la toundra est à peu près vide d'hommes.

Pays rurale la Russie a peu de grandes villes : une trentaine seulement dépassaient en 1913 le chiffre de 100.000 hab., alors que, pour une population 2 fois et demie moins nombreuse, la France en a 16, et l'Allemagne une cinquantaine pour une population moitié moindre.

La Russie n'a encore ni unité ethnique, ni unité con-

Principales puissances du monde. 23

fessionnelle. Avant 1917, sa population était formée de nationalités très diverses {fig. p. 400) et pratiquait toutes les religions; les événements qui ont suivi la Révolution ont enlevé à la Russie la plus grande partie de ses éléments

Fig. 1:29. — Densité de la population en Europe, vers i90il

non russes, et aujourd'hui la nation 7'usse, de religio; orUiodoxe, constitue presque en totalité la population tl la Russie; tout au plus subsiste-t-il dans les villes, ou aux extrémités de l'Empire, quelques groupes allogènes. Par contre une distinction semble se faire entre la Russie du Nord et l'Ukraine, où se parle un dialecte diC''>'"^"*

Les Russes qui vivent au nombre de prés de um» niilliuns dans i*immense région de la steppe fertile et du tchernoziom

ainsi que dans les clairières de la forêt, se sont progressivement avances le long de leurs grands fleuves, la Volga et l'Oural; ils sont divisés en trois groupes :

Les Grands-Russiens (environ 70 millions), autour de Moscou, où ils sont fortement mélangés d'éléments finnois et tatars, et sur la haute Volga :

Les Blancs-Russiens ou Blancs-Ruthènes (70 millions), sur le haut Dniepr et ses affluents, restés plus purs de mélange avec d'autres races, et, pour cette raison sans doute, très arriérés ;

Les Petits-Russiens {Rulhènes, Ukrainiens : 25 millions), dans les steppes du bas Dniepr, peuple de gais chanteurs qui ont mérité d'être appelés les Méridionaux de la Russie.

Les Cosaques, établis sur plusieurs points de la steppe, ne sont pas une race, mais un groupe social. Formées d'hommes de toute race, mais russes en majorité, ces communautés guerrières se sont peu à peu fixées au sol et sont devenues. des groupes de colons agricoles, capables de se transformer au moindre signal en régiments de cavalerie.

Dans l'ensemble, la population russienne est restée à un niveau inférieur aux autres populations européennes; elle a les qualités et les vices du paysan mal dégrossi : la naïveté, la bonté, la patience, l'ardeur au travail, mais aussi la crédulité sans bornes, la dissimulation, la brutalité, l'âpreté au gain, l'ivrognerie.

D'autres populations slaves ou non slaves. Lettons, Lituaniens, Polonais (voir p. 373), vivaient également dans la Russie d'avantguerre, mais elles différaient profondément des Russiens par la langue et le degré de civilisation non moins que par la religion.

Au N et au NW habitent des populations d'origine finnoise dont les unes depuis longtemps civilisées (Estlies et Finlandais) sont supérieures aux Russiens et ont maintenant repris leur indépendance (voir p. 374), dont les autres sont restées incultes, ou bien n'ont pas dépassé l'étape de la demi-civilisation.

Les Finnois non civilisés sont les Lapons et les Samoyèdes de la toundra, et les tribus de la forêt arctique {Ostiaks, Vogoules encore nomades, Zirianes, Votiaks, TchérémisseSy déjà fixés au sol). Un bon nombre n'ont d'autre religion que le fétichisme le plus grossier.

A l'autre extrémité de la Russie en particulier dans les immenses steppes d'élevage du SE, se sont établies de nombreuses tribus turco-mongoles, pour la plupart nomades, mais dont quelques-unes ont pris, avec le temps, des habitudes sédentaires : Tatars dans la région de Kazan, la steppe Caspienne et

la terre criméenne, Backkirs de l'Oural méridional, K irg izes sur le bas fleuve Oural, Kalmoucks de la basse Volga. I.m -landc

Fig. 130. — Les populations de l'ancienne Russie.

