I. — Vue d'einskmble sur la Russie
*5. —Généralités. — La Russie est l'État le plus vaste de VEurope et l'un des plus vastes du monde. Elle s'étend à la fois sur l'Europe et sur l'Asie. En 1914 sa superficie totale (22.300.000 km^j était plus que double de celle de VEurope. La Russie d'Europe mesurait à elle seule 5.390.000 km-. Sur ce territoire vivaient 140 millions d'hommes, près de 30 p. 100 de la population totale de l'Europe.
Dans ses limites actuelles — soustraction faite de la Pologne, des Etats baltiques et de la Bessarabie — la Russie d'Europe s'étend sur environ 4 millions et demi de km^ (Europe 10 millions km^), que peuplent vraisemblablement une centaine de millions d'hab. (Europe : 450 millions d'hab. avant la guerre).
De l'extrême N, situé par 70® lat., à l'extrême S, qui dépasse le 45^ parallèle (latitude de Bordeaux), il j a 2.775 km, près de 3 fois la distance de Dunkerque à Perpignan.
La notion de Vimmensité de la Russie est l'une de celles qu'on ne doit jamais perdre de vue en étudiant ce pays. Les phénomènes géographiques s'y déroulent sur un théâtre plus vaste que le reste de l'Europe et y prennent une ampleur dont nos régions morcelées de l'Europe occidentale ne nous fournissent pas d'exemples.
A la notion de l'immensité doit s'ajouter celle de Vuniformité. Sur cet immense territoire, il y a beaucoup moins de variété qu'en France ou dans les autres pays proprement « européens ». La Russie est l'intermédiaire entre l'Europe péninsulaire de l'W aux aspects si nuancés, et le massif continent asiatique, un intermédiaire dans lequel les caractères asiatiques remportent sur les caractères européens.
3. —Sol et relief. — L'uniformité de la Russie ne découle pas de l'unité de structure géologique : les roches les plus diverses s'y rencontrent, depuis les calcaires carbonifères qui forment
d"importants dépôts de houille dans les régions de Toula-Kalouga, du Donetz et dans les avant-chaînes de l'Oural, jusqu'aux dépôts tertiaires et quaternaires, en passant par les craies et les calcaires durs de l'époque secondaire. Mais le sous-sol a été recouvert d'une croûte superficielle qui présente sur d'immenses espaces les mêmes caractères.
Sur la moitié septentrionale de la plate-forme russe se sont déposés les sables et les argiles glaciaires, qui forment un sol léger, de couleur claire, de fertilité médiocre, le podzol.
Au S, prédominent les dépôts de lœss apportés par les vents et accumulés sur une épaisseur de plusieurs mètres. Ce sol teinté en noir par les débris végétaux est extrêmement fertile ; c'est la Terre-Noire, le tchernoziom des Russes.
A mesure qu'on avance vers le SE, le lœss bumifère fait place au sable presque pur, et par conséquent stérile.
Si, malgré cette diversité de structure, le relief russe se présente presque uniformément plat, cela tient à V horizontalité des sédiments les plus anciens, qui n'ont pas été affectés par les plissements auxquels sont dues les montagnes de l'Europe occidentale; cela tient aussi à la faible altitude qui a empêché l'érosion par les fleuves d'être très active et de creuser des vallées profondes; cela tient enfin à ce que la moitié septentrionale de la plate-forme russe a été aplanie par les glaciers de Vépoque quaternaire.
La Russie {flg. p. 377j est par excellence un pays de plaines, ou plus exactement de plateaux d'altitude si faible qu'ils peuvent passer pour des plaines. Sur une surface de 4 millions de km-, les dénivellations sont inférieures à 400 m (de — 26 m, niveau de la Caspienne, à 352 m sur la rive droite de la Volga). C'est à peine si dans cet ensemble quelques dos de pays permettent d'individualiser : au N la plaine arctique, au centre le bassin de Moscou ti'lQ bassin de Kiev, au SE la dépression Caspienne.
Le relief ne s'accentue que sur le pourtour, jalonné par quelques hautes terres : au N\V la table granitique de Finlande (900 m au minimum), fragment du très vieux bouclier baltique; à l'E, les Monts Ourals, qui dépassent i.600 m au N et au S, mais qui s'abaissent au centre (seuil à'Ekatérinenbourg, 42(5 m) ; au S, des nionlagnes jeunes, se rattachant au soulèvement alpin, Cai'pates, Yaïla Dagh de Crimée, Caucase.
