L'Allemagne moyenne
^ . — Grandes régions de rAllemagiie moyenne. — L'AÎ-
Ijmagne moyenne, essentiellement constituée par les débris de l'ancien massif hercynien, comprend d'une part le Mas-
sif schisteux rhénan, d'autre part la Hesse et la Thuringe. C'est avant tout une région intermédiaire, à travers laquelle les communications se sont plus ou moins facilement établies de l'Allemagne du Nord à l'Allemagne du Sud.
a. — Le Massif schisteux rhénan. — Le Mâssif schisteux rhénan, plateau monotone de schistes argileux dont l'altitude moyenne est de 500 m seulement, est une région pauvre, sauf sur le versant septentrional où commencent les bassins houillers qui s'étendent surtout sous le sol des pays rhénans-westphaliens. Aussi la densité n'est elle que de 50 hab. environ au km^ ; la population vit de l'exploitation des forêts, de la culture de maigres champs ou de l'extraction et du travail des minerais de fer, de plomb et de cuivre de l'Eifel. Pas de villes importantes : des villages, des bourgs et quelques petites villes, pour la plupart des stations thermales {Ems, Gerolstein).
En revanche les vallées, ainsi queles flancs me'ridional et septentrional du massif, sont très riches et très peuplés. La vigne y donne des produits renommés, surtout dans le R leingau, qui domine la vallée du Rhin entre Mayence et Bingen. La gra7ide industrie est née sur le versant N, riche en houille. Enfin, la vallée du Rhin est comme une porlcouvertedans la barrière qui sépare la plaine du N de l'Europe centrale : sur le fleuve régularisé comme sur les chemins de fer des deux rives, de Cologne à Mayence et à Francfort, la circulation est extrêmement intense. Elle est active aussi, bien qu'à un moindre degré, dans la vallée perpendiculaire Moselle-Lahn : chemin de fer de Trêves à Cassel par Kohlentz.
Aussi trouve-t-on plusieurs grandes villes sur le pourtour du Massif schisteux rhénan et au croisement des deux grandes vallées. Sur le versant N, c'est Aix-la Chapelle, (Aachen, 160.000 hab.), où s'est développée une industrie textile très active, grâce à l'existence d'un petit bassin houiller qui prolonge celui de la Meuse ; c'est Bonn (90.000 hab), au point où le Rhin entre en plaine; et c'est surtout l'énorme agglomération rhénane-westp^t"^^"^u\e
(voir p. 189). Au centre c'est Koblentz {QOMO hab), jadis place de guerre. Sur le versant méridional, c'est Trêves, ou TiHe?^ (50.000 hab.), au croisement de plusieurs grandes routes naturelles, et c'est la grande ville d'eaux. de Wiesbaden (110.000 hab.), au pied du Tauaus.
3. ^ La Ucsse et la Thnringe. — A l'E du massif schisteux commence une région très complexe, extrêmement morcelée en petits massifs de roches anciennes ou volcaniques, que séparent des dépressions d'étendue généralement faible. Ce sont les pays de Hesse et de Thuringe, avec leurs dépendances septentrionales des hauteurs de la Weser et du Harz. Dans cette région prend naissance et se développe en partie le seul grand fleuve puremen!; allemand, la Weser.
a. Milieu physique. — Les roches anciennes du Massif rhénan s'affaissent à leur extrémité orientale. Le pays de Hesse fut longtemps un détroit dans lequel s'accumulèrent les grès des mers triasiques. Mais des éruptions volcaniques obstruèrent le passage en édifiant les énormes masses basaltiques de la Rhœn et du Vogelsberg, sorte de Cantal dont le cône en ruines occupe un espace circulaire de 50 km de diamètre et de 770 m de hauteur, et sur le flanc duquel les rivières ont creusé de longues vallées divergeant à partir du centre. L'ensemble du pays hessois est une région de sol et de sous-sol pauvres, de climat froid et assez humide, où les forêts occupent de vastes espaces. Mais c'est une grande région de passage : elle prolonge la plaine rhénane, à laCjUelle elle est reliée par les vallées de la Nidda et de la Kinzig ; par la Fulda et la Werra, dont la réunion constitue la Weser, elle relie la plaine du Nord à l'Allemagne du Sud- Ouest.