D'ai>r:'s la carte publié-- eu 190j par la « Soci-ié des Amis du Peuple russe », et dressée p ir Elisée Reclus.

majorité sont musulmans, les Kalmoucks professent le biud dkisme.

A côté de ces diverses populations, concentrées chacune dans

LA RUSSIE l) ELKufE 401

une région déterminée, d'autres sont disséminées en des points très divers de l'Empire : tels les Allemands qui ont formé des colonies rurales dans tout le S de la Russie, — tels les quelques millions de Juifs auxquels était assigné le séjour des villes et bourgades dans les gouvernements de l'W (en deçà du Dniepr), — tels les colons grecs bulgares de la steppe méridionale.

L'Empire des tsars s'était formé par expansion de la nation russe aux dépens des populations voisines. Mais à VW, du côté de lEurope, ces populations étrangères^ entrées de force dans l'Empire, avaient une civilisatï'^n supérieure à celle des Russes et ont saisi la première occasion favorable pour échapper à la domination russe Sur un seul point, grâce à l'enfoncement du golfe de Finlande, le bloc russien touchait à la mer; et encore Pétrograd, qui assure le contact, a-t-il une population de caractère plus cosmopolite que russien.

LEmpire russe était divisé en gouDernemenls, dont l'étendue, très variable, était beaucoup plus considérable que celle de nos départements. En tant qu'administration, il n'y avait aucune différence entre la Russie d'Europe et la Russie d'Asie.

*î . — Agrîenitupe. — Entrée depuis deux siècles seulement dans le courant général de la vie européenne, la Russie est, économiquement, un pays neuf. Mais, à cet égard, elle occupe déjà une place importante dans le monde.

La Russie est avant tout un pays agricole; les 4/5 de sa population sont des paysans Grâce à l'énorme étendue de son domaine européen et asiatique, elle a des denrées assez variées pour pouvoir se suffire à elle-même, tout en étant exportatrice.

Pourtant les conditions de l'agriculture russe ne sont pas très favorables. Au début du xx.® siècle, près de 1/5 du sol (19 p. 100) était improdiictif, et 39 p. 100 étaient couverts de /"or^/s (6 p. 100 seulement en France); les prairies et pâturages occupaient 15 p. 100; il ne restait donc guère plus du 1/4 de la superficie de la Russie (57 p. 100) pour les champs (fig. p. 402). Il est vrai que ce

quart représentait une surface énorme, aussi vaste que le plus étendu des autres États de l'Europe.

Une bonne partie de ce sol agricole — surtout la Terre- Noire — est très fertile; mais il est souvent soumis à des sécheresses épouvantables, devant lesquelles les procédés de culture les plus perfectionnés seraient impuissants. Or, les pj'océdés mis en œuvre par les paysans russes sont des plus primitifs : on ne se préoccupe pas de reconstituer par des engrais les terres épuisées; on ignore presque

l'usage des machinesagricoles. Ajoutons à cela le déplorable régime de la propriété paysanne, ce communisme agraire du mir (village) qui subsista intact jusqu'au xx"* siècle, étouffant chez le moujik l'esprit d'initiative et entravant tout progrès.

La culture des céréales, pratiquée sur un espace égal à1 fois 1/2 la France, vient au premier rang :

celle du blé, qui fournissait 160 m illions de qx par an avant la guerre bien que les rendements à riïa.(7 qx seulement) fussent beaucoup moindres qu'en France (14 qx), et qui permettait à la Russie d'exporter en moyenne pour 600 millions de fr. de froment; — celle du seigle, triple de la production allemande ; — celle de Vavoine, égale à la production des États-Unis et triple de la production française; — celle de Vorge; — celle àxxsarrasin; — celle du mais, dont l'exportation atteignait une moyenne de 75 millions de fr. Les céréales sont cultivées surtout dans la Terre-Noire : mais le seigle, l'avoine et l'orge s'avancent très loin au N dans les clairières de la forêt et le maïs prospère en Bessarabie.

