La baie de Tokro et de Yokohama
la merveilleuse Méditerranée détroits, à labri des typhons, semée d\m dédale d'îles : ce sont « les côtes de Norvège §ous le ciel d'Italie, avec la végétation des îles malaises ». Formose seule est massive.
S. — Climat, eaux courantes, prodactions naturelles. —
Pour le climat, le Japon, par suite de son extension NS, se trouve pris entre deux puissantes influences contraires : celle du continent asiatique et celle de l'Océan Pacifique. Le IN de l'Empire subit faction de l'Oja-Chivo froid et de la masse continentale asiatique. Le S obéit à l'influence du Kouro-Ghivo
Principales puissances du monde. 26
tiède et des moussons du Pacifique; la mousson d'hiver, qui souffle da NW tandis que la mousson d'été vient du SE, n'est d'ailleurs pas aussi sèche au Japon qu'en Chine, les vents ayant pu se charger d'un peu de vapeurs à la traversée de la mer du Japon ; des typhons marquent la période de renversement des moussons.
Dans l'ensemble, le Japon a un climat moins continental que les autres régions de l'Asie orientale situées à la même latitude, mais moins maritime que ne semblerait devoir l'entraîner son caractère insulaire.
L'hiver est assez rigoureux, ainsi que l'indiquent les chiffres suivants des températures moyennes de janvier et juillet: Hakodaté : — 30, -h 21° (écart 2 i^) ; ïokio : 2°, -25° (écart 23<^} ; Nagasaki : 5", 26° (écart 210); à la latitude de Nagasaki, Mogador (Maroc) donne 16° et 21° (écart S»). Les hauteurs annuelles de pluies, dans ces trois stations japonaises, sont respectivement 1 m 15, 1 m 50 et 2 m 45 ; les pluies tombent surtout de juin à septembre, au moment de la mousson d'été. Pour les températures comme pour les pluies, l'E du Japon est plus favorisé quelW.
Formose, coupée par le tropique du Cancer, a le climat des régions tropicales : un faible écart entre les températures moyennes de janvier et de juillet (20°, 2*°, écart 7°), et des pluies abondante^, qui tombent surtout pendant la saison d'été.
L'humidité du Japon, au moins pendant la saison d'été, vaut à ce pays un grand nombre de cours d'eau. Mais la faible dime»sion des îles empêche les fleuves de s'étendre en longueur, et les fortes pentes les rendent impropres à la navigation. Ces cours d'eau ne rendent pas moins de grands services pour l'irrigation des plaines, où est pratiquée la culture du riz ; ils pourront être utilisés comme force motrice.
La juxtaposition des climats divers et l'étagement des altitudes donnent à la végétation des aspects très variés. Partout elle est abondante, luxuriante même, sans être cependant « envahissante, comme dans ces contrées tropicales où la forêt semble une menace constante pour la civilisation humaine ; le Japon possède une quantité de végétaux qui correspond à tous ses besoins, qui même les dépasse, mais dont l'opulence ne l'écra*a pas » (Revon).
Sur Ibs montagnes s'étend la forêt ; le Japon, loin d'être déboisé comme la Chine, est l'un des premiers pays forestiers du monde; les forets couvrent 6 p. 100 du territoire d« l'Empire, soit plus de 22 millions d'ila., et cependant le Japon,
avec beaucoup de sagesse,- encourage le reboisement. Sur les p«nles et sur les plateaux s'étale la savane parsemée de fleurs aux couleurs éclatantes (chrysanthèmes, lotus, gardénias). Les plaines et coteaux sont les domaines des cultures, riz et blé^ arbres fruitiers, arbres à thé, mûrier.
La flore du Japon est étonnamnaent rariée. « Vous pouvez Toir là-bas, dans la région la plus septentrionale, les bouleaux, les mélèzes, les pins chétifs, les cryptogames qui composent l'extrême végétation des contrées boréales ; dans la région moyenne, les innombrables plantes familières que nous connaissons chez nous, et dans la région la plus méridionale, les palmiers, les bananiers, les camphriers, les cycas, les orchidées des pays brûlants. Mais il y a plus : dans la partie moyenne elle-même, en un endroit quelconque, vous avez devant vous, autour d'une plaine où la rizière de l'Inde côtoie le champ de blé français, des collines où les sombres pins du Nord voisinent harmonieusement avec les bambous lustrés des tropiques; vous croiriez qu'on a mis dans un paysage européen dos plantes de serre apportées des quatre coins du monde ; et cette flore étrange vous suit partout, sans relâche, sur tous les chemins de l'archipel » (Revon.).
