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III. — La Sibérie

8. — Milieu physique. — On donne le nom de Sibérie (de l'État de Sibir conquis à la tin du xvi" siècle parle

Cosaque Yermak) à la partie septentrionale et orientale de l'Asie russe (fig. p. 423) : 12 millions de km', plus que l'Europe entière.

La Sibérie s'avance à moins de 1.400 km du pôle, et ses

Ic9 200 à 500 m

plus de 500m. 0^

t. .Chemin de fer

Novoïa Zemiaï

Fig, 136. — La Sibérie.

limites S sontpresque à la latitude de Bordeaux. Elle occupe d'E en Wtout l'intervalle entre le Pacifique et l'Oural.

Ce territoire immense présente un petit nombre seulement d'aspects géographiques. On y distingue nettement : à l'W de riénisséi, la plaine basse de la Sibérie occidentale ; à l'E, les plateaux de la Sibérie centrale et de la Transbaïkalie. Le S est formé par de hautes montagnes, rebord du plateau central asiatique [fg- p. 4241.

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La plaine de la Sibérie occidentale a une allilude à peu près constante, variant entre 100 et ioO m, et qui nest accidentée que par de faibles ondulations : c'est une vaste étendue alluviale, d'où les afïleurements rocheux sont presque absents. Au S de rirlych, le sol se relève pour former la steppe khirgize, plateau montueux de 300 à 1.100 m, raviné par l'érosion, qui sépare la Sibérie du Turkestan.

La Sibérie centrale des Russes est « un plateau ondulé, peu élevé, interrompu par de larges zones de plaines basses » (Séménov). Quant à la Transba'ikalie, cesl un haut plateau à croupes arrondies (plateau du Vitim).

Il y a là tout un « moyen pays » entre la toundra du N et les zones plissées du S.

Ces plissements forment au SW l'immense massif de l'Altaï, avec ses chaînons SW-NE séparés par des vallées, avec ses sommets blancs [bielki] couverts de neiges éternelles (dont la limite, sur le versant N.

descend à 2 . 100 m), avec son- « pittoresque Mont Blanc ou Diéloukha », qui atteint 4.5i2 m, avec ses glaciers « qui le cèdent de peu aux grands glaciers suisses ». Parallèlement aux Altaï, les Saïansk, qui atteignent près de 3.500 m, séparent la Sibérie de la Chine; lisse démembrent en plusieurs chaînes, entre lesquelles se creuse la grande faille du Baïkal. Les monts Jablonoï, puis \QsStanovoi, continuent la région plissée, mais les altitudes ne sont plus que 1 .000 à 1 .200 mètres.

A l'extrémité NE de la Sibérie s'étend, perpendiculairement aux rili<<oinpnU précédents, l.i u'rnndfl

chaîne du Kamtchatka, qui commence la série des « guirlandes » du Pacifique, avec 12 volcans en activité (le plus haut, le Klioutchev, égale le Mont Blanc), et 26 volcans éteints.

En face de l'île Sakhaline court la chaîne des Sikhota-Aline, couverte de forêts.

La nature du littoral correspond à ces différences de relief. La côte septentrionale, qui borde la plaine, est formée de plages basses et glacées.

La côte orientale est découpée d'excellentes baies dans lesquelles se sont établis de bons ports, malheureusement fermés par les glaces pendant de longs mois : l'Ile Sakhaline que coupe le parallèle 50" (celui d'Amiens), est reliée à la terre ferme par les gla •'\^ pendant l'hiver.

Le ciiiiiat de la Sibérie est ir es rigoureux dB.ns l'ensemble, ce qui tient pour la plus forte part à la situation désavantageuse du pays. La Sibérie, en effet, occupe la partie septentrionale de l'Asie, et surtout elle est largement ouverte aux vents polaires.

Les basses températures régnent pendant plusieurs mois ; l'hiver est très long, tandis que l'été est court, mais assez chaud pour permettre, au S du SS'' lat. N, aux céréales d'arriver à. maturité grâce à la longue durée du jour. Un printemps et un automne de quelques semaines séparent les deux principales saisons. L'écart entre les températures moyennes d'été et d'hiver est très élevé; comme en Russie, il va croissant de IW àl'E plus encore que du N au S; les moyennes de janvier et de juil^ letsont pour Tobolsk — 19'^ et + 19° (écart 38°), pour Verkhoïansk (le pôle du froid) — b3° et + 14° (écart 67°).

