Généralités. — Sous le nom d'Europe centrale, on
désigne l'une des grandes régions naturelles de l'Europe, comprise entre la me?' du Nord et la. Baltique auN, ÏArdenne et les Vosges à l'W, les plissements alpestres au S, la, plate- forme russe à l'E.
Cette région offre un contraste saisissant avec l'Europe alpestre et l'Europe orientale : à l'unité de ces grandes régions de hautes montagnes ou de plaines, elle oppose une grande diversité d'aspects. Ce sont des « contrées bien définies dans des dimensions généralement médio cres, et nettement individualisées par un encadremen|^
iCi LES PRINCIPALES PUISSANCES DU MONDE
montagneux. Les chaînes des Alpes, du Jura et des Karpates dessinent, en s'écartant les une's des autres, le plateau subalpin et les deux bassins de Hongrie. Les montagnes de l'Allemagne centrale circonscrivent à leur tour la plaine du Rhin, le bassin de Franconie et la Bohême Chacune de ces contrées combine ses rivières en un faisceau qui n'a souvent pour s'échapper qu'une issue étroite: le Danube aux Portes de Fer, le Rhin à la percée de Bingen, l'Elbe aux défilés de Lusace » (Vidal-Lablache).
». — Constitution géologique. — Pour comprendre cette structure de l'Europe centrale, il est nécessaire de jeter un rapide coup d'œil sur ïhistoire géologique de larégion [fig. p. 165).
Si l'on met à part l'arc karpatique, qui se rattache étroitement aux Alpes dont il est contemporain, le relief de cette région n'est pas déterminé par des plissements récents comme ceux de l'Europe méditerranéenne. Il fait partie de la zone hercynienne (ainsi nommée du Harz), qui affecte dans l'Europe occidentale et centrale une région très étendue, allant de la Meseta espagnole à la Bohême, et dont le morcellement fut corrélatif aux grands mouvements du sol auxquels les plis alpins ont dû leur formation. L'ancien massif hercynien a été fortement modifié par ïérodon, et réduit à n'être plus qu'un socle (la Schneekoppe dans le Riesengebirge, qui en est le point culminant, n'a que 1.605 m), sur lequel les mers secondaires ont déposé leurs sédiments. Ceux-ci ont recouvert les débris de la végétation luxuriante qui était celle de l'Europe centrale pendant la période carbonifère, et ces débris accumulés au pied du massif hercynien se sont transformés en houille. Le morcellement du massif hercynien a laissé subsister un certain nombre de md/es (les horste des Allemands), que séparent des bassins ou des fosses allongées, dans lesquels se sont déposés des sédiments marins ou lacustres, des alluvions fluviales ou glaciaires.
Ainsi, entre les Vosges et la Forêt-Noire, restes d'une ancienne voûte effondrée en son milieu, se creuse la fosse rhénane; — entre la Forêt Noire, VOdenwald, le Spessart, le Thûringer Wald, le Bœhmer Wald et les Alpes, s'insère le grand bassin de V Allemagne du Sud, subdivisé lui-même en bassin bavarois et en bassin souabe-franconien; — entre la Masse bohémienne, \ Erz Gebirge et les Sudètes, s'intercale le bassin de la Bohême septentrionale — entre le Harz et le Thûringer Wald se place le bassin thurin gien ; — entre le Massif schisteux rhénan et les montagnes de U
l'europe centrale 165
haute Weser s'allonge la dépression hessoise, etc. De même, entre la Masse bohème et les Tairas se creuse la dépression de Moravie, et, à l'intérieur de l'arc des Karpates, de grands bassins d'effondrement sont aujourd'hui représentés par la Haute- Hongrie, la Basse-Hongrie et la Transilvanie.
^Hl Bassins houJ':e-
^•ra-'
Fig. 00. — Croquis géologique de l'Europe ceuirale.
Ces dépressions, ces bassins, ces fosses ne sont pas nécessairement des plaines uniformes. L'érosion, s'exerçant sur les sédiments de nature différente qui les ont comblés, a déterminé des différences de relief très sensibles : les Juras de Souabe et de Franconie, par exemple, ou les terrasses supérieures du plateau bavarois dominent de plusieurs centaines de mètres les plaines qui s'étendent à leur pied.
Des phénomènes volcaniques ont accompagné ces profonds bouleversements du sol. Des éruptions ont dressé des cônes gigantesques dont le Vogelsberg, la Rhœn, etc., ne sont plus que les débris. Mais, partout, la période des éruptions est close. Le sol paraît être définitivement consolidé et l'activité souterraine ne se manifeste plus que par le jaillissement de sources thermales et minérales très nombreuses [Spa, Ems, Wiesbaden, Karlsbad, Franzensbad, Marienbad, Baden-Baden, etc.} et par des tremble-
ments de terre, d'ailleurs moins fréquents et moins violents que dans l'Europe méditerranéenne.
La période glaciaire a entraîné de profondes modifications de l'aspect extérieur du sol dans toute cette partie de l'Europe.
Les glaciers des Alpes ont partiellement comblé le bassin de l'Allemagne du Sud, dans lequel ils ont déposé leurs moraines, leurs boues et leurs cailloutis, et formé un énorme talus de débris arrachés aux flancs des Alpes.
