II. — Les grands courants commerciaux
6. — La monnaie. — Entre les centres de production et de transformation qui se sont créés dans le monde contemporain, de grands courants déchange se sont établis, sur lesquels ont influé des éléments d'ordre différent.
Un des éléments les plus importants qui agissent sur le volume et la direction des échanges, c'est la monnaie.
En fait, sur le marché international, les marchandises s'échangent contre de l'or, et l'argent lui-même, traité comme une marchandise, est évalué en or, plus ou moins cher suivant qu'il est plus ou moins abondant. Avant 1914 on pouvait dire que les pays à étalon d'or (ou chez qui la valeur monétaire de l'argent était artificiellement consolidée) payaient leurs achats en une monnaie de valeur constante (livres sterling, dollars, francs de l'Union latine, marks allemands, couronnes Scandinaves, florins néerlandais, yen japonais). Même la Russie, les Indes et ce grand producteur d'argent qu'est le Mexique avaient adopté la monnaie dor pour leurs échanges internationaux. Le papier émis par les banques ou, pour solder leurs opérations, par les commerçants de ces pays n'était soumis qu'à de légères oscillations, s'écartant très peu de la valeur exprimée en or au pair. Par contre les pays à monnaie d'argent voyaient leurs monnaies soumises à d'amples fluctuations : Espagne, Chine, la plupart des colonies d'Extrême-Orient, comme notre Indochine, et beaucoup de pays neufs.
Les énormes dépenses faites par les Etats belligérants, le. emprunts formidables contractés par eux à l'étranger, l'établis sèment à l'intérieur du cours forcé des billets, l'arrêt des fabri cations chez certains d'entre eux et l'augmentation des achats au dehors ont changé brutalement cette situation. Le monde se divise en Etats créanciers dont le papier vaut très cher, et en Etats débiteurs dont le papier est plus ou moins déprécié, suivant l'état de leur balance commerciale et financière et le plus ou moins de confiance qu'inspire leur relèvement rapide. En réalité l'étalon mondial esta l'heure actuelle le dollar américain,
et c'est par rapport au dollar (le dollar-papier étant à In paii,. du dollfir d'or) que sont calculées les valeurs, Journellement variables, de la livre sterling, de la peseta, du*franc suisse, du franc français, de la lire, du mark, etc. Pour savoir ce que vaut, (•omme pouvoir d'achat à l'étranger, une couronne autrichienne, il faut donc la traduire chaque jour en la monnaie de chacun des pays avec lesquels l'Autriche veut commercer.
Tant que les pays à change bas sont exclusivement vendeurs, ils sont dans une certaine, mesure favorisés par lebas prix de leur monnaie, stimulant de l'exportation. Mais dès qu'ils deviennent acheteurs (matières et denrées, machines, produits manufacturés^, leurs achats, évalués en prix-or. sont grevés d'une jrrime d'autant plus forte que le change du pays vendeur est plus élevé. Aussi ces pays, même avec une exportation très supérieure à leur importation, n'arrivent pas à se constituer un outillage industriel.
•ï. — Les voies de commanicatîon. — Pour que le commerce des grands foyers de civilisation contemporains — Europe et Amérique du Nord — pût s'effectuer sur toute la surface du globe dans des conditions de rapidité et ci'' bon marché suffisants, il a fallu d'autre part le développa ment prodigieux des voies de communication et des 77ioyens de transport, dont la vapeur, l'électricité et les progrès techniques réalisés par les ingénieurs ont été 1* facteurs essentiels.
La multiplication et le perfectionnement des moyens de transport ont, au vrai, supprimé la distance, et par là même diminué le prix de revient des denrées alimentaires et des matières premières originaires des pays les plus lointains. Les conditions de la vie économique furent ainsi révolutionnées. Les agriculteui" euiopéens se trouvèrent hors d'état de lutter contre la conçu i ronce des blés, des viandes importées des pays d'Amérique on d'Australasie; la petite industrie des Etats secondaires fut mis<> en péril par la grande industrie anglaise, allemande, française, etc.
Pour lutter contre ces dangers, les Etats européens qui en étaient menacés n'avaient que deux moyens : ou bien le 'protectionnisme, qui réserve à la production nationale le marché intérieur, ou bien la spécialisation dans les branches de production pour lesquelles un pays est favorisé par les conditions naturel-
LA VIE ECO'NOMÎQUE DU GLORE r.83
les, et l'appel à l'étranger pour le reste. La France, par exemple^
eu recours au protectionnisme pour défendre son agri
ilture contre la concurrence des pays neufs; l Angleterre, au
ntraire, s'était spécialisée dans l'industrie et avait, à la fin du
ix:'^ siècle, renoncé presque complètement à la production des
■réaies.
Mais la guerre a prouvé qu'il est dangeureux pour un Etat de sacrifier les cultures alimentaires et certaines industries essentielles.
8. — Principales voies européennes. — A l'intérieur de lEurope, les moyens de communication sont aujourd'hui très perfectionnés. Le portage y a disparu depuis longtemps, et ce n'est que dans les régions montagneuses des pays les plus arriérés que les transports s'opèrent encore à dos d'âne ou de mulet. L'âge de la route lui-même est dépassé, et aujourd'hui. les seules voies de communication dintérêt général sont les voies navigables et les chemins de fer.
Les voies navigables sont très inégalement réparties entre les divers Etats de TEurope. La ilwssie d'avant-guerre en avait 83.000 kni, mais elle ne peut en profiter que pendant les mois d'été. Les Etats de l'Europe centrale et occidentale ont un réseau navigable très développé : Fmnce, 17.000 km, — Allemagne, 44.000 km, — Grande-Bretagne, 6.600 km, — Pays-Bas, 4.500 km, — Belgique, 2.000 km (chifi'res d'avant-guerre); c'est en Allemagne, aux Pays-Bas et en Belgique que le réseau est le plus activement utilisé. Au contraire, les pays méditerranéens, qui souffrent de la sécheresse, n'ont que très peu de rivières navigables et de canaux : 2.500 km en Italie, 700 seulement en Espagne.
Parmi ces voies navigables, deux au moins, le Rhin et le Danube, présentaient avant la guerre un caractère international. Le morcellement de la Russie et de TAutriche-Hongrie a fait internationaliser également VElbe, VOder et le Niémen.
L'Europe est le pays du monde qui possède le réseau ferré le plus développé et le plus cohérent. La longueur totale des chemins de fer de l'Europe, qui dépasse 300.000 km, et permettrait de faire plus de 7 fois le tour de la terre, est inférieure à celle des chemins de fer de l'Anïé-
riqiie du Nord (plus de 400.000 km), mais il ne faut pas oublier que l'Amérique du Nord est 2 fois et demi pln^ vaste que l'Europe.
Le réseau ferré de l'Europe est d'ailleurs plus ou moins étendu et plus ou moins dense suivant les régions {fig. p. 58ii). 11 suffit de regarder une carte pour voir que les mailles s'en étendent comme celles d'une toile d'araignée sur l'Angleterre, la France, les Alpes et la plaine du Pô, la Hollande et la Belgique, l'Allemagne de r W, pour aller se relâchant vers l'E, le S, surtout le SE . Ce réseau atteint le maximum de densité dans tous les pays d'industrie très active, ainsi que le montre le tableau suivant (chiffres d'avantguerre) .
Russie d'Europe.
France
Iles Britanniques
Italie
Espagne. . . .
Suède
Belgique. . , .
Suisse
Roumanie . . .
Danemark . . .
Pays-Bas. . . .