Entre la Thuringe et la Hesse s'étend une ligne de hauteurs boisées, rattachée par le Fichtel Gebirge au massif bohémien, orientée du SE au NW et qui porte successivement les noms de Franken Wald et de Thiiringer Wald. Bien que ces montagnes n'atteignent pas 1.000 m, et puissent être franchies sans grande difficulté, elles paraissent élevées, parce qu'elles sont bordées de chaaue côté par deux bassins déprimés. Celui du NE est la Thuringe, dépression comblée par les sédiments triasiques "dans lesquels les rivières tribubuires de l'Elbe (la Saale, et ses alfluents ÏElster et VUnstrut) ont creusé de pro-
fondes vallées très fertiles (la vallée d'un des affluents de l'Unstrut porte le nom significatif de Goldene Aue, la « Plaine d'or >»). De place en place se dressent de petits massifs, restes et témoins du banc de roches anciennes qui s'est effondré : tel le célèbre Kyffliàuser, sous lequel la légende fait dormir Frédéric Barbe- . rousse. Ce paj's est de fertilité trèsinégale, suivant la nature des roches sédimentaires; mais, dans l'ensemble, son sol vaut mieux que celui de la Hesse, et son climat est moins humide. 11 est, comme la Hesse, une grande région de passage entre l'Allemagne du Nord-Est et l'Allemagne du Sud-Ouest.
Au N de la Hesse et de la Thuringe, les derniers prolongements des massifs anciens forment les hauteurs de la Weser et le Harz {Brocken, 1.142 m). Les filons de cuivre, de plornb ei d'argent que recelait le Harz sont aujourd'hui presque épui"és. En revanche, le sol alluvial des Bœrde qui longe le pied septentrional des hauteurs est très fertile : c'est un domaine d'élection pour la betterave à sucre.
L'ensemble de la région est drainé par la Weser, grossie en aval par l'Aller, qui lui apporte les eaux du Harz. L'altitude médiocre du pays qu'elle traverse dans son cours supérieur fait de la Weser un fleuve régulier^ dont les crues d'hiver sont peu dangereuses et peu durables.
b. DÉVELOPPEMENT HUMAIN. — Cette région est la pairie la plus morcelée de V Allemagne : avant la guerre, on n'y trouvait pas moins de 15 Etats ou fragments dEtats. La Thuringe notamment était la terre classique des petits États aux frontières bizarrement enchevêtrées. Ce morcellement tenait moins encore au milieu physique qu'à la survivance du passé féodal épargné par les remaniements territoriaux du xix° siècle.
La population est très inégalement dense suivant les ressources des diverses parties de la région.
Les grandes villes occupent le versant N, la zone des fertiles Bœrde; ce sont Hanovre illannover) avec son faubourg de /.inrfe?i (375.000 hab.), Brunswick ou /iraM7i.scA- ^^e^•^(l40 000 hab.), Magdebourg (280.000 hab.) et Halle (180.000 hab.).
Toutes quatre se trouvent au croisement de grandes routes allant de TE à l'W et du N au S. Aussi ont-elles (surtout Mag-
debourg et Halle) une grande valeur comme nœuds de voies ferrées et par suite comme places de commerce. Situées dans la zone de grande culture de la betterave, elles fabriquent le sucre brut qui sera ensuite expédié vers Hambourg, puis vers Londres. Les industries chimiques, textiles et mécaniques y sont également très développées.
Le pays hessois, peu peuplé dans l'ensemble, ne possède qu'une seule grande ville, Cassel (170.000 hab.), sur la Fulda déjà navigable, au point de convergence des vallées qui viennent de tous les points de l'horizon ; grand centre de voies ferrées, Gassel est devenu une ville industrielle très prospère.