Mais surtout, toute la plaine qui s'allonge au N du massif hercynien et dont le socle primaire était déjà caché sous un manteau de sédiments tertiaires, fut couverte par Vinlandsis Scandinave. Cette gigantesque carapace de glace a profondément imprimé sa marque sur le sol de l'Allemagne du Nord : ce ne
Fig. 56. — Coupe N S à travers VEurope centrale. Suivant le méridien 8'' E.
sont que croupes doucement ondulées, parsemées d'innombrables petits lacs et dominées par les blocs erratiques, cailloutis, graviers et boues glaciaires.
Dans les intervalles de la période glaciaire, des nappes assez étendues de lœss ou de /imon très fertile ont partiellement recouvert la région.
3. — Relief. — Pour ce qui est du relief actuel de l'Europe centrale, nous constatons un abaissement progressif depuis les Alpesjusquà la mer {flg. p. 166 et 167).
1° Au S se dressent une série de hautes terres d'origine et d'aspect très divers mais d'altitude touj ours supérieure à 500 711 : plateaux glaciaires de Bavière et de Souabe, Jura de Souabe, Vosges et Forêt-Noire, séparées par la fosse rhénane.
S*' Au delà de la vallée du Danube bavarois, du bassin de Franconie et du bassin de Mayence, le sol se relève en beaucoup d'endroits à une altitude supérieure à 500 m, mais les hauteurs ne sont point continues ; entre les ruines
du massif hercynien (Ardenne. Massif schisteux rhénan, Karz, Spessart, Thùringer Wald, Erz Gebirge, Sudètes, Bœhmer Wald. se creusent des dépressions (vallées de la Moselle, du Rhin, de la Lahn, dépression hessoise, Thuringe, bassin de Bohême) qui rompent l'unité de cette zone moyenne des Wâlder (montagnes boisées).
i^xjesousduniveaudelamer I ^^ mo.ns de 280 - »u,:..i..^jde200a500-
Fig. 57. — U Europe centrale.
pljsde5C0-
3° Enfin, au N des Wâlder s'allonge \^ plaine, si basse qu'on y trouve à peine, dans le voisinage de la Vistule inférieure, des altitudes dépassant 300 m, et que, sur plusieurs points, elle est au-des?ous du niveau de la mer. 11 faut d'ailleurs distinguer dans cette vaste plaine la région
1G8 LES fRINCIPALES PUISSANCES DU MONDE
située à VE de VElbe, qui a subi l'action glaciaire et est couverte d'argiles et de sables, et la région occidentale, que la glaciation a peu affectée. Dans cette dernière région l'aspect et les aptitudes du sol sont très différents dans les parties relativement hautes, — de sol limoneux fBœrde de la lisière subhercynienne) ou sablonneux (landes de la Geest) — et dans les parties basses reconquises par l'homme sur le domaine marin (marschen, polders).
Dans l'ensemble, l'Europe centrale est donc une région d'altitude médiocre. Mais, si les hauteurs ne sont pas comparables à celle des régions de plissements récents, l'Europe centrale a cependant de la variété, grâce au voisinage des môles surélevés et des bassins déprimés. Cette variété se trouve augmentée par Y extrême diversité des formations géologiques, depuis les granits et les gneiss disposés en coupoles surbaissées, jusqu'aux terrains les plus récents des plaines basses, en passant par les sctfistes cristallins. les schistes argileux, les rochers coralliens, les basalteles grès, les calcaires coquilliers, les marnes et les craisa.
Entre les diverses régions de l'Europe centrale, les communications et les relations sont assurées par les si/!itème& fluviaux, tout à fait indépendants du relief actuel.
4. — Eaux conrantes. — Les grands fleuves de l'Europe centrale sont en effet plus anciens que le relief actuel ; et les événements géologiques ont fort peu modifié l'écoulement des eaux.
Les fleuves ont pu se maintenir dans leur direction ancienne en raison de Tintensité relativement faible et de la très longue durée des variations d'altitude. Le soulèvement du Massif schisteux rhénan, par exemple, ne s'est pas fait tout d'un coup : il s'est opéré lentement, progressivement, pendant des milliers d'années, et le Rhin n'a eu qu'à approfondir sa vallée à mesure que le sol s'élevait. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir les rivières traverser des massifs {Rhin et Moselle dans le Massif schisteux rhénan, Elbe dans les monts de Lusace, Meuse dans V Aràenne, .Neckar dans l'Odenwald, etc.), ou de voir les vallées dirigées en sens inverse de la pente générale du terrain.
l'europe centrale 169
Les grands fleuves de l Allemagne (Rhin, Weser, Elbe, Oder) en particulier, traversent presque perpendiculairement à leur direction générale les diverses zones de ?'eh(?/' et donnent à l'Europe centrale une sorte déstructure grillagée, ils mettent en relations réciproques l'Allemagne du Sud, l'Allemagne moyenne et la plaine du Nord.
De même, le Danube relie des régions très différentes : Forét-Noire, Souabe, Bavière, pays alpestres, liante Hongrie, Basse-Hongrie, Transilvanie, Valachie.
Dans leur traversée des massifs de roches anciennes qui ont été surélevés à une époque relativement récente, les fleuves de l'Europe centrale ont creusé des vallées étroites aux pentes abruptes. Telles sont la vallée du Rhin de Bingen à Bonn, celle de la Moselle de Trêves àK^oblentz, celle de l'Elbe de Leitmeritz à Pirna, celle du Danube au contact du Bœhmer Wald, etc. Ces vallées étroites et escarpées forment un frappant contraste avec la surface monotone des plateaux ou les larges voûtes des massifs anciens.