Fig. 13i. — Répartition du sol de la Russie d'Europe, vers 1900

La culture de la pomme de terre joue un grand rôle dans l'ali-

LV RUSSIE b'ifiUROPii: 403

mentation d'une »population si pauvre qu'une mauvaise récolte de céréales suffit à entraîner la famine ; elle se développe de plus en plus, surtout dans l'W.

Bien que moins importantes, les cultures industrielles font de grands progrès. Les principales sont la betterave, le lin> le chanvre et le tabac.

La betterave est cultivée en grand dans les Terres-Noires du bassin de Kiev. La production russe (Pologne comprise) dépassait avant la guerre la production française et équivalait à plus de moitié de la production allemande.

Pour le /in, qui réussit très bien dans les clairières de la forêt, la Russie venait au premier rang, et exportait annuellement pour 480 millions de fr. de filasse de lin, produite surtout par les pays baltiques. Elle venait aussi au premier rang pour le chanvre.

La culture du tabac est pratiquée surtout dans la Russie méridionale.

Les steppes du S et du SE sont le domaine de l'élevage. Mais il s'agit d'un élevage extensif, dont le progrès rapide est entravé par le manque d'eau, ainsi que par la difficulté de nourrir et d'abriter les animaux pendant un hiver rigoureux et assez long. L'élevage intensif suivant les procédés occidentaux n'est guère pratiqué que dans la Russie occidentale (région baltique).

La Russie n'en avait pas moins le troupeau chevalin le plus nombreux du mondes un troupeau bovin de 31 millions de têtes, qui ne le cédait qu'à ceux des Indes et des Etats-Unis, un troupeau ovin de 40 millions de têtes, inférieur seulement à ceux de l'Argentine^ de l'Australasie et des Etats-Unis, enfin un troupeau porcin égal à la moitié de celui de l'Allemagne et supérieur de près de moitié à celui de la France.

Cependant la Russie exportait peu de bétail, car il lui fallait assurer l'alimentation de sa population nombreuse. En revanche, elle commençait à être grande exportatrice de produits de ferme (beurre et œufs), destinés surtout au marché de Londres.

La Russie est, avec la Scandinavie et le Canada, l'un des

t04 LES PRINCIPALES PaiSSANCES DU MONDE

pays du monde qui ont les plus vastes réserves forestières . Toute se moitié septentrionale est tellement « riche en forêts que, si la population adulte employait tout son travail à abattre des arbres, elle n'arriverait pas à supprimer autant de bois qu'il en pousse » (Séménov). C'est une richesse dont le prix est d'autant plus grand que l'industrie moderne réclame d'énormes quantités de bois. Aussi les forêts russes commençaient-elles à être activement exploite'es, au moins dans la région méridionale. Mais une exploitation rationnelle en décuplerait la valeur.

Autrefois la Russie forestière était le pays des fourrures. A notre époque, la chasse aux animaux à fourrure y a considéniblement diminué de valeur, et ne saurait être comparée à celle qui se pratique en Sibérie et au Canada.

En revanche, la pêche des poissons d'eau douce est très active sur les fleuves, notamment sur la Volga, dont les esturgeons fournissent le célèbre caviar, et sur les lacs. Mais elle suffit à peine à la consommation, dans ce pays où la religion orthodoxe impose des jeûnes très fréquents.

3. — indiisî -îe {fig. p. 406). — L'importance industrielle de la Russie est loin d'égaler son importance agricole. La Russie n'a eu pendant longtemps que des industries domestiques, auxquelles se livraient les paysans durant les longues heures de luisir forcé de l'hiver. Elle a aujourd'hui une grande industrie, dont le développement avait été favorisé avant la guerre par une politique douanière qui frappait de droits très élevés les produits fabriqués de l'étranger, et détaxait les machines nécessaires au perfectionnement de l'oatillage russe, ainsi que ^^vVaf/lux des capitaux étrangers. Mais la faible densité d'une popula tion encore très arriérée, et la difficulté des commum cations dans un pays aussi vaste avaient retardé l'essor de l'industrie moderne.

Le sous-sol de la Russie recèle d'ailleurs c\n combustible et des minerais.