Les pluies sont extrêmement rares. Au N elles sont nulles; au Selles sont peu abondantes; à l'E, les mowssojis amènent en moyenne 1 m de pluie sur les côtes de Kamtchatka et de la Province Maritime. La neige, qui recouvre le sol sibérien pendant l'hiver, est en quantité beaucoup moindre qu'on ne croit ; souvent la couche est si mince que même en hiver on doit utiliser la voiture.

La Sibérie est admirablement arrosée. Plaines et plateaux offrent aux fleuves un vaste espace.

L'Obi et son affluent l'Irtych drainent un des plus grands bassins du monde, 3.300.000 km^. A la limite de la plaine et du plateau coule l'Iénisséi, grossi des trois Toungounska. La Toungounska supérieure ou Angara lui apporte les eaux du lac Baïkal, vaste mer d'eau douce dont « la superficie est égale à celle de la Hollande jointe au Luxembourg; sa largeur dépasse la longueur du lac de Genève, et sa longueur, la distance séparant Saint-Péters-

bourg de Moscou » ; sa profondeur, qui dépasse 1.700 m, correspond au relief des montagnes qui Tentourent, et entre lesquelles l'Angara se creuse une gorge encombrée de rapides; le Baïkal a ses marées, ses mouettes, dont le guano forme des amas utilisés comme engrais, ses phoques, d'une espèce particulière.

La grande rivière des plateaux est la Lena, qui traverse la région îa moins hospitalière de la Sibérie.

Cli.-hé du

Fig. 138. — La Idiga sibérienne.

Malheureusement ce colossal réseau présente bien des inconvénients. Sans doute les fleuves sibériens ont beaucoup d'eau, car, le sol étant rendu imperméable par la gelée, et l'évaporation étant très faible, ils écoulent la presque totalité des précipitations atmosphériques de leur bassin. Sans doute aussi, leurs affluents sont très rapprochés et il ne serait pas difficile de les unir par des canaux comme on Ta déjà fait pour l'Obi et llénisséi, par l'intermédiaire de la Ket. Mais ils sont pris par les glaces pendant tout l'hiver; au printemps, la fonte des neiges et des glaces les grossit subitement et provoque une débâcle d'autant plus dangereuse qu'elle se produit d'abord dans la partie supérieure des fleuves, la plus méridionale; de redoutables inondations se produisent.

L'Amour (formé de la Chilka et de VArgoun, grossi dans son cours inférieur par le Sovngari et VOussoiiri) a une tout autre valeur. Cette « artère vitale » se développe entre lebS» et le 48°, ce qui permet à l'Amour d'être ouvert presque toute l'année à la navigation à vapeur. Il coule dans le sens des parallèles, c'està-dire qu'il fait communiquer des régions différentes. Il aboutit à un véritable Océan. Si les monts Sikhota-Aline le forcent à se jeter beaucoup trop au N, dans la mer d'Okhotsk, son affluent l'Oussouri ouvre le chemin de la mer qui ne gèle pas, la mer du Japon.

Les trois zones végétales de la Russie se retrouvent en Sibérie. Au N, la toundra gelée. Plus au S, la taïga ou haute futaie {fig. p. 426). Plus au S encore, la steppe. Trop pauvre en eau pour avoir des arbres, la steppe a des parties stériles ; mais elle est surtout une zone agricole, et l'on y trouve la terre noire, le précieux tchernoziom russe, propice aux céréales. Les espèces herbacées sont utilisées pour l'élevage.

Le climat sibérien a développé les animaux à fourrures (ours, renards, martres, loutres, écureuils) et les oiseaux à duvet. Les poissons sont très nombreux sur les rivières et dans le lac Baïkal : esturgeon (pesant de 450 à 750 kgr. dans l'Amour), sterlet, saumon. Les mers qui bordent la Sibérie sont riches en cétacés : baleines, morses à fourrure (beaucoup d'espèces ont été détruites par l'homme), loutres marines.

Enfin les ressources minières sont considérables.

La Sibérie n'est donc ni la terre de mort que représentent certaines légendes, ni un pays riche. Monotone, de climat dur, elle n'offre guère que dans la zone du S des richesses agricoles abondantes.

9. — Popaiîitîon. — Sur 12 millions de km-, la Sibérie compte près de 10 millions d'hab. : cela ne î^iimèmQ pas un par km'-. En réalité, le N est vide dliomi%ies, et la population n'est un peu pressée que dans l'étroite zone agricole du S.