Arrivés dans la, plaine du Nord, les fleuves de l'Europe centrale sont presque sans pente, et ne sont séparés les uns des autres par aucun obstacle naturel. Grâce à leurs affluents qui, surtout à l'E, coulent dans une série de dépressions d'origine glaciaire, le Rhin^ V'Ems, la Weser, l'Elbe, y Oder, la Vistule, le Niémen ont pu être mis en relations par de nombreux canaux.
5. — Le Rhin. — Le Rhin ne forme pas un « bassin ». 11 traverse des régions extrêmement différentes, dans chacune desquelles il présente des caractères spéciaux. On peut diviser son cours en quatre grandes sections : 1° le Rhin suisse de la source à Bâlc; 2° le Rhin de Bàle à Bingen, dans hi plaine rhénane : 3<^ le Rhin dans le Massif schisteux, de Bingen à Bonn; i^ le Rhin inférieur, dans la plaine westphalienne et néerlandaise.
a. Le Rhin suisse: — Entre la source et Bâle, sur plus de i 50 km, le cours du Rhin [Rhein] se trouve divisé en deux sections par la traversée du lac de Constance : en amont, c'est un torrent alpestre, à la pente rapide, au régime très instable; en aval, à la traversée des Juras, c'est un fleuve de plateaux calcaires, coupé de chutes et de rapides.
' Principales puissances du monde. jj
170 LEa PRLNCIPALES PUISSANCES DU MONDE
Le fleuve formé à Reichenau de la réunion du Rhin Antérieur et du Rhin Postérieur est déjà puissant : sa largeur atteint 50 m. Alimenté par Ir fonte des neiges alpestres et par la fusion de ] 50 glaciers, dont quelques-uns sont très étendus, il est à la fois très rapide et très abondant pendant la fin du printemps et l'été {fig. p. 171). Ses eaux sont chargées d'une grande quantité de matériaux solides qu'elles ont arrachés aux flancs de la montagne, et qui s'accumulent dans le lac de Constance.
Celui-ci n'est pas seulement, pour les eaux du Khin, un épurateur ; il est aussi un régulateur. Le trop-plein est emmagasiné à l'époque des crues, et restitué lentement au cours inférieur pendant la période des basses eaux.
A la sortie du lac, le Rhin est un beau fleuve, large de 60 a 128 m, et qui débite en moyenne 330 m* par seconde. Les vapeurs du Bodensee peuvent y circuler jusqu'à Schafifouse.
Malheureusement, à partir de Schaffouse, le Rhin s'engage dans les p/a^eawa? calcaires qui relient le Jura suisse au Jura souabe. 11 s'y est creusé une vallée étroite et sinueuse et, à plusieurs reprises, il descend les étages du plateau en formant des chutes ou des rapides dont les plus célèbres sont les chutes de Laufen, en aval de Schaffouse, hautes de 24 m. Plus loin, entre le S de la Forêt-Noire et le Jura (défilé des villes forestières], de nouveaux rapides, ceux de Rheiiifelden, interrompent encore l'écoulement normal des eaux du fleuve.
Toutes les eaux alpestres reçues en Suisse par le Rhin et par ses affluents constituent la partie essentielle de la masse liquide du Rhin moyen et inférieur. « Ce sont les eaux alpestres qui font le Rhin, elles qui emplissent son lit, soutiennent la vague pendant Tétiage, alors que les rivières allemandes défaillent et se dérobent ; elles qui, pendant la saison la plus féconde, favorisent la navigation et sollicitent l'activité... En Suisse, le Rhin est une force; en Allemagne, il devient une voie « 'Aukrbagh).
b. Le Rhin de Bdle à Bingen. — A Bàle, le Rhin change de directio"^ ; il s'incline vers le N, et s'engage dans une plaine de 25 à 50 km. de large et de 300 km de long, la plaine rhénane, prolongée par le bassin de Mayence ; ce grand fossé est dominé à l'W et à l'E par deux séries d'alignements montagneux : Vosges et Hart (ou Haardt) d'une part, Forét-Noire et Odenwald d'autre part.
D'une altitude de 252 m à Bâle, le Rhin descend à 82 m à Mayence. 11 a ainsi, entre ces deux points, une pente moyenne de O'^ôO par km, à peine inférieure à celle qu'il avait entre Reichenau et Bàle (0"80 par km). Mais cette pente est inégale-
ITl
ment répartie : elle est forte jusqu'à l'embouchure de la Lauter et même jusqu'à Oppenheira. Le fleuve a encore une action érosive consiiPrahle : il approfondit son lit. dépose des graviers sur ses rives, déplace son cours en abandonnant des bras morts qui se transforment en marécages. De grands travaux ont dû être exécutés de 1840 à 1874 pour régulariser m pente ei le fixprdans son lu.
Cot
oqn^^
- if,iP
f^auteur c/ufihin au-dessus de /'étiage \ - f , ^
Fi2. o8.
Le régime du Rhin à Râle et à Cologne.
A Mayence, le Rhin, large de plus de 600 m et semé d'îles basses, se heurte à la barrière du Taunus. Il longe les collines ensoleillées du Rheingau, plantées de vignes qui donnent les célèbres vins du Hhin.