Ce cadre de montagnes ou de hautes terres est d'ailleurs interrompu par de larges lacunes qui mettent la plaine russe en rapportavec la plaine germanique, avec les plaines
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saiHJessous du niveau de la mer ! moins de 200- Iplusde200'r
Fig. 121. — La Hussii
du Danube inférieur, avec l'Asie centrale russe, et qui lui donnent vue sur trois mers ouvertes (Mer Baltique, Mer Blanche, Mer Noire) et sur une mer fermée, la Caspienne,
Climat. — Le climat ajoute encore à l'uniformité
qui résulte déjà du relief de la Russie. Sans doute, il y a de sensibles différences entre le N et le S : la température moyenne annuellevarie, suivant les régions, de — 8''à + 12°. Usiis pa^Hout le climat est nettement continental.
La Russie doit ce caractère continental de son climat, et spécialement la rigueur de ses hivers, à plusieurs causes : V épaisseur du pays et le peu de pénétration des mers à
Fig. 122. — Les lignes. d'égale amplitude des oscillations de teynpérature en Europe (d'après Andrée).
Les chiffres placés à côté des noms de villes indiquent l'amplitude extri'i (dilTérencc entre la moyenite des maxima d'été et des minima d'iiiver). 1-e cliiflr<> placé sur une ligne indique l'amplitude moyenne dans tous les points dont cette ligne est le lieu géométrique. 1
r intérieur des terres; la liaison étroite avec l'Asie; V existence du Massif Scandinave et des Karpates, qui s'opposent comme un écran à la propagation des influences océaniques ; la prédominance, dans le SE, des vents d'origine continentale ; Vabsence de montagnes capables d'arrêter les vents polaires.
En hivei'y la température s'abaisse non seulement du S au N, mais encore de VW à l'E; plus on pénètre à l'intérieur des
lorrep, plus l'hiver est long et rigoureux. En été, la moyenne de la température augmente également de Ï\Y à l'E [fig. p. 378). Du N au S, Arkangelsk a comme moyennes de janvier et de juillet — 13«7 et I508 (écart 2905), Pétrograd — 903 et I707 (écart 27^), Odessa — S'»? et 2206 (écart 26«3). De l'W à l'E, sur le même parallèle, Libau (en Lettonie) offre — 2<=7 et iG*7 (écart 19<54), Moscou — 11*» et 18<'9 (écart 29^9), Kazan — IS^S et 1906 (écart 3304).
Les pluies ne tombent qu'en faible quantité : la Russie centrale ne reçoit que de 40 à 60 cm de pluie par an, les rivages de la Mer Noire environ 35 cm. La région la plus arrosée est la Russie baltique : les ventd'W, chargés d'humidité, déversent des pluies assez abondantes sur les croupes de Lituanie, les hauteurs de Valdaï et les hauteurs Ouvali, qui sont devenues ainsi les plus importantes régions de sources de la Russie, celles où s'alimentent les grands fleuves.
Les pluies tombent surtout en été ; mais tandis que la Russie du N et du Centre a des précipitations suffisantes en toutes saisons (sous forme de neige en hiver), la Russie du S et surtout du SE ne reçoit presque aucune humidité en dehors de la saison d'été, où les pluies tombent d'ailleurs en averses courtes et violentes : l'épaisseur de la couche de neige est souvent si faible que lusage du traîneau est impossible.
o. — Zones de végétation (/fp'. p.381j. — Si le relief et le climat présentent une grande uniformité, la nature du sol superficiel et quelques éléments climatiques déterminent en revanche l'existence de grandes zones de végé tation nettement tranchées, dont l'unité du relief permet précisément l'extension sur de vastes espaces.
A l'extrême N, au delà du cercle polaire, l'hiver, très rigoureux, dure neuf mois. Le sol est constamment gelé; à peine la croûte superficielle dégèle-t-elle pendant un court-été. C'est la zone de diarécages glacés de la toundra, où ne poussent guère que des lichens, des mousses et quelques phanérogames très résistants au froid.
A l'extrémité S, la Corniche de Crimée, abritée par le Yaïla Dagh, a une végétation de caractère méditerranéen. C'est le minuscule Midi russe.
38U LES PRINCIPALES PUISSANCES DH MONDlb
Ces deux étroites zones mises à part, l'immense plaine russe se partage entre la forêt et la steppe, entre le monde des arbres et le monde des hei^bes. L'opposition tient d'une part au climat (humidité suffisante en toutes saisons dans le N W, insuffisance et inégale répartition des précipitations dans le SEj, — d'autre part à la nature du sol (argiles glaciaires offrant aux racines des arbres une prise suffisante dans la moitié septentrionale, lœss et sables pulvérulents dans la partie méridionale).