Les popult^^ions de la Sibérie appartiennent à deux groupes : les indigènes (Samoyèdes et Toungouses du N, Tatars et Khirghizes du S), et les colons russes.

La colonisation russe n'a ressemblé à aucune autre. Sauf dans la région de l'Amour, il n'y a pas eu ici de colons transportés au delà des mers, mais un simple déplacement

de populations. Dès le xvii'' siècle, les émigrants arrivaient dans la Sibérie centrale; beaucoup appartenaient aux sectes proscrites en Russie. D'autre part, Iql transpoî'tation pénale (la Sibérie entière fut un bagne) venait accroître considérablement la population blanche. Ces transportés, qu'on employait en particulier au travail des mines, étaient souvent frappés pour des délits d'opinion : aussi ont-ils fourni au peuple sibérien des élénaents d'une haute valeur intellectuelle et morale.

Depuis l'émancipation de 1861, depuis les récoltes déficitaires de 1891-92, le moujik russe, qui a besoin pour ses procédés de culture de terres immenses, s'est déplacé en masse vers l'E, le long de la bande agricole. C'étaient des groupes de cultivateurs qui allaient là-bas chercher des terres neuves, c'étaient des villages entiers qui s'installaient.

Le gouvernement russe a été d'abord effrayé de ce mouvement des populations, qui échappait à son contrôle. A partir de 1875 il l'a favorisé, et il a fini par en prendre la direction. Il autorisait les groupes désireux d'é migrer à envoyer en avant des éclaireurs. Il installait en un certain nombre d'endroits des points d'émigration (baraquements, dortoirs, réfectoires, infirmeries), où les nouveaux arrivants étaient centralisés avant d'être dirigés sur les territoires d'émigration, que l'administration avait préalablement défrichés, irrigués, asséchés et où chaque chef de famille recevait un lot de 10 lia par individu mâle. L'ouverture du Transsibérien a fait de ce mouvement une sorte d'invasion pacifique, énorme et régulière. De 1892 à 1902 près d'un million et demi d'hommes passèrent l'Oural. Ralenti par la guerre inissojaponaise, le courant remonta en 1907 à 415.000, et les autorités comm*;ncèrent à s'inquiéter de ce formidable glissement des populations : elles cr^aignirent de ne plus pouvoir loger les arrivants, dont les villages s^installaient, à droite et à gauche du chemin de fer, dans la steppe ou même dans les clairières de la taïga. Les émigrés venus d'Odessa dans la province de l'Amour rencontraient, dans leur mouvement d'E en W, ce torrent venu de l'W. Un peuple russe prit donc possession de In steppe sibérienne. De Pétersbourg à Vladivostok, la zone population russe devint continue.

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Le peupleainsi formé estun peuple depai/sâ^ns ;75 p. 100 des habitants de la Sibérie occidentale sont des agriculteurs. Les fils des immigrés, qui n'avaient jamais connu le servage comme leurs congénères d'Europe, étaient pjus énergiques, plus intelligents, plus capables de s'adapter à un pays dont le climat surexcite l'activité humaine.

Mais ce sont des paysans russes, c'est-à-dire qu'ils pratiquent le système des jachères alternées. Il leur faut de 40 à 70 Ha. par ménage. Parfois « le village tout entier, dans les limites de son domaine communal, se transporte d'un lieu à un autre à la recherche de terres d'une culture plus facile ou plus avantageuse » (SÉMÉNOv). Faits d'izhas de bois, les villages sont faciles à déplacer.

La population urbaine ne représente pas 7 p. 100 dans la Sibérie occidentale, pas 11 p. 100 à l'E. C'est dans la région de l'W, la plus cultivable et la plus colonisée, que se trouvent la plupart des villes importantes, presque toutes sur des fleuves, des croisements de routes : Tioumen, débouché de l'Oural; Tobolsk, au confluent de l'Irlich et du Tbol ; Omsk (135.000 hab. en 1913) et Sémipa^ latinsk, sur l'Irtych ; Barnaoul, sur l'Obi, au débouché des vallées altaïennes; Tomsk (llo.OOO hab.), sur un affluent de l'Obi; Krasnoïarsk (90.000 hab,), sur l'Iénisséi. Non loin du Baïkal, Irkoutsk (130.000 hab.) est la principale ville de la Sibérie centrale. Au delà du Baïkal, les villes ne sont souvent que des postes militaires et des pénitenciers. Iakoutsk doit son existence aux foires à fourrures, Khiakta (en face de la chinoise Maïmatchine) aux caravanes de thé. A 10.500 km de Pétrograd, Vladivostok (90.000 hab.), seul débouché de la Russie sur le Pacifique, ne mérite plus son nom de « dominatrice de l'Est».