Entre Bàle et Bingen, le Rhin a été grossi par quatre affluents principaux : 1111. le Neckar, le Main et la Nahe.
c. Le Rhin dans le Massif schisteux. — L'issue septentrionale dé la plaine du Rhin est aujourd'hui barrée par un énorme bloc de roches anciennes, le Massif schisteux rhénan. Le fleuve le traverse sur une largeur d'environ 80 km.
A partir de Bingen, la vallée se rétrécit singulièrement et se réduit à une simple fente aux bords abrupts, dominés de place en place par des rochers où se dressent encore de vieux burgs en ruines. En même temps, la profondeur du fleuve et la rapidité de ses eaux s'accroissent. En face du rocher célèbre de la Lorelei, le Rhin n'a plus que 165 m de large, mais sa profondeur atteint 30 m.
La « trouée héroïque » du fleuve se trouve interrompue par le bassin de Nèuwied, effondrement presque circulaire, dans lequel la Moselle et la Lahn viennent rejoindre le Rhin. Au confluent de la Moselle et du Rhin s'est fondée Koblentz, dont l'importance stratégique est très grande, car elle commande lintersection de deux routes naturelles.
A la sortie du bassin de Neuwied, les montagnes se rapprochent de la rive gauche du Rhin, au bord duquel se dressent les anciens volcans des Sieben Gebiige. Le Rhin est cependant moins étranglé qu'entre Ringen et Koblentz, et, un peu en amont de Bonn, il se dégage complètement de la montagne, à 44 m d'altitude.
d. Le Rhin inférieur. — A Bonn, le Rhin entre définitivement en plaine, d'abord dans une sorte de golfe, le golfe de Cologne, comblé par les dépôts sédimentaires et les alluvions, puis dans la grande plaine basse de l'Europe du Nord.il coule, presque sans pente, en formant de grands méandres, avec une largeur qui varie de 500 à 1.000 m; ses eaux abondantes, encore grossies par la Wupper, la Ruhr et la Lippe ont un régime très régulier.
Ce régime {fîg.^. 171) résulte de la compensation qui s'établit entre l'apport des rivières alpestres et celui des rivières venues de régions d'altitude moyenne ou faible. « Jusqu'au Neckar, le Rhin se meut sous l'influence des eaux alpestres, c'est-à-dire se gonfle dans la saison d'été et s'affaisse graduellement jusqu'en hiver, sauf quelques oscillations sous les averses de l'automne. Du Neckar à la Moselle, les affluents de la moyenne vallée exercent une action encore discrète ; ils provoquent vers la fin de l'hiver une deuxième hausse, mais qui n'égale point celle de l'été. Enfin, depuis la Moselle, les termes sont renversés » (Auerbach.). A Cologne, le Rhin a deux maxima, un en été et un en hiver; mais l'écart est faible entre le niveau des basses eaux et celui des hautes eaux.
A quelques km en aval du point où le Rhin franchit la frontière allemande pour entrer dans les Pays-Ras, commence le delta. Le fleuve va dès lors se diviser en 6ms de plus en plus nombreux, qui se confondent avec ceux de la Meuse et dont les noms varient sfns cesse.
Telles sont, dans leur grande variété, les quatre sections du cours du Rhin. Ni par la longueur de son cours (t. 380 km), ni par l'étendue de son domaine (225.000 km^), ni par son débit (2.000 m^ à la seconde), le Rhin ne saurait rivaliser avec la Volga
11 le Danube [fig. p. 174). Mais plusieurs circonstances très favorables font de lui un fleuve beaucoup plus utile, et par conséquent beaucoup plus important poui- l'homme, que le Danube ou la Volga.
Au lieu d'être relégué, comme le domaine de la Volga, à l'extrême E de l'Europe, dans une région presque aussi asiatique qu'européenne, le domaine du Rhin s'étend dans VEurope occidentale, sur une région qui compte quelques-uns des foyers industriels les plus actifs du monde. Le Rhin est en outre le seul fleuve qui, né au cœur des Alpes, atteigne une des mers septentrionales ; il y débouche en face de l'estuaire de la Tamise, supériorité énorme sur le Danube qui se termine dans une mer presque fermée, à l'écart des grandes routes du commerce international. Enfin, le Rhin, par sa. pente à peu près régulière, son régime relativement constant, a pu devenir sur une bonne partie de son cours une voie navigable de premier, ordre.
6. — Le Danube. — Alors que les autres grands fleuves de l'Europe ont une direction générale SN ou NS, le Danube est orienté sensiblement de VW à CE. Né aux confins de l'Europe atlantique, il atteint l'extrémité méridionale de la steppe russe, et va porter ses eaux à la mer Noire.
Pas plus que le Rhin, le Danube n'a un « bassin ». 11 est formé de fragments qui ont eu chacun leur histoire particulière dans le passé géologique de l'Europe, et qui se sont trouvés reliés à une époque relativement récente. De même, ses divers affluents ou groupes d'afiluents ont eu des destinées différentes, et, sur plusieurs points, les phénomènes de capture menacent de modifier une fois de plus le système fluvial.