La faune rappelle, suirant les latitudes, les diverses faunes asiatiques. On trouve l'ours blanc aux Kouriles (outre des ours particuliers aux Kouriles et à Yéso), et les singes à Sikok. Le îaup, le renard, la martre et les petits rongeurs existent, mais non les félins. Les oiseaux sont abondants. Mais surtout les mers du Japon (spécialement à la rencontre des eaux chaudes et des eaux froides) sont extrêmement poissonueuses.
F^rmé en grande partie de terrains anciens et volcaniques, le Japon a d'importantes ressources minérales ; il est riche en houille (on évalue à 13.000 km^ la superficie des gis'^ments), en fer, en cuivre ; les métaux précieux y sont plus rares. Les cratères des volcans sont des soufrières, et les sources de pétrole jalonnent des lignes de dislocation.
4. — Population. — Sur une superficie inférieure de près de 1/5 à celle de la France, l'Empire du Japon nourrit 57 millions d'hommes. En 1888, le Japon n'était pas plus peuplé que la France; actuellement sa population s'accroît (malgré l'émigration) de plus d'un demimillion par an. La densité moyenne est de 130 (France,
74) ; elle atteint près de 160 dans l'île de lïpndo. et 300 dans les provinces les plus riches.
D'où vient le peuple nippon'^ est-il mongol ou malais*?
Les premiers habitants de l'archipel paraissent avoir été les Aïnos, qui ont été peu à peu refoulés vers le NE de Yéso, le S des Kouriles, le S de Sakhaline. Ils ne sont plus 20. 0000, mais il j a sans doute un métissage aïno dans le type japonais vulgaire.
Le peuple japonais est ingénieux, imitatif, non dépourvu d'initiative, industrieux, capable de Youloir, sobre et tempérant. Il nous étonne par les contrastes de son caractère : il est poli et cruel, superstitieux et peu religieux, ouvert au progrès et très attaché aux traditions. Ses récents succès ont donné un nouvel aliment à son orgueil natif.
Il a reçu de la Chine le bouddhisme ; mais la vraie religion nationale est le shintoïsme, où s'associent le culte de la nature et celui des ancêtres.
Le Japon a un développement urbain beaucoup plus important que celui de la Chine : 14 villes dépassent 100.000 hab. et ces 14 villes ne sont pas loin de contenir le dixième de la population totale des quatre grandes îles propremen t japonaises.
Les villes japonaises ne ressemblent que par les petits côtés à nos grandes cités occidentales. Formées de bâtiments à un seul étage et construits en matériaux légers (bois et papier surtout), afin de rendre moins funestes les effets des tremblements de terre, elles occupent un espace d'autant plus grand que des jardins séparent les habitations : Tokio, qui a un million d'habitanU de moins que Paris, s'étend sur une surface triple. Dans les rues, larges, assez propres, et bordées de trottoirs, circulent de légers véhicules traînés par des hommes : ce sont les fiacres japonais. Depuis une vingtaine d'années, d'ailleurs, l'aspect des villes japonaises se modifie et il tend de plus en plus à s'européaniser aux dépens du pittoresque : de place en place s'élèvent des édifices en pierre, à plusieurs étages ; partout des lignes de tramwajs électriques, des fils télégraphiques et téléphoniques ; la plupart des villes ont la lumière élecirique.
Presque toutes les grandes villes sont dans l'île Hondo, dans de petites plaines fertiles encadrées par les mon-
tagnes. Tokio {fig. p. 4G1), la capitale, avec ses palais neufs, SCS banques, etc., groupe ^.2J().^^^/ia6.; Yokohama (430.000 hab.), simple village de pêcheurs il y a soixante ans, possède aujourd'hui un port outillé à la moderne, dans une rade admirable {fig. p. 457), en relations avec Vancouver, San Francisco, Seattle, Sydney et les ports d'Eu-
Fig. 149. -- A Tokio.
Cliché du Vérascope Kitbard
rope; Kioto, la capitale du vieux Japon, avec ses 900 temples, a encore 540. 000 hab., mais la vie s'est transportée plus à rvv, à l'issue de la plaine, àOsaka(près de 1.500.000 hab.), ville restée très japonaise, quoique entourée d un faubourg usinier ; en face d'Osaka est situé le port de Kobé-Hiogo (500 000 hab.). Nagoya (400.000 hab.) occupe une plaine centrale. Hirosima (170 000 hab.) est le port de la Méditerranée japonaise.
Dans Kioii-siou, une rade d'une merveilleuse beauté abrite Nagasaki (135.000 hab.), longtemps le seul port ouvert au commerce européen. Yéso n'a qu'une grande ville, le port de poche de Hakodaté (100.000 hab ).