La Thiiringe a une population plus dense, et surtout urbaine : la population rurale ne forme pas plus du 1/3 de la population totale. Cette civilisation urbaine a été éveillée par le commerce auquel a donné lieu la situation de la Thuringe entre l'Allemagne du Nord et l'Allemagne du Sud. Il est vrai que, si les villes sont nombreuses, elles sont généralement petites. Les principales s'alignent dans la dépression médiane aujourd'hui suivie par la voie ferrée de Francfort à Leipzig et Berlin : ce sont Eisenachf Gotha, Erfurt, Weimary léna; Erfurt compte 110.000 hab., les autres de 25 à 40.000,
Plusieurs grandes voies de communication traversent la région hessoise et thuringienne. Peu de voies navigables, en raison du caractère accidenté du pays :1a Weser et la Saale, puis, sur le bord oriental, la grande voie de l'Elbe. Le Mittelland-Kanal, qui reliera le Rhin à la Weser et à l'Elbe, à la limite de la plaine et de la région haute, n'est qu'en projet. En revanche, un réseau très serré de voies ferrées, parmi lesquelles plusieurs grandes lignes : d'W en E, la ligne de Cologne à BeW^?^ par Hanovre, celle de Francfort à Berlin par Erfurt et Halle ; — du N au S, la ligne de Hambourg à Francfort, par Hanovre et Cassel.
212 les principalks puissances du monde
j — (irandes régions de l'Allemagne du Sod. — L'Aile magne du Sud comprend à peu près le 1/4 de la superticie de rAilemagne et le 1/S de sa population. Elle s'étend de la frontière française au Massif bohémien, du Massif schisteux rhénan et des Montagnes de Hesse et de Thuringe aux Alpes.
Elle ne présenteras la moindre unité. Sans tenir compte des divisions politiques, nous y distinguerons trois régions naturelles d'étendue très différente :
la plaine du Rhin, dant une partie seulement est allemande ; — les pays du Main et du Neckar; — le plateau subalpin
5. — La Plaine du Rhin. — a. Milieu physique. — La vallée du Rhin, de Bdle à Mayence, est une grande fosse qui résulle de l'effondrement d'un énorme massif ancien. La carte orographique aussi bien que la carte géologique suffisent à montrer que les Vosges et la Forêt-Noire {Schwarzwald), ainsi que leurs prolongements septentrionaux, firent autrefois partie d'unmênie massif montagneux. Les matériaux du sol sont les mêmes : grès dans le N, gneiss et granits dans le S. Les formes du relief sont semblables : blocs ruiniformes avec pentes abruptes et grands plateaux monotones dans les grès, massifs arrondis dans les granits. Les altitudes, à peu près égales de chaque. côté de la vallée [ballon de G aebw Hier y 1.423 m, dans les Vosges méridionales; Feldberg, 1.493 m, dans la Forét-Noire méridionale), vont en s'élevant du N au S; les principales trouées elles-mêmes se correspondent : au col de Saverne dans les Vosges fait face la trouée de Pforzheim dans la Forêt-Noire. Vosges et Forét-Noire or>* leur versant abrupt du côté intérieur, là où s'est produite la c; sure, qu"^ marquent d'anciens volcans, comme le Kaiserstuhl, et des sources thermales; au contraire leur versant externe s'abaisse en pente douce vers la Lorraine d'un côté, vers la Souabe de l'autre. Eniin, la Forêt-Noire comme les Vosges sont couvertes de bois de sapins qui leur font un manteau de sombre verdure.
Les Vosges et la Forêt-Noire s'abaissent par une série •' paliers aux pentes raides vers la plaine rhénane large de 3i
40 km, reliée par le Sundgau et la Porte de Bourgogne à la plaine de la Saône, et dont l'altitude s'abaisse lentement de 250 à 80 m. Les allavions du Rhin ont comblé partiellement ce long fossé : cailloux et graviers dans le S, limons de plus en plus fins, de plus en plus fertiles, dans le N. Sur les terrasses latérales s'est déposé le lœss, qui constitue l'une des meilleures terres agricoles (fig. p. 213).