De sa source à son embouchure, le- Danube franchit un certain nomtre de défilés, qui permettent de diviser son cours en quatre grandes sections : en amont de Passau s'étend le Danube allemand ; de Passau à Pressbourg, le Danube autrichien ; de Pressbourg aux Portes de Fer, le Danube hongrois ; enfin, en aval des Portes de Fer, le Danube bulgaro-roumain. La division politique correspond sensiblement à la division naturelle : le fleuve finit par changer de caractère en même temps qu'il change de nom {Donau en allemand, Duna en hongrois, Dunarea en roumain).
a. Le Danube allemand. — Le Danube allemand présente lui-même des aspects très différents, suivant qu'il coule dans la Forêt-Noire, qu'il traverse les pfateaux du Jura souabe, qu'il longe la base du talus d'alluvions subalpin, ou qu'il taille sa vallée dans les roches dures du Bayrischer Wald.
1 iJ; LES PRINCIPALES PUISSANCES DU MONDE
Le grand fleuve naît modestement de la réunion à Donaueschingen de deux petits ruisseaux, la Brigach et la Brege, issus de la Forêt-Noire méridionale, à une altitude de 924 m pour l'un et de 1.1 o4 m pour l'autre.
\Ilanube.2800K^
■H^ Don, 2I00IC^ Bhin, JâOÛI^ Vistule lûOÛir^-
Seine 776 ^"^
Débit par seconde:
Yolg-a Danude Bhin VistuIe Don Seine
2210'"' laSO"!' 900"^' SOÛ-i'
' Fig. .^9. — Longueur et débit comparés de quelques fleuves européens.
Ses sources [jig. p. 175) sont très voisines de celles du Neckaret 'de plusieurs affluents du Rhin entre SchalTliouse et HAle. Point de ligne de partage des eaux, au moins au sens dans lequel celte expression est généralement entendue : plusieurs ruisseaux»autrefois tributaires du Danube ont été soutirés par le Neckar ou le Uhin, qui coulent à un niveau très inférieur et dont les affluents ont poussé leur tête jusqu'au contact des rivières danubiennes. La Brege et la Brigach elles-mêmes sont menacées de capture, et d'ici quelques centaines de siècles les géographes se verront dans la nécessité de changer la source du Danube qui sera devenu étranger à la Forêt-Noire.
Dans la traversée des plateaux calcaires, le fleuve a creusé une
vallée étroite aux bords abrupts ; une partie de ses eaux se perd et réapparaît dans VAach, affluent du Rhin. •
De Sigmaringen à Passait, le Danube est le grand collecteur des rivières qui drainent le plateau glaciaire souabe bavarois ; il s'est logé dans le sillon allongé au pied des Juras allemands et de la masse bohémienne. Mais sur certains points le fleuve
Fîg. 60. — La région des sources du Danube.
Nombreux phénomènes de capture au profit du Rhin et du Neckar, qui coulent à un niveau inférieur à celui du Danube.
pénétre à l'intérieur des calcaires Jurassiques, ou des roches anciennes du bloc bohémien [fig. p. 176); il se creuse dans ces roches dures une vallée étroite et profonde, qui contraste avec les larges bîissins qu'il s'est formé dans les roches alluvionnaires tendres {bassins d'Ulm, d'ingohtadt, deStraubing, etc.
Dans cette partie de son cours, le Danube reçoit du N et du S des affluents d'inégaie importance. Du Jura allemand lui arrivent de petites rivières, abondantes comme les cours d'eau des 'gions calcaires, mais de peu de longuet, car la plupart ont té décapitées par les tributaires du x\eckar, dont la pente est I lus rapide et l'érosion plus intense.
Les plus importantes sont l'Altmiihl, qui est reliée par le canal Louis à la Regnitz, aftluent du Main, et la Naab, issue du FichtelGebirge, dont la vallée trace la voie la plus courte entre
l'Allemagne du Nord et Munich. Ratisbonne occupe le point de convergence de ces deux vallées et de celle de la Regen, qui coule dans le sillon compris entre le Bœhmer Wald et le Bayrischer
Wald.
b'ig. 61. — Le Danube au contact de la Bohême.
Beaucoup plus importantes sont les rivières alpestres, qui arrivent au Danube après avoir traversé le plateau souabe bavarois : nier, Lech, Isar et Inn. Bien qu'elles soient eux-mêmes simplement flottables, elles rendent navigable le fleuve auquel elles portent leurs eaux abondantes.
L'Inn recueille les eaiix de fusion des glaciers de la Bernina, des Alpes rhétiques, de VŒtztal et, par son affluent la Salzach, celles des Hohe Tauern. Aussi roule-t-il à son confluent une masse d'eau plus considérable que celle du Danube lui-même, et achève-t-il de déterminer le régime du fleuve : hautes eaux au printemps et en été, au moment de la fonte des neige d'abord, des glaciers ensuite, basses eaux pendant la saison froide.
Accessible aux petites embarcations à partir d'Ulm, le Danube peut porter les bateaux à vapeur depuis Ratisbonne, et surtout depuis Passau. ^
b. Le Danube autrichien. — A Passau, le Danube entre en territoire (autrichien.
Dans l'Autriche proprement dite, entre Passau et Presbourg, le fleuve présente plus nettement encore le carai^ère sisnalé entre Ulm et Passau : une succession de petits bassins sépat
par des étranglements. Il pénètre en effet à plusieurs reprises dans la masse bohémienne, à l'intérieur de laquelle il s'est creusé une vallée étroite et sauvage, dominée par des rochers abrupts qui portent de vieux châteaux-forts.