Il renfenne la houille dans d'immenses bassins dont la supt'r ficie est évaluée à près de 50.000 km^ ; les prinripaux sont coi;\

LA RUSSIE d'eUROPE 405

du Centre (Ïoula-Kalouga), de l'Oural (Penn), et surtout du Donetz. La production houillère de la Russie, qui était en 1912 de 28 millions de t., équivalait aux deux tiers de celle de la France. La Russie possède en outre du pétrole, dont les principales sources sont située en territoire caucasien, aux environs de ' aUou.

Par une fortune heureuse dans ce pays où la distance est l'ennemie, les gisements de minerais sont au voisinage des gisements de charbon : le Centre a du fer, le Donetz du fer et du cuivre, l'Oural du fef et du cuivre, de l'or, du platine, du mangaitcse.

Aussi y industrie métallurgique avait-elle fait avant la guerre de rapides progrès. De 1890 à 1903, la production d'acier avait triplé et la production de fonte quadruplé; la Russie égalait presque la France à cet égard.

Mais la principale industrie russe est l'industrie textile, qui met en œuvre les textiles indigènes {lin, chaiwrey laine) Qi\e coton.

La Russie fabriquait elle-même, en 1913, toutes ses cotonnades à bon marché ; elle ne faisait appel à l'étranger que pour les qualités supérieures. Avant la guerre, elle importait annuellement pour plus de 300 millions de fr. de coton brut, et elle avait sur les autres pays européens cet avantage que le 1/3 du coton qu'elle employait provenait de son propre territoire, des gouvernements asiatiques de la Transcaucasie et du Turkestan. •

L'industrie textile russe (en partie entre les mains d'usiniers français et belges) était concentrée dans la région de Moscou.

Les autres industries de la Russie mettent en œuvre les produits du sol : tanneries, distilleries, minoteries, fabriques de pâtes alimentaires, sucreries, huileries, industries du bois. Les grandes sucreries et les grandes minoteries se sont fondées soit dans la Terre-Noire productrice de blé et de betteraves, soit dans les ports où arrivent les produits agricoles.

Dans l'ensemble, l'industrie russe était en plein progrès au début du xx^ siècle.

4. — Voies de euiuiuuaication et ports. — Plus que tout autr3 pays européen, la Russie, dont les points extrêmes sont séparés par des distances énormes, a besoin de bonnes

et nombreuses voies de communication et de moyens de transports rapides.

De grandes améliorations ont été réalisées à cet égard

Chemins de fer Canaux

Fig. 132. — L'industrie et les voies de communication en Russie.

depuis quelques dizaines d'années, mais il reste encore beaucoup à faire.

Les routes sont absolument insuffisantes ; \a plupart d'entre elles ne sont utilisables qu'en hiver, au moment où la neige a fait disparaître les inégalités du sol et où le traîneau peut glisser à travers la plaine. Au printemps, ce sont des fondrières boueuses. Il n'y a pas plus de que!

ques centaines de kilomètres de routes vraiment carrossables.

En revanche, la nature a doté la Russie d'un réseau très développé de voies navigables, utilisées de longue date, et qui ont été perfectionnées par le creusement de canaux de jonction (Jlg. p. 406j.

Ces canaux forment deux systèmes : un système occidental, qui unit le Dniepr à la Duna, au Niémen, à la Vistule et par suite la Mer Noire à la Baltique ; un système oriental, qui unit la Volga, tributaire de la Caspienne, à la Neva, tributaire de la Baltique, et à la Mer Blanche. On projetait de les compléter par deux canaux qui auraient été accessibles aux vapeurs de commerce et aux vaisseaux de guerre : l'un aurait uni la Baltique au Dniepr et à la Mer Noire par Dunabourg et la Bérésina; l'autre aurait joint l'Océan Glacial à Pétrograd à travers la presqu'île de Kola, la Mer Blanche et la dépression des lacs Ladoga et Onega.