La forêt couvrait autrefois toute la partie du sol russe située au N d'une ligne tirée de Kiev à Kazan. Bien qu'elle ait été défrichée en partie, dans les provinces baltiqueset dans la région méridionale dont Moscou occupe le centre, elle s'étend encore sur 300 à 400 millions d'Ha, 7 à 8 fois la superficie de la France entière. C'est la région où l'hiver dure de cinq à six mois, pendant lesquels le froid est vif, mais où la neige forme sur le sol une couche protectrice.
Au N dominent les bois résineux, surtout le mélèze ; puis c'est l'arbre russe par excellence, le bouleau, qui voisine avec les pins et les sapins ; puis viennent le tilleul, Yorme, Vérable, et, dans le S, le chêne. Dans cette forêt, dont les fourrés impénétrables servirent d'asile aux populations qui fuyaient devant les nomades de la steppe, de nombreuses clairières ont été pratiquées, où V élevage et V agriculture sont possibles, surtout au S.
Un hiver relativement court (trois à cinq mois), mais rigoureux et parfois sans neige, un été très chaud : telles sont les conditions climatiques de la steppe Mais l'accentuation des extrêmes de chaud et de froid ainsi que de la sécheresse, et la différence de nature du sol superficiel introduisent de la variété dans le monde des herbes. On y distingue la steppe noire, la steppe grise et la steppe blanche.
La steppe noire correspond à la lone du fertile tchernoziom, qui s'allonge entre les Garpates et l'Oural sur 80 à 100 millions dHa, soit près de 2 fois la superficie de la France. C'est le domaine des grandes cultures de ble et de betterave, interrompues seulement par les étroites !)andes de forêts qui se développent encor** le long des rivières.
La steppe grise, limitrophe de la Mer Noire et de la Mer d'Azov, manque de Ihumus qui donne à la Terre-Noire son admirable fertilité. Les cultures sont plus pauvres et ne peuvent se passer
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Fig. 123. — Zones de végétation de la Russie.
d'engrais. C'est la steppe proprement dite, célébrée par Gogol, terrain de pâture et de transhumance; c'est « l'Oukraine fleurie où chantait le Petit-Kussien, où vaguait le libre Cosaque ».
Enfin, au NW de la Caspienne, dans les terres salées que la mer a abandonnées à une date relativement récente, la vie végétale est réduite à sa plus simple expression. C'est un vrai désert qui n'offre à l'homme que de rares oasis. « La steppe blanche n'a jamais été qu'une arène de vie nomade ou de guerre pour les tribus turques et mongoles, dont les chevaux, durant des siècles, coururent de la muraille chinoise aux rives de la Volga, aux rives du Don, aux rives du Dniepr, et, par-dessus les Karpates, aux rives du Danube et du Rhin » (Victor Bérard).
6.— Eanx courantes. — Sur l'immense territoire à peu près plat de la Russie, les fleuves ont pour se développer un espace énorme. Aussi est-ce là qu'on trouve les fleuves les plus longs de r Europe : la Volga qui atteint presque 3.400 km, le Don et le Dniepr qui ont chacun 2.150 km, la Dvina qui en a 1.700. Les plus longs se développent vers le SE, grâce à l'existence, au voisinage de la Raltiqne, de la ligne de sources marquée par les premières croupes des plateaux russes.
Les fleuves russes ont une pente douce, très égale, et sont par conséquent navigables sur presque tout leur cours. Seul, le Dniepr forme des rapides, \q?> porogues, à la traversée du Plateau des Steppes. Entre les rivières russes, pas de dorsales faisant partage des ea«x : par leurs affluents, les grands fleuves se rapprochent à une très faible distance ; desportages ont pu être établis de l'un à l'autre, et aujourd'hui des canaux de peu de longueur permettent de passer du versant de la Baltique ou de la Mer Blanche à celui de la Mer Noire ou de la Caspienne.
Malheureusement, ces cours d-'eau sont piHs par les glaces pendant de longs mois ; ils servent alors de pistes pour les traîneaux. Au printemps, arrive la fonte des neiges et des glaces : c'est à. la fois la période de la débdclr et celle des crues {fîg. p. 383). C'est la « saison des mauvais chemins », aussi bien des mauvais chemins d'eau qu > des mauvaises routes de terre.
Les fleuves russes forment deux grands groupes d'importance inégale : d'une part les tributaires de la Baltique et de VOcéan Glacial (Nié7nen, Duna,Né\}a, Dvina/, d'autre part ceux de la Mer Noire et de la Caspienne (Dnieper, Don grossi du Donelz, Volga).