Après avoir traversé les avant-monts des Alpes, le Danube débouche dans le bassin de Vienne, vaste plaine d'alluvions appelée Marchfeld, où il s'étale largement, se divisant en bras qui enserrent des îles (comme la célèbre île Lobau) , bordé de marais dont le dessèchement est aujourd'hui presque achevé et qui sont livrés à la culture maraîchère. Il en sort par un nouveau défilé à travers les Petites-Carpates et, à Presbourg, il entre dans les plaines hongroises, à une altitude de 130 m. seulement
Dans son cours autrichien, le Danube a reçu de nombreuses rivières descendues des Alpes {Enns, etc.). Mais beaucoup plus importante est la Marcb, ou Morava, dont les alluvions, jointes à celle du Danube, ont comblé le Marchfeld; sa vallée, insérée entre la masse bohémienne et le bourrelet occidental des Karpates, ouvre une route naturelle entre la Silésie et la Pologne d'une part, les pays danubiens d'autre part. Vienne s'est fondée au point de convergence de ces routes, en un endroit où le passage du Danube était relativement facile. L'importance de la March est encore accrue par ses affluents {Iglawa, etc.) qui tracent des routes entre la Moravie et l'intérieur de la Bohème.
c. Le Danube hongrois. — Le Danube traverse successivement les deux plaines d'étendue inégale dont l'ensemble constitue la Hongrie : Haute-Hongrie de Presbourg à Vacz (Waitzen) , et Basse-Hongrie de Vacz à Orsova.
Dans la plaine de Haute-Hongrie, recouverte de graviers d'origine alluviale, le Danube, dont la pente est déjà très faible, se partage en plusieurs bras qui enferment des îles, les Schûtt couvertes de prairies et de roselières. Deux places importantes, Presbourg et Komamo, gardent chacune des pointes de la Grande Schutt; Presbourg domine en outre l'étroit passage ouvert par le fleuve dans les Petites-Carpates. A Gran, le Danube se heurte à la barrière montagneuse qui joint les Alpes orientales aux Tatras et coupe en diagonale la plaine hongroise. Il a été obligé de se creuser une vallée très étroite dans les roches volcaniques des Monts de Wisegrad. L'issue en est gardée par Vacz.
Le Danube de la Haute-Hongrie est grossi par plusieurs affluents, qui lui apportent les eaux des Alpes^ orientales et des Garpates occidentales. Des derniers contreforts des Alpes lui arrivent la Leitha et la Raab, à sec pendant l'été et l'hiver, mais
très abondantes au moment de la fonte des neiges. La Vah et le Hron, nés au cœur des Garpates, ont un régime analogue à celui de la Leitha et de la Kaab : ils sont alimentés également par la fonte des neiges.
Après la percée de Vacz, le Danube entre dans la grande plaine de la Basse-Hongrie ; il se traîne presque sans pente, sur le fond de l'ancien bassin lacustre aujourd'hui asséché et comblé, à l'exception du lac Balaton {Platten See) par les alluvions. Comme les autres cours d'eau de la Basse-Hongrie, il a creusé dans la plaque d'alluvions une vallée peu profonde, mais très large, sur le sol vaseupc de laquelle il coule lent et sinueux, formant des îles à demi noyées, abandonnant des bras morts.
Le cours du Danube est ainsi accompagné, sur 10 à 15 km de largeur et même plus, par des marécages qui ne sont ni de la terre ni de l'eau et dont les seuls habitants sont des oiseaux, surtout des échassiers. Des villes n'ont pu se fonder le long du Danube hongrois que sur les rares points où le rapprochement des hautes terres de la rive droite rendait le passage ou l'approche du fleuve moins malaisés : telle est la situation de Buda- Pest.
Les eaux du Danube, à Buda-Pest, sont enct)re formées pom* les 2/3 environ par le tribut des Alpes. Mais, pendant près de 300 km, le fleuve coule vers le S presque sans affluent, et son volume est notablement diminué par Vévaporation, 1res active sous le climat de la steppe hongroise. 11 a cependant des crues très dangereuses au printemps, après la fonte des neiges, ou en été à la suite de pluies d'orage, brusques et très abondantes. Toute la vallée, sur plusieurs dizaines de km de largeur, est alors recouverte par les eaux, qui s'écoulent très lentement à cause de l'extrême faiblesse de la pente (7 cm par km).
Puis, successivement, quatre puissantes rivières venues des Alpes, des Carpates o\i du Tchar-Dagh — Drave. Save, Tisza. Morava — apportent au Danube des eaux en quantité s; considérable qu'elles doublent son volume : Belgrade, qui commande les confluents de la Drave, de la Tisza, de la Save et de la Morava avec le Danube, doit à cette position son rôle militaire et économique.
La masse des eaux réunies du Danube, de la Drave, de i.. Save, de la Tisza, de la Morava, du Ternes est si considérable, et leur écoulement«par le défilé des Portes de Fer si difficile, que ces eaux refluent vers l'amont (sur la Tisza jusqu'à 150 km) et contribuent à rendre plus terribles les inondations. On a tenté de parer à ce danger par la construction de digues (1 .000 km le
long du Danube, 4.000 le long de la Tisza) et par le creusement de canaux qui suppriment les méandres et augmentent la pente ; mais ces remèdes sont encore insufiisants : le seul vraiment efficace sera l'achèvement de la régularisation du fleuve aux Portes de Fer.