S. - Développement économique. — L'agriculture occupe plus de 60 p. 100 de la population entière; elle constitue ^a jo/ws grande industrie japonaise. Le sol volcanique est très fertile ; sur des parcelles de faible étendue, le Japonais, comme le Chinois, travaille à la façon d'un jardinier, enrichit sa terre d'engrais de poisson et arrive à lui faire rendre plusieurs récoltes par an. Cependant, pour ce qui est de l'application des principes scientifiques de culture et de lasuperficie des terres cultivées, le Japon reste bien loin en arrière des Etats de l'Europe, et des progrès sont encore possibles. Le gouvernement crée des fermes expérimentales, favorise les associations agricoles, facilite l'irrigation.
La principale culture, ici comme en Chine, est celle du riz, à laquelle un quart du sol (plaines et pentes irriguées) est consacré. La récolte atteint aujourd'hui 7 millions de t. Le riz japonais, de qualité supérieure, est vendu à l'étranger, et le Japon importe des riz plus ordinaires pour ses propres besoins. L'importation est d'ailleurs décuple (en valeur) de l'exportation, tant le Japon est impuissant à nourrir sa population croissante.
A côté du riz se sont développées les autres céréales (15 p. 100 du sol), blé, orge, sarrasin, millet, maïs. Ce pays à riz arrive à produire près d'un million de t. de blé. Il donne ^qs patates et des pommes de terre.
Sur les pentes des montagnes, dans le S de Hondo et dans les deux îles méridionales, l'arbre à thé donne un^ récolte qui monte à 40.0U0 t.,et que 1 État améliore par l'étude des meilleures méthodes de préparation. Il en est de même de la culture du mûrier et de la sériciculture, pour laquelle on a créé deux instituts spéciaux. Non seulement la quantité (13. 000 t. environ) de soie brute est 50 fois ce qu'elle était sous l'ancien régime, mais la qualité se perfectionne, contrairement à ce qui se passe en Chine.
Les autres produits essentiels sont le tabac, les laques et cires, le coton, le chanvre, la canne à sucre.
Ajoutons que le S du Japon et surtout Formose pos-
sèdent le caynphrier. La production du camphre (important pour la fabrication des explosifs) est un monopole d'Etat, qui ne peut être menacé que par le développement en Europe de la synthèse du camphre.
L'État cherche à favoriser l'élevage du cheval (pour ses besoins militaires) et du bœuf (le Japonais, mangeur de riz et de poisson, commence à devenir mangeur de viande).
La pêche (besoins alimentaives et engrais) n'est pas seulement active à Yéso et dans le S de Sakhaline ; les pécheurs japonais exploitent les côtes coréennes et même les rivages russes de l'Amour et de la province maritime. Les anciennes jonques sont remplacées par des embarcations de haute mer, qui font la chasse aux phoques et aux baleines. Le poisson gelé et séché commence à devenir un article d'exportation.
Nos aïeux cherchaient au Zipangu 1*07* et Vargent; on les y trouve. Pour le cuivre, le Japon est un des pays qui, avec le Mexique et l'Espagne, viennent en seconde ligne, très loin derrière les Etats-Unis. Le Japon se classe aussi parmi les producteurs de fer. Le soufre, \q pétrole, le sel, sont en constant accroissement.
Mais l'extraction la plus importante est celle de la houille : elle montait en 1913 à 20 millions de t. (France, 41), dont 4 millions étaient exportées; les houilles japonaises viennent faire, dans les ports chinois, concurrence aux charbons australiens ou tonkinois. La houille blanche (12ii.000 chevaux-vapeur dès 1915) est destinée à jouer également un rôle important au Japon.
L'industrie familiale n'a pas disparu au Japon. Mais, à côté des faiseurs d'éventails, de boîtes de laques, de gardes dépée, etc., le Japon a maintenant ses industriels et ses ouvriers. Contrairement à ce qui s'est passé en Chine, les usines ont été construites avec des capitaux japonais et dirigées par des ingénieurs japonais, qui se sont d'ailleurs formés à l'école de l'Europe. Depuis 1868, le Japon a commencé à passer de l'âge agricole à l'âge industriel. La surabondance de la main-d'œuvre, l'intelligence native du peuple, la diffusion de l'instruction à tous les degrés ont favorisé cette brusque évolution ; d'ailleurs
464 LES PlilNCIPALES PUISSANCES DU MONDE
les salaires, autrefois très bas, ont plus que duublé en vii
ans.
La grosse industrie est l'industrie cotonnière, qui consomme SilO.OOO t. de coton (plus qu'en France;, et qui fait d'Osaka un Manchester japonais ; puis viennent celles de la soie, des papiers, de la céramique, des irtsscs de paille. Déjà se développe la métallurgie : le Japon construit désormais lui-même ses locomotives, ses wagons, ses rails, ses appareils et ses lignes télégraphiques et téléphoniques, ses vaisseaux de commerce, ses cuirassés et ses torpilleurs.