Ces derniers tendent à se déplacer vers l'W, rongent leur rive droite escarpée (la rive de la montagne) et déposent leurs alluvions sur la rive gauche, sur la rive basse des prairies.
Le plus important est la Volga, qui draine un domaine égal à près de trois fois la France, qui s'étale parfois, avec ses dérivations et ses branches latérales, sur une largeur de 28 km, et dont le delta a un développement de près de 150 km. « Ce fleuve prodigieux, dans les eaux duquel abondent les poissons énormes comme des poissons de mer, esturgeons, saumons, lamproies, serait la merveille de l'Europe si les glaces ne le retenaient cap-
Fig. 124. — Le régime de la Volga.
tif plusieurs mois par an. Mais au dégel les ports, les chantiers, les stations de bateaux, tout s'anime... La vie de la Russie semble alors s'être reportée ici » (Rambaud). Le Dniepr avait incliné la Russie de Kiev vers Constantinople ; la Volga l'orienta de Moscou vers l'Asie. Son importance s'accrut encore quand elle fut reliée à la Neva, qui devint ainsi son débouché vers la Ballique et par suite vers l'Europe occidentale.
Ce sont les fleuves russes qui ont empêché la Russie d'être une terre aussi fermée que l'Afrique ou l'Australie. C'est grâce à eux que, dès les époques réculées, les populations ont pu entrer en contact et vaincre la distance, l'un des ennemis du peuple russe.
Les fleuves russes ont largement contribué à mettre la Russie en contact avec les pays civilisés, et ils ont facilité la formation de son unité politique.
]!. Régions naturelles de la Russie
'7. — Les grandes régions natnrelics de la Kussie. -• Si
l'on voulait étudier la Russie avec le mêrae détail que le reste de l'Europe il faudrait j distinguer une multiplicité de régions naturelles. Mais l'uniformité relative du relief et du climat de cet immense territoire nous permet de grouper les pajs de la Russie d'Europe en un nombre restreint de grandes régions.
De ses anciennes provinces baltiques la Russiq n'a conservé, au fond du Golfe de Finlande, que Pétrograd et ses environs immédiats.
Dans la plaine russe, les grandes divisions sont marquées par le climat et les zones de végétation : Russie polaire, Forêt du Nord russe, Terre Noire, Steppe.
Ces quatre grandes zones de la Russie proprement dite sont complétées au S par la Crimée et flanquées à. l'E par les Pays de l'Oural.
8. — La région baitique. — Entre le rebord NVV de la plate-forme russe et la Baltique, s'étend une région qui d fîère par son aspect physique, ses aptitudes, et plus encore par ses populations, delà Russie proprement dite. On peut lui donner la dénomination de « région baltique ».
Les dernières pentes du plateau de la Russie intérieure {hn leurs de Valddi, culminant à 322 m seulement) sont limitera par une dépression où se logent des lacs, dont les plus vastes sont les lacs llmen et Peïpous ; en avant de cette dépressi* une série de croupes prolongent celles de l'Allemagne du Nor . et s'abaissent doucement sur un littoral où se creusent le gOij'e de Riga et le golfe de Finlande, aux côtes basses, dépourrues de bons ports naturels.
De climat relativement doux, bien que le froid soit assez fort en hiver pour congeler les eaux de la Baltique, celte rdgion a été défrichée de botine heure, et la forêt a fait place presque partout aux champs de lin et de pommes de terre, ainsi qu'aux prairies d'élevage du gros bétail. C'était à peu près la seule partie de la Russie où l'on trouvât des fermes, au sens européen du mot. L'agriculture y a d'au-
LA RUSSIE D'rfUROPE
tant plus rapidement prospéré que levoisinage de la mer facilite l'exportation des produits, ^industrie s'est développée dans les villes ; elle travaille surtout les produits agricoles, en particulier la pomme de terre en vue de la fabrication de l'alcool (grandes distilleries de Riga).
La populaîion est par suite assez dense (^25 à 50 hab. au km-) ; des villes importantes, dont la plupart se trouvent maintenant sur le territoire des nouveaux. États
Fi g. 125. — Pétrograd et ses environs.
balliques, se sont fondées soit sur le littoral, soit sur les fleuves navigables qui mènent à la Baltique. Les seules qui appartiennent encore à la Russie sont : Vitebsk (85.000 hab.) sur la Duna, et Pétrograd sur la Neva.