Un peu en aval du confluent de la Morava, le Danube s'en-
ge en efl'et dans les Monts du Banat, qu'il traverse par un défilé de 126 km de longueur, où alternent les vallées assez larges, couvertes de limon fertile, et les passes étroites forées dans les roches calcaires. Sur certains points, l'étranglement est tel que la route a dû être taillée dans le roc et soutenue par des piliers. Le fleuve, qui avait auparavant 4.500 m de large, se resserre jusqu'à une largeur minimum de 113 m ; en revanche, sa profondeur augmente jusqu'à 50 m, et la vitesse des eaux est vertigineuse. Sur les seuils de roches dures, le Danube forme des rapides, dont les derniers, ceux d'Orsova, ont reçu le nom de Portes de Fer.
Ainsi le Danube, entré en Hongrie par un défilé, en sort par un défilé, après avoir passé de la Haute-Hongrie dans la Basse- Hongrie par un troisième défilé. La Hongrie est en efl'et la plus fermée des régions européennes, et c'est au Danube qu'elle doit d'être en communication avec le reste de l'Europe.
d. Le Danube bulgaro-roumain. — Sorti des Portes de F et à Turnu-Severinu, le Danube tombe dans un ancien golfe marii: compris entre les Alpes de Transilvanie au N, la Stara Planina au S ; ce golfe a été comblé par les matériaux arrachés aux flancs des montagnes riveraines. Aussi le fleuve s'est-il rapproché davantage des montagnes les moins élevées, c'est-à-dire de la Stara Planina. 11 a formé, au pied des terrasses bulgares, une plaine d'alluvions d'une vingtaine de km de large, et il atteint lui-même une largeur qui varie entre 800 et 1.400 m. Presque dépourvu de pente, il se divise en plusieurs bras et il est bordé de lits abandonnés et de marais, ce qui en rend le passage difficile.
Les villes, à la fois forteresses et places de commerce, se sont établies aux points où se rapprochent les terres fermes ; elles sont beaucoup plus importantes sur la rit)e bulgare, élevée, que sur la rive roumaine, très basse.
A partir de Silistrie, où le Danube n'est plus qu'à une altitude de 13 m., la pente est si faible que les bras du fleuve s'étalent, au pied du plateau de la Dobroutja, sur une largeur de 20 km, enserrant un ensemble d'îles à demi-nojées appelé Balta. Le fleuve a pris la direction du N, après avoir abandonné son
ancien lit encore marqué par une vallée que suit le chemin de fer de Tsernavoda à Constantza. Enfin, entre Braïla etGalatz, le Danube est une dernière fois étranglé entre la Dobroudja et des collines qui dépendent des Karpates. Son delta va commencer.
L'importance du Danube tient surtout à ce qu'il ouvre une des grandes routes naturelles qui existent entre VEurope occidentale et VEurope orientale. On se rendra compte de la valeur de cette route si l'on songe que 1.700 km séparent, à vol d'oiseau, la source du fleuve de son embouchure.
'i. — Climat et végétation. — Grâce à sa position, l'Europe centrale proprement dite marque le passage du climat maritime des régions atlantiques au climat continental des régions orientales.
La température moyenne de janvier s'abaisse de V W à VÊ, et non du N au S : elle passe de + 2^* sur le littoral irison à — 4°o dans les pays de la Vistule. On peut ainsi distinguer dans lEurope centrale deux régions : une région occidentale (Pays rhénans, Westphaliej où la neige et les froids de longue durée sont rares, et une région orientale où ils sont la règle.
l^di température moyenne de juillet s'élève du N au S, mais dans de faibles proportions Qn raison de l'augnuentation de l'altitude vers le S.
L'amplitude annuelle moyenne des températures va donc en s'accusant de l'W à l'E, en même temps que baisse la température moyenne annuelle.
Les pluies tombent en toute saison, et leur hauteur annuelle n'est ni trop forte ni trop faible. Elle est, en moyenne, de 61 cm dans la plaine du Nord; elle s'élève vers le S parce que l'augmentation de l'altitude provoque des précipitations plus abondantes : elle atteint une moyenne de 69 cm dans la zone des VVàlder et de 71 cm dans l'Allemagne méridionale. La région la plus arrosée est la Forêt-Noire, où l'on a noté 2 m d'eau par an.
Dans l'ensemble, le climat de VEurope centrale est donc tempéré, et très favorable au développement d'une végétation utile à l'homme et assez diverse. Malheureusement
L EUHOPE CENTRALE
ce climat est très inconstant. Il y a entre les années de très grandes différences : suivant que dominent les influences continentales ou les influences maritimes, l'Europe centrale a des hivers doux et des étés frais et humides, ou bien des hivers extrêmement rigoureux et des étés à la fois très chauds pt très secs.
Fic;^. 62. — Forêls et sols agricoles dans l'Europe occklentaleet centrale.
(D'après Vidal de La Blache.)
La zone des terres limoneuses forme deux grandes bandes allongées de la Terre-Noire au Bassin Parisien, l'une suivant le Danube, lautre à la base des massifs bWsés de l'Allemagne moyenne. Ce sont les deux grandes routes des peuples en migration et îes armées en campagne. La zone des alluvions littorales, où de grands travaux dassé- Hjement étaient nécessaires, n'entra que plus tard dans Ihisloire.
C'est à ce dernier type que se rattache le climat des bassins fermés de Hongrie. Soustraits aux influences océaniques par leur épais rebord montagneux, ils ont de grands froids en hiver, de fortes chaleurs en été, et Us reçoivent fort peu de pluies. C'est presque le climat de la steppe.