Les voies navigables, dont la longueur totale dépassait en 1913 50.000 km (14000 en Allemagne) rendent à la Russie les plus grands services; le tonnage de la navigation fluviale ne cessait d'augmenter : il avait passé de 18 millions de t. en 1890 à 33 en 1900. Les principaux ports fluviaux sont d'une part ceux de la Volga, Astrakhan, Tsaritsine, Nijni- Novgorod, d'autre part Pétrograd.

Malheureusement, ces voies sont fermées par les glaces, puis parla débâcle et la crue, pendant plusieurs mois : la Volga, par exemple, n'est complètement praticable que 190 jours par an. La navigation n'est donc qu'intermittente et elle dispose d'un matériel très imparfait.

Le développement des voies ferrées pouvait seul remédier à l'insuffisance des routes et à l'intermittence des voies navigables. Le gouvernement russe s'y était activement employé. Avant la guerre la Russie avait en Europe 60.000 km de chemins de fer, plus que l'Allemagne.

Mais le réseau est encore très lâche par rapport à la superficie, et, si les tarifs étaient peu élevés et les voitures commodes, les trains étaient rares et lents sur ces chemins de fer- construits à la hâte. Les chemins de fer russes servaient d'ailleurs avant tout au

transport des marchandises, « qui représente prés des 3/4 de la recelte générale... Sur bien des lignes, les marchandises font 5 fois plus de recette que les voyageurs, et leur circulation augmente beaucoup plus vite » (Machat).

Les chemins de fer ont en outre, en Russie, un intérêt stratégique de premier ordre; ils permettent la concentration relativement rapide des troupes sur telle frontière menacée. C'est même pour des raisons stratégiques que l'écartement des rai's russes n'est pas le même que celui des rails de l'Europe occidentale ; d'où, par contre, la nécessité de transbordement coûteux des marchandises à la frontière.

Les principales voies ferrées russes {fig. p. 406) ont pour centre Moscou et divergent de ce point dans toutes les directions : Ycrs Arkangelsk, vers Pétrograd, vers Riga, vers Varsovie avec prolongement sur Berlin et sur Vienne, vers Kiev et Odessa, vers Sébastopol, vers Roslov et Bakou, vers Orenbourg et Tachkent, vers Samara, Tchéliabinsk et la Sibérie. Une ligne achevée pendant la guerre mène de Pétrograd à Mourmansk, sur la côte de l'Océan Glacial; une autre relie directement Pétrograd à Tchéliabinsk.

Les distances qu'on peut parcourir sur les chemins de fer russes sans sortir de l'Europe sont énormes : d'Arkhangelsk à Bakou, il y a 3.680 km qu'on franchissait en 106 heures.

Trois mers mettent la Russie d'Europe en relations avec l'Europe : la Mer ISoire, complétée par la Mer dAzov, h\ Baltique etla, Mer Blanche. La Russie avait des por/s actifs surces. trois mers. Les principaux étaient, par ordre d'importance : Odessa, Pétrograd, Nikolaiev, Rostov, Taganrog, Arkangelsk. Bien qu'appartenant aux nouveaux Etats baltiques, Revel, Libaja et Riga continueront en outre à assurer les relations maritimes de la Russie occidentale.

La flotte marchande de la Russie, bien qu'elle eût fait des progrès, était encore insuffisante à la veille de la guerre; les 9/10 des navires qui frf^quentaicnt les ports russes étaient étrangers. La marine de commerce de la Russie ne venait qu'au huitième rang dans le monde, après celles de la Grande-Bretagne, des t-lats-Unis, de l'Allemagne, ^e la Norvège, de la France, de l'Italie et du

5. — Commerce. — Avant la guerre, le commerce extérieur de la Russie était encore loin d'avoir la même importance que celui des Etats de l'Europe occidentale : il n'atteignait pas 8 milliards, dont 60 p. 100 pour les exportations et 40 pour les importations. Il était d'ailleurs

Fig. 133.

Le commerce de la Russie [Finlande non comprise) de '1890 à 4910 (en milliards de francs).

en grand progrès, car il s'élevait à 3 milliards seulement en 1890(/?ér. p. 409).