Pétrograd (Saint-Pétersbourg) est l'une des villes les plus récentes de l'Europe. Elle fut fondée en 1703 par Pierre le Grand dans un territoire qu'il venait d'arracher aux Suédois, afin d'ouvrir à la Russie une fenêtre sur une mer européenne. La capitale nouvelle devait contre-balancer rinfluence de Moscou, acquise au parti vieux-russe, et c'est par elle que devait se faire le con-
Principales puissances du monde. 22
tacl de la Russie avec VEurope. Rarement création artificielle fut plus heureuse : le site, avec ses marais, n'offrait rien d'enchanteur, mais la ville se trouve dans une position excellente sur la Neva qui a pu être facilement reliée par des canaux à la Russie du N, à la Russie du Centre et à la Russie de l'E et qui débouche dans renfoncement du golfe de Finlande; Pétrograd occupe ainsi le point où la navigation fluviale fait suite à la navigation maritime ; il est en outre aujourd hui le point d'aboutissement ou de croisement de plusieurs grandes voies ferrées {fig. p. 385). Cette ville trop neuve a d'ailleurs la banalité des villes officielles; elle est entourée de nombreux faubom'gs dont les uns étaient des résidences impériales, dont les autres sont des centres usiniers. Faubourgs compris, la capitale de la Russie comptait avant la guerre 2 millions d'hab. En avant de Pétrograd, dans une île du golfe de Finlande, Kronstadt (65.a00 hab.) est un port militaire.
9. — L.a Russie polaire. — L'extrême N de la Russie appartient au domaine de la toundra; c'est la zone de V élevage du renne, pratiqué parles Lapons dans l'W, par lesSamoyèdes dans l'E. La chasse aux animaux à four-' rure et \di pèche fournissent également quelques ressources aux populations nomades de ces pays déshérités.
Les habitants sont naturellement très peu nombreux : on ne compte pas même 1 hab. au km^. Arkhangelsk (35.000 hab.) exporte le poisson des pêcheries des mers boréales, le bois de la forêt du Nord russe et aussi des céréales. Les Russes fondaient quelque espoir commercial sur Mourmansk; ce port, nouvellement créé au N de la presqu'île de Kola, et plus dégagé des glaces qu'Arkhangelsk, est relié à Pétrograd par le « chemin de fer de Mourmanie ».
10. — La forêt dn [\'ord. — Environ la moitié de la super ticie de la Russie proprement dite appartient à la zone de la forêt, qui fait suite à la toundra Mais l'aspect et les .aptitudes de cette région diffèrent sensiblement suivant la latitude.
Jusqu'au parallèle de Pétrograd, la forêt, de plus en plus dense à mesure que la longueur de Ta période de végétation augmente, est à peine entamée de place en place j)ardes clairières où l'on pratique de maigres cultures. La
ressource essentielle et presque unique est l'exploitation dtis bois, complétée par la: chasse des animaux à fourrures et la pèche des poissons de rivière. Il n'y a pas de villes, mais simplement des villages ou des bourses de bûcherons, établis sur les cours d'eau par lesquels s'opère l'expédition des bois. Grâce à l'abondance des matériaux, les izbas de ces villages sont d'amples maisons de bois, faites de rondins non équarris, très bien protégées contre le froid, chauffées par d'immenses poêles en maçonnerie. La population est peu nombreuse : sa densité varie entre 1 et 10 hab. au km^.
Au S du parallèle 60, la forêt, attaquée depuis des siècles par la hache, a reculé au profit des champs. Les produits forestiers suffisent tout juste aux besoins locaux, c'est-à-dire à la construction des maisons, à l'entretien des routes, au pavage des rues, au chauffage. En revanche, on cultive, dans les immenses clairières pratiquées aux dépens de la forêt, les céréales les plus robustes (seigle, avoine, sarrasin), et surtout le lin. Dans tout le bassin supérieur di la Volga, dont Moscou occupe le centre, la présence du bassin houiller de Toula a permis à la grande industrie textile et même métallurgique de se développer. Les produits en sont facilement exportés non seulement par les voies ferrées, mais encore par la Volga et ses affluents, que des canaux joignent à tous les autres systèmes fluviaux de la Russie.
Aussi la population est-elle assez dense, bien qu'elle s'élève rarement au-dessus de 50 hab. au km^. Elle est répartie entre un très grand nombre de petits villages qui allongent le long d'une large rue leurs izbas de bois, et entre plusieurs grandes villes : sur la Volga, Ti^er f65.000 hab. en 19l3j, laroslav (120.000 hab.), Nijni-Novgorcd niO.OOO hab.), Kazan (200.000 hab.); au S de la Volga, rioscou (plus de i. 800. 000 hab. avec les faubourgs), Kalouga (55.000 hab.), Toula (140.000 hab.).
