Agriculture
Un tiers seulement du sol (fig. p. loO) est formé de bonnes terres limoneuses ; mais un lent et patient travail a réussi à mettre en valeur les sables de la plaine et même les argiles du haut pays, de sorte que le sol improductif, déjà réduit à 11,5 p. 100 de la superficie, diminue d'étendue tous les jours.
Les forêts (dans l'Ardenne) couvrent 17,7 p. 100 du sol. Le reste est partagé entre les terres arables (43,4 p. 100) et les prairies et pâturages (27,4 p. 100).
La culture des céréales a longtemps occupé une place importante en Belgique; les plaines de la Flandre et du Brabant étaient de vastes champs do blé, tandis que le seigle et Vavoine étaient réservés aux terres pauvres de VArdenne et de la Campine. Mais la hausse du prix des terres et la concurrence des blés étrangers venus par Anvers ont provoqué une crise : malgré l'augmentation des rendements à l'hectare, les cultivateurs ont réduit de plus en plus l'espace consacré aux céréales. La Belgique ne produit plus maintenant que 4 millions deqx.de blé.
-Prairies ^^ Fig. 49. — Répartition du sol belge.
elle était obligée avant la guerre d'importer annuellement pour 400 millions de fr. de céréales.
Le terrain perdu par le blé a été gagné par les cultures industrielles ou par les prairies d'élevage. La zone de grande culture du /en, du chanwe, du colza, de la chicorée et de la betterave à sucre s'étend de plus en plus à droite et à gauche de la Lys et de l'Escaut, dans les Flandres, le, Hainaut et le Brabant. C'est la culture de la betterave qui est actuellement la plus florissante. La culture de la pomme de terre en vue de la fabrication de l'alcool a fait de grands progrès dans les terres sablonneuses.
L'élevage est très développé. Les grasses prairies des polders et des Flandres nourrissent le gros bétail, et les produits de ferme {beurres, fromages) sont pour la Belgique une ressource importante. L'élevage du cheval se fait dans le Brabant et dans les vallées ardennaises; celui du mouton, pratiqué sur les plateaux de Va Haute- Belgique et sur les landes de la Campine, perd chaque jour du terrain, par suite de la concurrence des laines argentines, australiennes et néo-zélandaises.
7. — Industrie. — La Belgique est, malgré son peu d'étendue, l'un des principaux Etats industriels de l'Europe : avant la guerre, cette petite Angleterre fabriquait annuellement pour 3 milliards de produits industriels. Les industries extractives^ métallurgiques, textiles, agricoles, y rivalisent d'activité.
En 1913, les bassins qui s'alignent le long de la Haine, delà Sambre et de la Meuse, fournissaient 23 millions de t. de houille, les 3/5 de ce que produisait la France (41 millions). Les houilles belges ne suffisent pas à alimenter de combustible les industries du pays ; chaque année la Belgique doit importer un peu plus de charbon qu'elle n'en exporte.
La production métallurgique de la Belgique est très importante, surtout pour le fer et le zinc ; elle est concentrée également dans l'i sillon de Sambre-et-Meuse. Nulle part,
si ce n'est peut-être dans les districts industriels de l'Angleterre et dans la région rhénane-westphalienne, les hauts fourneaux ne sont aussi serrés. Pour la production du métal zinc, la Belgique (y compris le territoire de Moresnet) venait en 1913 au troisième rang dans le monde, après les Etats-Unis et l'Allemagne : elle fournissait annuellement !200. 000 t. de ce métal (production mondiale : 1 million de t.).
Dans cette même région, les verreries et les fabriques de produits chimiques sont très nombreuses.
L'industrie textile, qui a dans les Flandres de lointaines origines, occupe 180.000 ouvriers en Belgique. L'industrie du lin, autrefois si prospère, continue à être pratiquée en Flandre, et la fabrication des dentelles est une spécialité de la Belgique septentrionale [Bruges, Matines). L'industrie lainière est concentrée au voisinage de Verviers ; la Belgique importe chaque année pour 60 millions de fr. de laine de plus qu'elle n'en exporte. L'industrie cotonnière a fait de grands progrès : les cotons, importés par Anvers sont filés et tissés surtout à Gand.
Enfin les industries agricoles [sucreries, brasseries, distilleries, fabriques de chicorée) sont très prospères et prennent de jour en jour plus d'extension. Elles sont localisées dans la Moyenne et surtout dans la Basse-Belgique.
8. — Voies de commnnicntion et ports. — Les Belges n'ont rien négligé pour assure» aux matières premières et aux produits de leur industrie et de leur agriculture une circulation facile à V intérieur du pays et un écoulement aisé vers Vextérieur. Ils ont multiplié les voies de communication, utilisées non seulement par les voyageurs et les produits belges ou à destination de la Belgique, mais encore par les voyageurs et les produits en provenance ois à destination des pays étrangers : grâce à sa situation, la Belgique est, en effet, Vune des grandes régions de transit entre les principaux pays de l'Europe.
Les chemins de fer belges, dont l'établissement n'a pas présenté de grandes difficultés dans ce pays de relief
faible, forment un réseau aux mailles extraordinairement serrée : en 1913 la Belgique avait près de 30km. de chemins deferparmyriamètre carré, tandis que la Grande-Bretagne n'en avait que 12, l'Allemagne 11 etla France 9. Bruxelles est le centre principal de ce réseau, dans lequel il faut mettre à part quelques grandes lignes de caractère international :
1° De Paris et Valenciennes à Bruxelles, Anvers, Rotterdam et Amsterdam par Mons ;
2° De Paris et Maubeuge à Liège, Cologne et Berlin par Namur ;
3° De Calais et Lille à Liège et Cologne par Tournai et Bruxelles;
4° D'Ostende à Luxembourg, Baie, le Gothard, et Milan par Gand, Bruxelles, Namur et Arlon.