C'est « la plus jolie ville de la Sibérie, avec ses collines ou les maisons blanches s'abritent dans la verdure, et avec sa belle rade (la Corne d'Or) qui s'allonge toute bleue entre des montagnes ». Les autres villes sibériennes sont de « grands villages malpropres », faits de bois et de briques, où la pierre ne sert qu'aux églises, surmontées d'un bulbe azuré ou doré. Les rues

larges, irrégulières, s'allongeant^en vagues faubourgs, se Iranst'orment au printemps en dangereuses fondrières. Quelques villes neuves de lExtrême-Est [Blagovetchensk, 60.000 hab.) sont dessinées sur le type américain. Gomme le Transsibérien passe souvent très loin des villes (Tomsk en est à 65 km), près de la gare de bifurcation se crée une aggloraéralion d'entrepôts, de cabarets, de bouges, de huttes : telle Taïga (la Forêt). « germe impur de la ville qui, dans un quart de siècle peut-être, doit supplanter Tomsk » (Legras).

tO. — Développement économique. — La Sibérie a d'abord été pour les Européens le pays des fourrures. Li chasse, dans la toundra et la laïga, continue à fournir des produits précieux : ours blancs, zibeline, renard bleu, loutre, etc., plus Vivoire fossile, que Ton trouve avec les squelettes et parfois les cadavres des 77iammout h s conservés dans le sol gelé, et que l'inondation met à nu sur les bords des rivières. Ces produits sont amenés aux foires de Iakoutsk.

La forêt est également utilisée pour la construction et le chauffage, et pour les industries du bois.

La Sibérie a été plus tard un pays minier, surtout de mines d'or. L'or alluvial se trouve dans toutes les plaines du N. On estime à un million de kgr., soit le dixième de la production universelle, l'or extrait de Sibérie jusqu'en 1875. Mais les placers sibériens s'appauvrissent, et la Sibérie n'arrive plus qu'au quatrième rang des régions aurifères; l'activité se porte maintenant vers les gisements de l'Altaï et des Saïansk. On trouve aussi dans ces montagnes la houille, souvent dans le voisinage du fer. Une forme particulièrement recherchée du carbone, le graphite, a éf-^ exploitée dès 1856, dans le N, par le Français Alibert. côté du plomb argentifère, du cuivre, du granit et des syénites, de la malachite, du jaspe, les montagnes renferment des pierres précieuses. L'inventaire minéralogique est d'ailleurs loin d'être achevé, et l'on peut attendre beaucoup du progrès de l'exploitation minière ' Le sel (et le sel de Glauber) est fourni à la fui» pai u » lacs salins de la steppe khirgize, les sources salines et les gisements de sel gemme du Transbaïkal. Il y a quelqufabriaues de soude.

Mais la Sibérie niOLiernc est suftouL un pays agricole malgré l'étroitesse de la zone culturale, élargie par l'irrigation dan,3 la steppe du SW, par le défrichement dans la taïga. Au premier rang sont les céréales : le blé, que le Transsibérien permet d'exporter plus facilement que par la voie de l'Iénisséi, et dont la p oduction annuelle dépassait déjà 30 millions de qx avant la guerre, Vavoine, le seigle^ Vorge ; on y joinL les poînmes de terre et le sarrasin. Ensuite viennent le lin et le chanvre.

L'élevage est très répandu sur ces énormes espaces de riche végétation herbacée. L'agriculture a besoin de bêtes nombreuses dans un pays où les machines sont rares. Aussi comptait-on en Sibérie, avant la guerre, 5 millions de chevaux. Les bêles à cornes (6 millions et demi) et les autres animaux domestiques (5 millions de moutons, i. 500. 000 porcs) croissaient en nombre depuis que la iu«?i6/5 et surtout les produits de ferme {beurres, fromages) pouvaient être exportés rapidement vers l'Europe occidentale. V apiculture est en honneur, comme dans -tous les pays russes. On pratique dans l'Altaï l'élevage du cerf, dont les bois se vendent très cher en Chine. Les nomades de la toundra élèvent le renne (170.000 têtes environ) et le chien d'attelage. Les produits des pêcheries (esturgeon. saumoD, brochet) commencent à être ex.portés.

