‹ Les principales puissances d'aujourd'huiChapitre 5 sur 154 · AVANT-PROPOS V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS V

voitée par son impérieux voisin et par les autres candidats à la souveraineté du Pacifique, sa voix compte peu dans le concert international. Mais comment considérer comme « quantité négligeable » ce peuple de plusieurs centaines de millions d'hommes, cette terre qui apparaît comme la grande réserve de matières premières de l'humanité de demain?

Y a-t-il des grandes puissances qui ont disparu ?

Il en est au moins une. L'État à deux têtes qui s'appelait bizarrement FAutriche-Hongrie, a définitivement cessé d'exister. Si Ton peut voir subsister, dans des conditions assez précaires d'ailleurs, un petit État hydrocéphale étiqueté Autriche, si avec les terres proprement magyares de l'ancienne couronne de Hongrie on a fait une Magyarie, ces deux Etats n'ont plus que le nom de commun avec les deux puissants groupements dont ils ont conservé les anciennes capitales. A côté d'eux se pressent d'autres Etats, cohéritiers avec eux de l'ancienne monarchie dualiste, les uns déjà existants avant la guerre et simplement agrandis des dépouilles austro-hongroises, un autre né de la veille, fait de pièces diverses dont quelques-unes étaient autrichiennes, un autre enfin créé tout entier avec des morceaux de l'ancienne x4.utriche et de l'ancienne Hongrie.

Que dire de la Russie ? Actuellement elle est, bien

moins encore que la Chine, une grande puissance.

L'Empire qui s'étendait de la Vistule au Pacifique,

^e la Mer glaciale aux Pamirs, s'est effondré et n'a

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pas encore été remplacé par une formation politique stable. Verrons-nous Ja Russie, et la Sibérie avec elle, se décomposer en nations distinctes, correspondant plus ou moins aux grandes aires géographiques? Assisterons-nous au contraire, sous des formes impossibles à prévoir, à un nouveau « rassemblement » des terres russes? Une chose, à tout le moins, semble certaine. Même siPetrograd ou Moscou redeviennent des centres d'attraction, les forces centrifuges, libérées par la guerre et la révolution, continueront d'agir. Les terres annexées, en vertu de raisons nationales, par les Etats voisins, ont peu de chances de redevenir russes. Les États-bordure, constitués par des populations allogènes, ne rentreront pas, du moins volontairement, dans l'ancienne unité moscovite. Une fédération économique entre eux et une Russie redevenue tranquille, c'est ce que Ton peut actuellement entrevoir de mieux, sans savoir si ces relations seront le prélude d'une fédération politique.

Alors, que faire? Fallait-il laisser sur la carte d'Europe deux trous, le trou austro-hongrois et le trou russe ?

Nous ne l'avons pas pensé. L'Autriche-Hongrie morte, le Danube demeure, et les États riverains du grand fleuve ont leur partie à jouer sur l'échiquier européen. Comment la joueront-ils?^ Isolément ou ensemble ? La « Petite Entente » deviendra-t-elle un large groupement? Nous n'en savons rien, mais, parmi les États danubiens, deux au moins, la Tchécoslovaquie et la Roumanie, représentent des forces économiques telles que nous ne saurions les négli-

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