La plaine rhénane, bien enfermée dans son cadre de montagnes, a un climat particulièrement favorisé. L'hiver n'y est pas rigoureux, l'été y est chaud et long. Mannheim a une température moyenne annuelle de 10", 5 (janvier 0^,4, juillet 20°). Ce climat est sec, surtout dans notre Alsace, car les vents d'W se débarrassent de la majeure partie de leur humidité sur le versant externe des Vosges ; mais nulle part la sécheresse n'est assez grande pour transformer la plaine en steppe.
Fig. 70. — Profil transversal de la vallée du Rhin.
1. Lit du Rhin. — 2. Zone dinpndalion. — 3. Terrasses qui dominent la vallée. — - 4. Marais. — 5. Montagnes bordières. — Remarquer ie site des villages.
b. DÉVELOPPEMENT HUMAIN. — La plaine du Rhin 'est politiquement partagée entre V Allemagne et la France, le Rhin formant frontière depuis la Suisse jusqu'à la Lauter.
Les pays rhénans du Sud disposent de ressources abondantes et variées, dont l'homme a su tirer profit. Dans sa partie allemande, la plaine du Rhin est Vune des plus riches régions agricoles de V Allemagne, grâce à la fertilité du sol et à la douceur du climat. On n'y cultive pas seulement les céréales, mais encore les arbres fruitiers, le houblon, le tabac. Les montagnes ont surtout des forêts, activement et méthodiquement exploitées, et des pâturages.
Bien que la houille fasse défaut et que les minerais soient
I faible quantité, une industrie active s'est développée
non seulement dans les grands centres comme Francfort, Ludwigshafen^ Mannheim, mais aussi dans les hautes vallées des montagnes^ où elle utilise la force des eaux : la Forêt-Noire a ses ateliers d'horlogerie, dobjets en bois ou en paille, et ses tissages.
D'autre part, la plaine du Rhin est une importante régi07i depassage. Ce long couloir est une des routes naturelles qui relient le N et le S de l'Europe. 11 se prolonge d'un côté par la trouée du Rhin, de Bingen à Bonn, et par la dépression hessoise, de l'autre par la Porte de Bourgogne et la plaine suisse. Il est croisé par les voies transversales venues de l'W à travers les passages de la Hart ou des Vosges (col de Saverne), et dirigées vers les pays du Main, du Neckar et du Danube par les passages de la Forêt-Noire.
Des chemins de fer suivent ces grandes voies naturelles : chemins de fer de Paris à Francfort par Metz, la vallée de la Nahe et Majence, — de Paris à Vienne par Saverne, Strasbourg, Karlsruhe et Pforzheim, — de Francfort à Bâle et au Saint- Gothard, soit par la rive française, soit par la rive droite (Darmsladt, Karlsruhe, Fribourg) du Rhin.
Aussi les pays rhénans ont-ils une population nombreuse, dont la densité, particulièrement forte dans la plaine du Rhin (100 à 200 hab au km-), est encore élevée dans la plupart des régions montagneuses (70 à 80 hab. au km ^ dans la Forêt-Noire).
Dans la plaine du Rhin ont grandi plusieurs centres urbains, situés les uns sur le Rhin lui-môme, jusqu'au point où il reste navigable, les autres de chaque côté du fleuve, au pied des montagnes bordières.
En aval de Kehl, les villes ont pu s'établir au bord même du fleuve assagi. Les unes, anciens évêchos comme Worms (oO.OOO hab.) et Spire {Speyer, 25.000 hab.), sont demeurées des villes du passé; les autres sont des villes récentes ou modernisées, dont la rapide fortune tient aux progrès de la navigation sur le Rhin : Mayence et Mannheim.
Mayeiice (110.000 hab. , au confluent du Bhin et du Main, se trouve éclipsé par TrancîoTt (Fi^ankfurt), admirablement placé sur le Main-, au point où les vallées de la Kinzig et de la Nidda ouvrent les portes de l'Allemagne moyenne et de l'Allemagne du Nord. Francfort est devenu une ville de premier ordre, grande place de commerce et de bavque, nœud de voies ferrées qui ne le cède en importance qu'à Berlin et à Cologne, étape de la navigation du Hliin grâce à la canalisation du Main inférieur, centre industinel (industries chimiques surtout) extrêmement actif: il compte 415.000 hab., et forme, avec les villes voisines 6.'0ffenbach et de Hanau, un groupe de près de 500.000 âmes.