Les voies navigables sont également nombreuses : elles dépassent une longueur de 2.000 km. ; c'est par elles que se font les 2/5 du trafic des marchandises.
VEacaut et ses affluents sont tous navigables ; la Meuse, de régime moins régulier, a été rendue accessible aux bateaux par un système de barrages qui maintiennent le plan d'eau pendant la période des maigres. Des canaux à petite section réunissent tous ces fleuves, et des canaux à grande section, que peuvent remonter les vaisseaux de tonnage moyen, mettent Louvain, Bruxelles^ Gand et B7mges en relations avec l'estuaire de l'Escaut ou avec la Mer du Nord.
Canaux et voies ferrées convergent vers le grand port delà Belgique, Anvers, qui a été sans cesse amélioré et où. se poursuivent des travaux en vue d'augmenter la superficie des bassins et la longueur des quais. Dans ces dix dernières années, le trafic d'Anvers s'est accru dans une proportion trois fois plus forte que celui de Londres. Grâce à l'esprit d*entreprise des Belges et grâce au concours intelligent de l'Etat, Anvers^ (28 millions de tx. avant la guerre) a réussi à concurrencer Hambourg et Londres, dépassant largement Rotterdam et Liverpool.
Il est vrai que le pavillon belge ne figurait que pour une très
faible part dans le trafic d'Anvers, où l'influence allemande faisait sans cesse des progrès. Le nombre des vaisseaux marchands de la Belgique était très faible et ne correspondait pas au développement économique du pays. Depuis la guerre les Belges ont
Fig. 50. — Le commerce de la Belgique depuis fS90. (En milliards de fr.)
essayé de remédier à cette situation en créant une grande société de navigation, le Lloyd Royal Belge. D autre part l'établissement d'une voie navigable directe entre Anvers et le Rbin (évitant le détour par le Waal), ainsi que l'entente économique franco-belge pourraient faire d'Anvers l'acant-port de Strasbourg, et mettre dans son arrière-pays l'Est de la France, la Suisse centrale, une partie de l'Italie du Nord.
Gand est le port d'entrée des lins de l'Europe orientale.
9. — Commerce. — Le commerce extérieur de la Belgique est beaucoup plus élevé que ne le ferait croire le peu d'étendue de ce pays. En 1913, le total des importations et des exportations dépassait 8 milliards de fr., plus que l'énorme Russie. Gela représentait plus de 1.100 fr. par tète d'habitant, contre 600 seulement dans le Royaume- Uni, 400 en Allemagne ou en France.
Les impoiHalions ïormsiiQni plus de la moitié du total (4.600 mil. lions). Elles comprenaient surtout les céréales et les textiles nécessaires à l'industrie belge (laine, lin, coton). Les exportations (3.600 millions) portaient principalement sur la houille et les objets fabriqués.
Les principaux clients et fournisseurs de la Belgique étaient la France et l'Allemagne, qui se disputaient le premier rang pour le total des importations et des exportations, puis la Grande- Bretagne, les Pays-Bas et les Etat'i-Unis. »
Au commerce spécial d'importation et d'exportation venait se joindre un commerce de transit très important (plus de 2 milliards de fr.), qui profitait aux diverses industries du transport. Ce commerce était surtout à destination ou en provenance de la France, de la région rhénane allemande, de la Suisse, des Pays-Bas, et du Royaume-Uni.
Le commerce belge n'a cessé de se développer: en 1831, il n'atteignait pas 200 millions (importations et exportations réunies) ; en 1889, il était déjà de 3 milliards et le chiffre de 5 milliards a été dépassé en 4905 (fig. p. 154). Brutalement arrêté par la guerre, il reprendra très vite sa vitalité.
Les liens nouveaux de la Belgique avec le Grand Duché de Luxembourg, qui a cessé d'appartenir au ZoUverein allemand, ne pourront qu'accroître cette prospérité.
10. — La pais«9ance belge. — Par .suite dc la richssse de son sol et de son sous-sol, ainsi que de sa position au croisement des grandes routes de commerce international, la Belgique est devenue, au cours du xix' siècle, Vun des pays les plus riches du monde. Le développement de
l'agriculture, et surtoutcelui dé l'industrie et du commerce y ont accumulé un capital énorme; les Beiges ont fait fructifier ce capital en l'employant à créer l'outillage économique de pays étrangers comme la Russie, la Chine et les Etats de VAmé?'ique du Sud, en l'employant aussi à la mise en exploitation de leur immense colonie, le Congo. La Belgique est U7ie des puissances industrielles et financières du monde.
IL — Le Congo Belge
il. — Sitnation, relief. — La petite Belgique possède en Afrique une immense colonie, le Congo belge (2 millions de km^), lo fois plus grande qu'elle-même {fig. p. 156).
Le bassin du Congo {fig. p. 157), dont le Congo Belge occupe la plus grande partie, est coupé à peu près en son milieu par Yéqtiateur; il est limité à l'W par l'Atlantique et à l'E par le talus du plateau volcanique des Grands Lacs ; au N et au S il n'a pas de limites
naturelles : des seuils ou des Conao beTae
plateaux, sur lesquels les
rivières se confondent presque, l'unissent au Soudan central et au Soudan égyptien d'une part, à la Zambésie d'autre part.
La région congolaise se présente comme une cuvette dont le fond s'abaisse à 200 m BelffSqui et qu isolent de l'Atlantique des hauteurs atteignant par- pig. 51. — Superficie de la Belgique, fois 2.000 m (fig-^-p. 158). comparée à celle du Congo Belge.