Moscou occupe une situation centrale, à peu près à égale dislance de la Mer Bbmche et de la Mer Noire, de l'Oural et de la Vistule. C est autour d'elle que les grands tsars ont « ras-
semblé la terre russe ». Elle s'e^t fondée sur un sous-affluent de la Volga, la Moskva ; sa forteresse, le Kremlin — ville d'églises, de palais et de citadelles au milieu de la grande ville — garde le passage du fleuve. Autour du Kremlin, Moscou s'est élargie sans cesse, et les progrès de sa croissance sont marqués par les boulevards concentriques qui ont pris la place des remparts successivement édifiés, puis abattus et reportés plus loin. La ville a ainsi escaladé les terrasses de la vallée de la Moskva, et elle se prolonge très loin par de nombreux faubourgs industriels.
Sur la grande voie navigable de la Volga, Nijni-Novgorod et Kazan, les capitales de la Russie tatare, sont d'importants centres commerciaux. Nijni-Novgorod a des foires, jadis fréquentées par les négociants de la Russie tout entière, ainsi que par ceux d'une partie de l'Asie et de l'Europe centrale.
La région de la forêt défrichée est le domaine des Grands- Russiens, qui pénètrent également dans la forêt septentrionale. Vers l'E, ils sont fortement mélangés de populations d'origine tatare, dont la plupart pratiquent la religion musulmane.
Au SW la forêt fait un retour offensif dans la région drainée par le Pripet et la Bérézina, tributaires du Dniepr. Cette dépression marécageuse, qui s'interpose entre la Russie et la Pologne, commence cependant à être défrichée, assainie et mise en culture. Sa population, formée surtout de Russes Blancs, tend à s'accroître ; elle a déjà une densité de 10 à 25 hab. au km- ; Minsk, qui est le débouché de la région, comptait 120.000 habitants avant la guerre.
11. — La Terre-lXoire. — La zone de la fertile Terre- Noire traverse la Russie en écharpe au SE de la forêt, formant une bande de plateaux de faible altitude, coupés par les vallées des rivières : Dniestr, Boug, Dniepr, Don et Volga. Du Dniestr aux confins de l'Oural, elle s'étend sur 2.000 kilomètres, avec une largeur moyenne de 400 kilomètres.
Mais si la nature du sol — l'un des meilleurs sols agri' colcs de l'Europe — reste à peu près la môme desCarpates à rOural, la sécheresse du climat -^ ^'"'-centuant de
rwù VE. et la question de l'eau acquiert une importance fie plus en plus grande (fîg. p. 889). Jusqu'au méridien 40°, les précipitations atmosphériques, trop peu abondantes
Photo Gaston oaben Société de Geograpùie).
Fig. 126. — Village et puits en Ukraine.
pour que les arbres puissent croître sur ce sol très perméable, sont suffisantes pour la culture des céréales, notamment du blé, et ÙQ^planles industrielles (betterave à sucre, chanvre, tabac) ; au delà du 40", la sécheresse est telle que la culture devient très aléatoire o/i même impos-
sible ; les mauvaises récoltes sont fréquentes et entraînent d'épouvantables /*a??imes. L'élevage du bœuf et du cheval remplace l'agriculture.
D'autre part, TW de la Terre-Noire est une zone de grandes indtistries agricoles {minoteries, distilleries^ sucreries), favorisées par le voisinage des bassins houillers du Donetz; l'E, au contraire, a très peu d'industrie.
Le contraste est le même en ce qui concerne les populations. La densité atteint 50 à 75 hab. au km- dans l'W ; elle s'abaisse à 25 et même à 10 dans l'E. L'W est habité par des Russes orthodoxes, fortement mélangés de Juifs dans la région du Dniepr ; l'E a une population en majeure partie tatare et musulmane.
La population de la Terre-Noire est avant tout rurale. Elle est constituée en grande majorité par des moujiks, groupés eo villages plus gros que ceux de la forêt, éi cause du manque d'eau, et formés de maisons en argile alignées le long des rues interminables.
« Dans cette contrée, le bois est une denrée précieuse, jalousement épargnée ; aussi les izbas sont-elles si petites qu'on les distingue à peine au loin. Les huttes sont grises, sous leur revêtement en terre, et sous leurs calottes débordantes de vieille paille ifig. p. 391). A distance, les villages semblent formés de petits tertres écrasés, tout gris et tout ronds, sans adhérence avec la plaine cil ils sont posés, sans lien entre eux » (Lbghas).