Au confluent du Neckar, Maunheim (200.000 hab.), port des charbons et des pétroles, en face duquel se trouve Ludwigshafen (80.000 hab.), est le type de la ville de commerce et d'industrie, construite sur le modèle des cités américaines.
Le long de VOdenwald et de la Forêt-Noire, une série de villes se sont fondées au débouché des passages de la montagne : Darmstadt (90.000 hab.), capitale de la Hesse, au pied de l'Odenwald; Heidelberg (55.000 hab.), ville universitaire à l'issue de la pittoresque trouée du Neckar; Karlsruhe (135.000 hab.), la capitale du Pays de Bade, à l'entrée du passage de Pforzheim; Pforziieim même (70.000 hab), devenu un centre de la bijouterie d'exportation ; la ville d'eaux de Baden-Baden ; enfin Fribourg {Freiburg)-en-Brisgau (85 000 hab.), dans une étroite mais fertile plaine, à l'entrée du Val d* Enfer (Hœllental).
Le Traité de Versailles (1919) a rendu à la France l'Alsace et la partie de la Lorraine dont l'Allemagne s'était emparée en 1871 . Au N de la Lorraine, le Territoire de la Sarre a été confié à la Société des Nations pour une période de quinze années, à l'expiration de laquelle un plébiscite fixera le sort des habitants; c'est un pays riche en houille, et où Vindustrie (métallurgie, verrerie, péramique) s'est fortement développée; aussi la population y est« elle très dense (337 au km^) : Sarrebrùck (105.000hab.), Sarre, louis, Neiinkirchen sont de gros centres industriels.
216 LES PRINCIPALES PUISSAiNCKS DU MONDE
6. — Les pays du Maîu et du Aeckar. — Entre les massifs anciens de la Forêt-Noire et de VOdenwald à TW, les hauteurs de V Allemagne rrwyenne au N, le Bœhitier Wald à TE, se développe un vaste bassin dans lequel se sont déposés les sédiments des mers triasiques et jurassiques, et qu'ont recouvert partiellement au S les alluvions glaciaires. L'ensemble est parcouru par le Main, le Neckar et leurs affluents.
a. Milieu physique. — Comme le Bassin Parisien, les pays du Main et du Neckar sont formés de couches sédimentaires, de glus en plus jeunes à mesure qu'on s'éloigne des massifs anciens auxquels elles sont adossées : grès bigarrés, calcaires coquilliers, marnes irisées, calcaires jurassiques. Plus ou moins attaqués par l'érosion, selon leur dureté, ces divers terrains dressent vers l'extérieur, c'est-à-dire vers le N et vers l'W, une îérie de crêtes concentriques. Les rivières en suivent le pied dans de larges vallées ou les franchissent par des cluses étroites; par là s'explique le cours accidenté du Neckar et du JMain.
Au NW, les pays du Main et du Neckar offrent l'aspect de grandes terrasses, d'altitude comprise entre 200 et 500 m, et dans lesquelles les rivières ont creusé leurs vallées : terrasses de Franconie drainées par le Main et son affluent la Regnitz, — terrasses de Wurtemberg où se creuse la vallée du Neckar.
Au SE, les terrasses de Souabe et de Franconie sont dominées par une large bande de calcaire jurassique qui prolonge le Jura franco suisse et forme les Juras allemands : Jura de Souabe orienté du SW au NE, Jura de Franconie orienté du S au N.