L'Europe centrale proprement dite était autrefois en majeure partie couverte de forêts. La déforestation n'y a pas été poussée aussi loin que dans beaucoup d'autres parlies de l'Europe {fig. p. 181) : les montagnes d'altitude moyenne sont encore suffisamment boisées, et le nom
Principales puissances du monde. \ \
i82 LES PRINCIPALES PUISSANCES DU MONDE
même d'un grand nombre d'entre elles ( Wâldeî') est caractéristique.
Dans les régions de sol très infertile ou trop humide, surtout dans la plaine du N et sur les plateaux subalpins s'étendent les landes (heiden) ou les maltais tourbeux {moore).
Des pâturages et des prairies occupent les régions humides voisines de la mer {marschen ou polders) et les pentes des montagnes.
Partout ailleurs, Vagriculture a pris possession du sol : céréales, cultures industrielles telles que celles de la betterave, de la pomme de terre, du lin, donnent des résultats plus ou moins favorables selon le degré de fertilité du sol et la valeur des méthodes agricoles. Dans les vallées chaudes du S, le maïs peut arriver à maturité, et la vigne donne des produits estimés sur les flancs bien exposés des hauteurs de l'Allemagne moyenne.
Les Karpates, comme les Alpes, ont des forêts et des pâturages de montagne ; les uns et les autres sont moins développés que ceux des Alpes.
Quant diM^plaines hongroises, elles ont une végétation de steppe ; mais les pâturages, qui occupent encore de vastes espaces, reculent sans cesse au profit des champs de céréales (froment et maïs). L'agriculture tend à remplacer l'élevage extensif.
8. — Populations et États. — Située au milieu du continent, dépourvue de toute frontière naturelle vers l'E, mal gardée du côté de l'W par des obstacles faciles à tourner, divisée en une série de zones longitudinales qui facilitent les mouvements d'E en W ou inversement, l'Europe centrale s'offre comme une grande région de passage : elle a été l'un d€s principaux théâtres du déplacement des peuples.
Le S en fut occupé autrefois parles Celtes ; puis les Germains s'y fixèrent, et assimilèrent les Celtes de Bavière. A l'époque des invasions, tandis que les Germains pénétraient sur le territoire de l'Empire romain, des tribus
l'europe centrale
slaves ou rnongoliques {Huns, Avai'S, Magyars) s'installèrent dans l'E et le S.
Mais, à partir de la fin du moyen âge, commença la colonisation germanique des pays slaves et le refoulement des Mongols dans la vallée du Danube. Ce Drang
Fig. 63. — Les races européennes.
nach Osteji (poussée vers l'E) a reconquis une bonne partie du terrain perdu ; il n'a toutefois pas réussi à assimiler les Polonais et les Tchèques.
Aujourd'hui, la majeure partie de l'Europe centrale est occupée par les Allemands \fig. p. 183) ; mais à côté d'eux et en dehors d'eux vivent les Polonais, les Tchèques, les Slovaques, les Magyars, les Croates, les Slovènes, les Roumains, etc. L'Europe centrale n'a jamais eu, ni dans
le passé, ni dans le présent, d'unité nationale. Ce morcellement, ethnographique et politique, tient à la fois à des causes géographiques — notamment à l'absence d'un cenlre commun à toute la région et à la division e7i une sene de bassins isolés les uns des autres — et à des causes historiques.
Le morcellement ethnographique est moindre encore que \q morcellement politique. Les Pays-Bas, la Belgique et la France (par l'Alsace) sont au contact de l'Europe occidentale et de l'Europe centrale. L'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, l'Etat tchécoslovaque et la Hongrie sont entièrement compris dans l'Europe centrale ; la Pologne et la Roumanie forment la transition entre l'Europe centrale et l'Europe orientale ; l'Etat des Serbes, Croates et Slovènes est au contact de l'Europe centrale et du monde méditerranéen.
Bien que la plupart des Etats de l'Europe centrale ne puissent être mis au nombre desa Principales Puissances du Monde », les liens économiques qui unissaient hier encore plusieurs d'entre eux dans le cadre de la monarchie austro-hongroise et qui peut-être les rapprocheront demain ne permettent pas de leur enlever la place qui a été jusqu'ici la leur dans une étude économique de l'Europe centrale. •
OUVRAGES A CONSULTER
Ouvrages généraux, p. 18.
AuERBACH. Étude sur le Régime et la Navigation du Rhin (A. de G., 1893). — Le R^'gime de l'Elbe (A. de G., 1897). — Le Danube Austro-allemand (R. générale des Sciences, 4898). — Le Régime de l'Elbe (A. de G., 1002).
Eisenmengër. Études sur l'Évolution du Phin. 1907.
GAroT-RgY. Le Danube, lleuve international (B. S. G. Com.. 1919).
L ICDROPE CENTRALE 185
QUESTIONS A KTUDIER
Quelle influence exercent sui- le Rhin, — ou sur le Danube, — les conditions géologiques, orographiques, climatériques des régions successivement traversées.
Quels sont les passages naturels qui existent entre les diverses régions de l'Europe centrale? Quel rôle ont-ils joué dans 1 histoire politique et économique de l'Europe ?
Étudier une coupe de l'Europe continentale, le long du 9* do longitude E.