Dans rW se trouvent plusieurs grandes villes, marchés agricoles qui sont devenus pour la plupart des centrei^ industriels.
La région du Dniestr, du Dniepr et du Donetz renferme Berditchév (90.000 hab.), Jilomir (80.000 hab.), Kiev (plus de 400.000 hab.), Krementchoug (75.000 hab.), Pollava (60.000 hab.), Kharkov (220.000 hab.), au contact des mines du Donetz.
Kiev, la ville sainte, s'est fondée sur la rive escarpée du Dniepr, au point où se croisent les routes de la Pologne vers la Russie du SE, et de la Russie intérieure vers la Mer Noire et les pajs du Danube. Elle est ainsi devenue un grand centre commercial et industriel, et elle est restée, grâce à son Université, un centre
LA RUSSIE d'eUROPE 391
intellectuel, inoins important il est vrai que Moscou ou Pétrograd. C'est la capitale du pays des Pelils-Russiens, l'Ukraine.
Sur le Plateau Central de Russie se trouvent 07'el (100.000 hab.j et Koursk (90.000 hab.). Au pied du pla-
Cliché i Richard.
Fig. 127. — Près de Knarkov : izba et paysans.
teau, yo7*one;\95.000 hab.) commande la vallée du Don. Le plateau de la Volga n'a d'autre centre urbain important que Penza (80.000 hab.) Mais sur le cours de la Volga se sont développées deux grandes villes, étapes de la navigation fluviales et places de commerce de premier ordre : Samara (145.000 hab.), au point oii la Volga perce une barrière rocheuse, et Saratov (:23o.OOO hab.), près duquel sont établies d'importantes colonies allemandes.
i«. — La steppe. — Tout le SE de la Russie — si l'on met à part le mince versant méridional des montagnes de Crimée — appartient à la zone de la steppe, plus vaste encore que celle de la Terre-Noire.
Ici le climat, de plus en plus continental et sec à mesure qu'on avance vers l'E, ne permet qu'exceptionnellement la culture des céréales et des plantes industrielles. C'est le pays des herbes, la steppe d'élevage extensif du cheval et du mouton.
La nature du sol introduit d'ailleurs de la variété dans le domaine de la steppe.
Dans la steppe occidentale, la présence du lœss permet parfois des cultures analogues à celles de la Terre-Noire. La région du Donetz est très féconde en ressources minérales : à côté du charbon, elle offre des minerais de fer, d'argent, de plomb, de zinc.
Mais l'écoulement de lahouille^t des minerais est entravé par l'éloignement des grands centres et l'insuffisance des voies navigables dans cette partie de la Russie. Le développement industriel des pays du Donetz est également retardé par le manque d eau et la stérilité de la steppe avoisinante.
La steppe occidentale se termine sur la. Mer Noire et la Ker d'Azow par une côte basse .et marécageuse. Le seul giand port de la Mer Noiie, Odessa, est un port artificiel, construit à l'écart des limans, en un point où le plaleau est en contact direct avec la mer.
Cette steppe du Dniepr et du Don est ie pays des Peliis- Russiens, auxquels se mêlent des colons d'origine très diverse : Juifs, Allemands, Polonais, Grecs, Roumains. Dans l'ensemble, la population est clairsemée, la densité oscille entre 25 et 50 hab. au km*. Les seules villes importantes de l'intérieur sont Elizabethqrad (75.000 hab.) et, sur le cours inférieur du Dniepr, Ekatérinoslav (240. OOU hab.). La région industrielle du Donetz elle-même n'a pas de grands centres, la densité de la population n'y est pas supérieure à 35 hab. au km-. C'est sur le littoral de la Mer Noire et de la Mer d'Azov que se trouvent les principales villes, ports à céréales qui servent de débouché aux pays de la Terre-Noire ; Odessa (630.000 hab. en 1913j, fondé à la fin du xviii^ siècle par le duc de Richelieu et devenu le premier port de la Mer Noire, — Nikolaiev (105.0.0 hab.), sur le liman du Boug, — Kherson (100.000 hab.),
sur le liman du Dniepr, ^ Taganrog (70.000 hab.), au fond de la mer d'Azov, — Rostov (2( 0.000 hab.), le port à céréales le plus important de la Russie du SE, qui commande en outre la route de Moscou en Caucasie, etiVouo- Tclierkai^k (70.000 hab.), tous deux sur l'estuaire du Don.