Les terrasses et surtout les vallées franconiennes et wurtembergeoises, bien abritées, ont un climat beaucoup plus favorable que le plateau subalpin : l'hiver n'y est pas froid (moyenne de janvier à Stuttgart, 0°8), et Tété y est assez chaud pour permettre la culture de la vigne (moyenne de juillet à StuUgart, 19°3). Les pluies (0™,50 à 0™,75) sont suffisamment abondantes et tombent surtout pendant la période où l'humidité est nécessaire au développement de la végétation. Les Juras ont, en raison de leur altitude, un climat beaucoup plus rude, qui exclut en maints endroits même la culture du blé, et, s'ils reçoivent «les pluies abondantes, le sol perméable absorbe presque immédiatement l'humidité.
b. DÉVELOPPEMENT HUMAIN. — De sol fertile et de climat
L'.\r.r,EMAGNE 217
favorable, sauf dans les Juras, les pays du 31ain et du Neckar sont des régions agricoles 1res prospères, où l'on cultive, à côté des céréales, la vigne, la chicorée, le houblon surtout. Bien que le sous-sol ne renferme que très peu de houille et de métaux, une industrie très active (surtout l'industrie cotonnière) s'est développe'e dans la haute vallée du Neckar, avec Stuttgart ^owv centre; au voisinage de Nuremberg, des industries métallurgiques, mécaniques, chimiques et électriques se sont jointes à l'ancienne industrie des jouets. Enfin, cette région aune grande importance commerciale : elle est traversée par les grandes voies de comniunication qui donnent accès de la France et de l'Allemagne moyenne vers les pays danubiens : chemin de fer de Paris à Vienne ^^diV Strasbourg, Stuttgart et Munich, chemin de fer de Francfort à Vienne par Wurzbourg et Nuremberg.
Aussi la population est-elle, dans l'ensemble, de. forte densité; elle s'est concentrée surtout dans les vallées (200 hab. au km- dans la vallée de Neckar), tandis que les plateaux comptent de 75 à 80 hab. au km'.
Les pays du Main ont plusieurs grandes villes, mais le morcellement physique du bassin souabe-franconien, qui Ee reflète dans le morcellement 'politique, n'a permis à aucune d'elles d'établir sa prééminence unique.
Dans la vallée du Main se dressent les vieilles villes épiscopales de Wurzbourg (90.000 hab.) et de Bamberg (oO.OOO hab.), devenues, surtout la première, places de commerce et d'industrie.
La Moyenne-Franconie a sa grande ville de Nuremberg (NiXrnberg), qui était au Moyen A,2;e l'une des grandes étapes commerciales sur la route de Venise aux villes de la iianse. et qui a conservé de cette période de prospérité de magnifiques témoignages artistiques. Aujourd'hui Nuremberg, complétée par sa voisine Fiir/A, compte 440.000 hab.; elle est devenue le plus important des centres industriels de V Allemagne du Sud.
Enfin, dans le bassin du Neckar, se sont développées Ueilbronn (40.000 hab.) et Stuttgart, capitale du Wurtemberg (300.000 hab. avec son faubourg de Cannstadt).
Principales puissances du monde. 13
•S — Le plateau subalpin. — Entre les Juras allemands et Ips Alpes s'étend le plateau subalpin de Souabe et Bavière, qui doit son existence aux anciens glaciers.
a. Milieu physique. —Pendant la période glaciaire, la majeure partie de cette région fut couverte à plusieurs reprises par une calotte de glaces semblable à celle qui occupe aujourd'hui le Groenland. Les anciennes inégalités du sol furent supprimées, rabotées par les glaciers ; mais ceux-ci déposèrent à leur front les matériaux arrachés aux Alpes et formèrent plusieurs lignes de moraines terminales, à peu près parallèles au bord du massif alpestre; ils creusèrent par endroits des dépressions, qui sont devenues des lacs ou àesmarais ; enfin, les eaux de fusion des glaciers répandirent sur toute la surface, jusqu'au pied des Jura» allemands et du Bœhmer Wald, que double le Bayrischer Wald. les boucs argileuses dont elles étaient chargées.
De tout cela résulte l'aspect actuel du plateau souabe bavarois, (^e n'est un plateau que jJar comparaison avec les Alpes : il «'abaisse de 700 à 800 m au S, à 300 ou 350 m au IN. C'est une sorte de glacis dominé par des lignes de hauteurs correspondant aux anciennes moraines, et creusé de vallées profondes ou de lacs.