Outre les industries extractives, la Sibérie développe ses industries proprement dites : les usines métallurgiques, les brasseries, les distilleries, les tanneries se multiplient. Au voisinage des mines naissent des fonderies, des verreiies, des usines de polissage des pierres, etc.

L'essor économique de la Sibérie a été entravé par Vinsuffisance et l'imperfection des moyens de communication, si nécessaires pourtant dans un pays aussi vaste.

Les fleuves, navigables en été seulemeiit, ont en outre l'inconvénient d'aboutir presque tous à l'Océan Glacial, où le passage du NE n'est pas commercialement praticable.

En voiture ou en traîneau, on mettait au moins deux mois pour traverser la Sibérie d'W en E.

Mais de 1892 à 1902 a été construit le chemin de fer

transsibérien, qui s'allonge de Tchéliabinsk à Vladivostok. sur près de 8.000 km.

La construction du Transsibérien se poursuivit avec une rapidité foudroyante : on construisit en moyenne 500 km de chemin de fer par an. Les travaux furent réduits au minimum : « En plaine, ni plate-forme, ni ballast : les rails posés k cru sur des traverses, avec la seule précaution de rapprocher celles-ci plus que chez nous; sur les pentes, moitié moins f'e ballast qu'en Russie et des tranchées juste assez larges pour les wagons. La ligne ne traverse en Sibérie qu'un seul tunnel, entre le lac Baïkal et lAmour ; encore n'est-ce qu'une sorte d'arc triomphal, long de quelques mètres et servant à porter deux inscriptions : « Versant de l'Océan Glacial » sur une face, « Versant du Pacifique » sur l'autre. Les Russes, habitués à poser des voies en plaine, n'aiment pas à creuser des tunnels. Leur ligne transsibérienne s'élève donc sur les pentes par de nombreux lacets. Les larges fleuves sibériens sont franchis par des ponts de fer posés sur des piles de pierre. Le plus long, celui de l'Iénisséi, a 873 m. Mais en dehors des grands cours d'eau, fous les ponts et viaducs furent au début construits en bois. Enfin, par économie, on posa des rails très légers, de 16 a 24 kg au mètre, alors que le poids normal est de 32 kg ». (Métin). C'est la méthode américaine, qui permet d'aboutir plus vite au résultat, mais qui est au moins aussi coûteuse que la méthode française, puisqu'elle oblige à faire deux fois le travail, d'abord sous une forme provisoire, puis sous une forme définitive.

L'importance du Transsibérien, comme auxiliaire de la colonisation et du développement économique de la Sibérie, ne saurait être exagérée : non seulement il a facilité l'immigration russe en Sibérie et a permis d'activer le peuplement d'un pays aux trois quarts vide; mais encore il a rendu possible l'exportation des produits agricoles et miniers de la Sibérie. Ce peut être en outre une voie de transit tout indiquée pour les produits chinois à destination de l'Europe, au moins pour ceux qui, comme le thé et la soie, ont une grande valeur sous un petit volume et un faible poids; il a d'ailleurs servi de prétexte aux Russes pour mettre la main sur le N de la Mantchourie chinoise, à travers laquelle il file par Kharbine sur Vladivostok.

LA RUSSIE d'aSIE 433

Le Transsibérien est un des anneaux de la chaîne des grandes voies de communications internationales de l'hémisphère Nord. Prolongé par les chemins de fer européens, les lignes de paquebots d'Europe en Anaériqu^, le Canadian Pacific Railway ou les transcontinentaux américains, les vapeurs de Vancouver ou de San-Franscisco, il a raccourci notablement la durée des voyages autour du monde. Avant la guerre, il était la voie la plus courte et latnoins dispendieuse de l'Europe occidentale en Extrême- Orient (Moscou à Vladivostok, huit jours par le Transsi-

rien).

Sur l'artère axiale du Transsibérien se sont greffées quelques lignes secondaires, dont certaines ont une grande importance politique ou économique : la ligne de V Altaï, de Novo Nikolaïesk (sur rObi) à Semipalatinsk (plus de 800 km), — le chemin de fer de VAmcuVy de Tchita à Khabarowsk (2.000 km), qui permet d'atteindre le Pacifique sans quitter le territoire russe, — enfin le transmandchourien, qui se détache à Kharbine du transibérien, et relie celui-ci d'une part au réseau coréen-japonais, d'autre part au réseau chinois.

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