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'^mp/us de 2000'^ ^<--— Lim/te de /s région située au-dessous du niveau de /amer
Fig. d28. — La Mer Noire et la Caspienne.
Dans sa partie orientale, drainée par la Volga en aval de Saratov et par l'Oural en aval dOrenboiirg, la steppe est formée par des terres salines, ancien fond de la Caspienne (fig. p.393),' Les arbres disparaissent complètement, la végétation herbacée se fait de plus en plus rare et se transforme en un véritable désert où alternent les dunes de sable et les lagunes salées {lac Elton). Le climat devient de plus en plus extrême : la dépression Caspienne est une fournaise en été, une glacière en hiver.
La population de la steppe saline est h'ès peu nombreuse : 4 hab. au km-, concentrés pour la plupart sur les rives des fleuves, de la Volga notamment. Dans la steppe proprement dite, des nomades d'origine asiatique, Khirghizes et Kalmoucks, vivent de Vélevage du moulon et du cliameau.
Les deux, seules villes importantes sont TsarUsine
(100 000 hab.), et Astrakhan (160.000 hab.), point terminus de la navigation fluviale sur la Volga, intermédiaire entre la Russie d'Europe et les pays asiatiques riverains de la Caspienne.
13. — La Crimée. — La presqu'île quadrangulaire de Crimée est formée de deux parties très différentes : au N, un fragment de la steppe russe; au S, une région montagneuse détachée du Caucase.
Le Yaïla Dagh (1.500 m) borde le littoral SE, qui est de tous points semblable à celui de notre Provence : baies profondes, caps effilés, étroite corniche, climat très doux, végétation de l^pe méditerranéen. C'est la Côte d'azur de la Russie, le pajs des anciennes résidences impériales et princières d'hiver :Théodosia, Livadia, Yalta. C'est aussi le pays de la vigne.
La population de la Grimée, l'une des plus mêlées de l'Empire, oii voisinent les éléments nasses, tartars, grecs, a rmands, juifs est concentrée surtout sur le littoral méridional. C'est là que se trouve le grand port de guerre de la Russie sur la Mer Noire, Sébastopol (80.000 hab.). Dans l'intérieur, Simferopol, à la lisière de la steppe, 85.000 âmes; c'est le marché des produits agricoles criméens.
14. — Les pays ée l'Onral. — Le toundra, la forêt, la Terre-Noire et la steppe sont flanquées à l'E par l'Oural, qui allonge sur 2 500 km de longueur une bande étroite de montagnes entre deux immenses plaines.
Ce pays, à qui son altitude et son éloignement des mers valent un climat extrême, avec des hivers très froids (minime moyens à Ekaterinbourg : — 38») n'aurait pas attiré les hommes Fil n'avait offert des passages faciles de Russie en Sibérie [seuil (C Ekaterinbourg), et si ses roches éruptives n'étaient très riches en minéraux très divers [houille sur le bord occidental, or. platine, fer, cuivre, pierres précieuses surtout dans l'Oural ceutialj.
Les richesses minérales de l'Oural sont connues depuis longtemps, et l'exploitation en a commencé dès le xvii« siècle. E!l.' est particulièrement active sur le versant oriental de l'Oural
central ; les usines se sont établies assez loin des mines, sur le cours des fleuves ; elles utilisent comme combustible le bois des forêts de la montagne. Mais l'industrie métallurgique de l'Oural souffre du manque de débouchés, malgré la construction des chemt7is de fer qui relient Pétrograd et Moscou au Transsibérien, soit par Perm, soit par Samara.
C'est dans cette partie de l'Oural que la densité de la population est la plus forte : elle atteint 46 hab. au km^. Là aussi se trouvent trois des grandes villes de l'Oural : Ekaterinbourg (^70.000 hab.), au débouché d'une des passes faciles de la montagne, Oufa (70.000 hab.) et Perm (105.000 hab.), sur le versant occidental.
Au pied de l'Oural méridional, au point où le fleuve Oural entre dans la dépression Caspienne, s'est fondée Orenbourg (150.000 hab.), qui fut longtemps ,1e point 'de dépait des caravanes à destination du Turkestan, et qui commande aujourd'hui le chemin de fer de Moscou à Tachkent.
Voir p. 411.
OUVRAGES A CONSULTER
La Volga, le Dnieper, le Don : études de fleuves.
Les mers russes
Les grandes villes russes : en quoi diffèrent-elles des villes de l'Europe centrale et occidentale ? étudier leur localisation et leur importance.
L'importance économique des Etats baltiques.