Ce plateau d'altitude élevée, mal protégé contre les vents du N, a un climat rude. Les hivers sont rigoureux, les étés frais et humides. Munich (511 m d'altitude) a une température moyenne annuelle de 7*^2 seulement, une moyenne de janvier de — '-l^Q et une moyenne de juillet de 17°1, inférieure à celle de Berlin et même de Kœnigsberg, qui sont cependant beaucoup plus au N. Les brusques sautes de température et les fréquentes gelées de printemps sont très défavorables à la végétation.
b. Développement humain. — De climat rude et de sol peu fertile, sauf dans le fond des vallées couvertes de lœss, le plateau subalpin ne présente que des aptitudes agricoles médiocres. Le blé et les plantes industrielles (/a6ac,/iow&/o?i,/zn)ne réussissent que dans les régions les plus favorisées; Vavoine et le seigle occupent une large place et les prairies nourrissent de nombreux troupeaux.
La vie industrielle Q^i peu active, en raison du manque de houille et de minerais et malgré l'abondance de la houille blanche. Seule, la brasserie a pris un développ ment consid'-^h' •
Mais les plateaux de Souabe et de Bavière ont une grande importance comîiierciale. Là se croisent les pranrfesrot^^es naturelles tenues de V Europe occidentale (par le Brenner) et des Alpes orientales, soit par la vallée du Danube, soit par le plateau lui-même.
Cliché Lévy.
Fig. 71. — Le Da7iube à Ratisbonne.
Des chemins de fer suivent aujourd'hui ces routes qu'ont utilisées autrefois les marchands de la Hanse pour se rendre en Italie et les armées françaises pour marcher sur Vienne (guerre de Trente ans, campagnes de laKévolution et de l'Empire) : ligne du Brenner (Hof, Katisbonne, Munich, Innsbruck), empruntée par le Nord-Sud-Expiess ; — ligne de Francfort à Vienne par Ratisbonne et Passau; — ligne de Ulm à Vienne par Augsbourg, Munich et Salzbourg, empruntée par l'Express-Orient.
La population n'est que de 75 hab. au km», contre 120 pour l'ensemble de l'Allemagne. Elle est en général dispersée en petits villages, en hameaux et en fermes. Mais des villes se sont fondées, soit sur le Danube, soit sur la route qui traverse les plateaux de TW à l'E,
22'» LES PRIiNCIPALF.S PUISSANCES DU MGKD!
Sur le Danube, la ville wurteipbcrgooise d'Ulm (oo 010 hab ) marque le point où le Danube commence à porter bateaux, ainsi que le croisement de la vallée fluviale et de la route des plateaux . Ratisbonne ou Regenshurg (50.000 hab.), au débouché de la route duIlaut-Palatinat, est le point terminus de la navigation à vapeur sur le 'Danube {fig. p. 219;, qui sort d'Allemagne à Passait (20 000 hab.).
C'est sur le plateau même que se sont fondées les deux villes les plus importantes : Augsbourg (100.000 hab.), qui fut comme Nuremberg une place de commerce et de finance et un foyer artistique, et Munich ou Mûnchen /'600.000 hab.).
L'une et lautre sont à l'intersection de grandes routes coni merciales dirigées du N au S ou de l'E à l'W. Mais au xix'^ siècle Munich a grandi beaucoup plus vite qu'Âugsbourg, en dépit de sa sit;iation à plus de 500 m d'altitude. La capitale de la Bavière est aujourd'hui la troisième ville de l'Allemagne, après Berlin et Hambourg. Grâce à ses musées célèbres, à son Académie de peinture, à s.)n Université, à ses écoles techniques supérieures, elle est un grand centre intellectuel qui exerce en Allemagne, comme contrepoids de Berlin, une influence des plus heureuses.
Voir p. 24:
OUVRAGES A CONSULTEU
QUESTIONS A ÉTUDIE
Etudier la rtîpartition do la population dans lAllemagne du Sud. Les villes allemandes du Rhin : rechercher les causes de leur localisation, de leur développement ou de leur décadcneo.