Le premier chemin de fer (une trentaine de km) fut ouvert entre Tokio et Yokohama de 1809 à 1872. Aujourd'hui les voies ferrées mesurent plus de 8 000 km : Hondo est longée du NE au SW par une ligne ininterrompue, qui multiplie ses embranchements dans les plaines côtières. Kiou-siou, Sikok, le S de Yéso ont leurs chemins de fer.
A côté des nombreuses lignes de cabotage, le Japon a de puissantes compagnies de navigation à vapeur, qui s'emparent peu à peu du trafic de 1 Extrême-Orient, qui vont en Australie, aux Etats-Unis, au Canada, au Chili, à Bombay; bien plus, elles viennent maintenant apporter les produits japonais et cueillir le fret à Marseille, à Londres, à Anvers. La marine msirchsindQ Japonaise vieni maintenant au troisième rang dans le monde, avor 2.700.000 t. (Angleterre, 18 millions de t. : Élats-Uni^ 10 millions; France, 2 millions); les ports de Kobé (premier port du Pacifique en 1917;, Yokohama, Osoka, ont été très bien outillés.
Les résultats de ces efforts se traduisent dans le commerce extérieur {fig. p. 465). Entre 188 i et 1905, il s'est accru dans la proportion de 1 à 8 ; même la guerre russojaponaise ne l'a pas fait décroître; il atteignait en 1913 S tniUiards ijS. Les i??i;:)07*/a/io?is (1.800 millions) étaient représentées par le coton nécessaire aux usines, les grains (surtout les riz pour plus de 75 millions de fr.) et les tourteaux, \es fers et aciers, les machiner, les tissus,
le sucre. V expo'>' talion (1.700 millions) comprenait les soies grèges et ti-,sus de soie (ensemble 315 millions), les cotons égrenés, filés et tissus de coton, les métaux, la houille, le thé; ils'y ajoute maintenant les dois et j^ap^ers, les allumettes, le sucre, les poteries, la verrerie^ etc. Avant la guerre, les principaux fournisseurs du Japon
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Fig. loO. — Commerce du Japon, de 1890 à 1910. (Ea raillions de francs)
e'taientlMsie (près des 2/5), la Grande-Bretagne (plus de 1/5), lesEtats-Ùnis et l'Allemagne. Les principaux clients étaient VAsie, les États-Unis, la France (soies grèges et pongées), la Grande-Bretagne, l'Italie et l'Allemagne. De plus en plus les relations commerciales du Japon, autrefois limitées à l'Asie, à l'Angleterre et aux États-Unis, s'étendaient et se diversifiaient.
Par sa puissance navale, et par son isolement, le Japon a été l'un des grands profiteurs de la guerre, à laquelle il n'a pris qu'une part très légère. En 1919 son commercé a atteint un peu
plus de 2 milliards de yen à l'exportation, et autant à 1 importation ^.
Un demi-siècle a suffi pour faire d'un petit pays fermé, considéré comme Ijarbare, une grande puissance. Il n'y a pas eu au Japon « un progrès graduel comme en Europe, mais une transition rapide, soudaine, impétueuse ».
Celte révolution industrielle fait aux Japonais une nécessité de la recherche et de la conquête des débouchés.
D'autre part, une population dense et croissante, sur un territoire dont il est difficile d'augmenter très vite les rendements, a besoin d'expansion ; il lui faut à tout prix des terres à riz ou à blé, des pêcheries. De là l'essaimage des Japonais vers leur île septentrionale, Yéso fdont la population a presque triplé de 1898 à 1013), vers les lïawaï (où ils sont la moitié àQ la population), vers la Californie; delà l'annexion deFormose, qui n'a pas rendu ce qu'on en attendait; de là celle du S de Sakhalinc (en japonais Karafiilo), « dont les Russes avaient fait un bagne et dont les Japonais feront une gigantesque poissonnerie ». De là la prise de possession ou la mise en tutelle des cotes asiatiques voisines, delà Corée et delà Mantchourie.
6. — La Corée. — La Corée, qui appartient maintenant au Japon, est une presqu'île montagneuse de 220.000 km^ (un peu moins que lltalie), avec une côte abrupte du côté qui regarde le Japon et des plaines le long des côtes découpées de la mer Jaune. Le climat est continejital : Séoul (presque à la lat. de Tunis) voit souvent des températures de — 15** en hiver et de 4- 3t)® en été ; le S dt la presqu'île est relativement plus chaud.
La. population est de 47 millions d'habitants. Les Coréens sont de mœurs douces et nonchalantes. Ils seront de plus en plus submergés par les colons japonais, que les navires lrans|)ortent en une nuit de Nagasaki (ou de Simonosaki) à Fousan. Déjà près de 16.000 en 1900, les Japonais débaïquent peut être maintenant à raison de 200.000 par an. Un service de colonisalion officielle distribue 1""