La Russie vendait à Tétranger ses produits alimentaires, qui représentaient près des 3/4 de ses exportations (surtout ses blés, son orge, son seigle, son avoine, ses œufs) et ses matières premières (1/4 des exportations), surtout le bois et le lin. Elle n'exportait qu'une quantité très faible à'objets fabriqués, qu'elle vendait principalementdansles pays asiatiques.

Les importations étaient constituées pour 45 p. 100 par les matières premières {coton, houille, laine, soie brute) nécessaires à son industrie, pour 1/3 par les objets fabri qués elles machines, enfin pour 2:2 p. 100 par les pi^oduits alimentaires, notamment le théei le vin.

C'estsurtout avec l'Allemagne, sa voisine de TW, que la Russie entretenait des relations commerciales suivies; la Grande-Bretagne ne venait qu'au second rang. Quant à la France, elle faisait avec la Russie un commerce presque insignifiant. Nous achetions aux Russes pour 400 millions de céréales et de lin, nous leur vendions pour moins de 100 millions de produits (surtout des vins).

6. — Avenir écouomiqae delà Russie. — Avant la catastrophe de 1917, dont les conséquences seront si longues à réparer, l'avenir économique de la Russie paraissait assuré, malgré des crises momentanées qui n'avaient pas plus épargné l'industrie russe que celle d'aucun autre pays. « Pour beaucoup de ressources naturelles de l'Empire, la mise en valeur véritable ne faisait que^commencer, mais les premiers bénéfices d'une utilisation rationnelle s'étaient déjà étendus ou devaient bientôt s'étendre à tous les genres de richesse. » (Machat.)

Si la Russie ne pouvait pas encore se suffire industriellement à elle-même, elle présentait d'autre part, sur la plupart des autres grandes puissances économiques, cet avantage qu'elle n'avait pas besoin de conquérir des marchés lointains pour écouler les produits de ses usines : elle avait des débouchés largement suffisants dans le marché intérieur.

Il est impossible à l'heure actuelle de prévoir de quelle façon se produira la résurrection économique de la Russie. Cet immense pays représente une des principales réserves de matières premières qui existent à la surface du globe, mais la mentalité tout « orientale » de ses populations les met, pour la lutte économique, dans des conditions de grande infériorité vis-à vis des peuples plus actifs et plus instruits de l'Occident.

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OUVRAGES A CONSULTER

Ouvrages généraux, p. 18.

Elisée Reclus. Nouvelle Géographie Universelle, t. V, 1880.

KR.A.SNOV. Steppes de la Russie Méridionale (A. de G., 1894).

Legras. Au Pays Russe, 1895.

Combes de Lestrade. La Russie Economique et Sociale, 1896.

Yerstraete. La Russie Industrielle, 1897. — Etudes Industrielles Russes. L'Oural, 1899.

KOV.A.LEVSKY, ETC. La Russio à la fin du xix» siècle, 1900.

Machat. Le Développement Economique de la Russie, 1902.

BoNMARiAGE. La Russic d'Europe, 1903.

AïTOFF. Peuples et Langues de la Russie, 1906.

Yermoloff. La Russie Agricole devant la Crise Agraire, 1907.

Woeïkof. Le Groupement de la Population Rurale en Russie (A. de G., 1909).

HiTiER. L'Agriculture en Russie, 1909.

Tauis. La Russie et ses richesses, 1912.

Alexinsky. La Russie moderne, 1912.

Edouard Blanc. Le Chemin de fer de Petrograd à la Côte Mourmam (A. de G., 1916). — Le futur Réseau des Voies Navigables de l'Empire Russe (A. de G., 1917).

Haumant. Les Influences Géographiques dans la formation de la Russie (A. de G., 1919).

HAUTEcœuR. Les Rapports Economiques de la Russie et de l'Ukraine (A. de G., 1920).

Gamena d'Almeida. Les Saisons dans le Climat de la Russie d'Europe (A. de G., 1920).

Relations économiques de la Russie avec l'Allemagne. Comment s'est créé l'outillage économique de la Russie. Les débouchés maritimes de la Russie.

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